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L’homme intelligent est celui qui s ’est sanctifié

Lorsque l’homme n’occupe pas son cerveau au divin, mais l’occupe à la malice, il se livre au diable. Mieux vaudrait pour lui qu’il ait perdu la tête, car il aurait alors des circonstances atténuantes au Jour du Jugement.
— Géronda, la simplicité diffère-t-elle de la malice?
— Oui, autant diffère le renard du chacal! S’il voit quelque chose qui lui plaît, le chacal ira droit s’en emparer. Le renard, lui, rusera tout d’abord, puis ira s’en emparer moyennant la ruse.
— Géronda, la ruse peut-elle passer pour de l’intelligence?
— Assurément! Mais si l’homme examine sa conscience, il comprendra aisément la nature de la ruse et la nature de l’intelligence, comme la différence entre les deux. Il a d’ailleurs un tableau de référence. Quels sont les dons du Saint-Esprit1 ? L’amour, la joie, la paix, etc. Ces vertus lui sont-elles familières? Dans le cas contraire, il aura en lui quelque chose de satanique, il aura des signes caractéristiques du diable.

1. Voir Ga 5, 22-23.

L’homme intelligent est celui qui s’est purifié de ses passions. L’homme dont l’esprit est sanctifié, voilà l’homme véritablement intelligent. Si le cerveau ne se purifie pas, l’intelligence ne sert à rien. Vois, par exemple, les journalistes, les hommes politiques. Ils sont, certes, intelligents, mais comme, pour la plupart, leur cerveau n’est pas sanctifié, les discours soi-disant intelligents qu’ils profèrent sont tissés de sottises. Leur grande intelligence leur fait dire de grosses sottises! Si l’homme n’exploite pas son cerveau, il sera exploité par le diable. S’il n’utilise pas son intelligence pour le bien, le diable l’utilisera pour le mal.
— Vous voulez dire qu’en n’utilisant pas son intelligence pour le bien, l’homme donne au diable des droits d’intervenir?
— Si un homme n’utilise pas son intelligence pour le bien, des droits sont automatiquement donnés au diable. S’il ne travaille pas au plan spirituel, il pervertit le bien et fait lui- même le mal. Le diable n’y est ici pour rien. Si un homme intelligent, par exemple, se laisse aller à la paresse et ne fait pas travailler son cerveau, à quoi lui sert son intelligence?
— Un homme intelligent, mais rempli de passions, peut- il avoir un jugement correct?
— Il doit, tout d’abord, veiller à ne pas se fier à son intelligence. Car se fier à sa propre cervelle conduit l’homme spirituel à l’illusion et l’homme mondain à la folie. Que l’homme intelligent, donc, ne se fie pas à sa pensée. Qu’il interroge et prenne conseil, qu’il sanctifie son intelligence. Et plus généralement nous devons sanctifier tout ce que nous avons. Sanctifier notre intelligence nous aide à acquérir le discernement. S’il ne s’efforce pas de se sanctifier, un homme, aussi intelligent qu’il soit, restera dépourvu de discernement spirituel. Quant au simple par nature, il peut, lui, prendre un homme tombé dans l’illusion pour un saint et un efféminé pour un dévot! En revanche, quand un homme intelligent se purifie, il acquiert un grand discernement.

— Géronda, comment se purifie l’intelligence?
— Pour que son intelligence se purifie, l’homme ne doit accepter ni les «télégrammes» du diable ni les mauvaises pensées*, mais agir en tout avec bonté et simplicité. La Grâce l’éclaire alors, lui accordant une grande lucidité spirituelle, l’illumination divine, si bien qu’il voit le fond des cœurs et ne tire plus de conclusions humaines.
— Géronda, le discernement est-il lié à la connaissance?
— Le discernement provient de l’illumination divine. Nous pouvons lire les Pères, acquérir certaines connaissances, mener notre combat spirituel et prier, mais ne pas avoir de discernement. Le discernement provient de l’illumination divine, ce qui est tout autre chose.
— Géronda, les hommes jadis étaient-ils meilleurs?
— Ce n’est pas que les hommes jadis aient été meilleurs, mais ils avaient de la simplicité et de bonnes pensées. Aujourd’hui, ils voient tout avec ruse, car ils mesurent tout avec leur raison seulement. L’esprit européen a fait un mal immense. C’est lui qui a dévasté les âmes. Autrement, vu que tous sont plus ou moins instruits, les hommes actuels auraient dû être capables de s’entendre et d’atteindre un état spirituel élevé. Malheureusement, l’athéisme qu’on leur a prêché, les diverses idées sataniques qu’on leur a inculquées, les ont détruits au plan spirituel, et il est désormais impossible de s’entendre avec eux. Jadis, on ne pouvait s’entendre avec celui qui manquait de piété et manquait, en outre, d’instruction. Je me rappelle qu’un moine fut scandalisé en entendant, un jour, à la Liturgie des Présanctifiés commémorer Grégoire, Pape de Rome2 , et il s’écria: «Je ne m’attendais pas à cela, de votre part, vous êtes devenus papistes!». À ces mots, il se leva et quitta l’église, car il pensa que l’on faisait mémoire du Pape de Rome! Vois jusqu’où peut mener l’ignorance! L’ignorance est une chose terrible. Les hommes pieux mais au zèle peu éclairé sont ceux qui causent le plus grand tort: sans examiner le fond des choses, ils créent des problèmes.
2. Il s’agit de saint Grégoire le Grand, pape de Rome (540-604), fêté le 12 mars dans l’Église Orthodoxe. Saint Grégoire est l’auteur de quatre livres de Dialogues, d’où son nom, chez les Grecs, «le Dialogue». On lui attribue la Liturgie des Présanctifiés, et c’est pourquoi il est commé¬moré à cette Liturgie.

