Années 34 — 37

— Élection de Mathias pour remplacer Judas-I’Iscariote dans le Collège des Douze.

— La Pentecôte.

— Conversions nombreuses à Jérusalem.

— Guérison du boiteux de la Belle-Porte.

— Pierre et Jean en prison et devant le sanhédrin.

— Ils sont mis en liberté.

— Prière de l’Eglise à l’occasion de leur délivrance.

— Les chrétiens de Jérusalem.

— Leur amour mutuel.

— Les biens en commun.

— Barnabas.

— Ananias et Saphira.

— Miracles de Pierre.

— Emprisonnement des Apôtres.

— Ils sont délivrés par un ange.

— Ils comparaissent devant le sanhédrin.

— Avis de Gamaliel.

— Ils sont mis en liberté.

— Institution des Diacres.

— Jacques, frère du Seigneur, institué évêque de Jérusalem.

— Prédications du diacre Étienne dans les synagogues.

— Etienne martyrisé.

— Persécution contre l’Eglise de Jérusalem.

— Prédications du diacre Philippe en Samarie.

— Pierre et Jean sont envoyés par le Collège apostolique pour conférer le Saint-Esprit aux nouveaux fidèles.

— Simon-le-Magicien.

— Le diacre Philippe et l’eunuque Éthiopien.

— Conversion de Saul.

— Saul à Damas et en Arabie.

— Paix rendue à l’Eglise par ordre de Tibère.

— Relation de Pilate à Tibère concernant Jésus-Christ.

— Les Apôtres évangélisent tout le pays occupé par les douze tribus d’Israël.

— Pierre à Lydda, à Joppé, à Césarée.

— Vocation des gentils au christianisme.

—Cornélius.

— La Pentecôte de la gentilité.

— Pierre à Jérusalem.

— Il justifie la conduite qu’il a tenue à Césarée à l’égard des gentils.

— Dispersion des Apôtres et évangélisation de l’univers païen.

 

 

 

Pendant leur séjour à Jérusalem, les apôtres Pierre et Jean, Jacques fils de Zébédée et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Mathieu, Jacques fils d’Alphée et Simon-le-Zélote, et Jude frère de Jacques habitaient

la même maison. Plusieurs saintes femmes se joignirent à eux, ainsi que Marie, mère de Jésus, et les frères du Sauveur.

Ces frères, c’est-à-dire ses cousins, fils de Cléopas et de Marie, cousine de Marie mère de Jésus, se nommaient, comme nous l’avons remarqué ailleurs : Jacques-le-Mineur, Simon, Joseph et Judas. Ils n’avaient d’abord pas cru à la mission divine de Jésus, mais ses miracles avaient enfin triomphé de leur opposition, et ils se trouvèrent parmi ses disciples dans la réunion de Jérusalem1.

Il y avait, dans ce cénacle, environ cent vingt personnes. Pierre se leva au milieu d’eux et s’adressant aux hommes, leur dit ; « Mes frères, il faut accomplir ce que le Saint-Esprit a prédit dans l’Ecriture, par la bouche de David, touchant ce Judas qui a été le guide de ceux qui ont pris Jésus, qui a été compté parmi nous, et qui avait reçu le même ministère. Après avoir obtenu le champ qui était le prix de son iniquité, il s’est pendu ; son ventre s’est crevé et les entrailles en sont sorties. (C’est un fait notoire pour tous les habitants de Jérusalem que ce champ a été appelé dans leur langue Haceldama, c’est-à-dire le champ du sang2.) Or, il est écrit au livre des psaumes : que leur demeure soit déserte et que personne n’y habite, et qu’un autre reçoive son épiscopat. Il faut donc choisir un des hommes qui nous ont été associés pendant tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le jour où il a été baptisé par Jean jusqu’au jour où il nous a quittés en s’élevant au ciel, et qui ait été témoin de sa résurrection. »

 

1 Act. Apost., I; 13-14. — Il y avait deux Apôtres du nom de Jacques : 1° le frère de Jean; 2° Jacques d’Alphée, frère de Judas, différent de l’Iscariote. Il y avait aussi un Jacques parmi les frères du Seigneur, c’était Jacques que l’évangéliste saint Marc (XV; 40) appelle Mineur ou Petit, et frère de Joseph. Comme il avait un Judas pour frère, ainsi que Jacques d’Alphée, des historiens ont voulu les confondre et faire des deux frères de Jésus, Jacques et Judas, les Apôtres du même nom C’est une erreur. Il n’est pas étonnant que l’on rencontre plusieurs personnes du même nom dans l’entourage de Jésus ces noms étaient très-communs en Judée.

2 C’est évidemment l’historien, c’est à-dire saint. Luc, qui a intercalé ces paroles dans le discours de saint Pierre, c’est pourquoi nous les mettons entre parenthèse.

 

Pierre était le premier des Apôtres. Cependant il ne s’attribue aucune autorité dans le choix d’un collègue, et il s’adresse à l’assemblée ou à l’Eglise dont la décision sera souveraine pour lui comme pour chacun des autres membres.

On choisit deux candidats : Joseph nommé Barsabas1, surnommé le Juste, et Mathias, puis on adressa à Dieu cette prière : « Seigneur, toi qui connais les cœurs de tous les hommes, indique-nous celui des deux que tu choisis, pour occuper dans le ministère et l’apostolat la place qu’a perdue, par son crime, ce Judas qui occupe maintenant une autre place qui lui convient. » Puis ils jetèrent le sort ; il tomba sur Mathias qui fut adjoint aux onze Apôtres.

Le jour où les Juifs célébraient la fête de la Pentecôte2, les disciples étaient encore ensemble au même lieu. Tout à coup un grand bruit qui venait du ciel et qui ressemblait à un vent impétueux, se fit entendre et remplit toute la maison où ils étaient rassemblés3. En même temps de petites flammes, semblables à des langues, s’arrêtèrent sur chacun d’eux. Tous furent remplis du Saint-Esprit et commencèrent à parler en diverses langues selon la faculté que le Saint- Esprit leur en donnait4. Or, il y avait alors à Jérusalem, pour la fête, un grand nombre de Juifs religieux appartenant à toutes les nations de la terre. Ayant

 

1 Peut-être Barnabas dont il est parlé plus bas et et dont le nom était aussi Joseph.

2 Act. Apost., ch. II.

3 Des critiques qui se croient sérieux expliquent ce fait en inventant un orage. Un orage qui aurait produit, de tels résultats serait un miracle aussi grand que le fait relaté dans le livre des Actes.

4 Des critiques ont cru expliquer ce fait en disant que, dans certaines sectes religieuses, l’exaltation avait parfois produit des phénomènes de glossolalie. Ils ont voulu voir de l’analogie entre des paroles dénuées de sens et prononcées dans les convulsions d’une extase maladive, et le grand fait relaté dans les Actes des Apôtres. Alors même que l’on soutiendrait qu’en certaines circonstances des extatiques ont parlé une langue qu’ils ne connaissaient pas, ce fait particulier ne pourrait être comparé à celui qui eut lieu le jour de la Pentecôte et qui restait l’état permanent dans l’Eglise primitive. De plus, la glossolalie extatique, alors même qu’elle aurait existé réellement, ne pourrait être expliquée d’une manière naturelle. Le chrétien seul qui croit à l’influence satanique dans le monde, pourrait en donner la vraie raison. La science peut constater le fait ; mais la religion seule peut l’expliquer.

 

entendu parler de ce qui arrivait, ils accoururent en grand nombre ; ils étaient tous dans un profond étonnement de ce que chacun d’eux entendait les disciples parler en sa langue. Stupéfaits, ils se disaient les uns aux autres : « Tous ces hommes qui parlent ne sont-ils pas Galiléens? comment donc les entendons-nous parler la langue de notre pays : Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, de l’Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Egypte, de la partie de la Libye qui touche à Cyrène, et de Rome? Juifs et Prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons tous célébrer en nos langues les grandeurs de Dieu. » Dans leur étonnement et leur admiration, ils se disaient les uns aux autres : « Que veut dire un tel prodige ? »

D’autres se moquaient et disaient : « Ils sont ivres. » Cette ridicule explication d’un fait aussi extraordinaire ne pouvait être prise au sérieux. Toutefois Pierre saisit cette occasion pour élever la voix et s’adresser à la foule. Il se tint debout au milieu des onze autres Apôtres1, et s’exprima ainsi : « Juifs et vous tous qui habitez Jérusalem, faites attention à ce que je vais vous dire et comprenez bien mes paroles : ceux-ci ne sont pas ivres comme vous le pensez, car nous ne sommes qu’à la troisième heure du jour2; mais il est arrivé ce qui a été prédit par le prophète Joël : « Dans les derniers jours, dit le Seigneur, je répandrai de mon Esprit sur tout homme, et vos fils et vos filles prophétiseront,, et vos jeunes gens seront des Voyants, et vos vieillards auront des songes ; et en ces jours- ci là, je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront ; et je ferai des prodiges dans les hauteurs des cieux et dans les profondeurs de la terre ; on verra du sang, du feu, d’épaisses vapeurs ; le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang, avant que n’arrive le

 

 

1 On doit remarquer que saint. Lue ne met jamais en scène saint Pierre seul, qu’il le fait parler au nom de tous et qu’il attribue ses discours aussi bien à ses compagnons qu’à Pierre lui-même.

