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«Tu as fait toutes choses avec sagesse»

— Géronda, pouvons-nous détruire les nids d’hirondelle? Les hirondelles font des saletés et les punaises affluent.
— Peux-tu, toi, faire un nid d’hirondelle? Vois tout ce que Dieu a créé par une seule de Ses paroles! Quelle harmonie, quelle variété! Où que l’on se tourne, on contemple Sa sagesse et Sa magnificence. Considère les luminaires célestes, les étoiles: avec quelle simplicité la Main divine les a-t-elle disposés sans fil à plomb ni équerre! Comme leur éclat repose la vue des hommes, alors que les lumières terrestres, disposées avec ordre, sont bien fatigantes. Avec quelle harmonie Dieu a-t-Il créé toutes choses! Considère une forêt plantée par l’homme; ses arbres ressemblent au bataillon d’une armée. Les forêts naturelles, en revanche, reposent le regard par leur variété: certains arbres sont petits, d’autres plus grands, et chacun a sa propre couleur. Une petite fleur créée par Dieu a plus de grâce qu’un gros bouquet de fleurs artificielles! Tout comme diffère l’immatériel du nylon matériel!

1. Ps 103, 24.

Tout cc que Dieu a fait est admirable. L’organisme humain est une véritable usine: le cœur, le foie, les poumons, Dieu a disposé tous les organes avec sagesse! Et regarde comme Il a créé les plantes! Pendant l’Occupation allemande, nous avions planté cinquante ares de melons d’irrigation, et je coupai un jour les grosses feuilles qui poussaient près de la racine, pensant qu’il était bon de les nettoyer ainsi. Or les feuilles près de la racine sont comme un filtre pour les melons qui absorbe leur amertume — ce sont en quelque sorte leurs reins. Une fois mûrs, nos melons étaient si amers que l’on se brûlait la langue à les manger!
— Géronda, vous observez tout!
— Oui, et je trouve Dieu en tout, dans les plantes, dans les animaux, en toute chose. Comment ne pas s’émerveiller! On voit par exemple un petit oiseau partir en voyage, atteindre l’Afrique, revenir sans boussole à son point de départ, et retrouver son nid — tandis que les hommes, qui voyagent, eux, avec l’aide de cartes et de panneaux indicateurs, se perdent! Et pourtant les oiseaux ne voyagent pas sur la terre ferme ni n’établissent de repères; ils volent dans les airs, au-dessus de la mer. Où donc établir leurs repères? Certains petits oiseaux grimpent sur le dos des cigognes, sur… leurs avions. Ceux-là prennent l’avion. Au cours de leur vol au-dessus de la mer, les oiseaux s’arrêtent sur une île pour s’y reposer. Lorsque je demeurai à la Kalyva de la Sainte-Croix, je vis un jour venir de l’Est des oiseaux semblables à des moineaux, mais plus gros et plus jolis. Ils formaient tout un troupeau. Or cinq ou six d’entre eux étaient épuisés, semble-t-il, et ne pouvaient plus continuer la route. Du troupeau se détachèrent alors encore une quinzaine d’oiseaux — les autres prirent leur envol -, et ils se posèrent sur un arbre près des oiseaux fatigués; ils s’attardèrent un peu, puis s’envolèrent tous ensemble pour reprendre leur voyage. Ils s’élevèrent très haut dans le ciel pour s’orienter et pouvoir rattraper les

