— Etat intellectuel de l’Eglise après la mort de Constantin.
— Doctrine, constitution, discipline, liturgie, d’après les Pères de cette époque.
— Ecrivains orientaux.
— Eglise d’Alexandrie.
— Saint Athanase, ouvrages historiques, dogmatiques, exégétiques.
— Eglise de Jérusalem.
— Saint Cyrille ; ses catéchèses.
— Opuscule.
— Eglise asiatique.
— Saint Basile de Cæsarée.
— Ses ouvrages exégétiques, dogmatiques et ascétiques.
— Sa liturgie.
— Saint Grégoire le Théologien
— Ses discours.
— Ses lettres.
— Ses poèmes.
— Amphilochios d’icône.
— Autres écrivains orientaux : Didymos d’Alexandrie ; Macarios d’Alexandrie, Macarios d’Ægypte et plusieurs autres écrivains.
— Saint Ephrem d’Edesse.
— Eglise occidentale : Julius, évêque de Rome.
— Victorinus ; ses ouvrages contre les ariens.
— Eusèbe de Verceil.
— Phæbade d’Agen.
— Saint Hilaire de Poitiers ; ses ouvrages exégétiques, dogmatiques, historiques.
— Zenon, de Vérone.
— Optatus, de Milève.
— Damasus, évêque de Rome.
— Ses lettres.
— Ses poèmes.
— Lucifer de Cagliari.
— Pacianus de Barcelone.
— Les poètes Juvencus, Sedulius, Severus, Ausonius.
— Saint Ambroise de Milan.
— Ses ouvrages exégétiques, dogmatiques, ascétiques.
— Autres écrivains occidentaux. Ulphilas, apôtre de la race gothique ; ses travaux bibliques. Mouvement intellectuel dans l’hérésie : Aeacius de Cæsarée en Palæstine, Auxentius de Milan et autres ariens.
— Apollinaristes.
— Priscillianistes.
— Donatistes.

361-363

Saint Athanase a tenu trop de place dans notre récit pour que nous ayons à nous étendre sur sa valeur intellectuelle et sur ses vertus. Ses ouvrages historiques nous ont fourni la plupart des documents relatifs à l’histoire de l’arianisme, depuis le concile de Nicée jusqu’au règne de Julien. Ses apologies contre les ariens, à Constance et de sa fuite ont été citées par nous très-souvent, ainsi que 1’Histoire de l’arianisme qu’il composa pour instruire les moines. Ceux-ci éloignés du monde, et appliqués seulement à la pratique de la vertu, n’avaient entendu parler que très-vaguement des discussions qui agitaient l’Eglise.
On peut encore considérer comme ouvrages historiques plusieurs traités dans lesquels le grand évêque

discute les questions théologiques, car il y mêle des renseignements historiques très-précieux ; tels sont ses Discours contre les ariens, sa Circulaire aux évêques, ses lettres sur les décrets de Nicée, sur les opinions de saint Denys d’Alexandrie, à l’évêque Dracontius, aux évêques d’Ægypte et de Lybie, à Sérapion sur la mort d’Arius, des synodes de Rimini et de Séleucie ; ses autres lettres abondent également en détails historiques.
Nous avons fait connaître ses deux livres dirigés contre les païens : Discours aux Hellènes et de l’Incarnation. Dans ses principaux ouvrages dogmatiques il a pour but de réfuter les erreurs des ariens. Il faut placer en première ligne ses quatre Discours contre ces hérétiques. Ils forment une œuvre de premier ordre, soit qu’on les considère sous le rapport de l’éloquence, soit qu’on envisage leur importance doctrinale. La discussion de toutes les questions agitées y est approfondie ; et tous les subterfuges de l’hérésie y sont dévoilés. Les discussions doctrinales y sont encadrées dans les faits, de sorte que ces discours sont aussi intéressants pour l’histoire que pour la théologie. Dans ses quatre Lettres à Sérapion, évêque de Tmuis, saint Athanase traite de la divinité du Saint-Esprit. Elles se rapportent par conséquent à la seconde phase de l’arianisme, que l’on a appelée eunomianisme ou macédonianisme. Nous n’avons point à analyser les discours contre les ariens. Nous avons raconté les faits qui y sont relatés, et la doctrine y est celle du concile de Nicée. Les lettres à Sérapion nous initient aux doctrines qui furent condamnées au second concile œcuménique.
Deux questions étaient soulevées au sujet du Saint-Esprit : Etait-il consubstantiel au Père ? Quelles étaient, quant à son origine, ses relations avec le Fils ?
Sur la première question, saint Athanase établit que, dans la Trinité, il n’y a qu’une essence ; par conséquent que le Saint-Esprit est consubstantiel au Père, aussi bien que le Fils. Sur ce point, il est très-clair et très-formel, et il ne peut y avoir aucun doute sur la doctrine qu’il a enseignée. La foi de l’Eglise était positive ; un