La connaissance dépourvue d’illumination divine conduit à la catastrophe

Si les hommes mettaient quelque frein à leur cerveau, qui travaille avec une vitesse folle, non seulement celui- ci se reposerait davantage, mais la Grâce viendrait aisément sur eux. Dépourvue de cette illumination divine, la connaissance conduit à la catastrophe. Celui qui accomplit un travail sur lui-même, qui mène son combat spirituel, est éclairé par Dieu. Recevant l’illumination divine, il agit non plus selon ses propres pensées, mais en fonction des états surnaturels dont il fait l’expérience, et c’est pourquoi il voit loin. Le myope voit bien de près, mais ne voit pas au loin. Celui qui n’est pas myope verra, au mieux, un peu plus loin que le myope, mais c’est sans conséquence. Les yeux charnels ne sont jamais que deux, les spirituels sont bien plus nombreux.
Ceux qui s’éloignent du Christ se privent de l’illumination divine, car ils quittent, les insensés, le côté ensoleillé pour se retirer à l’ombre. En conséquence, ils prennent froid et tombent malades au plan spirituel. Si l’homme ne se purifie pas, si l’illumination, la connaissance divine ne lui est pas accordée, sa propre connaissance, aussi juste qu’elle puisse être n’est — je le constate — qu’un pur rationalisme, rien de plus. Si l’illumination divine lui manque, tout ce qu’il pourra dire, tout ce qu’il pourra écrire ne sera d’aucun profit. Voyez quelles profondes significations cache le Psautier, lequel est écrit sous l’inspiration de la Grâce!

Qu’on rassemble, si on veut, tous les théologiens et tous les philosophes* du monde, on constatera qu’ils ne seront pas capables de composer un seul psaume d’une telle profondeur! David était sans instruction, mais on voit clairement comment il était guidé par l’esprit de Dieu!
L’Église souffre aujourd’hui, car l’illumination divine fait défaut et chacun interprète les choses à sa façon. Le facteur humain entre en jeu, les passions se déchaînent, et le diable rôde. C’est pourquoi les personnes dominées par leurs passions ne doivent pas aspirer à dominer autrui.
— Géronda, vous voulez dire que les hommes doivent prier Dieu avec insistance de leur accorder Sa divine illumination?
— Oui, car autrement, les solutions qu’ils proposent ne sont que des produits de leur cerveau. Et il n’en résulte que de la confusion. Conférences, symposiums… Le pire est que la majorité des participants à ces manifestations n’ont pas auparavant appris à se connaître eux-mêmes. Or la seule connaissance de soi vaut plus que toutes les connaissances du monde entier. Celui qui acquiert une humble connaissance de soi est reconnu par autrui. Si certains se connaissaient eux-mêmes, ils constateraient leur misère et n’oseraient pas ouvrir la bouche!
Un homme se plaignit à moi un jour qu’il n’y ait personne pour représenter l’Orthodoxie à l’étranger, dans les conférences… Il parlait, n’arrêtait pas de parler et présentait une situation désespérée. Je finis par lui dire: «Que répondit le Prophète Élie3 quand Dieu lui demanda: «Que fais-tu, Élie, à l’Horeb?». Le prophète dit: «Je suis resté seul». Dieu lui dit alors: «Sept mille hommes n’ont pas fléchi le genou devant Baal». Sept mille hommes étaient restés fidèles, et le prophète osait dire: «Je suis resté seul!». Et toi tu présentes une situation si désespérée, alors qu’existent