autres. Je fus vivement impressionné du fait que le troupeau n’abandonna pas les cinq ou six oiseaux fatigués, mais en détacha quinze autres pour leur tenir compagnie!
Que tout ce que Dieu a créé est beau! Tu vois de ces quelques chatons au pelage moucheté! Quel beau manteau ils ont! Les hommes devraient envier les manteaux des animaux! Aucune reine n’a jamais porté un tel manteau!… Où que tu tournes ton regard, lu contemples la sagesse de Dieu. Jadis, quand tout était naturel, tout était rempli de beauté. Regarde le coq, il ne chante pas en fonction du temps, beau ou mauvais. Il se tient en équilibre sur une patte, et dès qu’il s’engourdit, il chante: «Cocorico!». Il te dit ainsi combien d’heures ont passé. Il change de patte. Quand elle s’engourdit à son tour, il se met sur l’autre et chante: «Cocorico». Tu sais qu’il chante à midi, à trois heures, à six heures pile. C’est fixe, toutes les trois heures! Il n’a ni réveil ni pile. Et il n’est pas non plus nécessaire de le remonter…
Tout ce que vous voyez, tout ce que vous entendez sur cette terre, utilisez-le pour communiquer avec le monde d’En Haut. Toutes choses vous élèveront au Ciel. C’est ainsi que Ton s’élève de la création au Créateur! Après avoir atteint la lune, les Américains, au moins, y ont dressé l’inscription: «Les deux racontent la gloire de Dieu»2 . Les Russes aussi sont allés dans l’espace, mais Gagarine3 a affirmé qu’il n’y avait pas trouvé Dieu! Comment donc aurait-il trouvé Dieu, en partant dans l’espace les pieds en haut, et non les mains élevées vers le ciel? Et on en déduit que la nature est à l’origine de l’univers… de tout l’univers! Si une vieille voiture tombe en panne, tout un groupe de mécaniciens et de spécialistes se rassemble pour la réparer. Ils réfléchissent, font des essais, et tout cela pour une vieille voiture! Dieu, Lui, fait tourner le globe

2. Ps 18, 2.
3. Youri Gagarine (1934-1968) est le premier cosmonaute soviétique à avoir été lancé sur orbite.

terrestre sans électricité, et ni les piles ne s’usent ni le moteur ne s’arrête! Considère à quelle vitesse Dieu fait tourner la terre, et les hommes ne sentent rien! C’est prodigieux! Si la terre tournait à une vitesse moindre, l’homme culbuterait sans cesse! Et les océans, dont le volume d’eau est considérable, de tourner avec la même vitesse sans que leur masse liquide déborde! Les étoiles, dont les dimensions sont énormes, se meuvent à une vitesse vertigineuse sans s’approcher les unes des autres, mais conservent entre elles toujours la même distance. L’homme, lui, s’émerveille et s’enorgueillit d’avoir fabriqué un avion. Pourtant il suffit que son cerveau s’atrophie un peu pour qu’il dise des absurdités et ne comprenne plus rien.

A quoi les hommes sont-ils aujourd’hui arrivés…

La civilisation est une bonne chose, mais pour qu’elle nous soit utile, il faut que nos âmes aussi se civilisent. Sinon, nous allons à la catastrophe. Saint Côme l’Étolien4 prophétisait: «Le mal viendra des gens instruits». Bien que la science ait grandement progressé jusqu’à réaliser de prodigieuses découvertes, les hommes, en pensant contribuer au bien du monde, en viennent sans s’en rendre compte à détruire le monde. Comme l’homme n’écoute pas son Créateur, Dieu l’a laissé libre d’en faire à sa tête, et alors il se brise la tête! L’homme se détruit lui-même par ce qu’il fabrique.
A quoi les hommes du XXe siècle sont-ils arrivés avec leur civilisation! Ils ont rendu le monde fou, pollué l’atmosphère et l’environnement entier. La roue qui s’écarte de son axe tourne sans but. De même si les hommes s’écartent de l’harmonie mise par Dieu dans la nature, ils en sont les premières victimes! Les hommes souffraient jadis de
4. Saint Côme l’Étolien naquit vers 1714 dans un petit village d’Étolie (région de la Grèce continentale au nord du golfe de Corinthe). Sa prophétie vise les hommes instruits qui ne craignent pas Dieu.

la guerre, ils souffrent aujourd’hui de la civilisation. Ils fuyaient alors les villes pour se réfugier dans les villages et vivre de leur champ; ils fuiront aujourd’hui les villes à cause de la civilisation, car ils ne pourront plus y vivre. La guerre apportait jadis la mort. La civilisation apporte aujourd’hui la maladie.
— Géronda, pourquoi le cancer est-il si répandu aujourd’hui?
— Tchernobyl et les accidents semblables ont-ils été sans conséquence? Voilà la cause. Le cancer est le résultat des actions humaines… Nous vivons dans un monde saccagé! À quelle époque a-t-on vu tant de malades? Les hommes n’étaient pas ainsi jadis. En ouvrant n’importe laquelle des lettres que je reçois, je suis sûr d’y trouver l’annonce d’un cancer, ou d’une maladie psychiatrique, ou bien d’une embolie cérébrale, ou c’est la nouvelle d’une famille désagrégée. Le cancer était rare par le passé, car les hommes menaient une vie naturelle. Je ne parle pas ici des épreuves permises par Dieu. On se nourrissait de choses saines et l’on était en excellente santé. Tout était pur, les fruits, les oignons, les tomates. Mais maintenant, même les aliments naturels détruisent l’homme. Ceux qui se nourrissent exclusivement de ces produits naturels nuisent encore plus à leur santé, car tout a été contaminé. S’il en avait été ainsi dans le passé, il y a longtemps que je serais mort, car, depuis que je suis moine, je me nourris de ce que donne le jardin, de poireaux, de salades, d’oignons, de choux, etc., et je me porte comme un charme. À présent, on met de l’engrais partout, on asperge les plantes et les légumes de produits chimiques. Songe à ce que l’on mange ensuite! Le stress et une nourriture malsaine sont sources de maladies. En utilisant la science sans discernement, les hommes anéantissent le monde.
— Géronda, comment se fait-il que jadis les hommes supportaient une plus grande ascèse et étaient pourtant en meilleure santé? La nourriture y contribuait-elle?

