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Les malheureux laïcs s’habillent en fonction de leur état intérieur

Géronda, souhaitez-moi quelque chose!
— Je te souhaite de te déguiser spirituellement comme sainte Isidore1 , la folle en Christ*, je te souhaite d’acquérir la bonne hypocrisie. Les malheureux laïcs, vois- tu, fêtent chaque jour leur hypocrisie mondaine et s’habillent en fonction de leur état intérieur. Jadis, les hommes se déguisaient une fois l’an, les jours de Carnaval. Aujourd’hui, la plupart portent constamment des déguisements. On voyait

1. Sainte Isidore vécut au monastère des Tabennêsis, fondé par saint Pachôme au début du 4eme siècle. Vêtue de haillons et simulant la folie, elle accomplissait avec une profonde humilité les plus pénibles obédiences de la communauté en indurant insultes et mépris avec une patience admirable et se contentait pour toute nourriture des miettes qu’elle ramassait sur les tables. Un jour, saint Pitiroum, ascète renommé, vint au monastère sur l’ordre d’un ange et demanda à voir toutes les sœurs. Comme on n’avait pas cru bon de convoquer Isidore la folle, il ordonna de l’appeler: il se alors prosterna à ses pieds en disant: «Bénis-moi!» Comme on lui objectait que cette sœur était folle et digne de mépris, il répondit qu’elle méritait d’être leur mère spirituelle (Amma) à tous, car livrée aux outrages et à la dérision, elle n’avait jamais éloigné son cœur de Dieu. Après le départ de Pitiroum, comme les sœurs ne cessaient de lui présenter des excuses et de lui montrer des marques de respect, Isidore quitta le monastère en secret et alla finir ses jours dans un lieu que personne n’a jamais connu.

dans le passé des personnes déguisées une seule semaine de l’année, la semaine de Carnaval. Maintenant, c’est un spectacle quotidien… Chacun s’habille comme cela lui chante! Les hommes sont devenus vraiment bizarres! Ils sont devenus fous! Rares sont ceux, hommes, femmes ou enfants, qui s’habillent avec modestie et décence. Les femmes surtout n’ont plus aucune pudeur. En descendant aujourd’hui en ville, j’ai vu une femme portant une sorte de bandeau d’une largeur extrême sur la tête, des bottes montant jusqu’aux cuisses et une mini-jupe. «C’est la dernière mode!», me dit- on. D’autres marchent sur des talons tellement aiguilles… qu’un faux pas les conduira chez le médecin orthopédique. Quant à leurs cheveux, mieux vaut ne pas en parler! Une autre — que Dieu me pardonne! — ne ressemblait guère à un être humain: le visage agressif, les yeux rouges, la cigarette aux lèvres, elle expirait la fumée… Il paraît que les femmes ont aujourd’hui pour principe de ne pas fumer à la maison, si elles ont des enfants en bas âge. Les enfants, d’ailleurs, les malheureux respirent déjà la fumée dès le ventre de leur mère et naissent enfumés comme des harengs fumés… Les hommes subissent aussi un dommage des nombreux cafés qu’ils boivent: ils font de ces grimaces… La Grâce de Dieu a disparu de leurs visages. Elle les a totalement abandonnés!
Je me rappelle combien je souffrais au Sinaï de voir des touristes dévêtues venir au monastère. Leur habillement était d’une telle indécence! Leur spectacle faisait penser à des icônes byzantines jetées à la poubelle. Je vis un jour une touriste qui portait un poncho ressemblant à un phélonion* et je me dis: «Grâce à Dieu, en voilà une qui porte au moins quelque chose de décent: phélonion ou poncho, en fin de compte, ce n’est pas comme les autres qui sont dénudées». La femme se retourna et que vis-je: devant, tout était ouvert!
Où en sommes-nous arrivés! On m’a envoyé la photo d’une mariée en me demandant de prier pour que son

