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Après vous avoir parlé à plusieurs reprises, pour vous venir en aide, du Paradis, des anges et des saints, maintenant je vais aborder un peu l’Enfer et les démons, afin que vous sachiez bien contre qui nous devons lutter, cela toujours dans le but de vous aider.
Un jeune gourou, originaire du Tibet, vint un jour à ma kalyva et me raconta maints détails de sa vie. Dès son sevrage, à l’âge de trois ans, son père le confia à une communauté de trente gourous de haut rang, afin qu’ils l’initient à leur art. Il atteignit le onzième degré de magie, le douzième étant le plus élevé. A seize ans, il quitta le Tibet et se rendit en Suède pour voir son père. Là, il rencontra par hasard un prêtre orthodoxe, très croyant, et demanda à lui parler. Le jeune gourou ne savait aucunement ce que voulait dire «prêtre orthodoxe». Dans la salle où ils prirent place pour discuter, il se mit à exécuter quelques-uns de ses sortilèges pour montrer son pouvoir. Il invoqua un archidémon, Minas, et lui dit : «Je veux de l’eau». Un verre s’éleva tout seul de la cuisine, se dirigea vers le robinet, qui s’ouvrit tout seul, se remplit d’eau, puis passa à travers la paroi vitrée et entra dans la salle. Le gourou prit le verre et but. Ensuite, il fit devant le prêtre apparaître dans la salle tout l’univers, les deux, les astres. Il usa au début de sortilèges du quatrième degré de magie et aurait progressé jusqu’au onzième degré. Il demanda alors au prêtre ce qu’il pensait de tous ces signes. «J’étais prêt à le tuer, m’avoua-t-il, s’il avait osé insulter Satan». Mais le prêtre garda le silence. Le jeune homme lui demanda : «Pourquoi n’accomplis-tu pas, toi aussi, des prodiges devant moi ? — Mon Dieu est humble, répondit le prêtre», et il sortit une croix qu’il lui donna à tenir entre ses mains. «Accomplis maintenant des signes !», le défia-t-il. Le jeune gourou appela Minas l’archidémon, mais Minas tremblait et n’osait pas approcher. Il invoqua alors Satan et Satan, de même, à la vue de la croix, n’osait pas avancer. Il lui dit seulement de partir pour le Tibet. Le jeune homme se mit alors à invectiver Satan par ces paroles : «Maintenant, j’ai compris que ta grande force est en fait une grande faiblesse». Il fut ensuite catéchisé de la part de ce bon prêtre, qui lui parla des Lieux Saints, du Mont Athos, etc. Il quitta la Suède pour Jérusalem, où il vit la Lumière Sainte, puis se rendit aux Etats-Unis pour invectiver les satanistes qu’il connaissait, afin de les faire se convertir — Dieu fit de lui un excellent prédicateur – et, de là, il vint au Mont Athos.
Le Bon Dieu l’aida d’une façon vraiment extraordinaire, car il avait été injustement traité depuis son enfance. Mais continuez à prier pour lui, car les gourous assistés de tous les démons lui font une guerre acharnée. Puisqu’ils me combattent, moi aussi, quand il vient demander mon aide, à plus forte raison le combattent-ils ! Lorsque des prêtres lui récitent des exorcismes, ses mains se fendent, et du sang en coule. Le malheureux est martyrisé par les démons, alors qu’auparavant, vu qu’il était leur ami. Ils ne lui faisaient aucun mal. Ils l’aidaient au contraire et étaient à son service. Priez pour lui ! Lui-même doit être vigilant, car l’Évangile affirme que l’esprit impur, lorsqu’il est sorti d’un homme, «s’en va et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; ils entrent dans ta maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première». Les gourons se servent de divers objets de piété
— Géronda, qui sont les envoûteurs ?
