”Le saint et glorieux martyr du Christ Artémios vécut sous le règne de Constantin le Grand. De noble famille, il jouissait des faveurs de l’empereur et reçut les dignités de Patrice et de duc augustal (gouverneur militaire) d’Alexandrie et de toute l’Égypte (vers 330). Mais ces honneurs ne lui firent pas perdre sa foi et son souci de répandre partout autour de lui la doctrine du salut. À la mort de Constantin (337), l’empire fut partagé entre ses trois fils. Constance, qui hérita de toute la partie orientale de l’empire (de l’Illyricum à la Perse, la Palestine et l’Égypte), s’installa à Constantinople. Ayant appris que les reliques de l’Apôtre André se trouvaient à Patras (Péloponnèse) et celle de saint Luc à Thèbes (Béotie), il confia à saint Artémios le soin de les transférer dans la ville impériale et de les y déposer dans l’église des saints-Apôtres. Quelque temps plus tard, Constance dut se rendre à Antioche avec son armée pour y combattre contre les Perses. Profitant de cette diversion, son cousin Julien s’empara de l’empire d’Occident (que Constance avait annexé en 351) et voulut se faire proclamer empereur à sa place. Constance se mit aussitôt en route pour rétablir la situation, mais il mourut en chemin, en Cilicie, n’ayant que le temps de recevoir le baptême. Julien devint alors seul empereur (360) et entreprit aussitôt de restaurer les anciens cultes païens, dont il croyait avoir été divinement institué nouveau prophète. Il envoya partout des édits ordonnant la restitution au culte des idoles des temples qui avaient été transformés en églises sous Constantin. Il interdit aux maîtres et rhéteurs chrétiens d’enseigner librement. Il fit asperger d’eau lustrale les marchés, afin de contraindre les habitants à ne manger que des aliments qui avaient été ainsi en quelque sorte consacrés aux idoles. Et dans plusieurs endroits de l’empire on vit fleurir à nouveau les palmes du martyre. Julien l’Apostat s’installa à Antioche, afin de pouvoir continuer la guerre contre les Perses, et il demanda à tous les gouverneurs des provinces de venir le rejoindre avec leurs troupes. L’ordre parvint à Artémios qui, fidèle aux autorités selon les recommandations de l’Écriture (Rom. 13, 1-2), leva son armée et partit d’Alexandrie pour Antioche.

 

 

À l’issue de ce long voyage, ils arrivèrent dans cette ville, où fut prononcé pour la première fois le nom de «chrétiens» (Actes 11, 26), au moment où l’empereur faisait comparaître devant lui deux prêtres, Eugène et Macaire, pour les contraindre à renier leur foi et à se soumettre au culte insensé des dieux de l’empereur. Ceux-ci répondaient bravement à tous les arguments de Julien en proclamant la divine doctrine de la Rédemption. À bout d’arguments, il donna l’ordre de leur infliger cinq cents coups de verges. Révolté de ce spectacle, Artémios s’avança vers l’empereur et lui déclara que toutes ces machinations qu’il entreprenait contre les chrétiens sous la suggestion du Démon étaient inutiles car, par la Croix du Christ, la puissance orgueilleuse des démons a été vaincue, et que les dieux qu’il adorait sous le nom d’Hermès ou d’Apollon n’ont d’autre réalité que le bois ou le métal fondu de leurs statues inanimées. La surprise de l’empereur se changea en fureur lorsqu’il apprit que celui qui s’adressait ainsi à lui était Artémios le duc d’Égypte, qu’il soupçonnait d’avoir été l’instigateur de la mort de son frère Gaïus-Constantin, César pour l’Orient, lequel avait été assassiné sous les ordres de l’empereur Constance. Il ordonna donc qu’on se saisisse sur le champ d’Artémios, qu’on lui arrache les insignes de ses charges et qu’il comparaisse devant lui le lendemain pour que son audace fût châtiée. Il fut donc ligoté, roué à coups de fouets et jeté, tout meurtri, en prison avec les deux autres martyrs. Plein de joie, Artémios élevait sa prière vers Dieu en disant: «Je te remercie, Seigneur, de m’avoir rendu digne d’être mis à la torture pour ton amour et d’être compté dans le chœur de tes saints». Le lendemain, on envoya les deux martyrs Eugène et Macaire en exil vers les régions hostiles de l’Arabie, où ils eurent la tête tranchée quelque temps plus tard (le 20 décembre [Une tradition différente est rapportée lors de leur commémoration, le 19 février]). L’empereur fit amener Artémios devant lui et lui promit d’abord tous les honneurs des familiers du souverain et même la charge de grandprêtre de ses dieux, s’il acceptait d’abandonner la grossière croyance de ceux qu’il nommait les «Galiléens».