mariage soit heureux. Elle portait une robe totalement indécente. S’habiller ainsi pour le sacrement du mariage, dans le lieu sacre d’une église est un manque de respect. Si des hommes spirituels ne songent pas à ce genre de choses, que feront les autres? C’est pourquoi je répète souvent que si les monastères ne tiennent pas fermement la tradition, il n’y aura de frein nulle part. Nos contemporains n’ont plus aucune retenue.
Dans le passé, alors qu’existaient les fols-en-Christ, on trouvait peu de fous dans le monde. Peut-être nous faudrait- il prier les fols-en-Christ de guérir les vrais fous et de faire surgir de nouveaux fols-en-Christ dans le monde? En tout cas, on voit et on entend actuellement les choses les plus étranges qui soient. Un homme m’a dit récemment — j’ai fait mon signe de croix en l’entendant — que c’était la mode aujourd’hui parmi les fainéants de frotter leurs vêtements pour les faire se déchirer et de les rapiécer ensuite en cousant des morceaux de tissu avec une grosse aiguille. Admettons qu’il soit normal qu’un ouvrier soit ainsi vêtu, mais un fainéant!… Et il ajouta: «Géronda, je vais te confier quelque chose d’encore plus étrange. Ma femme a vu un jour sur la place de l’Omonia2 un enfant, fils d’une famille amie, qui portait un pantalon déchiré sur le derrière. “Mon enfant, mets ta main derrière… — Fiche-moi la paix, lui répondit-il, c’est la mode ainsi!». Pauvres gosses!
— Géronda, est-il correct de porter des teeshirts avec des estampes de saints?
— Si des figures de saints sont imprimées sur des teeshirts ou sur des vestes, cela ne fait rien. Mieux vaut cela que représenter le diable. Mais si l’effigie d’un saint est placée sur un pantalon, cela ne convient pas, c’est une marque d’irrévérence envers le sacré. Certains croyants ornent ainsi leurs vêtements par piété. Quand le Patriarche Dimitrios a visité
2. La plus grande place d’Athènes.
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l’Amérique, on a même confectionné des vestes avec l’estampe du Patriarche et de la basilique sainte Sophie.
— C’était par piété?
— Pourquoi sinon? Celte idée ne venait pas des Juifs, mais des chrétiens. Il y a partout des hommes qui inventent de bonnes choses, tout comme, parallèlement aux bons médecins, existent aussi des charlatans!
— Géronda, le désordre moral que nous constatons actuellement est-il dû à une influence qui nous vient de l’étranger?
— Eh bien, pourrait-il venir d’ailleurs? Ce n’est pas sans raison que l’on remarquait de mon temps: «Ces hommes sont de Smyrne…». Cela voulait tout dire… Cette ville se trouvant en bord de mer, maints étrangers y habitaient. Saint Arsène de Cappadoce était très sévère en ce qui concerne l’habillement. Il y avait à Farassa une femme récemment mariée qui portait un foulard bariolé, venant de Smyrne. Le saint lui avait fait des remontrances à maintes reprises et lui avait dit de s’habiller décemment comme les autres Farassiotes. Mais la femme n’obéissait pas. Un jour que le saint la vit à nouveau porter ce foulard bariolé, il lui dit avec sévérité: «Des maladies importées d’Europe, je n’en veux pas à Farassa! Si tu ne te corriges pas, sache-le, les enfants que tu mettras au monde s’en iront comme des petits anges après leur baptême, et, toi, tu ne profiteras d’aucun d’eux! Malheureusement, elle persista à ne pas tenir compte des avertissements du Père, et c’est seulement quand deux petits anges la quittèrent qu’elle jeta son foulard bariolé et alla lui demander pardon.
— Géronda, porter des vêtements sombres aide-t-il au plan spirituel celui qui désire embrasser la vie monastique?
— Oui, car cela aide à se détacher du monde tandis qu’en portant des vêtements de couleur on risque fort de rester accroché au monde. En revanche, celui qui se dit: «Je porterai le noir lorsque je serai au monastère. J’accomplirai la règle de cellule lorsque je serai au monastère» ne fera que des