2 Neuf heures du matin.

 

grand et majestueux jour du Seigneur. Il sera ainsi, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. »

« Israélites, écoutez ce que je vais vous dire : vous savez que Jésus de Nazareth a été un homme approuvé de Dieu au milieu de vous, car vous avez vu les miracles, les prodiges, les merveilles que Dieu a fait par lui. Cependant, d’après un décret que Dieu a fixé dans sa prescience, vous l’avez crucifié et livré à la mort par les mains d’hommes pervers. Dieu l’a ressuscité, en brisant les entraves d’un tombeau qui ne pouvait plus le retenir, car David avait dit de lui : « J’avais toujours le Seigneur devant moi, il est à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé. C’est pourquoi mon cœur s’est réjoui, ma langue a chanté ses louanges, et ma chair a reposé dans l’espérance ; car tu ne laisseras pas, ô Seigneur, ma vie dans le tombeau, et tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption, tu m’as fait connaître le chemin de la vie et « tu me combleras de joie par ta présence. »

« Frères, il m’est permis de dire hautement que votre patriarche David est mort et qu’il a été enseveli ; son tombeau est près d’ici jusqu’à présent. Mais il était prophète et il savait que Dieu s’était engagé par serment à faire asseoir un de ses descendants sur son trône ; il le voyait dans l’avenir et il a parlé de la résurrection du Christ qui n’a point été laissé dans le tombeau et dont la chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, nous en sommes tous témoins. Il a été enlevé par Dieu après en avoir reçu la promesse de l’Esprit-Saint, et c’est cet Esprit que vous voyez maintenant et que vous entendez. David n’est pas monté au ciel, et pourtant il a dit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie fait de tes ennemis un escabeau pour tes « pieds. » Que toute la maison d’Israël sache donc que ce Seigneur, ce Christ, c’est ce Jésus que vous avez crucifié. »

Ceux qui entendirent ces paroles conçurent un profond repentir et dirent à Pierre et aux autres Apôtres :

« Frères, qu’ayons-nous à faire ? » Pierre leur répondit : « Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission de vos péchés, et vous recevrez le don de l’Esprit-Saint. La promesse en est faite à vous et à vos enfants, à tous les peuples les plus éloignés que le Seigneur notre Dieu appellera. »

Sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, les Apôtres avaient compris que l’Eglise chrétienne n’aurait pas, comme la synagogue, un caractère exclusif, circonscrit, mais le caractère d’universalité ; et que tous les peuples y seraient appelés.

Pierre leur donna encore beaucoup d’autres témoignages à l’appui de la mission du Christ et il les exhortait à se séparer d’une race corrompue. Ceux qui crurent à sa parole furent baptisés ; ils étaient au nombre de trois mille environ. Ils continuèrent à entendre les instructions des apôtres, et communiquèrent avec eux dans la fraction du pain, c’est-à-dire dans la Cène que les disciples faisaient en mémoire de la mort du Christ, et dans les prières.

L’événement extraordinaire qui avait eu lieu, les miracles et les prodiges que faisaient les Apôtres à Jérusalem, frappaient d’étonnement tous ceux qui étaient en cette ville. Pour ceux qui croyaient, ils étaient très-unis et vivaient en commun. Ils vendaient leurs terres et leurs autres biens et en partageaient le prix selon les besoins de chacun. Ils allaient ensemble au Temple chaque jour, faisaient dans leurs maisons la fraction du pain et prenaient leur repas avec joie et simplicité du cœur1 ; ils rendaient gloire à Dieu ; tout le peuple les bénissait, et le Seigneur augmentait chaque jour le nombre de ses élus.

Un jour2, Pierre et Jean montaient au Temple pour la prière de la neuvième heure. On y portait alors un homme, boiteux de naissance, et que l’on plaçait chaque

 

1 Saint Luc distingue les repas ordinaires de la fraction du pain. Par ce dernier mot, on désignait la Cène eucharistique célébrée en mémoire de la mort du Sauveur, selon l’ordre qu’il en avait donné.

2 Act. Apost., ch. lit.

 

jour à l’entrée du Temple appelée la Belle-Porte, pour y demander l’aumône. Cet homme, ayant vu Pierre et Jean se diriger vers le Temple, leur demanda quelques secours. Pierre et Jean lui dirent ensemble : « Regarde- nous. » Celui-ci les regarda, espérant recevoir une aumône. Alors Pierre lui dit : « Je n’ai ni or ni argent ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche. « Et, lui prenant la main droite, il le leva. Tout à coup, les jambes et les pieds du boiteux devinrent solides ; il se leva, se mit à marcher, entra dans le Temple avec les deux Apôtres, en sautant et en rendant grâces à Dieu. Tout le peuple fut témoin qu’il marchait et l’entendit remercier Dieu ; chacun savait qu’il était bien le boiteux qui demandait l’aumône près de la Belle-Porte ; aussi tous étaient-ils dans l’admiration et la stupeur de ce qui lui était arrivé. Comme il s’attachait aux pas de Pierre et de Jean, la foule les entoura auprès du Portique de Salomon. Pierre, alors, prit la parole en ces termes : « Israélites, que trouvez-vous d’étonnant à cela, et pourquoi nous regardez-vous ainsi, comme si c’était par notre puissance et notre pouvoir que nous avons fait marcher cet homme? C’est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de vos pères, qui vient de glorifier son Fils Jésus que vous avez livré, que vous avez renié devant Pilate. Il le jugeait innocent, vous, au contraire, vous avez renié le Saint et le Juste ; vous avez demandé la grâce d’un homicide, et vous avez tué l’auteur de la vie ; mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts ; nous en sommes témoins ; et c’est par la foi en son nom et en invoquant ce nom que celui que, tous, vous voyez et connaissez, a été guéri ; c’est cette foi qui, en votre présence, lui a donné une santé parfaite.

« Maintenant, frères, je sais que c’est par ignorance que vous et vos chefs avez agi ainsi. Dieu, qui avait prédit par la bouche de tous ses prophètes que son Christ souffrirait, l’a voulu ainsi. Mais repentez-vous ; convertissez-vous pour que vos péchés vous soient remis, et afin qu’arrive pour vous ce temps de repos qui vous a été annoncé de la part du Seigneur, et qu’il

vous envoie ce Jésus-Christ qui vous a été annoncé et que le ciel doit retenir jusqu’au temps de ce rétablissement complet dont Dieu a parlé, dans tous les temps, par la bouche de ses saints Prophètes. C’est de ce Christ que Moïse a dit : « Le Seigneur votre Dieu vous suscitera du sein de vos frères un Prophète, comme il m’a suscité moi-même ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il vous dira. Il sera ainsi : quiconque n’écoutera pas ce Prophète sera exterminé d’entre le peuple. » Tous les prophètes, à commencer par Samuel, ont annoncé ces jours que nous voyons. Or, vous êtes les enfants des prophètes et de l’Alliance que Dieu a faite avec vos pères en disant à Abraham : « Dans ta race seront bénies toutes les familles de la terre. » C’est à vous d’abord que Dieu envoie son Fils, qu’il a ressuscité pour vous bénir, afin que chacun renonce à son iniquité. »

Lorsque Pierre et Jean parlaient au peuple1, survinrent des prêtres, des magistrats du Temple et des Saducéens, se plaignant de ce qu’ils endoctrinaient le peuple et lui prêchaient, à propos de Jésus, la résurrection des morts. Ils les saisirent et les jetèrent en prison jusqu’au lendemain, car il était déjà tard. Toutefois, un grand nombre de ceux qui les avaient écoutés crurent à leur parole, et le nombre des fidèles s’éleva alors à environ cinq mille.

Tous n’habitaient pas constamment Jérusalem ; un assez grand nombre retournèrent dans leurs pays respectifs après la fête de la Pentecôte et formèrent, çà est là, de petites agglomérations chrétiennes qui furent ensuite organisées en églises régulières, et qui aidèrent puissamment les Apôtres dans la propagation de l’Evangile.