— Oui, car les aliments étaient purs. N’est-ce pas évident? En outre, on mangeait les fruits et les légumes mûrs. À notre époque, on les cueille encore verts, de peur qu’ils s’abîment, et on les laisse ensuite au frigidaire; on les cueille bien verts et on attend qu’ils mûrissent. Jadis, le fruit, une fois mûr, tombait de lui-même de l’arbre ou bien se détachait tout seul de la branche quand on voulait le cueillir. Les hommes se nourrissaient bien, sainement — le pain beurré ou le lait étaient des nourritures très nutritives pour les enfants -, mais, en outre, ils faisaient travailler leur cervelle et se demandaient lorsqu’ils tombaient malades si la cause en était ou non leur nourriture. Aujourd’hui, les hommes, d’une part, se nourrissent mal et, d’autre part, ne font pas travailler leur cervelle!
Combien de choses fabriquées par l’homme sont-elles inutiles! On supprime peu à peu la laine, si bien qu’il est difficile de trouver des tricots de corps en laine absorbant la sueur. Ayant l’habitude de porter des tricots de corps en pure laine, je sens aussitôt si un tricot contient ou non de la fibre synthétique. Si c’est le cas, ma peau ne respire pas, j’ai l’impression d’étouffer. Pourtant les vêtements comportant du synthétique sont estimés plus solides et de meilleure qualité que les habits en pure laine. C’est considéré comme un progrès. Sont-ils bénéfiques à la santé? Certes, non! Rien que leur mode de fabrication est malsain. Et on leur colle ensuite l’étiquette en pure laine vierge! On trouvera d’autres mots sonnant encore plus pur pour en faire la réclame! On élèvera désormais les moutons seulement pour leur viande, vu que l’on fabrique de la laine à partir du pétrole! C’est pourquoi les vers de soie nous disent: «Puisque vous voulez une soie de meilleure qualité, fabriquez-la vous-mêmes!».

Les hommes ne connaissent plus la patience
— Géronda, pourquoi n’avons-nous pas de patience aujourd’hui?
— Le mode de vie actuel ne contribue pas à rendre patient. Autrefois, la vie était calme, et les hommes aussi étaient calmes si bien qu’ils supportaient aisément de patienter. Mais la précipitation qui règne de nos jours dans le monde a rendu les hommes impatients. On savait jadis que l’on ne mangerait des tomates que fin juin et cela ne posait pas de problème. On attendait le mois d’août pour manger des pastèques. On savait quand viendrait la saison des figues ou celle du melon. Or que se passe-t-il aujourd’hui? Pour manger plus tôt des tomates, on les importe d’Égypte — au lieu de manger des oranges qui ont les mêmes vitamines. «Patientez donc, mes amis, et mangez autre chose!». Mais non, on voudra à tout prix importer des tomates d’Égypte. Voyant cela, les agriculteurs de Crète ont commencé à installer des serres pour faire mûrir plus vite leurs tomates. Et finalement, on en est arrivé à mettre partout des serres afin de pouvoir manger des tomates en hiver. On se tue à construire des serres pour tous les légumes afin d’avoir de tout en toute saison et ne pas devoir attendre.
Jusque-là, c’est encore admissible, mais les choses vont hélas plus loin! On voit le soir des tomates vertes, et au matin on les présente rouges, toutes gonflées! Je me suis mis en colère contre un ministre: «Admettons les serres, lui dis-je, mais user d’hormones pour faire mûrir les fruits — les tomates en une nuit! — est inadmissible. Avez-vous pensé au dommage que les personnes sensibles aux hormones subiront dans leur santé, les malheureuses?». On a dénaturé les animaux également. On voit de ces poulets, de ces veaux… On rend au moyen d’hormones des animaux de quarante jours semblables à des animaux de six mois! L’homme mange ces produits, et quel avantage