3. Voir 3 R 19, 13-18.

tant de croyants! Qui est notre Christ Pantocrator? Est-Il comme le Pantocrator représenté sur la coupole de l’église qui a des fissures causées par un tremblement de terre, si bien que nous nous demandons comment éviter qu’il se détériore davantage et que nous taisons appel aux spécialistes de l’Archéologie nationale pour le restaurer? — En Amérique, du moins, il n’existe personne, m’objecta-t-il. — Moi, je connais de nombreux croyants en Amérique, protestai-je. — C’est exact, admit-il, mais les catholiques agissent avec ruse. — Les catholiques, lui dis-je, sont dégoûtés du papisme et reviennent maintenant à l’Orthodoxie. Lorsque le Patriarche Dimitrios est allé en visite officielle en Amérique, les catholiques eux-mêmes ne l’ont-ils pas acclamé aux paroles de: “Le Patriarche est un vrai chrétien, le Pape, lui, est un commerçant!”. Ne criaient-ils pas ce slogan avec indignation? Que me chantes-tu là, que les catholiques s’efforcent d’entrer par ruse dans l’Orthodoxie pour la pervertir? Où donc est Dieu? Le diable peut-il avoir ainsi les mains libres?».
Le rationalisme occidental a, hélas, influencé certains chefs de l’Eglise Orthodoxe d’Orient. Aussi se trouvent-ils dans l’Église Orientale du Christ avec leur corps seulement alors que leur esprit se trouve en Occident, qu’ils voient régner comme un soleil sur le monde séculier. S’ils considéraient l’Occident d’un point de vue spirituel, à la lumière de l’Orient, ils verraient le coucher de soleil spirituel de l’Occident, qui perd peu à peu la lumière du Soleil intelligible, du Christ, et avance vers de profondes ténèbres. Les responsables se rassemblent, organisent des conférences4 où l’on discute indéfiniment sur des thèmes ne nécessitant aucune discussion, sur lesquels, il y a tant d’années, même les Saints Pères n’ont pas discuté. Tout cela provient du

4. Le Père Païssios a ici en vue les conférences organisées pour débattre de questions qui ont déjà été tranchées par l’Eglise ou résolues par les Saints Pères ou encore n’ont pas besoin de discussion.

Malin qui vise à étourdir et à scandaliser les croyants, à pousser les uns dans l’hérésie, les autres au schisme, et à gagner ainsi du terrain. Oh là, là! Comme on tourmente et embrouille les croyants!
Mais quelle est donc l’origine de ce phénomène? Ces personnes négligent de travailler au plan spirituel; elles ont la conviction d’être des hommes spirituels et finissent par dire des sottises. Un enfant avec sa pureté naturelle et le peu de connaissance qu’il a vous dira, lui, des choses sensées. Un homme très instruit, au contraire, au cerveau enflé d’orgueil et embrumé par l’influence diabolique qu’il a subie, vous sort les plus grands blasphèmes qui soient.
Celui qui charge sans cesse son cerveau de connaissances et qui vit loin de Dieu, fait de son cerveau une épée à deux tranchants. De l’un, il se tranche la gorge peu à peu, et de l’autre, il tranche la vie des autres hommes par ses décisions purement humaines et cérébrales. La connaissance humaine, lorsqu’elle est sanctifiée, devient une connaissance divine et elle peut aider. Autrement, elle n’est qu’une construction humaine, le produit du cerveau guidé par la logique du monde. Le cerveau tout seul ressemble à un bâton en fer, qui n’a aucune propriété magnétique. Il peut bien frapper les autres métaux pour les faire coller ensemble, il ne pourra que les déformer: ils ne colleront pas!
Tel est le monde contemporain. Il voit tout sous le prisme de la froide logique. Or cette logique est une catastrophe. L’Apôtre ne dit-il pas: «La connaissance enfle»5 ! Si l’illumination divine nous fait défaut, toute la connaissance du monde ne nous servira à rien; bien plus, elle nous conduira à la catastrophe.

5. 1 Co 8, 1.

La science doit être bien utilisée dans la vie spirituelle

Tout le mal provient du cerveau lorsqu’il tourne uniquement autour de la science et est totalement éloigné de Dieu. Ces scientifiques-là ne trouvent ni paix intérieure ni équilibre. Mais si leur intellect tournait autour de Dieu, ils utiliseraient leur science pour leur propre perfection intérieure et le bien du monde, car leur cerveau serait alors sanctifié.
— Géronda, vous voulez dire que la science n’aide pas l’homme?
— La science peut grandement aider l’homme, mais elle peut aussi lui obscurcir l’esprit. J’ai connu des âmes peu instruites, mais qui possédaient une plus grande lucidité spirituelle que d’autres qui avaient reçu davantage d’instruction. Si les personnes dont le cerveau a été embrouillé par l’orgueil de la science s’efforcent, avec la Grâce de Dieu, de le désembrouiller, elles auront naturellement bien plus d’atouts pour travailler. Mais si nos talents ne sont pas sanctifiés — la connaissance n’est pas alors sanctifiée -, ils ne pourront servir qu’à un travail purement mondain, et non pas à un travail spirituel. Si une inquiétude salutaire se manifeste dans l’âme, on se sanctifie vite. Ceux qui donnent la priorité à leur formation intérieure (la formation de leur âme) et utilisent aussi à cet effet leur formation extérieure se transforment vite au plan spirituel. Et s’ils mènent une vie spirituelle, ils aident par là de nombreuses personnes autour d’eux, car ils les tirent de l’angoisse infernale pour les conduire à la joie du Paradis. Il arrive souvent que ces hommes de Dieu aient peu de diplômes, mais ils aident davantage les autres que ceux qui en ont des tas, car ils possèdent, eux, non pas une abondance de papiers, de diplômes, mais la Grâce de Dieu en abondance! Le monde gît dans le péché; il a donc besoin de prières et d’exemples. Les nombreux livres et imprimés ne sont que des billets de banque qui ont de la valeur seulement si les