— Ce sont des espèces de gourous. Ils utilisent les Psaumes de David, les noms des saints, etc., et ils y mêlent des invocations aux démons. En d’autres termes, alors que nous, nous récitons le Psautier pour implorer l’aide de Dieu et recevoir la Grâce divine, eux, de la façon dont ils s’en servent, insultent Dieu, rejettent la Grâce, et les démons font ensuite leurs quatre volontés. On me parlait d’un jeune homme qui était allé trouver un semblable gourou pour obtenir quelque chose. Celui-ci lui lut un passage du Psautier, et le souhait du gosse fut ensuite exhaussé. Mais peu après, le malheureux commença à s’éteindre, il dépérissait. Qu’avait donc fait le gourou ? Ayant pris quelques fruits secs dans la main, il s’était mis à réciter le Psaume 50 au garçon. Parvenu au verset «le sacrifice à Dieu»-, il jeta les fruits secs comme en sacrifice aux démons pour qu’ils exaucent ses demandes. Ainsi, Il insultait Dieu au moyen du Psautier.
— Géronda, certains qui s’adonnent à la sorcellerie utilisent la croix, des icônes.
— Oui, je sais, et cela nous permet de comprendre le degré d’escroquerie qui se cache derrière tout ce qu’ils font. C’est ainsi que les pauvres gens sont trompés. Ils voient des cierges allumés, des icônes, etc., et ils font confiance. Tenez, quelqu’un m’a raconté que, dans sa ville, une femme turque a placé une icône de la Sainte Vierge sur une pierre et proclame : «Voilà le rocher qui aide le monde !». Elle ne dit pas «la Sainte Vierge aide le monde», mais «le rocher aide le monde». Les chrétiens sont perplexes, car ils voient l’icône de la Vierge. Certaines personnes ayant des problèmes de santé accourent, pensant trouver de l’aide, mais elles sont ensuite détruites par le diable. Car les paroles de la femme turque, assurant que le rocher, et non pas la Vierge, aide le monde, renferment un mépris envers la Toute-Sainte, qui permet au diable de s’infiltrer. La Grâce divine s’éloigne, et l’état démoniaque s’installe. Les chrétiens se précipitent pour être sauvés par le rocher — le rocher et le diable ! — et ils sont finalement anéantis : quelle aide peut-on attendre du diable ? Avec un peu de jugement, ils songeraient : «Une Turque, une musulmane, quel rapport peut-elle bien avoir avec l’icône de la Vierge ?». Et même si cette femme disait que la Vierge nous vient en aide, quel lien peut-elle, en tant que musulmane, avoir avec la Toute-Sainte ? Et qui plus est, alors qu’elle proclame que c’est le rocher qui aide le monde ! J’ai informé l’évêché afin qu’on prenne des mesures pour mettre les fidèles en garde.
— Géronda, on nous demande des phylachtos.
— Lorsqu’on vous demande des phylachtos, il vaut mieux que vous donniez des petites croix. Ne confectionnez pas de phylachtos, car les gourous en fabriquent aussi à leur manière. Ils placent, certes, une petite icône ou une croix à l’extérieur, mais, à l’intérieur, ils enfoncent divers objets de sortilège. Les gens sont trompés par l’icône ou la croix qui paraît. Tenez, il y a quelques jours, on m’a apporté un talisman d’un Turc nommé Ibrahim, talisman qui avait une croix brodée dessus. J’ai entendu parler d’un individu ne craignant pas Dieu, qui ficelle diverses petites icônes en mettant à l’intérieur des poils, des brindilles, des épingles, des perles1… Blâmé par l’Eglise, il a rétorqué pour se justifier : «Je suis un médium» — vu que les médiums jouissent, en principe, d’une certaine liberté de par la loi, et il fait ainsi ce qu’il veut. J’ai dit à un croyant qui avait subi un préjudice à cause de lui : «Va te confesser, car tu es la proie d’influences démoniaques». Il alla se confesser, revint me voir et me confia : «Je n’ai ressenti aucune différence ! — N’aurais- tu pas sur toi, lui demandai-je, quelque objet appartenant à cet égard ? — Oui. répondit-il, j’ai cette petite boîte qui ressemble à un Evangile de poche». Je pris la boîte, l’ouvris et y vis diverses icônes emmêlées. Je les démêlai et trouvai à l’intérieur des perles, des poils ressemblant à des brindilles. Je lui retirai la boîte, et cet homme fut libéré. Voyez comme le diable est rusé !