en résulte-t-il? On donne aux vaches des hormones pour qu’elles produisent plus de lait, et ensuite les producteurs ne peuvent pas l’écouler! Ils font grève, déversent le lait sur les routes, car le prix du lait tombe, tandis qu’on boit du lait aux hormones. Pourtant si l’on laissait les choses comme Dieu les a faites, tout s’équilibrerait harmonieusement el on boirait du lait pur. Avec les injections d’hormones, tout devient insipide: les aliments sont insipides, les hommes sont insipides, tout est insipide! La vie n’a plus de saveur. Si tu interroges des adolescents et leur demandes: «Qu’est- ce qui t’attire?». Ils répondent: «Rien! — Qu’est-ce qu’il te plairait de faire? — Rien!». Et je parle de gaillards… Voilà où on aboutit. L’homme pense devoir corriger ce que Dieu a fait. On supprime artificiellement la différence entre nuit et jour pour faire pondre les poules. Et on obtient ensuite de ces oeufs… Si Dieu faisait luire la lune comme luit le soleil, l’homme deviendrait fou. Alors que Dieu a fait la nuit pour que les hommes se reposent, vois où ils en sont arrivés!
Les hommes ont perdu leur calme. Les serres, les injections hormonales dans les fruits et légumes, etc. ont conduit le monde à l’impatience. Autrefois, on savait qu’il fallait tant d’heures à pied pour se rendre à tel endroit. Celui qui marchait vite arrivait un peu plus tôt. Ensuite, on fabriqua les charrettes, puis les voitures, les avions. On cherche constamment à aller de plus en plus vite. On a fabriqué des avions5 qui permettent d’aller de France en Amérique en trois heures. Quand on passe d’un climat à un autre à une telle vitesse, rien que le brusque changement de climat a de quoi perturber l’organisme. Précipitation, précipitation… L’homme va pour finir entrer dans un projectile, on appuiera sur la gâchette, le projectile sera lancé, il éclatera, et il en sortira un fou! Où va-t-on? Oui, on en arrivera là! Le monde est devenu une vraie maison de fous!

5. Le Géronda songe à l’avion supersonique Concorde.

Les hommes ont pollué toute l’atmosphère, mais les ossements des défunts les incommodent

— Géronda, on envisage d’incinérer les morts pour des raisons d’hygiène et d’économie de place.
— Pour des raisons d’hygiène? En entendre de pareilles! Nos contemporains n’ont-ils pas honte de parler ainsi? Avoir pollué toute l’atmosphère leur importe peu, mais les ossements des défunts les incommodent? Ces ossements, au moins, sont propres! El aller prétendre que c’est pour gagner de la place! Il y a tant de forêts en Grèce, et on ne trouve pas de place pour construire des cimetières afin d’ensevelir les morts! J’ai admonesté un professeur d’université à ce sujet. On trouve des tas de lieux pour les ordures, mais on n’en trouve pas pour les ossements humains, qui, eux, sont sacrés! Manque-t-on de terrains? Combien de reliques de saints peut- il se trouver dans les cimetières! Y songeons-nous?
En Europe, on incinère les défunts non par manque de place, mais parce que cette pratique est considérée comme un progrès. On n’ira pas défricher une forêt pour gagner du terrain, mais on incinère les défunts, on les transforme en poussière, afin d’épargner de la place… On dispose ensuite cette poudre dans une petite boîte pour plus de commodité… et l’incinération est considérée comme un progrès. La vraie raison est que les nihilistes veulent tout détruire, l’homme y compris. On veut qu’il ne reste rien qui puisse rappeler à chacun ses parents, ses grands-parents, la vie de ses ancêtres. On vise à couper l’homme de ses traditions, à lui faire oublier l’autre vie et à l’enchaîner à la vie d’ici-bas.
— Géronda, on affirme cependant que la question du lieu où ensevelir les défunts s’est posée dans certains quartiers d’Athènes.
— Il y a tant de place! Manque-t-on d’espace? Il existe d’immenses terrains hors d’Athènes, appartenant à la municipalité. Je connais aussi des personnalités qui possèdent de