banques ont des réserves d’or! C’est par conséquent dans la «mine» de l’âme qu’il faut travailler.
Je me rappelle le fait suivant arrivé au Monastère d’Esphigménou. Un vieux Père, qui aidait à l’infirmerie du monastère, était d’une simplicité telle qu’il croyait que l’Ascension, à laquelle le monastère était dédié, était une sainte! Aussi égrenait-il son chapelet’ en disant: «Sainte de Dieu, intercède pour nous!». Un jour, alors qu’un frère à l’infirmerie était malade, le vieillard en question n’avait rien à lui donner à manger. Il descendit bien vite au sous-sol et, tendant ses mains par la fenêtre qui donnait sur la mer, il s’écria: «Sainte Ascension, donne-moi un petit poisson pour le frère!». Et miracle! Un gros poisson lui sauta aussitôt entre les mains! Les autres Pères, témoins de la scène, en restèrent ébahis. Lui les regardait en souriant comme pour leur dire: «Que voyez-vous là d’étrange?». Nous, nous avons des connaissances, nous savons quand est fêté tel saint, quand a été martyrisé tel autre, nous savons quand, où et comment, a eu lieu l’Ascension, mais nous ne sommes pas capables d’obtenir par notre prière un tout petit poisson! Voilà les phénomènes étranges et illogiques de la vie spirituelle, que la logique des intellectuels (ceux qui sont centrés non sur Dieu, mais sur leur propre moi) ne peut expliquer, car leur connaissance est une connaissance de ce monde, connaissance stérile accompagnée d’une grave maladie spirituelle: leur manque le Saint-Esprit.

Le Saint-Esprit ne descend pas sur l’homme au moyen de machines

La parole qui vient de l’intelligence humaine n’apporte pas de transformation dans les âmes, car elle est chair. La Parole de Dieu qui naît du Saint-Esprit possède, elle, l’énergie divine et transforme les âmes. Le Saint-Esprit ne descend pas sur l’homme au moyen de machines, et c’est

pourquoi la théologie n’a rien à voir avec l’esprit scientifique. Le Saint-Esprit descend tout Seul, lorsqu’il trouve en l’homme les prédispositions spirituelles requises. Ces prédispositions, c’est d’avoir dérouillé les cables spirituels et être devenu bon conducteur, capable de recevoir le courant de l’illumination divine. L’homme devient ainsi un scientifique spirituel, un théologien. Par le mot «théologien», j’entends les théologiens qui ont des réserves théologiques, ceux dont le diplôme a de la valeur, et non pas ceux dont le diplôme ne vaut pas plus cher que les billets de banque durant l’Occupation6 .
Souvent, on se fatigue le cerveau des années durant pour apprendre deux ou trois langues étrangères et, à notre époque, la plupart des hommes savent des langues étrangères. Mais comme elles n’ont aucun rapport avec les langues de la Pentecôte, nous vivons dans la plus grande Babylonie. C’est un grand mal de faire de la froide théologie avec notre propre cervelle et de présenter notre cervelle comme l’organe du Saint-Esprit. Cela s’appelle de l’encéphalogie, laquelle engendre la tour de Babel. Dans la vraie théologie, en revanche, il existe bien une multitude de langues (je veux dire de charismes), mais toutes ces langues s’accordent entre elles, car leur Maître est unique: c’est le Saint-Esprit de la Pentecôte, et ces langues sont de feu .
— Géronda, un des stichères de la Pentecôte dit que le Saint-Esprit «est donateur de toute chose»8 .
— C’est exact, Il est donateur, mais II donne là où il y a place pour recevoir. S’il n’y pas de place, comment pourrait-il accorder Ses dons? Une seule parole d’un homme humble, vivant ce dont il parle, une seule parole qui sort avec douleur des profondeurs du cœur, a plus de valeur que le flot de littérature d’un homme extérieur, que les paroles

6. L’Occupation allemande eut lieu durant les années 1941-1944.
7. Voir Ac 2, 3.
8. Voir Pentécostaire, trad. Guillaume, Parme, 1994, 3e éd.. p. 398.
9.

qui sortent impétueusement de sa langue cultivée, laquelle n’éclaire pas les âmes, car elle est chair et non pas langue de feu de la Pentecôte!