choses noires au monastère. Celui qui, déjà dans le monde, accomplit avec joie, avec un ardent désir, ce que font les moines au monastère, se réjouit dans le monde et montera les marches de l’escalier spirituel deux par deux ou trois par trois lorsqu’il sera au monastère.
— Géronda, certains jeunes pieux qui s’habillent décemment rencontrent une grande opposition de la part des adultes.
— S’ils croient en ce qu’ils font et agissent ainsi par intuition du cœur, ils finiront par pousser les adultes à se poser des questions. J’ai connu une jeune fille qui s’habillait de noir et portait des vêtements aux longues manches. Elle était très pieuse. Une vieille femme lui dit un jour: «N’as-tu pas honte, toi, une jeune fille, de t’habiller en noir et de porter des manches longues? — Puisque vous ne nous donnez pas l’exemple, lui répliqua la jeune fille, nous au moins, nous portons le noir!», et elle la remit à sa place. Vois, une femme devient veuve et elle porte aussitôt des vêtements bariolés. Que dire? Ma sœur est devenue veuve à vingt trois ans, et dès lors elle porta le deuil jusqu’à sa mort. Pour moi, bien plus heureuses sont les veuves qui portent le noir en cette vie, ne serait-ce qu’involontairement, et vivent une vie spirituelle blanche comme neige en rendant grâces à Dieu, sans se plaindre, plutôt que les malheureuses qui portent le bariolé et vivent une vie bariolée.

De nos jours, les hommes ressemblent tant aux femmes qu’on ne les distingue plus. Dans le passé, en revanche, on pouvait distinguer un homme d’une femme à cinq cent mètres de distance. Aujourd’hui, même de près, c’est parfois impossible. On s’interroge: «S’agit-il d’un homme? Ou d’une femme?». Se réalise exactement la prophétie de l’Écriture annonçant la venue d’une époque où l’on ne distinguera pas les hommes des femmes. Le Vieillard Arsène des Grottes3 demanda à un jeune homme dont les cheveux atteignaient la taille: «Eh bien, qui es-tu? Un homme ou une femme?». On n’aurait pu le dire. A la Sainte Montagne, dans le passé, on coupait les cheveux de tels jeunes. Aujourd’hui, ils viennent comme ils sont… Moi, je leur coupe les cheveux avec les ciseaux au moyen desquels je coupe la laine qui me sert à faire des chapelets*. Savez-vous à combien de jeunes j’ai ainsi coupé les cheveux! Je leur coupe la chevelure dans la cour derrière le sanctuaire. Lorsque des jeunes gens aux cheveux longs viennent me voir, je m’exclame: «Quelle chance! J’ai promis à des hommes chauves de ma connaissance de coller des cheveux pour leur faire une perruque… Faites preuve de charité, laissez-moi vous couper les cheveux! Que faire? J’ai donné ma parole!».
— Ils acceptent, Géronda?
— Cela dépend comment on leur présente la chose. Je ne commence pas par leur faire des remontrances: «Qu’est-ce que c’est que cela? N’avez-vous pas honte? N’avez-vous aucun respect pour la Sainte Montagne?». Non. je leur parle ainsi: «Une telle chevelure, mes gaillards, insulte votre virilité. Si vous voyez un evzone marcher sur la place de l’Omonia avec un sac de femme au bras, pour qui le tiendrez- vous? Cela convient-il? Allons, coupons cette tignasse!». Et je coupe… Si vous saviez quel volume de cheveux j’ai ainsi amassé! Si un garçon résiste un peu et se met à protester en

4. Ascète qui vécut dans des grottes du Mont Athos aux alentours du Skite de Sainte Anne (1886-1983).
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disant: «Mais, pourquoi?», je lui réponds: «Il n’y a pas de “pourquoi?” Ne suis-je pas moine? C’est mon métier d’accomplir des tonsures!». Tout dépend de la façon de le dire. Ils rient et l’affaire est dans le sac. Je les tonsure alors, mais je ne change pas leur nom! A un seul j’ai changé le nom et l’ai nommé Axion estin, car au moment où je le tonsurai passait justement la procession avec l’icône Axion estin4 ! Comme leurs parents se réjouissent de les voir revenir avec les cheveux courts! Savez-vous combien de lettres de remerciement je reçois de la part des parents, des mères surtout? Rien qu’à cause de cela Dieu me pardonnera mes péchés!
La mode actuelle est de se couper les cheveux tout en laissant une sorte de queue sur la nuque. «Quel est le sens de cette queue, les gars? demandais-je parfois. — Nous la laissons dépasser nous faire remarquer! me répond-on. — Fous que vous êtes, avec tous les problèmes qu’ils ont, même si vous les payiez pour cela, les autres n’auraient pas le temps de vous remarquer!». D’autres, de forts gaillards, portent des boucles d’oreille. Si vous saviez combien de boucles d’oreille j’ai enlevées!
— Géronda, certains portent seulement une seule boucle d’oreille.
— Ce sont les anarchistes. Porter une seule boucle d’oreille est le symbole de l’anarchie. Les anarchistes se font un trou dans une oreille et portent une seule boucle d’oreille en signe de contestation, et non pas pour jouer aux femmes. Un gaillard de vingt deux ans, les cheveux longs, portant la barbe ainsi qu’une seule boucle d’oreille, est venu à ma kalyva en compagnie de son père. «Cette boucle d’oreille ne sied pas, lui dis-je. Je sais ce qu’elle signifie, mais les gens ne le savent pas et peuvent se méprendre sur vous. Moi, je ne me méprends pas sur vous. Les autres ne savent pas que vous êtes anarchistes et se méprennent sur vous».
4. Icône miraculeuse de la Vierge qui se trouve à Karyès.