vastes terrains dans les environs d’Athènes. Ne peuvent- elles pas y construire un cimetière? Nombre d’Athéniens sont en outre originaires de province. Pourquoi ne pourraient-ils pas retourner dans leur région natale après leur mort? Que chacun soit donc enseveli dans sa région: les dépenses à cet effet seront minimes, juste les frais pour faire transporter les corps. Que l’on décrète que les personnes originaires de province arrivées récemment à Athènes seront à leur décès enterrées dans leur lieu de naissance. Ce sera le mieux. Les familles qui vivent à Athènes depuis trois générations trouveront par là une solution. Et après l’exhumation des défunts6 , que l’on creuse des fosses plus profondes pour y déposer les ossements. Est-ce difficile? On descend bien dans les profondeurs de la terre pour extraire du charbon. Que l’on creuse donc une grande citerne pour y rassembler les ossements des défunts.
Le respect de la personne humaine a complètement disparu. Vois ce qui se passe actuellement: on met ses vieux parents dans des asiles de vieillards — alors que jadis même des vieux bœufs, on prenait soin. On ne les menait pas à l’abattoir, mais on se disait: «c’est eux qui nous ont nourris!». Et comme on respectait les défunts! Je me souviens des dangers courus pendant la guerre pour enterrer les morts. Le prêtre, il va de soi, était obligé d’être présent. Mais les soldats l’accompagnaient et cheminaient par neige, par gel, sous le feu ininterrompu des balles, en portant les corps de leurs camarades tués. Durant la guerre civile, avant de faire mon service militaire, je transportais les morts avec le sacristain du village. Devant nous avançait le prêtre avec l’encensoir. Dès que se faisait entendre le sifflement de balles, nous nous jetions à terre. Mais ensuite, il fallait se relever! A peine entendions-nous un autre bruit, que nous nous jetions à nouveau à terre. Plus

7. II est d’usage en Grèce de procéder à l’exhumation des défunts trois ans après leur mort.
8.

tard, durant la guerre, comme nous n’avions pas de chaussures et avancions pieds nus dans la neige, on nous dit d’aller prendre si nous le voulions les godillots des soldats morts. Personne n’y alla! Malheureusement, ces bonnes années sont terminées!
Le pire est que certains, bien qu’ayant des responsabilités dans la société, ne protestent pas, mais laissent faire. Dès que ce problème de l’ensevelissement des défunts s’est présenté, l’Église devait prendre position pour le résoudre. Autrement, elle laisse les séculiers se prononcer sur des questions spirituelles et dire ce qui leur plaît. C’est un manque de piété. Comment la bénédiction de Dieu viendra-t-elle aujourd’hui sur le monde? On a perdu toute mesure. On en arrive à dégrader l’être humain. C’est pour cela que les choses ne se passeront pas ainsi: on trouvera des lieux pour ensevelir les défunts… On trouvera beaucoup de place, même plus de place que nécessaire…

Pollution et destruction de l’environnement

Même en hiver, le soleil tape comme au Sinaï, car il y a des trous d’ozone dans l’atmosphère. Si ne souffle pas un peu de vent du nord, impossible de rester longtemps au soleil.
— Géronda, que va-t-il se passer avec l’ozone?
— Patientons un peu jusqu’à ce que les scientifiques bouchent le trou avec cinq kilos de stuc! Oui, qu’ils aillent donc boucher les trous dans l’espace… Ils verront alors que Dieu a bien fait toute chose, dans l’harmonie, et ils diront: «Pardonne-nous, c’est nous qui avons détruit la création!». Priez Dieu de boucher le trou dans l’atmosphère! En vérité, «une brèche pleine de la colère de Dieu a été ouverte dans le ciel»7 et elle fait se dessécher les arbres et les plantes. Mais Dieu peut remédier au mal.