Le succès des Apôtres à Jérusalem ne pouvait qu’éveiller la haine de ceux qui avaient crucifié Jésus. Aussi, le lendemain de l’arrestation de Pierre et de Jean, dès le matin2, tout ce qu’il y avait à Jérusalem

 

1 Ad. Apost., ch. IV.

2 Ibid.

 

de chefs, d’anciens et de scribes ; Anne, souverain pontife, Caïphe, Jean et Alexandre, et tout ce qui tenait à la caste sacerdotale, se réunirent en conseil. Ils firent comparaître les deux Apôtres ainsi que le boiteux guéri ; ils demandèrent aux premiers : « De quel droit et au nom de qui agissez-vous comme vous le faites ? » Alors Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur dit :

« Chefs du peuple et anciens, écoutez : Puisqu’aujourd’hui on nous demande compte du bien que nous avons fait à un infirme, et au nom de qui il a été guéri, qu’il vous soit connu à vous tous et à tout le peuple d’Israël, que c’est au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ, de ce Nazaréen que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité des morts, que cet homme qui est devant vous a été guéri. Jésus est la pierre que vous avez rejetée de l’édifice dont vous êtes les architectes, et que Dieu a posée comme la pierre angulaire, et il n’y a point de salut en aucun autre. Il n’y a pas d’autre nom sous le ciel qui ait été donné aux hommes et dans lequel on puisse être sauvé. »

Voyant la constance de Pierre et de Jean, et sachant qu’ils étaient illettrés et incultes, ils s’étonnaient de les entendre ainsi parler ; ils savaient, du reste, qu’ils avaient été les compagnons de Jésus. Ils voyaient à côté d’eux l’homme qui avait été guéri ; ils ne pouvaient nier un fait aussi palpable. Ils ordonnèrent de les faire sortir de l’assemblée et se mirent à délibérer. « Que ferons-nous à ces hommes ? disaient-ils. Tous ceux qui habitent Jérusalem connaissent le prodige qu’ils ont opéré ; il est évident ; nous ne pouvons le nier. Pour qu’il ne soit pas divulgué davantage dans le peuple, faisons-leur de graves menaces pour le cas où ils parleraient encore à quelqu’un de ce nom. » On lit rentrer les deux Apôtres et on leur défendit de parler à qui que ce fût de Jésus ou d’enseigner en son nom. Mais Pierre et Jean répondirent : « Jugez vous-mêmes, si, aux yeux de Dieu, il vaut mieux vous écouter que Dieu lui-même ; nous ne pouvons taire ce que nous avons vu et entendu. » On renouvela les menaces et on les renvoya. Les juges ne pouvaient les trouver coupables ; d’un autre côté, ils

craignaient le peuple qui parlait avec enthousiasme du miracle, et qui en était d’autant plus frappé que l’homme qui avait été guéri avait plus de quarante ans.

Sortis du Conseil, les Apôtres revinrent vers leurs amis et leur racontèrent les grandes choses qu’ils avaient fait entendre aux chefs des Prêtres et aux Anciens. Tous, après les avoir entendus, élevèrent la voix vers Dieu et dirent :

« Seigneur, c’est toi qui as fait le ciel, la terre et la mer, et tout ce qu’ils renferment ; c’est toi qui, par ton Saint-Esprit, as dit par la bouche de David, notre père et ton fils : « Pourquoi les nations sont-elles frémissantes et les peuples font-ils de vains complots ? Pourquoi les rois de la terre se sont-ils levés et les princes se sont-ils assemblés contre le Seigneur et contre son Christ? » Hérode, Ponce-Pilate, avec des gentils et le peuple d’Israël, se sont, en effet, coalisés dans cette ville contre le Saint, ton Fils Jésus, pour exécuter ce que ta main et ta sagesse avaient décrété. Maintenant, Seigneur, vois leurs menaces, accorde à tes serviteurs d’annoncer ta parole sans crainte, en leur donnant le pouvoir de faire, par ta puissance, des guérisons, des miracles et des prodiges par le nom de ton saint Fils Jésus ! »

Après qu’ils eurent prié, le lieu où ils étaient assemblés tressaillit ; tous furent remplis du Saint-Esprit, et ils annonçaient avec assurance la parole de Dieu.

Tous les croyants étaient tellement unis entre eux, qu’ils n’avaient qu’un cœur et qu’une âme. Aucun d’entre eux n’appelait sien ce qu’il possédait, tout était commun. Les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection de Jésus avec beaucoup d’énergie, et une grande grâce était répandue sur tous les membres de la communauté. On n’y voyait pas de pauvres. Tous ceux, en effet, qui possédaient des terres ou des maisons, les vendaient et en apportaient le prix aux pieds des Apôtres, qui le distribuaient à chacun selon ses besoins. Parmi eux on remarquait Joseph, que les Apôtres avaient surnommé Barnabas, c’est-à-dire Fils de consolation. Il était lévite et natif de l’île de

Chypre. Comme il possédait une campagne, il la vendit et en apporta le prix aux pieds des Apôtres.

Tous les fidèles n’étaient pas obligés de se dépouiller de leurs biens au profit de la communauté. Leur zèle et leur charité seuls les poussaient à cet acte de perfection et ils le faisaient sans arrière-pensée. Deux fidèles1, Ananias et sa femme Saphira, qui n’avaient pas autant de désintéressement, voulurent cependant passer pour aussi parfaits que les autres, et se rendirent coupables de mensonge et d’hypocrisie. Ils vendirent un champ, retinrent une partie du prix et apportèrent le reste aux pieds des Apôtres, comme si la somme eût été complète. Pierre dit alors : « Ananias, pourquoi Satan a-t-il tenté ton cœur jusqu’à te faire mentir au Saint-Esprit et à frauder sur le prix de ton champ ? Ne pouvais-tu pas le garder, et après l’avoir vendu, le prix n’en était-il pas à toi ? Pourquoi as-tu conçu la pensée de tromper ? Ce n’est point aux hommes que tu as menti, mais à Dieu ! »

Ananias, entendant ces paroles, tomba et mourut ; et tous ceux qui les entendirent furent saisis de frayeur. Des jeunes gens emportèrent le corps d’Ananias et l’ensevelirent.

Environ trois heures après, Saphira, ignorant ce qui était arrivé à son mari, entra dans le lieu de réunion. Pierre lui adressa ces paroles : « Dis-moi, femme, si le champ a été bien vendu tel prix ? — Certainement, répondit-elle. — Pourquoi, reprit Pierre, êtes-vous convenus ainsi de tromper l’Esprit du Seigneur ? Voici que les pieds de ceux qui ont enseveli ton mari touchent la porte ; ils t’emporteront de même. » Aussitôt, elle tomba à ses pieds et expira. Les jeunes gens en entrant la trouvèrent morte, l’emportèrent et l’ensevelirent auprès de son mari.

Cet événement frappa de crainte l’Eglise entière et tous ceux qui l’apprirent.

Le peuple était témoin, d’une foule d’autres prodiges et de miracles opérés par les Apôtres qui avaient

 

1 Act. Apost., c, V.

l’habitude de se réunir tous ensemble dans le Portique de Salomon. Ils étaient l’objet d’un tel respect que personne n’osait s’approcher d’eux ; mais le peuple faisait hautement leur éloge ; une foule d’hommes et de femmes venaient augmenter le nombre des croyants, et la confiance du peuple était telle que l’on conduisait les malades sur les places publiques et qu’on les y plaçait sur des lits ou sur des grabats, afin qu’au passage de Pierre, l’ombre de l’Apôtre les guérît de leurs infirmités. Des gens accouraient en grand nombre, des villes voisines, à Jérusalem et y amenaient les malades et ceux qui étaient possédés d’esprits immondes. Tous étaient guéris.

Ces événements extraordinaires ne firent qu’enflammer de fureur le souverain pontife et les Saducéens. Ils se saisirent des Apôtres et les jetèrent dans la prison publique ; mais l’ange du Seigneur apparut aux prisonniers pendant la nuit, leur ouvrit les portes, les fit sortir et leur dit : « Allez au Temple et annoncez au peuple les paroles de vie. » Obéissant à cet ordre, ils se rendirent au Temple dès le matin et ils enseignèrent. Pendant ce temps-là le souverain pontife et ses partisans se réunissaient en conseil avec les Anciens. Ils envoyèrent chercher les Apôtres à la prison. Leurs agents s’y rendirent, ouvrirent la prison et, n’y ayant trouvé personne, ils revinrent et dirent : « Nous avons trouvé la prison fermée avec beaucoup de soin, et les sentinelles devant les portes ; mais, ayant ouvert ces portes, nous n’avons trouvé personne. » Entendant cela, les magistrats du Temple et les chefs des prêtres se demandaient ce qu’il y avait à faire.