La connaissance doit être sanctifiée

La connaissance est une bonne chose, l’instruction est une bonne chose, mais si elles ne sont pas sanctifiées, ce sont des choses perdues qui conduisent à la catastrophe. Des étudiants, bardés de livres, vinrent un jour à mon ermitage et me dirent: «Géronda, nous sommes venus pour discuter ensemble de l’Ancien Testament. La connaissance n’est-elle pas permise par Dieu? — Quelle connaissance? répondis-je. celle que l’on acquiert avec le cerveau? — Oui». Je leur dis alors: «Cette connaissance fait atteindre la lune, mais elle n’élève pas jusqu’à Dieu!». Bonnes sont les puissances cérébrales, qui permettent à l’homme d’atteindre la lune au prix de milliards de dollars de carburant. Mais meilleures sont les puissances spirituelles, qui permettent à l’homme d’atteindre Dieu, sa destination, sans dépenser beaucoup de carburant: rien qu’un morceau de pain grillé! J’ai posé un jour cette question à un Américain venu à mon ermitage: «En tant que grande nation, quel exploit avez-vous accompli? — Nous avons atteint la lune, me répondit-il. — A quelle distance se trouve-t-elle? — Approximativement à un demi-million de kilomètres. — Et combien de millions avez-vous dépensé pour aller sur la lune? — Nous avons dépensé depuis 1950 des montagnes de dollars». Je lui demandai alors: «Avez- vous atteint Dieu? A quelle distance se trouve-t-Il? — Dieu, me répondit-il, est très loin. — Nous, en revanche, lui dis-je en conclusion, nous atteignons Dieu avec un seul morceau de pain grillé!».
La connaissance naturelle aide à acquérir la connaissance spirituelle. Cependant, si l’homme en reste à la connaissance naturelle, il demeure au niveau de la nature et

n’atteint pas le Ciel. Il reste au paradis terrestre, arrosé par le Tigre et l’Euphrate, se réjouit de la beauté de la nature et des animaux, mais il n’atteint pas le Paradis céleste pour se réjouir avec les anges et les saints. Pour atteindre le Paradis céleste, il est indispensable de croire au Maître de ce Paradis et de L’aimer; il est indispensable de reconnaître notre état de pécheur, de nous humilier pour Le connaître, converser avec Lui dans la prière et Lui rendre grâces, à la fois quand Il nous aide et quand Il nous éprouve.
— Géronda, celui dont l’âme se plaît dans les métanies*, le jeûne, l’ascèse, a-t-il besoin de lire des ouvrages dogmatiques ou théologiques?
— Une instruction de base est un outil très utile à celui qui la possède. Mais il ne doit pas chercher à acquérir des connaissances dans le but d’aider autrui ou d’impressionner les autres en faisant des réflexions pertinentes. Son savoir doit servir à son propre profit spirituel. Si nous nous efforçons de sanctifier les talents que nous avons reçus de Dieu, la Grâce viendra sur nous et nous éclairera. C’est dans la lumière de la Grâce que nous découvrirons toute la dogmatique et la théologie qui nous sont nécessaires, car nous ferons alors l’expérience des mystères de Dieu. D’autres personnes, en revanche, peuvent être simples par nature, se contenter de ce que Dieu leur a donné et ne pas désirer acquérir davantage de connaissances.
— Si, tout en étant au monastère, nous aspirons encore à acquérir des connaissances du monde, quelle conclusion devons-nous en tirer?
— Que nous n’avons acquis aucune connaissance! «Vous connaîtrez ta vérité et la vérité vous rendra libres»9 , dit l’Écriture. Lorsque l’homme s’humilie, il est éclairé par Dieu, et son intellect ainsi que sa puissance de raisonnement se sanctifient — alors qu’auparavant l’action de son intellect était

9. Voir Jn 8, 32.

purement chamelle. Si un homme sans instruction se met en tête par orgueil d’interpréter les dogmes, de lire l’Apocalypse, des ouvrages patristiques, etc., son cerveau s’enténèbrera et il aboutira à l’incroyance. La Grâce l’abandonnera, car il aura été motivé par l’orgueil. L’humilité, voyez-vous, aide en tout, c’est elle qui donne la force. La pensée la plus sage qui pourrait me venir à l’esprit, la solution la plus sage que je pourrais trouver, si elle est pénétrée d’orgueil, se révélera le plus grand non-sens qui soit. L’humilité, au contraire, est la sagesse véritable. Toute tentative de mieux comprendre les dogmes doit donc s’accompagner d’abnégation de soi et de profonde humilité. Sinon, au lieu de profit spirituel, on aboutira au contraire. L’intellect s’enténèbrera et le fait d’avoir procédé avec orgueil conduira à blasphémer. Ce qu’on a ainsi entrepris dépasse ses forces. Si pour l’homme instruit qui se met en tête d’interpréter les dogmes existe le danger de se tromper, a fortiori pour l’homme sans instruction qui cherche à pénétrer l’esprit des Pères, alors qu’il n’a pas atteint l’état spirituel correspondant! Car s’il avait atteint, ne serait-ce qu’un certain niveau spirituel, il n’oserait pas s’attaquer à ces sujets et se dirait: «Si j’ai besoin de certaines connaissances. Dieu m’éclairera! Appliquer ce que je sais me suffit! C’est déjà beaucoup!».
— Géronda, vous voulez dire que si un homme se méprend sur le sens d’un passage de l’Évangile, c’est parce qu’il manque d’humilité et de piété?
— Oui, car, sans l’humilité, les interprétations qu’il donne sont issues de son intellect, de sa raison, et restent dépourvues de l’illumination divine.
— Si on ne comprend pas un passage, est-il préférable de le laisser pour plus tard?
— Oui, qu’on se dise: «Ce texte évangélique cache ici quelque chose de profond, mais je ne le comprends pas». Dans mon enfance, quand il m’arrivait en lisant l’Évangile de ne pas comprendre un passage, je ne cherchai pas à l’interpréter,