Certains malheureux portent des phylachtos, soi-disant pour être protégés et, en fait, ils finissent par être tourmentés. Ils doivent les brûler, bien enfouir la cendre en terre ou bien la jeter dans la mer, puis aller sc confesser. Ainsi seulement, ils seront délivrés. Un jour, un jeune homme rongé par de nombreux problèmes, torturé physiquement et mentalement depuis plus de quatre ans, vint à ma kalyva. Il vivait dans le péché et, ces derniers temps, il s’était enfermé chez lui ne voulant voir personne. Deux de ses amis, qui venaient régulièrement à la Sainte Montagne, réussirent avec maintes difficultés à le convaincre de les accompagner au Mont Athos dans le but de l’amener à ma kalyva. Au cours du trajet d’Ouranoupolis1 jusqu’à Daphné’, à chaque fois que le bateau faisait escale à l’embarcadère d’un monastère, le jeune homme se roulait par terre. Ses amis, aidés des moines se trouvant à bord, essayaient de le contenir en récitant la Prière de Jésus. C’est avec beaucoup de peine qu’ils atteignirent mon ermitage. Le malheureux m’ouvrit son cœur, me raconta sa vie. Je constatai bien qu’il était torturé par quelque influence démoniaque. Je lui dis d’aller se confesser ici au Mont Athos à un Père spirituel, de suivre ses conseils, et qu’alors il guérirait. Il alla donc se confesser. Et sur le bateau au retour, il expliqua à ses amis que le confesseur lui avait ordonné de jeter dans la mer le talisman qu’une de ses connaissances lui avait donné et qu’il portait sur lui, mais qu’il lui était impossible de le faire. Ses amis avaient beau à l’exorter de se lever pour le jeter, lui restait figé comme une statue, incapable de se lever de son siège. Ils le prirent alors à bras le corps et avec beaucoup d’efforts le poussèrent sur le pont. Grâce à leur aide, le jeune homme réussit à sortir le talisman et à le laisser tomber dans la mer, car il n’avait pas la force de le jeter. Il sentit aussitôt ses mains se libérer et son corps si meurtri auparavant reprendre force. Dans sa joie, il se mit à bondir sur le pont, plein de vitalité, et à tester la force de ses bras sur les rampes et les parois du navire.

Ceux qui s’adonnent à lu magie disent beaucoup de mensonges

— Géronda, les sorciers détiennent-ils quelque information surnaturelle ?
— Leur information vient du diable, mais ils débitent aussi beaucoup de mensonges. Soyez, quant à vous, sur vos gardes à l’hôtellerie : vous devez contrôler la situation, observer attentivement ceux qui entrent, car il se peut que certains s’adonnent à la magie. Cela vous semble-t-il étrange ? Au cours d’une agrypnie arrivèrent deux individus qui s’adonnaient à la magie. Ils s’approchèrent des fidèles pour parler de différentes choses spirituelles. Ils mentaient aussi, affirmant être en lien avec le métropolite Kantiotis1’. À une femme, ils assurèrent : «Toi, on t’a jeté un sort. Nous allons venir chez toi pour conjurer le mauvais sort grâce à une croix que nous possédons». Ce genre d’individus viennent aux agrypnies, parlent un tant soit peu de manière spirituelle, si bien que les fidèles en concluent : «Puisqu’ils viennent à la vigile, ce sont des croyants», et ils leur ouvrent leur cœur.
Quelle confusion tic provoquent-ils pas avec leurs mensonges ! Pour tromper une jeune fille, l’un d’entre eux lui assura : «Le Père Païssios a vu en vision que je t’épouserai ! Prends ceci les yeux fermés, et porte-le sur toi !», et il lui donna un objet maléfique. Heureusement, elle ne le porta pas. «Mais enfin, songea-t-elle, est-il possible que le Père Païssios s’intéresse à ce genre de bêtises ?», et elle m’écrivit une lettre, quatre pages très denses, pleines d’injures. El quelles injures ! «Ça ne fait rien, me dis-je, insulte-moi. Ces insultes servent à quelque chose, puisqu’au moins tu ne t’es pas laissée tromper, ni persuader de porter cet objet maléfique !».
— Vous connaissait-elle, Géronda ?
— Non, elle ne me connaissait pas. Et je ne les connaissais pas, ni elle, ni lui.

Les pratiques de magie, les énergies démoniaques

— Géronda, qu’avez-vous répondu aux élèves qui sont venus aujourd’hui pour vous dire qu’ils avaient invoqué un esprit ?