Tandis qu’ils discutaient, quelqu’un vint leur dire : « Ces hommes que vous avez mis en prison sont dans le Temple et ils enseignent le peuple. » Le magistrat du Temple, avec ses agents, se rendit au lieu où ils étaient et les amena au conseil sans leur faire violence, car ils craignaient d’être lapidés par le peuple. Ils les conduisirent dans l’assemblée et le chef des prêtres leur fit subir un interrogatoire. « Nous vous avons fait une défense formelle, leur dit-il, d’enseigner en ce nom, et

voici que vous remplissez Jérusalem de votre doctrine ; vous voulez nous rendre responsables du sang de cet homme. »

Il n’osait même pas prononcer le nom de Jésus qui lui rappelait son déicide.

Pierre et les Apôtres lui répondirent : « Il faut obéir plutôt à Dieu qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez mis à mort en le pendant à un gibet. Dieu a protégé et exalté ce Prince et Sauveur pour amener Israël à pénitence et lui remettre ses péchés. Nous sommes témoins de ce que nous disons, et l’Esprit-Saint en est témoin lui-même, lui qui a été donné à tous ceux qui lui obéissent. » En entendant ces paroles, les juges étaient transportés de rage et voulaient condamner les Apôtres à mort. Alors un des membres nommé Gamaliel se leva pour opiner. Il appartenait à la secte des pharisiens ; il était docteur de la Loi et tout le peuple l’honorait. Il demanda que l’on fît sortir les accusés pour un peu de temps et il s’exprima en ces termes : « Israélites, réfléchissez bien à ce que vous allez décider touchant ces hommes. Avant eux, nous avons vu s’élever un certain Théodas qui se disait un personnage. Environ quatre cents hommes s’attachèrent à lui ; il fut tué ; tous ceux qui croyaient en lui se dispersèrent et furent réduits à rien. Vint ensuite Judas le Galiléen, à l’époque du dénombrement1 ; il entraîna le peuple après lui ; il périt comme son devancier et tous ses adeptes furent dispersés. Voici donc maintenant ce que je vous dis : Ne vous occupez pas de ces hommes ; laissez-les. Si leur œuvre vient des hommes, elle n’aura pas de succès ; si elle vient de Dieu vous ne pourriez la détruire, et vous entreriez ainsi en lutte contre Dieu. »

 

1 Ce dénombrement ne doit pas être confondu avec le premier qui eut lieu à l’époque de la naissance de Jésus-Christ ; il eut lieu après cette naissance. Josèphe rapporte qu’alors Judas le Galiléeu se mit à la tête d’un mouvement populaire. Il mentionne un assez grand nombre de ces mouvements et il en relate un provoqué par un certain Theudas sons le gouvernement de Cuspius Fadus. Il ne faut pas confondre ce Theudas avec Théodas dont la révolte eut lieu avant celle de Judas le Galiléen, comme le dit Gamaliel.

 

Ils se rendirent à son avis. Ils rappelèrent les Apôtres, et, après les avoir fait battre de verges, ils leur défendirent de parler de Jésus et les renvoyèrent. Les Apôtres se retirèrent joyeux d’avoir été jugés dignes de souffrir l’ignominie pour le nom de Jésus. Ils ne cessèrent point d’annoncer Jésus-Christ et sa doctrine, chaque jour, soit dans le temple, soit dans les maisons particulières.

L’Eglise de Jérusalem formait dès lors une communauté si considérable que les Apôtres ne pouvaient plus suffire aux besoins du ministère. Il s’y était même formé comme deux partis1, celui des Hébreux, c’est- à-dire des Juifs originaires de Palestine, et celui des Hellènes, c’est-à-dire des Juifs qui étaient nés de parents émigrés dans les contrées de l’Asie habitées par les Grecs ou de la Grèce proprement dite. Ces derniers se plaignaient de ce que leurs veuves étaient négligées dans le service quotidien. Alors les douze Apôtres convoquèrent les fidèles. Ils agirent comme toujours, ensemble, car ils formaient une seule autorité, et ils ne voulurent prendre de décision qu’avec l’assentiment de l’Eglise entière. Tous les disciples étant assemblés, ils leur dirent: « Il n’est pas juste que nous négligions la parole de Dieu pour nous occuper du service des tables. En conséquence, frères., choisissez d’entre vous sept hommes remplis de l’Esprit-Saint et de sagesse, et nous leur confierons ce ministère. Pour nous, nous nous appliquerons entièrement à la prière et au ministère de la parole. »

Toute l’assemblée adhéra et l’on choisit Etienne, homme plein de foi et de l’Esprit-Saint, Philippe, Prochor, Nicanor, Timon, Parmenas, et Nicolas prosélyte d’Antioche. On les présenta aux Apôtres qui, en priant, leur imposèrent les mains.

L’élection fut faite ainsi par l’Eglise entière ; et l’imposition des mains, sanctifiée par la prière, fut accomplie par le corps apostolique, duquel émane toute auto-

 

1 Act. Apost., c. VI.

 

rité dans l’Eglise. Les nouveaux ministres de l’Eglise furent appelés diacres, c’est-à-dire serviteurs.

Les Apôtres résolurent aussi de confier le gouvernement de l’Eglise de Jérusalem à un homme digne de cette haute mission. Clément d’Alexandrie, si rapproché des temps apostoliques, s’exprime ainsi à ce sujet1 : « Après l’ascension du Sauveur, Pierre, Jacques et Jean, malgré la prédilection du Seigneur pour eux, ne se disputèrent pas le premier degré d’honneur, mais ils choisirent pour évêque de Jérusalem, Jacques, surnommé le Juste. » Le même Clément ajoute2 : « Après sa résurrection, le Seigneur accorda le don de science à Jacques-le-Juste, à Jean et à Pierre. Ils le conférèrent aux autres Apôtres ; et ceux-ci aux soixante-dix disciples au nombre desquels était Barnabas. » Ces témoignages, émanant d’un homme aussi considérable par sa science que par ses vertus, sont de la plus haute importance, et fournissent de précieux renseignements sur rétablissement de la hiérarchie de l’Eglise. A sa tête était un premier évêque, celui de Jérusalem, dont l’autorité se confondait avec celle des Apôtres, lesquels possédaient une autorité collective et universelle ; les soixante-dix disciples qui leur étaient subordonnés, et enfin les diacres dont l’institution est racontée dans le Livre des Actes.

La primauté honorifique a donné lieu depuis à l’institution des patriarcats. Jacques fut choisi pour premier dignitaire de l’Eglise parce qu’il était un des frères du Seigneur.

Les Apôtres, s’étant débarrassés des soins matériels, purent donner un temps plus considérable à la prédication. De nouveaux succès couronnèrent leur zèle ; le nombre des fidèles s’augmenta d’une manière considérable à Jérusalem ; un grand nombre de prêtres juifs se déclarèrent pour Jésus-Christ. Le diacre Etienne ne se contentait pas du ministère matériel qui lui était confié ; il était plein d’une ardeur toute surnaturelle, et il faisait de grands miracles devant le peuple ; ses succès

 

1 Clément, ap. Euseb., Hist. eccl., lib. II ; 1.

2 Clément, ap. Euseb., loc. cit.

 

attirèrent l’attention clés membres de plusieurs synagogues, comme celles des Affranchis1, des Cyrénéens, des Alexandrins, de Cilicie et d’Asie; ils entamèrent des discussions avec lui ; mais, comme ils ne pouvaient résister à sa sagesse et à l’Esprit, qui parlait en lui, ils résolurent de se débarrasser d’un si redoutable adversaire. Ils subornèrent des gens qui prétendirent l’avoir entendu blasphémer contre Moïse et contre Dieu. Ils ameutèrent ainsi la populace, les Anciens et les Scribes. On s’empara de lui et on l’amena devant le sanhédrin ; alors les faux témoins dirent : « Cet homme ne cesse de parler contre le temple et contre la loi, car nous l’avons entendu dire que Jésus de Nazareth détruira cet édifice et changera les traditions que Moïse nous a données. »

Ceux qui siégeaient au sanhédrin virent tout à coup la figure d’Etienne environnée d’éclat comme celle d’un ange. Le grand prêtre lui dit2 : « Ces choses sont- elles exactes? » Il répondit : « Frères et pères, écoutez : Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il se fixât à Haran3, et il lui dit : « Quitte ton pays et ta parenté, et viens « dans la terre que je te montrerai. » Alors il sortit de la terre des Chaldéens et il habita Haran. Puis, après que son père fut mort, il le transporta dans cette terre que vous habitez. Dieu ne lui donna sur cette terre aucun héritage, pas même la place pour y poser le pied ; mais il promit de la lui donner en propriété, à lui et à

 

1 On appelait ainsi les Israélites qui avaient été faits esclaves par les Romains, sous Pompée, et qui avaient été rendus pins tard à la liberté. Eux ou leurs descendants étaient retournés à Jérusalem où ils avaient formé une synagogue appelée des Affranchis. Les Hellénistes de Cyrène, d’Alexandrie, de Cilicie et d’Asie avaient aussi leurs synagogues particulières. D’après son nom grec, on doit croire qu’Etienne était un Juif Helléniste.