Il ôta alors sa boucle d’oreille et me la donna. Elle était en or. «Donne-la plutôt à un orfèvre, lui suggérai-je, pour qu’il t’en fasse une croix».
— Géronda, d’autres se mettent une boucle d’oreille dans le nez.
— Cela veut dire que le diable les a attrapés, leur a mis l’anneau au nez, mais le licou ne se voit pas… Certains portent de larges chaînes en or autour du cou, des chaînes par ci, des chaînes par là! J’ai fait une bonne semonce à un garçon qui portait de ces chaînes, les lui ai fait enlever et lui ai dit: «Donne-les à un orphelin ou confie-les à ta mère qu’elle les donne à un pauvre!». Je lui fis prendre un peu conscience de sa conduite et il me demanda: «Que dois-je faire? — Commence par porter une chaîne avec une croix!». Voir des hommes porter des bijoux en or! Ils ont de larges chaînes en or, deux ou trois rangées, qui leur pendent autour du cou! Même les princesses ne se parent pas de tant de colliers en or. Et ils viennent ensuite vous confier leurs problèmes. Là se trouve le vrai problème! Je m’empare des chaînes des uns, aux autres je dis de les ôter eux-mêmes. Les jeunes ont perdu toute mesure. Ils sont complètement désaxés. D’autres portent des signes du zodiaque autour du cou. Je posai la question à un jeune: «Qu’est-ce que cela? C’est la première fois que je le vois. — C’est mon signe du zodiaque-, me répondit-il. Moi, je croyais que c’était une vierge. — Vous êtes donc des animaux que vous portiez des signes d’animaux?», lui demandai-je. Le désordre intérieur remonte à la surface. Prions sans relâche, que Dieu éclaire la jeunesse afin qu’un peu de levain soit conservé!

Les hommes ont soif de simplicité

C’est un bon signe que les hommes aient soif de simplicité et en soient venus à mettre la simplicité à la mode,
5. Le mot «zoo» signifie en grec «animal».
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même s’ils ne se sentent pas simples. Certains viennent au Mont Athos avec des vêtements délavés. Je m’interroge: «Ces personnes ne travaillent pourtant pas dans les champs, pourquoi s’habillent-elles ainsi?». Lorsqu’on entend un villageois parler tout naturellement patois, on se fait un plaisir de l’entendre. Un citadin tente vainement de parler patois, et on a envie de vomir… Certains viennent au Mont Athos en cravate… D’un extrême à l’autre… Tel pèlerin avait apporté six ou sept cravates avec lui. Un matin, alors qu’il se préparait, il mit sa cravate, son plus beau costume, etc. «Où vas-tu? lui demanda-t-on. — Je m’apprête à rendre visite au Père Païssios, répondit-il. — Pourquoi donc es-tu habillé ainsi? — Je me mets sur mon trente et un pour l’honorer!», dit-il. Ah, où en sommes-nous arrivés!
Les hommes n’ont pas la moindre simplicité, et c’est pourquoi existe ce vagabondage panni la jeunesse. Quand des hommes spirituels ne savent pas vivre simplement, mais sont tirés à quatre épingles, ils ne contribuent pas à édifier les jeunes. N’ayant pas de modèle sous les yeux, ces derniers vivent comme des vagabonds. Car lorsqu’ils voient des chrétiens tirés à quatre épingles, serrés dans leurs cravates et leurs costumes, des hommes à l’air important, ils ne constatent pas de différence entre eux et les mondains, et ils entrent en contestation. S’ils voyaient de la simplicité chez les hommes spirituels, ils ne réagiraient pas ainsi. Mais aujourd’hui les jeunes se distinguent par leur esprit constataire, et les spirituels par leur esprit mondain. «Les chrétiens doivent marcher de telle façon, les chrétiens doivent se comporter de celte manière, il leur faut faire cela…». Ce n’est pas qu’ils agissent ainsi par piété, en raison d’une exigence intérieure, mais parce qu’«il le faut». Les jeunes protestent alors: «Qu’est-ce que c’est que toutes ces contraintes? Il faut aller à l’église le cou serré! Loin de nous ces obligations!». Ils rejettent tout et errent à demi- nus. Ils tirent à l’autre extrême. Comprenez-vous ce qui se passe? Ils agissent ainsi par esprit d’opposition. Alors qu’ils