 

 

De telles propositions ne pouvaient faire aucun effet sur le saint qui, avec le Christ, était déjà mort au monde et à ses illusions. Il lui sembla également inutile de faire une longue apologie du Christianisme devant l’empereur qui avait reçu dans sa jeunesse une éducation chrétienne. Il se contenta seulement de se disculper des accusations mensongères sur son rôle dans la mort de Gaïus et d’affirmer à l’Apostat que rien au monde ne pourrait lui faire abandonner le roc de la foi. Il ne restait donc plus au despote impuissant qu’à exprimer sa rage par la torture. Il fit percer le corps du saint par des broches rougies au feu. Mais à sa grande déception, pas un cri ni un seul gémissement ne sortit de la bouche d’Artémios. Le soir venu, le Christ lui apparut dans son cachot et le guérit miraculeusement de ses blessures. Réconforté par cette vision, Artémios demeura quinze jours sans manger ni boire, debout, occupé jour et nuit à la prière et à la contemplation des mystères célestes. Pendant ce temps, Julien s’était rendu à Daphni, aux environs d’Antioche, d’où il avait fait transférer les reliques de saint Babylas (cf. 4 septembre) dans un cimetière de la ville, afin d’édifier à l’endroit de sa sépulture un statue d’or d’Apollon et un temple consacré à son culte. Or, une nuit, alors que les prêtres s’affairaient en sacrifices et prières instantes pour que le soi-disant dieu daigne ouvrir sa bouche de bois et de métal, et donne son oracle, un feu descendit du ciel et ravagea entièrement le temple et la statue, sans que personne ne puisse l’éteindre. Rejetant la responsabilité sur les chrétiens, Julien fit alors accentuer ses persécutions dans tout l’empire. On ferma de nouvelles églises. À Samarie (Sébaste), il fit jeter au feu les reliques des prophètes Élisée et Jean-Baptiste. Dans la ville de Césarée de Philippe, il fit renverser la statue du Christ qui avait été confectionnée par l’Hémorroïse [Cf. le 12 juillet, mémoire de sainte Véronique ]. Il donna également l’ordre de laisser les Juifs reconstruire leur temple à Jérusalem (lequel avait été détruit en l’an 70) avec l’aide des fonds de l’état, afin de manifester la tromperie des prophéties du Christ sur la fin du culte de l’Ancienne Loi.

 

 

Partout on persécuta les chrétiens. C’est alors que Julien fit sortir Artémios de sa prison pour en finir avec lui. Il fit couper en deux un gros rocher qui se trouvait près du théâtre, fit étendre le saint sur l’une des moitiés et ordonna qu’on fasse retomber sur son corps l’autre moitié. Lorsque la pierre tomba, tous purent entendre le bruit des os qui se brisaient. On le laissa ainsi jusqu’au lendemain, pensant qu’il avait rendu l’âme. Mais quel ne fut pas l’étonnement du tyran, lorsqu’on souleva la pierre et qu’il put voir cet homme dont les os étaient brisés, les entrailles répandues à terre et les yeux arrachés, continuer à se moquer des faux dieux et à se glorifier dans la Croix du Christ. Loin de se convertir à la vue de ce prodige, Julien ordonna d’en finir et de le décapiter. Le martyr entendit avec joie cette sentence, et éleva ses mains au ciel pour rendre grâce à Dieu et prier pour le salut de l’Église. Il se rendit seul sur le lieu de l’exécution, se prosterna trois fois vers l’Orient et tendit avec joie sa nuque sous le glaive du bourreau. Une pieuse et noble dame acquit le corps du martyr et le fit transporter à Constantinople, où, pendant des siècles, il fut vénéré avec ferveur par les fidèles et accomplit d’innombrables guérisons.