2 Act. Apost., c. VII.

3 C’est à tort que certains exégètes ont voulu voir là une contradiction avec la Genèse ; il est dit dans ce livre que Tharé, père d’Abraham, se dirigea vers le pays de Chanaan et s’arrêta à Haran où il mourut ; puis Moïse rapporte ce fait, que Rien dit à Abraham : Quitte ton pays, etc. ; mais sans dire que cet ordre lui fut donné après son séjour à Haran. Il lui a été donné avant comme il est dit dans les Actes et conformément à la Genèse qui déclare positivement que Tharé se dirigea de la Chaldée sur Haran en allant en Chanaan. Abraham partit donc avec son père après avoir reçu l’ordre de Dieu, et ne continua sa route vers Chanaan qu’après la mort de son père dont il emporta les cendres avec lui.

 

sa race, quoiqu’il n’eût pas alors de fils. Dieu, en effet, lui dit que sa postérité habiterait, une terre étrangère, qu’elle y serait réduite en servitude et soumise à de mauvais traitements pendant quatre cents ans. « Je jugerai ensuite, dit le Seigneur, la nation dont ils auront été esclaves ; et ensuite ils sortiront pour me servir en ce lieu. » Et il donna à Abraham la circoncision comme signe de l’alliance qu’il contractait avec lui. Abraham ayant engendré Isaac, il le circoncit le huitième jour ; Isaac fit de même à Jacob, et Jacob aux douze Patriarches. Or, ces Patriarches, par jalousie, vendirent Joseph pour être emmené en Égypte ; or Dieu était avec lui ; il l’arracha à toutes ses tribulations et lui donna, au moyen de la sagesse, la faveur de Pharaon, roi d’Egypte, qui le fit intendant de l’Egypte et de sa maison. La famine ravagea l’Egypte et le pays de Chanaan, et nos pères n’avaient plus de quoi se nourrir. Jacob, ayant appris qu’il y avait du blé en Egypte, y envoya nos pères une première fois. La seconde fois, Joseph fut reconnu par ses frères, et sa famille fut ainsi connue du roi Pharaon. Joseph envoya chercher son père Jacob et toute sa famille, composée alors de soixante-quinze personnes. Jacob descendit en Egypte ; il y mourut ainsi que nos pères. Leurs corps furent transportés à Sichem et ensevelis dans le tombeau qu’Abraham avait acheté des fils de Hémor, fils de Sichem. A mesure qu’approchait le temps de la promesse faite par Dieu à Abraham, le peuple croissait et multipliait en Egypte, jusqu’au règne d’un nouveau roi qui n’avait pas connu Joseph. Celui-ci agit avec tant de cruauté, qu’il obligea nos pères à exposer leurs enfants pour exterminer notre race. C’est alors que naquit Moïse, qui fut agréable à Dieu ; il fut nourri pendant trois mois dans la maison de son père ; mais il fut enfin exposé et recueilli par la fille de Pharaon, qui l’éleva comme son fils. Moïse fut initié à toute la sagesse des Egyptiens, et il était puissant par ses paroles et par ses œuvres. Lorsqu’il eut atteint l’âge de quarante ans, il lui vint en pensée de visiter les enfants d’Israël, ses frères. Ayant vu l’un d’entre eux qui était insulté, il le vengea

en tuant l’Egyptien qui l’outrageait. Il pensait que ses frères comprendraient que Dieu voulait les sauver par lui ; mais ils ne le comprirent pas. S’étant trouvé le lendemain avec plusieurs qui étaient en querelle, il leur dit : « Vous êtes frères, pourquoi cherchez-vous à vous nuire ? » Celui qui outrageait son prochain lui répondit : « Qui t’a établi juge et prince sur nous ? Veux-tu me tuer comme tu as tué hier l’Egyptien ? » En entendant de telles paroles, Moïse s’enfuit et il erra dans le pays de Madian, où il eut deux fils. Il y était depuis quarante ans, lorsque l’ange du Seigneur lui apparut dans un buisson de feu. À cette vue, Moïse fut saisi d’étonnement, et, comme il s’approchait pour voir de plus près, la voix du Seigneur se fit entendre en ces termes : « Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Moïse, épouvanté, n’osait plus regarder. Mais le Seigneur lui dit : « Ote tes chaussures, car le lieu où tu te trouves est une terre sainte. J’ai vu et considéré l’affliction de mon peuple qui est en Egypte, et j’ai entendu ses gémissements, et je suis descendu pour le délivrer. Maintenant, viens, et je t’enverrai en Egypte. » Ce Moïse qu’ils avaient renié en disant : « Qui t’a établi prince et juge ? » c’est lui que Dieu a envoyé avec la mission de prince et de rédempteur, muni de la protection de l’ange qui lui apparut dans le buisson. Il les fit sortir en faisant des prodiges et des miracles en Egypte, dans la mer Rouge et dans le désert pendant quarante ans. C’est ce Moïse qui dit aux enfants d’Israël : « Dieu vous suscitera d’entre vos frères un Prophète comme moi ; vous l’écouterez. » C’est lui qui, dans l’assemblée du désert, était avec l’ange qui lui parlait sur le mont Sinaï ; qui fut avec nos pères, et qui reçut les paroles de vie pour nous les transmettre. Nos pères refusèrent de lui obéir ; ils le rejetèrent et retournèrent de cœur en Egypte, en disant à Aaron : « Fais-nous des dieux qui marchent devant nous ; car ce Moïse qui nous a tirés de la terre d’Egypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé. » Dans ce jour-là, ils fabriquèrent un veau ; offrirent des sacrifices à cette idole, et se fé-

licitaient de la belle œuvre sortie de leurs mains. Alors Dieu se détourna d’eux et les abandonna au culte qu’ils voulaient rendre aux astres, comme il est écrit au livre des Prophètes1 : « Maison d’Israël, m’avez-vous offert des victimes et des sacrifices pendant quarante ans dans le désert ? Vous avez porté alors la tente de Moloch et l’étoile de votre dieu Rempham, idoles que vous avez faites pour les adorer. C’est pourquoi je vous transporterai au-delà de Babylone. »

« Nos pères eurent dans le désert le Tabernacle du Témoignage, tel que Moïse l’avait fait d’après le plan que Dieu lui-même en avait donné. Ils l’emportèrent avec eux, lorsque, à la suite de Josué, ils prirent possession du pays occupé par des nations que Dieu chassa devant eux, et ils le possédèrent jusqu’au temps de David, qui trouva grâce devant Dieu et lui demanda de bâtir une demeure au Dieu de Jacob. Ce fut Salomon qui l’éleva ; mais le Très-Haut n’habite pas dans les constructions, comme dit le Prophète : « Le ciel est mon siège, et la terre est l’escabeau de mes pieds. Quelle maison me bâtirez-vous ? dit le Seigneur : quel lieu de repos me donnerez-vous ? Est-ce que mes mains n’ont pas fait tout cela ? »

« Têtes dures, cœurs et oreilles incirconcis, vous avez donc toujours résisté au Saint-Esprit ; vous ressemblez bien à vos pères. Quel prophète vos pères n’ont-ils pas persécuté ? Ils ont tué ceux qui venaient leur annoncer le Juste, dont vous-mêmes êtes les traîtres et les homicides. Les anges vous ont donné une loi et vous ne l’avez pas observée. »

En entendant ces paroles, les Juifs avaient le cœur déchiré par la rage et ils grinçaient des dents contre Etienne. Mais lui, plein du Saint Esprit, jetait les yeux au ciel, où il voyait la gloire de Dieu, et Jésus, qui se tenait à sa droite : « Voici, dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l’Homme qui se tient à la droite de Dieu. » Les Juifs se bouchèrent les oreilles, jetèrent de grands cris et se précipitèrent sur Etienne, qu’ils emmenèrent

 

1 Amos, V ; 25.

 

hors de la ville pour le lapider. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul, et lapidèrent Etienne, qui disait : « Seigneur Jésus ! reçois mon âme ! » Se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché. » A peine avait-il prononcé ces paroles, qu’il s’endormit dans le Seigneur. Des hommes pieux recueillirent le corps d’Etienne et l’enseveliront en versant d’abondantes larmes1.