sont remplis d’idéal, ils ne trouvent pas de modèle à imiter et sont dignes de pitié. Il faut donc orienter leur générosité et les toucher par notre vie simple. Ils s’indignent lorsque des hommes spirituels ou des prêtres tentent eux-mêmes de les contrôler en leur imposant des contraintes venues du monde. Au contraire, lorsqu’ils rencontrent la modestie alliée à la simplicité et à la sincérité, ils se posent des questions. Car l’homme sincère, qui n’accorde pas d’importance à sa propre personne, est plein de simplicité et d’humilité. Ces qualités lui procurent la paix, et elles sont perceptibles au dehors. Les autres perçoivent aisément si l’on éprouve pour eux de la compassion ou bien si l’on fait l’hypocrite. Un vagabond vaut mieux qu’un chrétien hypocrite. Non pas un sourire hypocrite de charité, mais une attitude naturelle: ni la méchanceté ni l’hypocrisie, mais la charité et la sincérité. Le fait de voir une personne bien orientée intérieurement me touche davantage que sa mise extérieure. Qu’elle ait du respect et une vraie charité, qu’elle agisse avec simplicité, et non pas par convention, car sinon elle en resterait aux choses extérieures et deviendrait un homme extérieur, autrement dire un homme qui se déguise pour le carnaval!
La pureté intérieure de la belle âme propre à l’homme vrai l’embellit y compris extérieurement. Et la divine douceur de l’Amour de Dieu rend son apparence externe pleine de douceur. La beauté intérieure de l’âme, chez l’homme de Dieu habité par la Grâce — laquelle l’embellit spirituellement et le sanctifie aussi extérieurement, car la Grâce le trahit — embellit et sanctifie même ses vêtements les plus laids. Le Père Tikhon cousait lui-même les morceaux d’un vieux rassort avec un carrelet, comme des petits sacs, et les portait en guise de skoufia*. Ces sortes de skoufia répandaient une grâce abondante. Ce que l’Ancien portait de vieux ou de grossier ne semblait pas laid, car la beauté de son âme l’embellissait. Un jour, un visiteur l’avait photographié comme H était: un petit sac en guise de skoufia sur la tête et une veste

de pyjama qu’il lui avait jetée sur les épaules, remarquant que l’Ancien avait froid. Et ceux qui regardent aujourd’hui cette photo du Père Tikhon pensent qu’il portait un mandyas* épiscopal — alors qu’il s’agissait d’une vieille veste de pyjama bariolée! Les hommes spirituels considéraient même les guenilles du Père Tikhon avec dévotion et les recevaient en bénédiction*. Un tel homme béni de Dieu, qui se changea intérieurement et se sanctifia extérieurement, a plus de valeur que ceux qui changent chaque jour, mais de vêtements seulement, et qui conservent intérieurement leur vieil homme plein de péchés invétérés!

«Une femme ne portera pas de costume masculin, et un homme ne mettra pas un vêtement de femme»6

— Géronda, comment devons-nous nous comporter avec les femmes qui viennent au monastère en pantalon? Elles disent souvent que le pantalon est plus pratique et plus décent que la mini-jupe.
— Les femmes actuelles ne peuvent porter que des pantalons ou des mini-jupes! Soyons sérieux! Vu que l’Ancien Testament nous le dit clairement, et avec force détails, que chercher de plus! «Il n’est pas permis à l’homme de porter un vêtement féminin ni à la femme de porter un vêtement masculin»7 . C’est une loi décrétée par Dieu. Porter un vêtement appartenant à l’autre sexe est, de plus, indécent. Les hommes qui portent des jupes sont, certes, rares, voire rarissimes.
— Les femmes qui travaillent dans les champs disent que le pantalon leur permet d’être plus à l’aise dans leurs mouvements.
— Ce sont là des justifications.