— Ce que je leur ai dit ? Je les ai bien réprimandés ! Un tel acte est un reniement de sa foi. A partir du moment où ils invoquent le diable et l’acceptent, ils renient Dieu. Je leur ai donc dit tout d’abord de se repentir, de se confesser avec sincérité et d’être en garde dorénavant ; de pratiquer, de communier avec la bénédiction de leur Père spirituel pour purifier leur âme. Bien sûr, ils avaient des circonstances atténuantes, étant des enfants et faisant cela par jeu. Mais, s’ils avaient été adultes, ils auraient subi un grand dommage, car le diable aurait acquis une grande emprise sur eux. Même à leur âge, un trouble s’installe dans l’âme.
— Géronda, qu’ont-ils fait exactement ?
— Ce que beaucoup font… Ils posent sur la table un verre d’eau et placent tout autour, en cercle, les lettres de l’alphabet de A à Z. Us plongent ensuite leur doigt dans l’eau et invoquent les esprits, c’est-à-dire les démons. Le verre se met à tourner, s’arrête devant une lettre et. ainsi de suite, des mots sont formés. Ces gosses ont invoqué un esprit et, quand celui-ci s’est manifesté, ils lui ont demandé : «Dieu existe-t-il ? — Il n’existe pas. — Et toi, qui es-tu ? ont-ils interrogé. — Satan. — Satan existe ? ont-ils insisté. — Il existe». Vous voyez l’énormité des bêtises ! Dieu n’existe pas, mais Satan existe ! Quand les enfants ont demandé une seconde fois si Dieu existait, il a répondu : «Oui, Il existe». Une fois «oui», une fois «non», il est normal que les enfants se posent des questions. Et voilà comment Dieu disposa les choses pour les éclairer : Il permit qu’une jeune fille de la compagnie fût frappée par le verre. Par permission divine, le verre la blessa, et les autres gamins prirent conscience de ce qu’ils avaient fait.
De nos jours, maintes personnes, qui veulent faire du mal à autrui, ont recours à des gourous qui utilisent les poupées de cire des vaudous. Les gourous en ont fait un jeu. un hobby.
— Géronda, que font-ils donc ?
— Ils fabriquent une poupée en cire. Et, lorsqu’on leur demande de faire du mal, par exemple, aux yeux d’un ennemi, ils enfoncent une aiguille dans les yeux de la poupée en mentionnant le nom de la personne et en récitant divers sortilèges. Si la personne visée mène une vie de péché et ne se confesse pas, elle subit une influence démoniaque dans les yeux. La douleur est telle que les yeux lui sortent de la tête ! Et toutes les analyses médicales ne manifestent aucune pathologie.
Et les médiums, quel mal ne causent-ils pas ! Soutirer de l’argent à leurs clients ne leur suffit pas, ils détruisent des familles entières ! Un homme va, par exemple, chez un médium et lui confie un problème le préoccupant. «Ecoutez, lui dit l’autre, la cause de votre problème, c’est un membre de votre famille, une grande femme un peu brune, etc., qui vous a jeté un sort». Et lui de chercher quel membre de sa famille possède ces caractéristiques. Il va sûrement trouver une personne. «Ah. se dit-il, c’est donc elle qui m’a envoûté». Il commence à développer en soi une haine contre cette femme. La pauvre, qui n’a aucune idée de ce qui se passe — elle a d’ailleurs peut-être comblé de bienfaits son parent -, sera confrontée à son indignation et au fait qu’il ne veut plus la voir ! Il retourne chez le médium qui lui déclare : «Maintenant, il est temps de conjurer le sort. Et pour ce faire, donnez-moi de l’argent ! — Eh bien, pense-t-il, puisqu’il a trouvé le sortilège, il doit être récompensé !». Et de lui donner de l’argent…
Vois-tu ce que fait le diable ? Il crée des scandales. Un homme bon, même s’il est au courant d’une malveillance commise à l’égard d’autrui, ne dira jamais à ce dernier : «Un tel vous a fait du mal», mais il essaiera de l’aider. «Attention, dira-t-il. n’entretenez pas de mauvaises pensées. Confessez-vous et n’ayez pas peur». Il aide ainsi et l’un et l’autre. Car celui qui a fait du mal à autrui, voyant que sa victime le traite avec bonté, est confondu au bon sens du terme et il se repent.

