”Né au milieu du XVIe siècle, près de Moscou, d’une famille de paysans pieux et fortunés, saint Nicodème reçut le nom de Nicétas au saint baptême. Un jour, à l’âge de douze ans, alors qu’il gardait son troupeau, il entendit une voix l’appeler du nom de Nicodème; mais le souci de ses parents lui fit reporter la réponse à cette invitation. À la mort de ses parents, il se rendit à Iaroslav, où il gagna sa vie comme forgeron, distribuant ses surplus en aumônes. Puis il s’installa à Moscou et s’associa à un certain Tveryanine, qui partageait son inclination pour la piété. La femme de ce dernier, désirant se débarrasser de lui, servit aux deux amis un gâteau empoisonné. Tveryanine mourut sur le coup, et Nicétas en contracta une grave maladie de l’estomac. Il en fut guéri par saint Basile le fou pour le Christ (cf. 2 août) et décida de répondre enfin à l’appel divin entendu dans son enfance. Encouragé dans ce propos par un ascète doué du charisme de clairvoyance, il distribua tous ses biens aux pauvres et entra au monastère de Choudov. Ayant reçu, au bout de quarante jours, l’Habit monastique avec le nom de Nicodème, il resta onze ans sous la direction spirituelle de l’archimandrite Paphnuce, qui avait été compagnon d’ascèse de saint Adrien de Monza (cf. 5 mai). Paphnuce ayant été consacré évêque de Kroutitsa (1606), Nicodème l’accompagna dans son diocèse, mais il lui demanda bientôt de lui accorder la permission de se retirer dans la quiétude du désert. En le bénissant Paphnuce lui remit une icône de la Mère de Dieu de Vladimir, et saint Nicodème partit pour le Grand Nord.
Ayant entendu parler de saint Sérapion (cf. 27 juin) qui, venu à Moscou, avait récemment reçu du tsar des terres pour son monastère du lac Koja, il alla le rejoindre. Saint Sérapion, qui avait alors cédé la direction du monastère à son disciple Abraham, le reçut avec amour, et Nicodème fut agrégé à la communauté qui comptait alors quarante moines, recevant l’obédience de fabricant de prosphores. Au bout d’un an et demi, il obtint la bénédiction de se retirer dans l’hésychia, sur les rives de la rivière Kojyoug (1609). Il y construisit une modeste cellule et planta quelques légumes qu’il cultivait de ses mains, complétant cette maigre pitance par des racines et quelquefois par des poissons péchés dans la rivière; mais il ne mangeait les poissons que quand ils commençaient à être avariés. Il ne prenait qu’un bref repos et restait la plus grande partie de son temps debout, en prière, le visage baigné de larmes. Les démons, furieux de le voir ainsi mener une vie toute céleste sur la terre, s’acharnaient contre l’ascète, en lui apparaissant notamment sous formes féminines quand il allait chercher de l’eau. Mais saint Nicodème ne leur prêtait aucune attention et les repoussait par sa prière. Ils se retirèrent alors pendant quelque temps, espérant qu’il en tirerait des pensées d’orgueil. Mais quand ils revinrent à l’attaque, ils le trouvèrent établi dans la même vigilance et la même humilité. Par ces valeureux combats, le saint reçut la grâce de Dieu en abondance : il vivait avec des bêtes sauvages, avait acquis les charismes de clairvoyance et de guérison, et celui d’apparaître à ceux qui l’invoquaient. Un jour, la rivière déborda et inonda sa cellule. Saint Nicodème se réfugia sur le toit, tenant en main l’icône de la Mère de Dieu, et par sa prière, les eaux reprirent bientôt leur cours normal. Une autre fois, il éteignit par sa prière un incendie qui avait pris dans sa cellule. Sa renommée s’étant répandue au loin, de nombreux visiteurs s’aventuraient jusque dans les profondeurs de la toundra pour recevoir sa bénédiction, et le Patriarche de Moscou Joasaph lui envoya sa pèlerine de fourrure en cadeau. Le saint la baisa avec respect, mais il la renvoya au monastère de Koja, déclarant qu’une seule tunique lui suffisait.
Parvenu au terme de sa course, saint Nicodème pria le Seigneur de lui accorder de participer à Sa lumière avec tous les saints. Saint Alexis de Moscou (cf. 12 fév.) et saint Denis de Radonège (cf. 12 mai) lui apparurent alors, pour lui assurer que Dieu exaucerait sa demande. Il s’endormit en paix, sept mois après (3 juillet 1640), au monastère de Koja.