6. Dt 22, 5: «Une femme ne portera pas de costume masculin, et un homme ne mettra pas un vêtement de femme: quiconque agit ainsi est en abomination au Seigneur».
7. Voir ibid.

Géronda, quant aux petites filles, les mères disent qu’elles leur font porter des pantalons pour ne pas prendre froid.
— N’y-a-t-il pas d’autre solution? N’existe-t-il pas de collants? Que les petites filles portent des collants pour ne pas prendre froid. Lorsqu’on le veut, on trouve pour tout des solutions.
— Géronda, comment faire lorsque des personnes officielles viennent au monastère accompagnées de femmes en pantalon?
— Vous devez leur expliquer le problème en leur disant: «Voulez-vous que nous fassions une exception, abolissions la règle et transgressions les usages du monastère?».
— Un jour, Géronda, trente professeurs vinrent en pantalon et nous les laissâmes passer.
— C’était une erreur, cela ne convient pas. Vous auriez dû leur dire: «Pardonnez-nous, mais notre règle interdit aux femmes en pantalon de franchir le seuil du monastère». Ces femmes iront dans d’autres monastères où elles diront: «Au monastère un tel, on nous a permis d’entrer en pantalon!». Vous avez fait une exception pour ne pas les choquer, et ce sont elles qui vous choqueront ensuite. Affichez à l’entrée du monastère une pancarte portant le passage en question de l’Ancien Testament. Confectionnez une cinquantaine de jupes et donnez-les avec tact aux femmes qui, sans le savoir, viennent pour la première fois en pantalon ou à celles qui portent des mini-jupes.
— Géronda, que faire lorsqu’arrive toute une classe de lycée et que toutes les filles sont en pantalon?
— Offrez-leur alors un rafraîchissement à l’extérieur du monastère. Cela les fera réfléchir. Si l’on vous prévient à l’avance qu’une classe de lycée viendra au monastère en pèlerinage, dites-leur au téléphone: «Nous vous prions que ni les professeurs ni les filles ne viennent en pantalon». Elles seront ainsi averties qu’elles doivent respecter ce lieu. Le

monastère n’est pas une paroisse. Dans sa paroisse, le prêtre doit faire comprendre aux femmes pourquoi il ne leur est pas permis de porter des pantalons et les persuader qu’elles doivent se conformer à cette règle. Si des femmes d’une autre paroisse viennent un jour assister à un office dans sa paroisse et qu’elles portent des pantalons, qu’il ferme un peu les yeux. L’Eglise est une mère, et non pas une marâtre.
— Géronda. de nombreuses personnes nous objectent: «En agissant ainsi, vous chassez les gens de l’Église!».
— Mais enfin! Puisqu’existe dans l’Ancien Testament un ordre de Dieu interdisant aux femmes de porter des vêtements masculins, que chercher de plus? Mais on dit: «Pourquoi les femmes ne porteraient-elles pas de pantalons, elles aussi? Pourquoi les athées ne pourraient-ils pas être épitropes des paroisses, vu que le peuple est l’Église?». Le destin de l’Église dépendrait des décisions des athées. Ils transformeraient les églises en bibliothèques, en dépôts… vu qu’ils s’emparent de tout. Pourquoi ceci? Pourquoi cela?
Dans les monastères, on ne doit pas non plus tolérer les touristes à moitié nus sous prétexte de récolter de l’argent pour vêtir les pauvres. C’est là un piège du Malin pour rendre le moine étranger aux bénédictions de Dieu et le séculariser. En revanche, le fait de vivre réellement en étranger au monde par amour du Christ rend le moine riche en vertus.
— Géronda, au monastère de Stomio8 , vous aviez été contraint de mettre des pancartes pour les touristes?
— Oui. A l’entrée du monastère, j’avais mis une pancarte avec l’inscription: «Bienvenue !». Plus bas, à vingt minutes du monastère, j’en avais placé deux autres. La première portait l’inscription: «Pour les personnes indécemment vêtues, voici le chemin de l’Aoos»9 et une flèche indiquait la