Le diable ne peut jamais faire le bien

— Géronda, un gourou peut-il guérir un malade ?
— Un gourou qui soignerait un malade ! Celui qui est tourmenté par le démon, celui-là, oui, un gourou peut le guérir en envoyant le démon chez un autre. Car le gourou et le démon étant partenaires, le gourou peut déclarer au diable : «Sors de cet homme et va envahir cet autre !». Il chasse le démon du premier et l’envoie d’habitude chez un de ses parents ou chez l’une de ses connaissances, qui a donné des droits au diable. Celui qui a été libéré du démon assure alors : «J’ai bien souffert, mais cet homme m’a guéri !». Se forge ainsi toute une renommée autour du prétendu guérisseur. Le démon passe d’un parent ou d’une connaissance à l’autre. Admettons qu’une personne soit bossue en raison d’une emprise diabolique, le gourou peut chasser le démon qu’elle a en elle, l’envoyer ailleurs, et le bossu de se redresser ! Mais si cette personne est bossue à cause d’un handicap, le gourou ne peut pas la guérir.
On m’a raconté l’histoire d’une femme qui soi-disant guérissait des malades en utilisant divers objets de piété. Quand j’appris, ce qu’elle faisait, je restai sidéré de l’art maléfique du diable. Cette femme tient une croix et chante différents tropaires. Elle entonne, par exemple, le «Réjouis-Toi, Vierge Mère de Dieu», mais parvenue au verset «béni soit le fruit de tes entrailles» , elle crache près de la croix, c’est-à-dire qu’elle blasphème le Christ, et c’est pourquoi le diable l’aide ensuite. De cette manière, chez certains malades ou dépressifs souffrant d’une emprise démoniaque et que les médecins n’arrivent pas à soigner, elle réussit à chasser le démon qui pèse sur eux en l’envoyant vers une autre personne et ainsi elle les soulage de leur épreuve. Dès lors, bien du monde la considère comme une sainte ! On vient lui demander conseil et, peu à peu, elle nuit aux âmes et les détruit.
Il faut donc toujours prendre garde. Fuir les gourous et la magie comme on fuit le feu et les serpents. Se méfier des confusions possibles. Le diable ne peut jamais faire le bien. Il ne guérit que les maladies qu’il provoque lui-même.
On m’a raconté l’incident suivant : un jeune homme s’était mis à fréquenter un gourou et s’adonnait à la sorcellerie. Il eut des problèmes, tomba malade et aboutit à l’hôpital. Les médecins n’arrivaient pas à définir ce dont souffrait le gars, et son père dépensa une fortune des mois durant, car son fils n’avait pas d’assurance de santé. Son état était pitoyable. Et bien, savez-vous ce que fit le diable ? Il lui apparut sous la forme du saint Précurseur, considéré comme le saint patron de la ville où habitait le jeune homme et lui déclara : «Je te guérirai si ton père me construit une église !». Lejeune homme le rapporta à son père, qui répondit : «Mon enfant, je donnerai tout ce que j’ai, pourvu que tu guérisses !». Il promit donc au saint Précurseur de lui construire une église. Le diable s’en alla, et le gosse fut guéri. Le miracle… avait eu lieu ! Et le père de dire : «J’ai fait vœu de construire une église, je dois tenir ma promesse !». La famille n’en avait pas les moyens financiers nécessaires, et pour ce faire, ils vendirent tous leurs champs. Le père dépensa toute sa fortune. Ses enfants restèrent sans rien. Ils furent tellement indignés qu’ils se détournèrent de l’Orthodoxie et devinrent Témoins de Jéhovah. Vous voyez ce dont le diable est capable ! Apparemment, il n’y avait pas de Témoins de Jéhovah dans la région, et le Malin eut recours à cette ruse pour en susciter !

Quand les sortilèges ont-ils de l’effet ?

— Géronda, les sortilèges agissent-ils toujours ?
— Pour qu’ils agissent, il faut donner des droits au diable. En d’autres termes, lui offrir une occasion très sérieuse d’intervenir et n’avoir pas mis sa conscience en ordre par le repentir et la confession. Celui qui se confesse ne pourra jamais être atteint, même si on lui enfonçait des sortilèges à coup de pelles ! Car lorsqu’une personne est confessée et a le cœur pur, les jeteurs de sort ne peuvent pas collaborer avec le diable pour lui porter préjudice.