mais je me disais: «L’Évangile cache ici quelque chose de profond, mais je ne le comprends pas». Et ultérieurement, lorsque ce passage m’était devenu nécessaire, le sens venait de lui-même! Néanmoins, je me disais: «Va donc demander à un tel comment il interprète ce passage». Et il m’expliquait le texte exactement comme je l’avais compris! Essayer d’interpréter l’Évangile, surtout lorsqu’on ne le comprend pas, est faire preuve d’irrévérence. C’est pourquoi, quand vous vaquez à la lecture spirituelle, n’interprétez pas les textes avec votre intellect, mais tachez de cultiver les bonnes pensées pour que vienne la divine lumière du discernement, et les textes s’interpréteront alors d’eux-mêmes.
— Lorsque l’homme atteint un état spirituel plus élevé, peut-il comprendre les textes à un niveau plus profond?
— Non pas à un niveau plus profond. Le sens divin d’un texte cache de nombreux autres sens divins. Une personne peut en saisir quelques-uns immédiatement et certains plus tard. Une autre peut lire et lire, apprendre des tas de choses, mais ne pas pénétrer du tout le sens des textes évangéliques. Une autre encore peut ne pas lire beaucoup, posséder seulement l’humilité et l’esprit ascétique si bien que Dieu l’éclaire, et elle pénètre aisément le sens de l’Évangile. Celui qui désire lire davantage peut le désirer par vaine gloire ou par plaisir personnel. Il ressemble à celui qui, au cœur d’un combat, ne regarde pas comment combattent les combattants pour pouvoir lutter à son tour, mais regarde constamment sa montre pour avoir le temps de suivre un autre combat, puis encore un autre. Il ne deviendra jamais combattant, il restera spectateur.
— Géronda, on dit souvent d’un homme instruit: «Celui- ci un homme cultivé». Est-ce toujours le cas?
— Lorsque nous disons: «Celui-ci un homme cultivé», nous entendons cultivé spirituellement, mûr spirituellement. J’ai constaté qu’il existe des ignorants pleins d’orgueil et des ignorants pleins d’humilité, des hommes instruits pleins

d’orgueil et des hommes instruits pleins d’humilité. L’état intérieur est fondamental. C’est pourquoi Basile le Grand disait à juste titre: «Le plus difficile est d’avoir un poste élevé et un esprit humble». Celui qui occupe un poste élevé est quelque peu justifié d’avoir un peu d’orgueil. Celui, en revanche, qui n’occupe pas de poste important et qui a de l’orgueil manque totalement de justification. Le fondement. c’est le travail effectué sur soi, le travail intérieur. Celui qui accomplit un travail intérieur sur lui-même, s’il est, en outre, instruit et humble de cœur, c’est l’idéal. Mais il est grave d’avoir une haute idée de soi tout en ne possédant pas une grande instruction.

«La connaissance enfle»

L’éducation du monde nuit le plus souvent, car elle développe en l’homme une haute idée de soi. Cette idée devient ensuite une barrière qui empêche la Grâce de l’approcher. En revanche, lorsque l’homme abandonne l’idée qu’il a de lui-même, la fausse idée j’entends, le Bon Dieu, notre riche Père, l’enrichit de Ses divines et lumineuses idées. Mais si le malheureux garde dans sa cervelle cette haute idée qu’il a de lui-même, il continuera à n’être que cerveau, que chair, et ignorera totalement la Grâce de Dieu, l’Esprit Saint. Il est à craindre que les nombreuses connaissances n’enflent sa tête et ne la rendent comme un ballon; elle court le danger d’éclater en l’air (par schizophrénie) ou de tomber (par orgueil) et de se briser. Afin de garder l’équilibre, la connaissance doit s’accompagner de la crainte de Dieu et aller de pair avec la mise en pratique. La pure connaissance est nuisible.
Lorsque, mû par l’orgueil, je parle en vue de susciter l’admiration parce que j’ai mieux raisonné que les autres, les lois spirituelles vont entrer en vigueur afin de susciter en moi une prise de conscience. Mais si cela se répète, c’est