7. Cf. Ap 15,7.

Voyez jusqu’où va la malice de certains! Afin de récolter de l’argent auprès des riches, ils disent: «En raison du trou d’ozone fait dans l’atmosphère, le monde risque la destruction. Comment sauver le monde? Les scientifiques font des recherches pour creuser en profondeur, permettre de descendre vivre dans les antres de la terre et éviter ainsi le soleil». Et puisque ce projet n’aboutit pas, ils proposent autre chose: «On va créer des infrastructures sur la lune, y construire des hôtels, des restaurants, des maisons, et l’humanité ira vivre sur la lune. Que celui qui veut être en sûreté paye “pour la lune”!». Or ce ne sont que mensonges! Quelles infrastructures peut-on créer sur la lune? Il est impossible à l’homme d’y vivre. Quelques-uns y sont allés dans leurs «cages» et en sont revenus. Mais certains y croient et payent…
— Géronda, beaucoup s’inquiètent de la nocivité des gaz d’échappement.
— Pour nous protéger en partie des gaz d’échappement, il faut que les directeurs d’usine se serrent un peu la ceinture et installent des filtres absorbant les fumées. Au lieu de donner des pots de vin aux députés pour ne pas avoir d’ennuis dans ses affaires, que chaque directeur d’usine dépense une somme d’argent plus importante et acquière une machine absorbant les gaz! Ces microbes, ce nuage de pollution, n’existaient pas jadis. Mais aujourd’hui, on a pollué toute l’atmosphère et on considère cela comme un progrès. Où va-t-on au nom du progrès? On aboutit à détruire l’homme. Si l’on sort dans la rue, l’air sent les gaz d’échappement; à peine ouvre-t-on les fenêtres, la suie entre dans les maisons. Et cette suie n’est pas une suie inoffensive qui disparaît lorsqu’on se lave les mains. La suie qui provient de la cheminée ne contient pas d’huile, et c’est pourquoi elle sort aisément des poumons au prix d’une quinte de toux, tandis que l’autre, la suie chimique, colle aux poumons.

Dans les immeubles, les hommes sont entassés les uns sur les autres. L’un secoue sa poussière sur le balcon de l’autre. Que ne doit supporter l’habitant du premier étage: il récolte la poussière et les ordures des voisins du dessus. Il fait sécher son linge, par exemple, ou bien il a simplement une fenêtre ouverte, le voisin du dessus secoue ses tapis sans même songer à lui. Dans le passé, de tels immeubles auraient servi de prisons comparables au Yiendi Koulé8 . Oui, c’est terrible à dire, les édifices contemporains sont comme des prisons — tandis que jadis chaque maison avait sa cour, ses animaux, son jardin, ses arbres, où les oiseaux aimaient se rassembler.
— Géronda, on ne voit même plus d’hirondelles aujourd’hui.
— Les hirondelles seraient-elles assez insensées, d’aller se poser sur ces immeubles? Seraient-elles devenues folles? Bientôt, les hommes ne sauront même plus ce qu’est une hirondelle. Dans une université d’Amérique, il y a une faculté où l’on étudie l’Écriture Sainte. l’Ancien et le Nouveau Testament d’un point de vue historique. Eh bien, pour faire comprendre aux étudiants ce qu’est le «blé», on a semé un champ de blé! Et pour qu’ils comprennent la signification des mots «berger» et «brebis», on a planté un berger avec quelques brebis dans un pot en terre. Et on est à l’université!
On a pollué toute l’atmosphère. Vois, c’est l’hiver, et les ordures empestent. Songe ce qui se passe en été! Mais on n’envoie pas d’avions pour jeter un peu de désinfectant sur les ordures. Heureusement que Dieu a créé les fleurs qui embaument. Il existe tant de fleurs variées, des petites, des grandes; leur senteur anéantit la puanteur environnante. S’il n’y avait pas les fleurs pour embaumer l’atmosphère, que deviendrions-nous? Il suffit qu’un animal crève quelque part, et la puanteur envahit l’endroit. Comme Dieu use
8. Prison qui existait jadis sur les murs de Thessalonique.