Un jour, un homme d’âge mûr vint à ma kalyva avec un air…, que dire ? Même de loin, je compris qu’il était sous l’emprise du démon. «Je suis venu demander votre aide, me dit-il. Priez pour moi car, depuis un an, j’ai des maux de tètes horribles, et les médecins n’en trouvent pas la raison. -Tu as le démon en toi, lui expliquai-je, car tu as donné des droits au diable. — Mais je n’ai rien fait, protesta-t-il. — Tu n’as rien fait ? m’indignai-je, n’as-tu pas trompé une jeune fille ? Eh bien, elle t’a jeté un sort. Va demander pardon à cette fille, puis confesse-toi. Qu’on te récite des exorcismes afin que tu puisses retrouver la santé. Si tu ne prends pas conscience de ta faute et ne t’en repens pas, même si tous les prêtres du monde entier se rassemblaient pour prier, le démon ne s’en irait pas !». Devant ce genre de personnes qui ont un air arrogant, je parle ouvertement. Elles ont besoin d’être secouées pour revenir à elles.
Un autre vint m’annoncer que sa femme était possédée du démon, qu’elle ne faisait que causer des problèmes chez eux, qu’elle se levait la nuit, les réveillait, et mettait tout sens dessus dessous. «Toi, te confesses-tu ? demandai-je. — Non, répondit-il. — Vous devez avoir donné des droits au diable, lui expliquai-je. Tout cela ne s’est pas fait soudainement». J’appris finalement qu’il était allé chez un Hodja, lequel lui avait donné quelque chose pour asperger sa maison afin de lui porter chance dans son travail, et il n’avait pas accordé la moindre importance à cet acte. Depuis, le diable rôdait comme bon lui semblait dans sa maison.

Comment conjurer les sortilèges

— Géronda, lorsque les sortilèges agissent, comment les conjurer ensuite ?
— Par le repentir et la confession. Mais il faut d’abord trouver la cause qui a permis aux sortilèges d’agir et que la personne envoûtée comprenne sa faute, s’en repente et se confesse. Oh, combien nombreux sont ceux qui montent à ma kalyva, tourmentés parce qu’on leur a jeté un sort et qui me demandent : «Dites une prière pour me libérer de ce martyre !». Ms réclament de l’aide sans avoir cherché à trouver d’où vient le mal pour le corriger. Pour mettre un terme à leur tourment, il faut qu’ils examinent quelle est leur faute propre — qui a permis au maléfice d’agir -, qu’ils se repentent et qu’ils se confessent.
— Géronda, lorsqu’un homme auquel on a jeté un sort en arrive au point où il ne peut plus s’aider lui-même, se confesser, etc., est-il en mesure de recevoir du moins l’aide d’autrui ?
— On peut faire venir le prêtre chez lui pour célébrer le Sacrement de la Sainte Onction ou l’Office de la Petite Bénédiction des eaux. Lui donner un peu d’eau bénite à boire, pour que le mal régresse un peu, et que le Christ puisse entrer en lui. Une mère agit ainsi, et son fils en fut aidé. Elle m’avait assuré qu’il souffrait beaucoup, car on lui avait jeté un sort. «Qu’il aille se confesser ! lui dis-je. — Comment pourrait-il aller se confesser dans l’état où il se trouve, mon père ? protesta-t-elle. — Dis alors à ton Père spirituel de venir chez toi, de célébrer l’Office de la Petite Bénédiction des eaux et fais boire de l’eau bénite à ton fils. Mais la boira- t-il ? demandai-je. — Il la boira ! affirma-t-elle. — Eh bien, commence par l’Office de la Petite Bénédiction des eaux, lui conseillai-je, puis essaie de le faire parler avec le prêtre. S’il se confesse, il expulsera le diable.» Elle m’écouta, et le jeune homme éprouva un mieux. Peu après, il fut en état de se confesser et il guérit.