La mort d’Etienne fut le commencement d’une grande persécution2 à Jérusalem. Saul, qui avait pris part à la mort d’Etienne3, fut un des plus violents persécuteurs des chrétiens. Il entrait dans les maisons suspectes, en arrachait les hommes et les femmes et les jetait en prison. « Je persécutais, dit-il lui-même, au-delà de toute mesure l’Eglise de Dieu ; je la combattais. J’étais plus zélé pour le judaïsme et pour les traditions de mes pères que tous mes compatriotes1. »

Les fidèles, pour se soustraire aux mauvais traitements, sortirent de Jérusalem, afin d’échapper à l’autorité du grand prêtre et du sanhédrin, et se répandirent dans le reste de la Judée et dans la Samarie. Ils y devinrent autant de prédicateurs du Christ.

Les Apôtres seuls restèrent à Jérusalem.

Le diacre Philippe5 s’était rendu à Samarie ; il y prêcha Jésus-Christ. De nombreux miracles confirmèrent la vérité de ses paroles. Tous les habitants de la ville, qui en étaient témoins, l’écoutaient et lui amenaient des possédés, des paralytiques et des boiteux, qui s’en retournaient guéris. La ville entière était dans la joie. Il y avait là un certain Simon, qui exerçait la magie, séduisait le peuple et se prétendait un grand personnage. Tous les habitants, du plus petit jusqu’au plus grand, venaient l’écouter et se disaient : « Celui-ci est la Puissance de Dieu que l’on appelle Grande. »

 

1 Act., VIII; 2.

2 Act., VIII; 1-4.

3 Ibid , VII ; 59.

4 Epist. ad Galat., I ; 13-14.

5 Act., VIII; 5-24.

Depuis longtemps, Simon, par ses prestiges magiques, leur avait enlevé le bon sens; mais le règne du magicien fut passé du jour où le diacre Philippe vint annoncer à Samarie le royaume de Dieu. Hommes et femmes se firent baptiser au nom de Jésus-Christ. Simon lui- même se rangea parmi les croyants, fut baptisé et s’attacha à Philippe ; il était clans l’admiration en voyant les grands miracles opérés par le saint diacre.

Les Apôtres veillaient, de Jérusalem, à toute la communauté chrétienne ; ils formaient ensemble comme l’autorité suprême gouvernant le troupeau de Jésus- Christ. Ayant appris que Samarie avait reçu la parole de Dieu, ils y envoyèrent Pierre et Jean1. Ceux-ci, à leur arrivée, prièrent sur les nouveaux baptisés, afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit, car aucun d’eux ne l’avait encore reçu, et ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Les deux Apôtres leur imposèrent les mains et ils reçurent le Saint-Esprit.

On voit ainsi que, dès les premiers jours de l’Eglise, il y existait un rite sacré dont le but était de conférer le Saint-Esprit ; que ce rite consistait dans l’imposition des mains, accompagnée de la prière, et que le diacre Philippe, malgré sa sainteté et ses miracles, n’avait pas le pouvoir de célébrer ce rite.

A dater des premiers temps de l’Eglise, il exista toujours des rites extérieurs dont le résultat était la communication d’une grâce divine, et ces rites avaient des ministres spéciaux. L’Eglise, société spirituelle étant en même temps société extérieure, puisqu’elle est composée d’hommes, a toujours atteint son but spirituel par des moyens qui tombaient sous les sens. Mais on a toujours compris que ce n’est ni le rite, ni l’action du ministre, qui communiquent la grâce ; que le rite n’en est que le signe, et le ministre, l’instrument ; que le rite célébré n’est que le signe extérieur d’une grâce communiquée par Dieu lui-même intérieurement, si les dispositions de celui qui participe au rite

 

1 On doit remarquer que l’Eglise envoya Pierre aussi bien que Jean. Pierre était clone, aussi bien que Jean, subordonné à l’Eglise, et non pas son chef.

 

sacré le rend digne de cette grâce1. On n’a jamais contesté non plus dans l’Eglise que Dieu ait pu communiquer ses dons directement et sans l’intermédiaire des rites sacrés ; mais ces rites n’en ont pas moins été les moyens ordinaires des communications divines. Les faits extraordinaires ne prouvent pas que des moyens ordinaires n’ont pas été établis par Jésus-Christ.

Dans les premiers temps de l’Eglise, le Saint-Esprit se manifestait en se communiquant aux fidèles. Simon le Magicien aurait désiré posséder le pouvoir de le communiquer ; il offrit de l’argent aux Apôtres en leur disant : « Donnez-moi ce pouvoir de communiquer le Saint-Esprit à tous ceux auxquels j’imposerai les mains. — Que ton argent aille avec toi dans la perdition, répondit Pierre, puisque tu as pensé posséder le don de Dieu à prix d’argent. Tu ne peux, d’aucune manière, participer à ce pouvoir, car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. Repens-toi de cette iniquité que tu viens de commettre, et prie Dieu, afin que, si cela est possible, il te pardonne cette pensée de ton cœur; car je vois que tu es possédé par la malice et dans les liens de l’iniquité. » Simon fut effrayé, et, dans la crainte d’être frappé comme Ananias, il feignit de s’humilier. « Priez vous-mêmes pour moi, dit-il aux Apôtres, afin qu’il ne m’arrive rien de ce que vous avez dit. »

Simon ne se convertit pas. Cet homme, qui eut le triste honneur de donner son nom au commerce des choses saintes, appelé simonie, n’avait vu dans les Apôtres que des magiciens plus habiles que lui, et dans le christianisme qu’un moyen de perfectionner son art et d’acquérir la connaissance de nouveaux secrets. Juif d’origine, initié à quelques dogmes chrétiens et aux doctrines des philosophies orientale et platonicienne,

 

 

1 Dans la doctrine orthodoxe sur les mystères ou sacrements, on n’aperçoit point une théorie que des écrivains ont combattue et d’après laquelle la grâce serait communiquée fatalement et comme magiquement par le rite extérieur lui-même, ou par l’acte du ministre, lequel acte on a comparé à une influence magnétique : La théorie formulée par ces écrivains n’a d’appui que dans certaines expressions des scolastiques occidentaux, expression dont le sens a été mal compris. Nous n’avons aucun motif de défendre la scolastique occidentale ; mais nous ne pouvons pas non plus accepter des critiques qui retombent, indirectement, sur la vraie doctrine.

 

il essaya de composer une religion, dans laquelle il aurait la place qu’il voyait donner à Jésus dans le christianisme; il fut ainsi, comme le dit saint Irénée, le père de toutes les hérésies1. C’est de son système que tous les gnostiques tirèrent leurs doctrines impies, selon le même docteur2.

En retournant à Jérusalem, Pierre et Jean évangélisèrent un grand nombre de localités du pays samaritain3.

Pendant ce temps, un ange du Seigneur4 apparaissait au diacre Philippe et lui disait : «V a au midi, sur la route de Jérusalem à Gaza, à l’endroit où elle traverse le Désert5.» Philippe partit aussitôt. Il rencontra un Ethiopien, eunuque favori et intendant des trésors de la reine des Ethiopiens. Il était venu adorer Dieu à Jérusalem, et il retournait sur son char en lisant les prophéties d’Isaïe. L’Esprit dit à Philippe : « Avance et approche de ce cha . » Philippe s’approcha, entendit que l’eunuque lisait Isaïe, et lui dit : « Penses-tu comprendre ce que tu lis ? — Comment le puis-je, répondit-il, si quelqu’un ne me l’explique pas ? » Et il pria Philippe de monter sur son char et de s’asseoir à côté de lui. L’endroit de l’Ecriture qu’il lisait était celui-ci6 : « Il a été conduit à la mort comme une brebis ; il a été muet comme un agneau devant celui qui le tond. Le jugement qu’il a subi dans son abaissement a été annulé. Qui pourra dire la durée de ses jours, lorsque sa vie aura été retranchée de la terre des vivants? » L’eunuque, s’adressant à Philippe, lui dit : « Dis-moi, je te prie, de quel prophète voulait parler Isaïe ? Est- ce lui ou un autre qu’il avait en vue? » Philippe saisit cette occasion pour lui faire connaître Jésus. Ils arrivèrent à un endroit où il y avait de l’eau. « Voici de l’eau, dit l’eunuque, ne peux-tu pas me

 

1 Irénée., Cont. Hœred., lib, III; Præf.

2 Ibid, lib. II ; Præf. 1. Nous exposerons plus tard la doctrine de Simon-le-Magicien et les systèmes de ses disciples.

3 Act. VIII; 25.

4 Ibid., 26 et suiv.

5 Cette route traversait le désert où les Hébreux avaient séjourne à leur sortie de l’Egypte.

6 Isaï. — Luc ; 7-8.

 

baptiser? — Je le peux, répond Philippe, si tu crois. — Je crois, dit l’eunuque, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. » Il fit arrêter son char et descendit dans l’eau, où Philippe le baptisa.