gênant. Si un cil entre dans l’œil, il l’irrite. Si cela se répète, il provoque une forte irritation. De façon analogue se produit ici une forte irritation spirituelle. Quand un homme doué d’intelligence accomplit facilement un travail, il doit fondre de reconnaissance devant Dieu; il doit Lui rendre grâces jour et nuit de lui avoir donné l’intelligence si bien qu’il accomplit ce travail sans se fatiguer. Il ne manquerait plus que cela qu’il ne rende pas grâces à Dieu!
— Géronda, et si cet homme a l’impression qu’il n’arrive à rien?
— C’est que le diable le tente du côté opposé. On posa au chameau la question suivante: «Que préfères-tu, la montée ou la descente?». Et il répondit: «Pourquoi devrais-je choisir entre les deux? N’existe-t-il plus de route droite?». Les personnes qui n’ont pas de cervelle sont en meilleur état. Le cerveau nous a été donné, mais qu’en faisons-nous? Nous devrons en rendre compte. Combien Dieu fait-il tout avec sagesse! Ceux qui n’ont pas de cervelle sont joyeux, et ils le seront encore plus en l’autre Vie. Et ceux qui ont beaucoup de cervelle sont tourmentés.
— Géronda, les retardés mentaux seront en bonne santé en l’autre Vie? Ils ne seront pas lésés?
— Finalement, la grosse cervelle deviendra de la cendre et le peu de cervelle deviendra aussi de la cendre. Au Ciel, tous seront pur esprit. Les saints qui étaient théologiens ne seront pas davantage favorisés en ce qui concerne la connaissance de Dieu que ceux qui étaient intellectuellement retardés en cette vie. Peut-être Dieu donnera-t-ll à ces derniers quelque chose de plus, car ils ont été privés ici-bas.

Faisons travailler correctement notre cerveau

— Géronda, pourquoi dites-vous souvent que l’instruction est une bonne prédisposition pour le monaschisme?
— Ecoute ce que je vais te dire. Un moine instruit peut lire

un ouvrage patristique et, vu qu’il le comprend aisément, avec un peu d’effort, il progressera rapidement dans la vie spirituelle. Un moine sans instruction, s’il n’est pas spécialement pieux, progressera difficilement. Une personne peu instruite doit faire elle-même l’expérience d’états spirituels élevés pour comprendre ce qu’elle lit. L’homme instruit, en revanche, progressera avec moindre effort. Il lui suffit de faire travailler son cerveau et de ne pas en rester à la seule théorie. Je ne veux pas dire, cependant, qu’il doit vouloir appréhender les mystères de Dieu avec son cerveau.
— Géronda, vous voulez dire que nous devons utiliser notre intelligence pour lutter contre nos passions?
— Pas seulement dans la lutte contre nos passions, nous devons l’utiliser en général. Nous devrions prendre conscience des bienfaits de Dieu, contempler l’univers et louer le Créateur, Lui rendre grâces. Vois, c’est d’abord Abraham qui chercha Dieu, et ensuite seulement Dieu chercha Abraham.
— Comment cela?
— Le père d’Abraham était païen, il adorait les idoles. Abraham contempla l’univers et fut perplexe en pensant que ses parents adoraient des idoles sans âme. Son intelligence travailla et il se dit: «Ces idoles, ces morceaux de bois, ne peuvent pas être des dieux, ne peuvent pas avoir créé le monde. Quel est Celui qui a fait le ciel, les étoiles, le soleil, et toute la création? Je dois trouver le Vrai Dieu! En Lui, je croirai et c’est Lui seul que j’adorerai!». Dieu alors se révéla à Abraham en lui disant: «Sors de ton pays et de ta parenté»10 . Et Il le conduisit à Hébron. Abraham devint l’enfant bien-aimé de Dieu. Même s’il n’est pas d’abord pieux, un homme instruit, vu qu’il comprend vite, progressera vite avec un peu d’effort et d’humilité. Au bataillon des Transmissions, par exemple, où je servis pendant la guerre, certains signes étaient en anglais. Les soldats

10. Voir Gn 12, 1.

qui étaient instruits et qui savaient, en outre, l’anglais les comprirent aussitôt. Nous autres, en revanche, nous eûmes des difficultés. De môme pour la théorie qui nous était enseignée: ceux qui avaient un minimum d’instruction comprenaient facilement, alors que nous, nous avions des difficultés à saisir de quoi il retournait.
Nous devons reconnaître les bienfaits de Dieu, nous devons prendre conscience de Ses dons. Pourquoi Dieu nous a-t-il donné l’intelligence? Pour que nous examinions notre conscience, que nous méditions, pour que nous nous observions, etc. Dieu ne nous a pas donné l’intelligence pour que nous nous préoccupions de trouver le moyen de transport le plus rapide pour aller d’un pays à l’autre, mais pour que nous nous occupions du principal, comment arriver à notre destination, c’est-à-dire près de Dieu, comment atteindre notre vrai pays, le Paradis!
De quels bienfaits Dieu n’a-t-Il pas comblé le peuple d’Israël! Quels signes, quels miracles n’a-t-Il pas accomplis! Et pourtant, lorsque Moïse tarda à descendre de la montagne du Sinaï avec les tables de la Loi, les dix commandements, le peuple donna ses objets précieux pour fabriquer un veau en or et se prosterner devant lui11 . A notre époque du moins, il n’existe personne… à l’intelligence de veau. Un homme instruit n’a donc aucune excuse de ne pas comprendre ce qui est juste. Dieu a doté l’homme d’intelligence afin qu’il trouve Son Créateur. Les Européens ont enténébré leur cerveau; ils sont remplis de confusion et se dirigent vers le gouffre, car ils ont rayé Dieu de leur vie.
Certains, bien que possédant l’intelligence, la finesse et toutes les prédispositions nécessaires pour progresser, n’avancent pas, car ils ne font pas attention à ce qu’on leur dit. Dès qu’on leur explique quelque chose, ils coupent la parole en disant «j’ai compris» et ils s’empressent de