Une autre femme, la malheureuse, que fit-elle ? Son mari s’était lié avec des gourous et refusait même de porter une croix. Pour lui venir quelque peu en aide, elle cousit une petite croix sur le revers de son veston. Un jour, comme il devait passer sur un pont pour traverser un fleuve, il entendit, dès qu’il mit le pied sur le pont, une voix lui souffler : «Tasso, Tasso, enlève ton veston pour que nous traversions ensemble le fleuve !». Heureusement, il faisait froid, et lui répondit : «Mais pourquoi l’enlever ? J’ai froid ! — Enlève-le, enlève-le pour passer le pont !», entendit-il insister la même voix. Quel diable ! Il voulait le précipiter dans le fleuve, mais il ne le pouvait pas, en raison de la petite croix cachée dans son veston. Finalement, il le fit tomber dans un coin du pont. Entre temps, sa famille le cherchait toute la nuit et ils le trouvèrent tombé à terre sur le pont. S’il n’avait pas fait froid, il aurait ôté son veston et le diable l’aurait précipité dans le fleuve. Ce qui le sauva, c’est la petite croix cousue dans son col. Sa femme était une croyante fervente. Si elle n’avait pas eu la foi, aurait- elle pensé à ce stratagème ?

Collaboration entre les gourous et les démons

— Géronda, un homme saint ne peut-il pas dévoiler ou entraver l’action d’un gourou ?
— Comment pourrait-il l’empêcher ? Il arrive déjà qu’on conseille à celui qui a quelque crainte de Dieu de prendre garde car son mode de vie n’est pas bon, et que pourtant il ne change pas. Alors, imaginez ce qui se passe lorsque le gourou collabore avec le démon ! Que peut-on faire pour cette personne ? Lui expliquer certaines choses, certes, mais elle reste liée au diable. Il n’y a rien à faire. C’est seulement si, en présence du gourou, on récite la Prière de Jésus, qu’il se peut que le démon soit confondu et que le gourou ne puisse exécuter sa besogne.
Une personne ayant un problème reçut la visite d’un sorcier, un grand escroc, qui se présenta soi-disant pour l’aider. Or ce pauvre malheureux récitait la Prière de Jésus. C’était un homme simple et il ignorait que l’autre était un sorcier. Aussi Dieu intervint-Il ! El suivez bien ce que Dieu permit pour lui faire comprendre à qui il avait affaire ! Le sorcier commença à être battu par les démons et il demanda l’aide de l’homme dont il était supposé résoudre le problème !
— Cet homme voyait-il les démons ?
— Non, mais il voyait une scène se dérouler devant lui. Le sorcier criait : «Au secours !» et se roulait par terre ; il tombait, se protégeait la tête de ses mains. Car ne croyez pas que les sorciers soient toujours à la fête et que les démons leur accordent toujours toutes les faveurs. Le fait qu’ils aient renié le Christ une seule fois suffit aux démons. Au début, les sorciers concluent un pacte avec les démons pour en recevoir de l’aide, et les démons se soumettent à leurs ordres pour quelques années. Mais après un certain temps, ils disent : «On ne va quand même pas s’occuper de vous tout le temps !». Et surtout lorsque les sorciers n’arrivent pas à faire ce que les démons exigent d’eux, alors si vous saviez ce qu’ils subissent par la suite !
Je me souviens d’une fois où j’étais en train de discuter à l’extérieur de ma kalyva avec ce jeune gourou du Tibet, quand il se leva subitement, saisit mes mains et les tordit derrière mon dos. «Que Hadji-Efendis vienne te libérer maintenant ! me dit-il en me défiant. — Va-t-en, diable, hors d’ici !», m’écriai-je, et je le jetai à terre. Se permettre de lancer des blasphèmes à saint Arsène ! Était-ce possible ? Il tenta ensuite de me frapper avec son pied, mais n’y réussit pas : son pied s’arrêta tout près de ma bouche. Dieu me protégea. Je le laissai et j’entrai dans ma cellule. Un peu plus tard, je le vis venir de loin, tout couvert d’épines. «Satan m’a puni, m’avoua-t-il, car je n’ai pu te vaincre. Il m’a traîné dans les buissons épineux».
Les forces des ténèbres sont impuissantes. Mais les hommes les rendent puissantes lorsqu’ils s’éloignent de Dieu, car ils donnent alors des droits au diable.
Surnom donné à saint Arsène de Cappadoce, dérivé des mots turcs Hadji (le pèlerin des Lieux Saints) et Efendis (le maître, le seigneur).