L’Esprit du Seigneur emporta aussitôt Philippe jusqu’à Azote, où il prêcha Jésus-Christ, ainsi que dans les villes des environs jusqu’à Césarée.

L’eunuque, ne le voyant plus, continua sa route, heureux de ce qui lui était arrivé. Nul doute qu’il n’ait annoncé Jésus-Christ en Ethiopie et qu’il n’y ait préparé les voies à la prédication de l’Evangile1.

Cette conquête fut suivie d’une autre plus glorieuse et qui devait avoir de plus grands résultats pour la propagation du christianisme dans le monde païen. Saul2, le persécuteur fanatique des chrétiens de Jérusalem, avait obtenu du grand prêtre une lettre poulies synagogues de Damas, afin qu’on lui livrât les Juifs, hommes ou femmes, qui auraient embrassé le christianisme. Il avait mission de les enchaîner et de les conduire à Jérusalem, où ils seraient mis en jugement. Lorsqu’il approchait de Damas, une lumière éclatante, qui venait du ciel, l’entoura tout à coup ; il tomba à terre et il entendit une voix qui disait : « Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu? — Seigneur, répondit Saul, qui es-tu? » Le Seigneur reprit : « Je suis Jésus, et c’est moi que tu persécutes ; il t’est dur de résister à l’aiguillon. » Ces dernières paroles donnent à penser que Saul, doué d’une haute intelligence et instruit à l’école du docte et sage Gamaliel, avait été frappé de l’accomplissement des prophéties en la personne de Jésus-Christ, et qu’il cherchait à étouffer, sous la violence de son prosélytisme judaïque, les aspirations chrétiennes que Dieu lui envoyait. Tremblant et plein d’effroi en entendant la voix de Jésus, il s’écria : « Seigneur, que veux-tu que je fasse? » Le Seigneur lui répondit : « Lève-toi, entre dans la ville, et l’on te dira

 

1 Euseb., Eist. eccl., lib. II; 1. Cet historien dit que l’eunuque Ethiopien fut regardé comme le premier des fidèles qui furent élus parmi les gentils; il n’était dune pas d’origine juive, quoique israélite de religion.

2 Act., IX ; 1-25.

 

ce que tu dois faire. » Les hommes qui accompagnaient Saul, et qui devaient l’aider dans ses projets contre les chrétiens, étaient fort étonnés d’entendre une voix et de ne voir personne. Saul se leva, et, quoiqu’il ouvrît les yeux, il ne voyait rien. Ses compagnons le conduisirent par la main jusqu’à. Damas ; il y resta trois jours aveugle et il ne mangea ni ne but pendant ce temps-là.

Il y avait à Damas un disciple nommé Ananias ; il eut une vision dans laquelle il entendit une voix qui l’appelait : « Ananias? — Me voici, Seigneur, » répondit-il. Le Seigneur lui dit : « Lève-toi, va dans la rue Droite, et demande, dans la maison de Judas, Saul de Tarse ; pour le moment, il est en prière. » Au même instant, Saul voyait en Esprit un homme nommé Ananias qui lui imposait les mains, afin de lui rendre la vue. Ananias répondit au Seigneur : « J’ai appris beaucoup de choses de cet homme, et combien il a fait souffrir tes saints à Jérusalem ; et il a reçu des chefs des prêtres le pouvoir de charger de chaînes tous ceux qui invoquent ton nom. » Le Seigneur reprit : « Va, cet homme est un instrument de mon choix, qui doit porter mon nom devant les gentils, les rois et les enfants d’Israël ; je te ferai connaître ce qu’il aura à souffrir pour mon nom. » Ananias partit, entra dans la maison qui lui avait été indiquée, et, en imposant les mains sur Saul, il lui dit :

« Saul, mon frère ! je suis envoyé par le Seigneur Jésus qui t’est apparu en chemin, afin que tu recouvres la vue et que tu sois rempli du Saint-Esprit. » Aussitôt il tomba des yeux de Saul comme des écailles ; il recouvra la vue et fut aussitôt baptisé ; il mangea, reprit ses forces et resta quelques jours parmi les disciples qui ôtaient à Damas ; après quoi, il entra dans les synagogues pour y annoncer que Jésus est le Fils de Dieu. Ceux qui l’entendaient étaient remplis d’étonnement et disaient : « N’est-ce pas lui qui persécutait à Jérusalem ceux qui invoquaient ce nom ? N’est-il pas venu ici pour les conduire, chargés de chaînes, aux chefs des prêtres ? » Saul prêchait Jésus-Christ avec une énergie qui croissait de jour en jour, et il confondait les Juifs

de Damas. Ses prédications duraient depuis plusieurs jours, lorsque les Juifs résolurent entre eux de le tuer. Saul connut leurs complots. Comme ils veillaient nuit et jour aux portes de la ville avec le consentement du préfet du roi Aretas, pour qu’il ne pût s’échapper, les disciples descendirent Saul par une fenêtre qui donnait sur les remparts, et dans une corbeille1.

Il se dirigea vers l’Arabie2. Mais la violence des Juifs fut bientôt réprimée, et Saul put revenir à Damas, où il prêcha Jésus-Christ pendant trois ans. Saint Luc a mentionné cette paix dont jouit l’Eglise en Judée, en Galilée et en Samarie. « L’Église, dit-il, se fortifia et fut remplie de la consolation du Saint-Esprit3. »

Cette paix était due à l’empereur Tibère, qui avait défendu de persécuter les chrétiens. Voici à quelle occasion il avait fait cette défense :

D’après une ancienne coutume suivie dans l’empire romain4, les gouverneurs des provinces devaient adresser à Rome des mémoires sur les graves événements qui avaient lieu dans le pays soumis à leur administration, afin que l’empereur connût tout ce qui s’y passait. La résurrection de Jésus-Christ étant devenue un fait de notoriété publique, Pilate en écrivit à Tibère, lui parla des miracles que Jésus avait opérés, et ajouta que beaucoup le regardaient comme un Dieu. Tibère en référa au Sénat, en proposant d’inscrire Jésus au nombre des dieux de l’empire. Le Sénat s’y refusa, car on avait méconnu son autorité en adorant Jésus-Christ sans avoir obtenu sa permission. D’après une ancienne loi

 

1 Act., IX; 24; — Paul, II. Epist. ad Corinth., XI; 32-33.

2 Paul, Epist. ad Galat., I; 17-21. — Saint Luc n’a pas mentionné, ce voyage dans le Livre des Actes. Il n’indique, d’une manière générale, que le voyage à Jérusalem et en Cilicie, dont nous parlerons plus tard. Saint Paul ne dit pas combien de temps il resta en Arabie ; mais, après avoir mentionné ce voyage, il dit aussitôt qu’il revint à Damas où il resta trois ans, après quoi il vint à Jérusalem.

3 Act., IX; 31.

4 Euseb., Hist. eccl., lib. II; 2. — Tertullien, Apologet. — Il ne faut pas confondre avec le Mémoire de Pilate dont parlent Tertullien et Eusèbe, un apocryphe connu sous le titre de Actes de Pilate. Le Mémoire de Pilate, lu par Tertullien qui en parle comme d’un document officiel connu à Rome, a été perdu. C’est sans doute pour le remplacer qu’un faussaire a composé l’apocryphe mentionné plus haut.

 

de l’empire, personne ne pouvait être dieu sans la permission du Sénat, Tibère n’en persévéra pas moins dans son opinion, et défendit, sous des peines graves, d’accuser les chrétiens.

Les Apôtres profitèrent de cette paix pour se répandre dans les villes de la Judée et y prêcher Jésus- Christ1.