Dieu unique en essence ; Trinité de personnes ayant la même essence.
Un autre point sur lequel saint Athanase est fort explicite, c’est que le Père était le principe du Saint-Esprit, comme il était celui du Fils.
Mais quelles relations existent, quant à l’origine du Saint-Esprit, entre l’Esprit et le Fils ? Cette question a pris une telle importance dans l’Eglise qu’elle est devenue l’occasion principale de la division entre l’Orient et l’Occident du IXe siècle. Il est donc fort important de connaître quelle a été à l’origine la doctrine des pères de l’Eglise, surtout à l’époque où la question du Saint-Esprit fut si vivement agitée, c’est-à-dire, au milieu du quatrième siècle.
On peut dire que saint Athanase l’a traitée à fond dans ses lettres à Sérapion, évêque de Tmuis. Il est étrange, dit-il1, que les ariens, qui ne veulent pas que le Verbe soit créé, disent que le Saint-Esprit n’a été qu’une créature. Cependant la même unité existe entre le Saint-Esprit et le Fils qu’entre le Fils et le Père. S’ils les séparent, quant à l’essence, il n’y a plus en Dieu une seule divinité ; il n’y a plus unité dans la Trinité, et cette Trinité sera formée de plusieurs êtres différents. Qu’est-ce que cette théorie de la divinité qui fait de cette divinité un mélange d’incréé et de créé ? S’ils font de l’Esprit un être créé, ils doivent en faire autant du Fils. S’ils ont une doctrine exacte sur le Fils, ils doivent en avoir une analogue de l’Esprit qui procède du Père ; qui est l’Esprit du Fils, puisqu’il l’a donné à ses disciples et à tous ceux qui croient en lui.
Les ariens admettaient que le Fils était le Verbe dont le Père était le principe. Le Saint-Esprit procédant du Père, avait la même origine que le Fils. Il ne pouvait donc être créature, non plus que le Fils. Comme il possède la même essence que le Père et le Fils, il est l’Esprit du Fils comme du Père ; et comme le Fils est le moyen par lequel le Père opère ad extra, c’est par le Fils qu’il envoie l’Esprit à l’humanité.


1 S. Athanas., Epist. 1 ad Serapion, § 2.

L’origine essentielle du Saint-Esprit est le Père ou le Principe éternel, qui est aussi le Principe du Fils. L’action éternelle du Père à l’égard du Fils est appelée génération ; à l’égard de l’Esprit, procession ou émanation. Ces deux actions coéternelles sont désignées dans le langage humain par deux expressions différentes ; mais cette diversité, incompréhensible comme l’essence divine elle- même, n’empêche pas que le Père ne soit l’unique principe à l’égard du Saint-Esprit comme à l’égard du Fils.
Saint Athanase s’applique à prouver, dans sa première lettre à Sérapion, que le Saint-Esprit n’est pas une créature, et il fait à ce sujet une étude biblique très-approfondie, qui se résume dans ce dogme : que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont la même divinité, et que l’Esprit de vérité, qui procède du ‘Père, reçoit de lui-même comme de sa source et est donné par lui1. Quant à l’essence, le Saint-Esprit est aussi inséparable du Fils que le Fils l’est du Père ; c’est en vertu de cette indivisibilité essentielle qu’il n’y a qu’un seul et même Dieu.
Les eunomiens faisaient des objections contre ce dogme : « Si l’Esprit, disaient-ils2, n’est pas une créature, et s’il procède du Père, on doit l’appeler Fils, et il sera le frère du Fils. S’il est son frère, comment le Verbe sera- t-il le Fils unique ? S’il est du Père, pourquoi ne l’appelle- t-on pas Fils, mais seulement Esprit ? »
Cette objection repose évidemment sur cette doctrine : que le Saint-Esprit vient du Père, comme le Fils en vient également ; que le Père est principe unique à l’égard de l’un comme à l’égard de l’autre. Saint Athanase ne conteste pas cette doctrine, qui était celle de l’Eglise, mais il s’applique à démontrer que la nature divine n’a pas d’analogie avec la nature humaine ; que la génération du Fils n’est pas une communication de nature comme dans l’humanité, et que l’acte de procession n’est pas analogue à l’acte de génération éternelle. Par conséquent, le Saint-Esprit n’est pas le Fils du Père ; n’est pas le frère du Verbe ; et l’on ne doit pas raisonner sur la


1 S. Athanas., Epiai. 1 ad Serapion, §§11 ad 14.
2 Ibid., §§ 15 et 16.

nature incompréhensible de Dieu par analogie avec celle de l’homme.
On doit donc admettre simplement l’enseignement divin1, d’après lequel le Saint-Esprit n’est pas créature. C’est tout ce que l’intelligence humaine peut connaître. Devant les autres questions, c’est-à-dire, celle de la nature de la