”Notre saint Père Serge, prêtre missionnaire originaire d’Orient et grec d’ascendance, s’installa sur l’île principale du lac Ladoga, dans la région de Novgorod, à l’endroit même où, selon la tradition, l’Apôtre André avait jadis planté une croix. Il y mena une stricte vie ascétique, épuisant sa chair par les jeûnes et les veilles, mais rayonnant de la joie et de la paix du Saint-Esprit. Durant la journée, il recopiait des livres saints et prêchait la Parole de Dieu aux indigènes, qui demandèrent en grand nombre à recevoir le saint baptême, et petit à petit un monastère se forma à l’emplacement de la retraite du saint. Serge les dirigea en toute sagesse, passant ses dernières années dans une grotte où il remit en paix son âme à Dieu. Il fut inhumé avec de grands honneurs par un des chefs indigènes qu’il avait baptisé. Saint Germain, qui avait été, semble-t-il, son disciple de la première heure, ou même était venu d’Orient avec Serge, prit la succession. Il avait une conduite en tout point semblable à celle de son Ancien, tant dans les labeurs ascétiques que dans les œuvres apostoliques, et il put ainsi confirmer le monastère que Serge avait fondé. Ayant trouvé à son tour le repos, il fut enterré près de saint Serge, sur le site de la croix de saint André.

Mais peu après, le monastère étant exposé aux raids des nomades, les moines transférèrent leurs reliques en un autre lieu. Ces dernières ayant été ramenées au monastère, on essaya à plusieurs reprises, au cours des siècles, d’ouvrir leur tombeau, mais une flamme en sortait, enveloppant leur sarcophage. En 1371, le roi de Suède et de Norvège, Magnus II Ericson, au retour d’un siège manqué de Novgorod, fut le seul rescapé d’un naufrage au large de Valaam. Recueilli par les moines, il réalisa qu’il avait eu la vie sauve grâce aux prières des saints Serge et Germain, et, obéissant à ce signe de la Providence, il se fit instruire de la foi orthodoxe et échangea la pourpre royale pour la tunique monastique. Tonsuré sous le nom de Grégoire, il remit son âme à Dieu trois jours après. Ces deux saints Pères avaient reçu de Dieu le don de prophétie et de clairvoyance, et ils déversaient sur leurs disciples les munificences de la grâce. Après leur mort, ils continuèrent de protéger le monastère et les habitants de la contrée par leurs miracles; ils étaient invoqués en particulier en tant que protecteurs des navigateurs et pour la délivrance des possédés.

Autour du monastère, organisé en cénobion, se développa une vaste cité monastique, avec des ermites et des petites communautés semi-érémitiques, si bien qu’on a pu nommer le monastère de Valaam : l'”Athos du Nord”. De ce centre monastique, célèbre pour son austérité, dont la Règle fut diffusée dans de nombreux autres monastères russes, furent issus quantité de saints Pères : saints Abraham de Rostov, Arsène de Konevits, Sabbatios et Germain, fondateurs de Solovky, Alexandre de Svir, et bien d’autres, connus et inconnus. Le 20 février 1579, le monastère de Valaam fut complètement détruit par des luthériens scandinaves, et trente-quatre moines et novices remportèrent à cette occasion la couronne du martyre. Resté ensuite à l’abandon pendant près de deux siècles, on commença à le restaurer, sur l’ordre de Pierre le Grand; mais c’est à la fin du XVIIIe siècle qu’il connut sa plus grande période de floraison, quand le Métropolite Gabriel y envoya de Sarov le starets Nazaire (1785). Celui-ci y fit ériger une grande église dédiée à la Transfiguration et guida de nombreux moines dans la voie étroite qui mène au Royaume de Dieu, par l’ascèse et la Prière de Jésus, selon la tradition restaurée par saint Païssy Velitchkovsky. Saint Germain de l’Alaska était disciple de Nazaire et fut envoyé par lui, pour planter dans le Nouveau Monde les germes du monachisme orthodoxe.