”Ézéchias, fils d’Achaz, devint roi de Juda à l’âge de vingt-cinq ans (716-687). Contrairement à son père, qui s’était adonné à l’idolâtrie, et plus qu’aucun autre roi de Juda, il fut agréable à Dieu par sa piété, imitant en tout son ancêtre David. « Aussi le Seigneur fut avec lui, et il réussit dans toutes ses entreprises ». Dès le premier mois de son règne, il fit rouvrir et purifier le Temple, il supprima les sanctuaires idolâtres, brisa les stèles, coupa les pieux sacrés, et fit même mettre en pièce le serpent d’airain de Moïse, auquel certains attribuaient un pouvoir magique et offraient des sacrifices. Après avoir célébré un sacrifice d’expiation, il envoya des messagers dans tout le royaume d’Israël et de Juda pour convoquer le peuple à célébrer une Pâque pour le Seigneur. Une assemblée extrêmement nombreuse se rassembla à Jérusalem et l’on célébra cette solennité, pendant deux fois sept jours, dans une joie et une exultation telles qu’on n’avait rien vu de semblable depuis la dédicace du Temple au temps de Salomon. Le roi fit aussi entreprendre des travaux de fortifications à Jérusalem, fit creuser un canal pour amener l’eau à la piscine de Siloé, à l’intérieur des murailles, et assisté par le Prophète Isaïe (cf. 9 mai), qui l’encourageait à mettre toute sa confiance en Dieu, il se prépara à délivrer son peuple du joug des Assyriens.

C’est la sixième année du règne d’Ézéchias que Samarie, la capitale du royaume schismatique d’Israël, tomba aux mains des Assyriens, car le peuple avait transgressé l’Alliance du Seigneur. La quatorzième année de son règne, Sennachérib, roi d’Assyrie, s’empara des villes fortes du royaume de Juda et exigea du roi le paiement d’une forte rançon. Ézéchias livra alors tout l’argent qui se trouvait dans le Temple du Seigneur et dans les trésors royaux, mais Sennachérib se prépara néanmoins à assiéger la cité. Il envoya son grand échanson avec un important corps de troupes à Jérusalem pour réclamer sa reddition. L’émissaire rencontra le maître du palais et le secrétaire du roi près du canal de la piscine supérieure, et il leur dit au nom de son suzerain : « En qui mets-tu donc ta confiance, pour t’être révolté contre moi. Vous me direz peut-être que c’est en votre Dieu? Mais est-ce sans la volonté de Dieu que je suis monté contre ce lieu pour le dévaster? » Élevant la voix en langue judéenne à l’intention du peuple rassemblé, il ajouta : « Faites la paix avec moi, rendez-vous à moi, et je vous emmènerai vers un pays de froment et de vignoble, un pays d’huile et de miel, pour que vous viviez et ne mouriez pas. N’écoutez pas Ézéchias, car il vous abuse en disant: «Le Seigneur nous délivrera!» Les dieux du pays de Samarie l’ont-ils délivrée de ma main, pour que le Seigneur délivre Jérusalem? » Observant l’ordre du roi, les habitants ne répondirent pas un mot. Quand on rapporta ces menaces à Ézéchias, il déchira ses vêtements, se couvrit d’un sac et se rendit au Temple pour invoquer le secours de Dieu. Puis il envoya quérir le Prophète Isaïe, qui lui fit répondre de ne pas prendre peur et de mettre sa confiance en Dieu. Effectivement, une épidémie décima subitement l’armée assyrienne, et au matin la terre se trouva jonchée de cadavres. Sennachérib leva le camp et s’en retourna à Ninive, où il devait bientôt être assassiné par ses propres fils, alors qu’il était prosterné dans le temple de son dieu.

Peu après ce triomphe, Ézéchias tomba gravement malade, et le Prophète Isaïe lui annonça qu’il lui fallait se préparer à la mort. Le roi se mit à implorer Dieu avec d’abondantes larmes, en lui demandant de se souvenir de sa juste conduite. Isaïe n’était pas encore sorti de la cour que la parole du Seigneur lui annonça qu’Il avait entendu la prière d’Ézéchias, qu’Il avait eu pitié de ses larmes et qu’Il ajouterait quinze années à sa vie. Comme Ézéchias demandait un signe lui permettant de donner créance à cette promesse, Isaïe invoqua Dieu et il fit reculer l’ombre portée par le soleil de dix degrés sur l’escalier de la chambre haute du roi. Une fois guéri, Ézéchias éleva vers Dieu un cantique d’actions de grâces et promit de faire résonner les harpes dans le Temple tous les jours de sa vie (cf. Is. 38, 9-20).

Le Seigneur accorda au roi la paix dans toutes ses frontières, et il acquit de grandes richesses et un immense prestige aux yeux des autres nations. Mais, oubliant le bienfait dont il avait été le bénéficiaire et que sa guérison miraculeuse lui avait été accordée pour sa piété, Ézéchias s’enorgueillit au point d’attirer de nouveau la colère de Dieu sur son pays. C’est ainsi qu’une fois il se vanta de ses richesses devant des envoyés du roi de Babylone, et leur montra tous ses trésors. Isaïe lui reprocha cet acte de vaine gloire et lui annonça qu’un jour viendrait où tout ce que ses pères avaient amassé à Jérusalem serait emporté à Babylone, et que ses descendants seraient asservis au roi de Babylone. On raconte que, par la suite, Ézéchias s’humilia de sa conduite orgueilleuse et regagna la faveur divine. Il s’endormit en paix et fut enseveli avec ses pères. Son fils Manassé lui succéda et ne tarda pas à revenir à l’idolâtrie et à la débauche.