8. Le Géronda Paissios vécut au monastère de Stomio durant les années 1958-1962.
9. Le fleuve Aoos coule en bas du monastère de Stomio.

direction du fleuve. Et la seconde disait: «Pour les personnes décemment vêtues, voici le chemin du monastère» et une flèche indiquait la direction du monastère. N’était-ce pas bien pensé?
— Géronda, que faire en été avec les nombreuses femmes qui viennent au monastère en décolleté?
— Confectionnez des espèces de châle qu’elles puissent se jeter sur les épaules. Elles comprendront alors qu’elles doivent respecter ce lieu de prière.

Le maquillage est du gribouillage sur une icône de Dieu

Quel monde de fous aujourd’hui! Les femmes se mettent de la colle sur les cheveux et elles empestent! On est pris d’allergie. Lorsque je vois des femmes maquillées ou parfumées, je suis intérieurement dégoûté. On m’a dit: «Une telle est partie en Allemagne apprendre la chirurgie esthétique. — Qu’est-ce que la chirurgie esthétique? demandais-je. — Une esthéticienne, m’expliqua-t-on, sait rendre la jeunesse aux vieilles femmes». Je me souvins alors d’avoir vu une femme d’un certain âge avec une ligne horizontale en travers du front. J’avais posé la question à l’une de ses connaissances: «La pauvre, que lui est-il donc arrivé? — Rien du tout, me répondit-il, elle a subi une opération de chirurgie esthétique pour tendre sa peau et faire disparaître ses rides». Et moi qui croyais qu’elle avait eu un accident et subi une intervention chirurgicale… Où en arrive-t-on!
— Géronda, le monde actuel ne considère pas le maquillage comme un péché.
— Oui, je l’ai compris. J’ai vu une femme de mes connaissances — cette âme était auparavant comme un ange — que je n’ai pas reconnue, maquillée comme elle l’était. «Dieu a bien fait toutes choses, lui dis-je, mais Il a fait une grave erreur avec toi! — Pourquoi, mon Père? — Eh bien, Il a oublie de mettre de l’encre en-dessous de tes yeux. Quelle erreur.

Alors qu’il a créé tous les hommes beaux, avec toi Il s’est trompé! Insensée, ne comprends-tu pas que tu t’enlaidis! C’est comme si tu prenais une icône byzantine et la gribouillais en passant ton pinceau de ci de là. Mettons-nous de la peinture sur les icônes de Dieu? Ou bien prenons un peintre de talent: si un homme qui ignore la peinture se saisit d’un pinceau et barbouille le tableau du peintre… Tu fais exactement la même chose. C’est comme si tu disais à Dieu: “Mon Dieu, Tu n’as pas bien fait ces choses. Je vais les corriger!”».
Une autre femme est venue récemment avec de ces ongles peints en rouge et longs comme des griffes d’aigle! Elle me confia: «Mon enfant est malade, Père, prie pour lui. Moi aussi, je prie, mais… -Quelles prières peux-tu bien faire, lui-dis-je, toi, qui érafles l’icône du Christ avec tes ongles! Coupe d’abord tes ongles afin que ton enfant guérisse. Pour la santé de ton enfant, coupe au moins tes ongles et jette tes vernis! — Puis-je les peindre en blanc, mon Père? — Moi, je te dis de nettoyer tes ongles et de les couper. Fais un sacrifice pour la santé de ton enfant! Qu’est-ce que cela? Si tu devais être ainsi. Dieu t’aurait faite avec des ongles rouges». Mais elle reprenait: «Puis-je les peindre en blanc, mon Père?». Que dire! «Toi, et ton enfant, vous êtes bien partis!», me dis- je en moi-même. La mère de famille fait attraper froid à ses enfants lorsqu’elle n’est pas vêtue avec décence et elle s’applique même à ôter aussi les plumes de ses enfants!
Une personne peut n’être pas très jolie ou avoir un handicap. Dieu sait que cette épreuve l’aidera au plan spirituel. Dieu, en effet, se soucie davantage de notre âme que de notre corps. Nous avons tous nos qualités et nos défauts, de petites croix à porter — il ne s’agit pas là de vraies croix — qui sont utiles au salut de notre âme.