d’économie à notre égard! Sinon, nous irions à notre perte! Imagine ce qui se passerait si les fleurs et les légumes n’existaient pas… C’est ainsi que Dieu couvre notre puanteur. Elle est dispersée par les senteurs des plantes.
Un laïc venu à mon ermitage m’a posé la question: «Mais enfin, que fais-tu ici? A quoi t’occupes-tu jour et nuit?». Or tout autour, les bruyères avaient fleuri, le flanc de la montagne était comme un tapis de fleurs, l’air embaumait. «Je peine tout le jour pour arroser chacune des fleurs que tu vois, lui répondis-je, et prendre soin d’elle. Et si tu savais combien de veilleuses9 j’allume chaque nuit dans le ciel, le temps me manque pour les allumer toutes!». II me regardait avec perplexité. «La nuit, lui dis-je, tu ne vois pas les veilleuses dans le ciel? C’est moi qui les allume! M’est-il possible de les allumer toutes? Ce n’est pas facile avec tant de veilleuses de changer les mèches, de verser de l’huile!». Le malheureux resta interdit.
Les insecticides sont du poison, et ils font périr également les malheureux oiseaux. Pour préserver les arbres des maladies, on les arrose d’insecticide, et ensuite ce sont les hommes qui tombent malades. Tout est empoisonné. Ne serait-il pas préférable de verser un peu moins de produit chimique et d’enfouir les plantes pourries dans la terre — au lieu d’enterrer les fruits pour ne pas faire baisser les prix. Le nuage chimique qui résulte de l’aspersion d’insecticide peut-il être inoffensif? C’est mortel, surtout pour les petits enfants. C’est pourquoi de nombreux bébés naissent malades. J’ai fait remarquer à quelqu’un: «À quoi aboutissez-vous? Vous avez tué les insectes nuisibles, et maintenant ce sont les hommes qui meurent». On verse des insecticides sur les fleurs, et les hommes tombent malades. On trouvera ensuite des poisons encore plus puissants, et qu’y gagnera-t-on?
9. Le Géronda veut dire bien sûr les étoiles.

Il a été prouvé que certains insectes que l’on tuait au moyen d’insecticides tuaient d’autres insectes. On cherche maintenant à développer la population des premiers pour se débarrasser des seconds. Comme Dieu a bien fait toute chose! Là où se trouvent des grillons, il n’y a pas de moustiques. Un homme est venu à mon ermitage avec une petite machine qui chassait les moustiques en produisant un son semblable au bruit que font les grillons, mais plus fort. On tue les grillons qui produisaient un son agréable, et on cherche à imiter avec des piles ce que Dieu a si bien fait. On a tout tué, les grillons, les tourterelles… Même les corbeaux se font rares. Sous peu, on attrapera les corbeaux pour les mettre en cage.
Quand vous versez de l’insecticide sur les arbres, laissez Dieu vous aider un peu. S’il n’en tombe pas partout, c’est sans importance. Tous les moyens modernes n’encouragent pas l’homme à vivre avec foi. J’ai entendu des personnes poser la question: «A-t-on trouvé un remède contre cette maladie? Où donc? A l’étranger?». Et de téléphoner sur le champ pour commander le médicament en question! Peu à peu, les laïcs et même les moines mettent Dieu à l’écart. Les hommes n’accordent pas la première place au progrès spirituel, qui sanctifierait toute chose. Le pire est que nous, les moines, nous ne devançons pas les laïcs dans le progrès spirituel.
— Géronda, la mouche des oliviers10 nuit réellement aux arbres.
— Egrenez votre chapelet* pour chasser la mouche des oliviers par la prière, et non par les seules aspersions d’insecticide. Mettez un peu le Christ dans la partie! Il existe une tendance à améliorer toute chose selon les vues du monde. Nous oublions que nous les moines, nous devons avoir un autre «monde». N’allons pas faire ce que font les laïcs, et même en faire davantage. Quelle place tient le Christ dans
10. Il s’agit d’un insecte qui engendre un ver à l’intérieur des olives.

notre vie? Je ne vous dis pas de ne pas mettre du tout d’insecticide, mais faites attention, car certains font des expériences avec ces produits chimiques. Et lorsqu’il vous est nécessaire de faire usage d’insecticide, portez des masques. Mieux vaut récolter moins d’olives naturelles piquées par cet insecte que davantage d’olives aspergées de produit chimique. Limitez les aspersions d’insecticide au strict minimum. Priez avec dévotion, lisez le psaume 111 et aspergez les arbres d’eau bénite. Si vous vivez votre vie monastique comme il convient, et la pluie vous sera donnée12 , et les chenilles seront anéanties13 ! Dieu vous viendra en aide. Mais piété et confiance en Dieu sont pour cela nécessaires.

11. Saint Arsène de Cappadoce conseillait de réciter le psaume 1 lorsqu’on plante des arbres, pour que ceux-ci portent du fruit.
12. Ces paroles furent prononcées en novembre 1990 alors qu’une grande sécheresse sévissait en Grèce.
13. En juin 1990, les chenilles pullulèrent.