11. Voir Ex 32,1 -6.

compléter. Des jeunes gens très intelligents viennent au Mont Athos. Quand on leur parle, on a l’impression qu’ils saisissent aussitôt ce qu’on leur a dit. Mais, en fait, cela rentre par une oreille et sort par l’autre, car ils n’y prêtent pas attention. D’autres, en revanche, moins intelligents, font attention, écoutent attentivement jusqu’au bout, et ce qu’ils ont entendu leur reste à l’esprit. D’autres encore, comprennent beaucoup de choses, amassent des connaissances d’un peu partout et n’accomplissent rien. Ils rendent stérile l’intelligence que Dieu leur a donnée. Ils sont pleins d’orgueil et ne laissent pas la Grâce divine les couvrir de son ombre. D’autres, en revanche, qui ne sont pas très intelligents, s’humilient et avouent: «Je ne comprends pas»; ils redemandent des explications: «Comment as-tu dis?». Et ils s’efforcent de mettre ensuite cet enseignement en pratique. La Grâce vient sur eux et ils progressent. L’homme humble acquiert habituellement des connaissances, alors que l’orgueilleux, qui n’a pas l’humilité d’interroger, n’a pas de connaissances. Saint Arsène le Grand était l’homme le plus instruit de tout l’empire byzantin. Saint Théodose le Grand l’avait pris comme précepteur de ses enfants Arcade et Honoré. Cependant, lorsqu’il vint au désert pour devenir moine, il demeura avec Abba Macaire, qui n’avait pas d’instruction, et disait: «Je ne sais même pas l’alphabet de cet homme!»12 .
— Comment faire pour ne pas envisager les choses uniquement avec l’intelligence?
— Il faut faire travailler l’intelligence correctement, la faire travailler sur la grandeur de Dieu, la faire trouver Dieu, et non pas faire de son intelligence un dieu. Les hommes intelligents devraient être avancés au plan spirituel. Un simple coup d’œil leur suffit pour comprendre. Celui qui fait travailler son intelligence est capable d’aider autrui. Autrement, son intelligence peut le tourmenter. J’ai à l’esprit

12. Cf. Les Sentences des Pères du Désert, op. cit., Arsène 25, p. 28.

certains événements survenus à des laïcs. J’ai connu im jeune homme qui, ainsi que ses trois frères, resta orphelin de père et dont la mère s’était remariée. Les orphelins ne reçurent pas d’amour, ni de la part de leur mère ni de la part de leur beau- père. Devenu adulte, le malheureux jeune homme ouvrit un commerce et il travaillait. Or il apprit un jour qu’un tel était mort et avait laissé trois orphelins. Il eut alors compassion de ces enfants et proposa à la veuve: «Veux-tu que nous nous marions et vivions comme frère et sœur afin de protéger tes enfants?». La femme accepta. Ils vivent aujourd’hui très spirituellement, lisent les Synaxaires, la Philocalie*, vont dans les monastères, ont un confesseur. Cet homme pensa de façon positive, agit pour le bien et reçut la Grâce divine. Sinon, le diable lui aurait soufflé: «Maintenant, à ton tour de faire souffrir ces enfants, comme toi-même on t’a fait souffrir!». Mais lui ne songea pas à se venger par la méchanceté, il se vengea par l’amour! Certains utilisent leur intelligence pour le bien et font de bonnes choses. Et d’autres aboutissent à la catastrophe. C’est le diable qui les pousse.
Nous le voyons clairement par l’exemple d’Abel et de Caïn13 . Dieu avait-il fait Abel différent de Caïn? Abel fit bien travailler l’intelligence qu’il avait reçue de Dieu. Il songea: «Dieu m’a donné tout un troupeau. Ne Lui sacrifierai-je pas un agneau?». Il sacrifia donc son meilleur agneau. Caïn, lui, offrit à Dieu du blé et du son en sacrifice. L’un offrit un tendre agneau, l’autre des déchets. Si tu ne veux pas offrir un agneau, offre au moins du blé pur! Malheureusement, il prit le son avec le blé et l’offrit en sacrifice. Considérez ce qu’offrit le premier et ce qu’offrit le second! Dieu prit plaisir au sacrifice d’Abel. Caïn jalousa de ce fait Abel et le tua. Dieu prit Abel au Paradis, tandis que Caïn erra comme une bête sauvage parmi les forêts. Dieu, certes, donna à tous deux la liberté, mais seul Abel sut bien l’utiliser.

13. Voir Gn 4, 2-15.