Saint Pierre se dirigea vers Lydda2. II y avait dans cette ville un paralytique nommé OEneas, qui, depuis huit ans, était obligé de rester sur son lit. Pierre l’ayant visité, lui dit : « OEneas, le Seigneur Jésus-Christ te guérit ; lève-toi et fais ton lit. » Il se leva aussitôt. Les habitants de Lydda et de Sarona, témoins de ce miracle, se convertirent au Seigneur. Pierre passa de là à Joppé, qui était très-rapprochée de Lydda ; il était demandé en toute hâte par les chrétiens qui venaient de perdre Thabita, nommée en grec Dorcas, femme riche et pieuse qui était leur bienfaitrice. A son arrivée à Joppé, Pierre fut conduit dans une chambre où Thabita avait été déposée après sa mort ; il y trouva des veuves qui lui montrèrent, en pleurant, les vêtements que la pieuse femme cousait elle-même pour elles. Pierre fit sortir tout le monde. Après avoir prié à genoux, il se tourna vers le corps et dit : « Thabita, lève-toi. » La morte ouvrit les yeux, et, après avoir regardé Pierre, se recoucha. L’Apôtre, lui prenant la main, la fit lever, et, après avoir rappelé les fidèles et les veuves, la leur rendit vivante. Ce miracle fut connu de toute la ville de Joppé, et un grand nombre d’habitants se convertirent au Seigneur Pierre resta assez longtemps dans la ville ; il logeait chez un corroyeur nommé Simon.

A quelque distance de Joppé, à Césarée3, il y avait un centurion de la cohorte italique nommé Cornélius. C’était un homme religieux et craignant Dieu ; sa famille entière partageait ses sentiments. Il faisait beaucoup d’aumônes au peuple et priait Dieu continuelle-

 

1 Act., XI; 1.

2 Act., IX; 32-43.

3 Act., X; 1-48.

ment. Vers la neuvième heure du jour1, il vit clairement un ange du Seigneur qui entra chez lui et lui dit : « Cornélius? — Que me voulez-vous, Seigneur ?» répondit Cornélius effrayé. L’ange reprit :« Tes prières et tes aumônes sont montées jusqu’à Dieu. Envoie des hommes à Joppé, vers un certain Simon surnommé Pierre ; il demeure chez Simon le corroyeur, dont la maison est située sur le bord de la mer. Simon-Pierre t’apprendra ce que tu dois faire. » Lorsque l’ange du Seigneur se fut retiré, Cornélius demanda deux de ses serviteurs et un pieux militaire de sa cohorte. Après leur avoir raconté ce qui lui était arrivé, il les envoya à Joppé.

Le lendemain, pendant qu’ils étaient en route, Pierre était monté dans une chambre haute pour y faire la prière de la sixième heure2. Il voulut ensuite prendre son repas. Pendant qu’on le lui préparait, il tomba en extase, vit le ciel s’ouvrir, et comme un grand linge retenu par les quatre côtés qui en descendait. Il aperçut, dans ce linge, des animaux de toute espèce, vivant sur la terre, dans l’eau ou dans l’air. Une voix lui dit en môme temps : « Lève-toi, Pierre, tue et mange. — Je n’ai garde, Seigneur, répondit Pierre ; je n’ai jamais mangé rien de souillé ni d’impur. — N’appelle pas impur, reprit la voix, ce que Dieu a purifié. »

Cette scène se répéta trois fois ; puis le linge remonta vers le ciel.

Pendant que Pierre réfléchissait sur la signification que pouvait avoir une telle vision, les envoyés de Cornélius arrivèrent à la porte de la maison de Simon le corroyeur et demandèrent Simon surnommé Pierre. L’Esprit de Dieu disait en même temps à Pierre : « Voilà trois hommes qui te demandent· lève-toi donc, descends et va avec eux sans hésiter, car c’est moi qui te les ai envoyés. » Pierre descendit vers les trois hommes et leur dit : « Je suis celui que vous cherchez ; quel est le sujet qui vous amène ? » Ils répondirent : « Le centurion Cornélius, homme juste et craignant Dieu, et ayant en

 

1 Trois heures après midi.

2 Midi.

 

sa faveur le témoignage de toute la nation juive, a reçu d’un ange du Seigneur l’ordre de t’inviter à venir en sa maison et d’écouter ce que tu aurais à lui dire. » Pierre les lit entrer alors dans la maison. Le lendemain, il partit avec eux, et plusieurs frères de Joppé l’accompagnèrent.

Les fidèles se donnaient entre eux ce doux nom de frères, qu’emploie en cet endroit l’écrivain sacré ; ils se donnaient aussi le titre de saints, comme nous l’avons vu précédemment, pour se rappeler que la sainteté devait être le but de toute leur vie, en ce monde.

Lorsque Pierre arriva à Césarée, il trouva Cornélius qui l’attendait et qui avait réuni, pour le recevoir, ses parents et ses plus intimes amis. Lorsque Pierre approchait de la maison, Cornélius s’empressa d’aller à sa rencontre et se prosterna à ses pieds. Pierre le releva en disant : « Lève-toi, je ne suis qu’un homme comme toi. » Il entra en causant avec son hôte et trouva dans la maison une réunion nombreuse à laquelle il dit : « Vous savez combien un Juif a horreur d’entrer dans la maison d’un étranger ou de se lier avec lui, mais Dieu m’a fait savoir qu’il ne faut appeler aucun homme ‘ souillé et impur. »

Tel était le sens de la vision qu’il avait eue. Les trois espèces d’animaux qui lui avaient été montrés, désignaient les trois races humaines, parmi lesquelles aucun individu ne devait être considéré comme impur, puisque l’humanité entière était appelée à la Nouvelle Alliance.

« Ayant appris cela de Dieu, reprit Pierre, je n’ai pas hésité à répondre à votre appel ; dites-moi maintenant pour quel sujet vous m’avez fait venir ? »

Cornélius raconta la vision qu’il avait eue et ajouta : « Je te rends grâce de ce que tu es venu, et maintenant, nous sommes tous devant toi, disposés à entendre ce que tu as à nous dire de la part du Seigneur. »

« Je vois bien, répondit Pierre, que Dieu n’a point égard à la condition des personnes ; et qu’en toute

nation, celui qui le craint et pratique la vertu, lui est agréable. » Puis il annonça Jésus-Christ, ses miracles, ses bienfaits, sa mort, sa résurrection ; il fit voir que toutes les prophéties avaient été accomplies en lui, vrai Messie, vrai Fils de Dieu. Comme il parlait encore, le Saint-Esprit se reposa, d’une manière visible, sur ceux qui l’écoutaient.

C’était la Pentecôte de la gentilité. Comme les Apôtres eux-mêmes, le jour où ils reçurent le Saint-Esprit, Cornélius et ses amis se mirent à louer Dieu, et quoiqu’ils se servissent de leur langue nationale, les Juifs qui avaient accompagné Pierre, les comprenaient ; car ils avaient reçu comme les Apôtres, le don de se faire entendre dans toutes les langues. Les compagnons de Pierre, encore imbus de leurs préjugés nationaux, s’étonnaient que des gentils eussent reçu le Saint- Esprit, mais Pierre leur dit : « Qui peut nous empêcher de baptiser dans l’eau ceux qui ont déjà reçu le Saint- Esprit, aussi bien que nous? » Et il ordonna à ses compagnons de les baptiser au nom du Seigneur Jésus.

A la prière des nouveaux chrétiens, Pierre resta plusieurs jours avec eux, puis il retourna à Jérusalem1.

Les Apôtres et les frères avaient appris que les gentils avaient été évangélisés par lui ; ils se rendirent à Jérusalem pour lui reprocher ce qu’il avait fait. « Pourquoi, lui dirent-ils, es-tu entré chez les incirconcis et as-tu mangé avec eux? » Pierre, comme tous les fidèles, reconnaissait l’autorité collective du corps apostolique. Il rendit compte de sa conduite avec modestie, raconta la vision qu’il avait eue à Joppé ; celle de Cornélius et l’effusion du Saint-Esprit sur ses auditeurs de Césarée. « Je me suis alors souvenu, ajouta Pierre, de ces paroles du Maître : « Jean a baptisé « dans l’eau; mais vous, vous serez baptisés dans le « Saint-Esprit. ». Si Dieu leur a accordé la même

 

1 Ad., XI: 1-18.

 

grâce qu’à nous, qui avons cru dans le Seigneur Jésus, pouvais-je, moi, m’opposer à Dieu? »

A ces paroles, tous cessèrent de faire des reproches à Pierre, ils glorifièrent Dieu et dirent : « Donc, Dieu a donné aussi aux gentils le repentir pour les amener à la vie. »

Les Apôtres et les disciples en conclurent qu’il était temps de se disperser, pour annoncer l’Evangile dans toutes les parties du monde.