”De lignée royale, saint Colomba (Colum Cille) naquit en 521 dans le comté de Donegal, en Irlande. Son éducation fut d’abord confiée à saint Finnian de Moville [† 579, fêté le 10 sept.] , qui le fit ordonner diacre, puis, ayant séjourné quelque temps auprès d’un barde converti, Gemma, il entra au monastère de saint Finnian de Clonard [† 549, fêté le 12 déc.], où il compléta sa formation, surtout par l’application aux saintes Écritures, sans toutefois dédaigner l’art poétique dans lequel il excellait. C’est là qu’il se lia avec d’autres saints de ce temps : saint Comgall [† 601, fêté le 11 mai.] et saint Kenneth [† 600, fêté le 11 oct.], et alla vivre, semble-t-il, avec eux près de Dublin, dans une communauté d’ermites. Dès qu’il fut ordonné prêtre, il commença son ministère de prédication, qu’il poursuivit pendant quinze ans à travers l’Irlande, fondant plusieurs monastères qui devinrent illustres : en particulier ceux de Derry, de Durrow et de Kells. Mais de tous ces lieux saints, c’était Derry qui avait sa préférence, où, chantait-il, «sur chaque feuille de chêne je vois posé un ange du ciel tout y respire la paix, tout n’y est que délice…».

Lors du Synode de Teiltiu (563), il faillit être excommunié, à cause semble-t-il d’une dissension avec le roi Diairmait; mais il fut disculpé grâce à l’intervention de saint Brendan de Birr [† 573, fêté le 29 nov.] qui témoigna que la faveur de Dieu était sur lui. [D’après une légende, S. Colomba, s’étant attiré l’hostilité du roi d’Irlande à la suite d’une querelle sur la possession d’un manuscrit, ce dernier fit assassiner un jeune prince que le saint avait pris sous sa protection. Une guerre civile s’ensuivit, et à la bataille de Cul Dreibne le roi fut vaincu, par la prière du saint, et perdit trois mille hommes. S. Colomba se serait alors exilé en Écosse, pour faire pénitence.] Sur le conseil prophétique de ce dernier, Colomba décida cependant de quitter sa patrie et de s’exiler pour prêcher le Christ, comme tant d’autres saints irlandais de ce temps. La nuit de la Pentecôte, il aborda, en compagnie de douze moines de sa parenté, sur l’île d’Iona, à l’ouest de l’Écosse. Battue par les vents et les flots déchaînés, cette petite île plate et inculte, toute de sable et de rocher, située entre le pays des Pictes et celui des Scots, allait pourtant devenir, par la présence du saint, un des lieux les plus illustres du christianisme celtique. Après y avoir organisé la vie monastique, saint Colomba entreprit l’évangélisation des Pictes du Nord, qui étaient encore des païens farouches. Prêchant par l’entremise d’un interprète, et plus encore par la puissance de ses miracles, il tourna leurs druides en dérision. Lorsqu’il parvint à la forteresse du roi Brude, il en ouvrit les portes d’un signe de croix. Le souverain le reçut avec respect et, confirmant ses droits de propriété sur Iona, il lui témoigna ensuite une grande admiration. Infatigable dans ses labeurs ascétiques comme dans ses tournées missionnaires, le saint fonda de nombreuses filiales du monastère, tant en Écosse qu’en Irlande [On lui attribue la fondation de trente-sept monastères en Irlande, et d’au moins quatre-vingt-dix églises et monastères en Écosse], et plaça ses disciples à leur tête; mais il assurait lui-même la supervision de cette fédération monastique par son don de clairvoyance et de prophétie. Lorsqu’il n’était pas sur les routes, il restait au monastère, où un grand nombre de visiteurs, modestes ou de haut rang, venait admirer ses vertus et recevoir ses conseils.

Il s’agenouillait devant eux et, après leur avoir lavé les pieds, il les baisait avec amour. Tel un père universel, il compatissait aux souffrances de tous : guérissait les malades, repoussait les épidémies en faisant distribuer du pain qu’il avait béni, chassait les démons, procurait des vents favorables aux navigateurs, venait en aide aux agriculteurs, réconciliait les couples désunis, exhortait au repentir les pécheurs et pleurait sur ceux qui ne pleuraient pas assez sur eux-mêmes; car de toutes ses vertus, ses larmes étaient sa prédication la plus éloquente. Son biographe, Adamman, le décrit en ces termes : « Il avait une figure angélique; c’était une nature d’élite; il était brillant dans ses paroles, saint dans ses actions, grand dans ses conseils. Il ne perdait pas un moment, toujours à prier, ou à lire, ou à écrire; enfin toujours occupé. Il supportait le poids des jeûnes et des veilles, sans répit. Un seul de ses travaux eut dépassé la force d’un homme. Et parmi ses labeurs, il apparaissait plein d’amour pour tous, plein de sérénité et de sainteté, mis en liesse par la joie du Saint-Esprit au fond de son cœur ». Ayant acquis une grande maîtrise dans l’art du discernement spirituel, il savait se montrer intraitable envers les pécheurs sans repentance, mais condescendant envers d’autres.

C’est ainsi qu’à un voleur venu dérober les phoques de la communauté, il ordonna de remettre quelques moutons en prix de sa peine et le laissa partir. Outre ses missions chez les Pictes, saint Colomba ne se désintéressait pas de ses compatriotes, les Scots, installés à l’ouest de l’Écosse. Il sacra leur roi Aïdan à Iona (574), inaugurant ainsi la royauté écossaise, et intervint auprès du roi suprême d’Irlande pour obtenir leur indépendance. Du fond de sa cellule, il les assistait dans leurs batailles, qu’il décrivait en détail à ses moines. Et l’on disait que les princes de ce temps ne faisaient rien sans consulter l’homme de Dieu. Au terme de trente-quatre ans de labeurs apostoliques en Écosse (597), saint Colomba, âgé de soixante-dix-sept ans, fut averti par un ange de son prochain trépas. Il alla bénir le grenier du monastère et, sur le chemin du retour, le vieux cheval blanc des moines accourut vers lui et posa sa tête sur sa poitrine en pleurant. Le saint recommanda à ses disciples de garder une «charité mutuelle et non simulée dans la paix», puis il se remit à la copie d’un Psautier. Lorsqu’il parvint au verset : « Ceux qui cherchent le Seigneur ne seront privés d’aucun bien » (Ps. 33, 11), il s’interrompit et désigna son successeur pour achever cette œuvre. Vers minuit, il se rendit en hâte à l’église, où il s’effondra devant l’autel. Lorsque ses disciples vinrent le relever, il esquissa un geste de bénédiction et expira. Le culte de saint Colomba connut une expansion considérable, et il est vénéré comme protecteur de l’Irlande, avec saint Patrick et sainte Brigitte. Par la suite, d’Iona, saint Aidan [† 651, cf. 31 août] alla fonder le monastère de Lindisfarne, d’où il entreprit l’évangélisation de la Northumbrie, sous la protection du roi saint Oswald [† 642, cf. 5 août], qui avait passé une partie de son exil à Iona. Après le Synode de Withby (664), qui vit le triomphe des usages romains dans la confédération anglosaxonne, Iona resta, jusqu’en 716, le centre de résistance des traditions celtes. Le monastère fut pillé par les Normands en 802, mais resta cependant la nécropole des rois d’Écosse jusqu’au XIe siècle.

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