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La purification du cœur

— Géronda, le Christ a-t-ll place dans tous les cœurs ?
— Il y a Sa place, mais les hommes ne Lui font pas de place, car ils n’essaient pas de se corriger. Pour que le Christ ait Sa place en nous, nous devons purifier notre cœur : «Crée en moi un cœur pur, à Dieu…».
— Géronda, pourquoi les animaux sauvages ne s’attaquent-ils pas aux saints ?
— Une fois que les hommes s’apaisent, les animaux sauvages s’apaisent, eux aussi, et ils reconnaissent l’homme comme leur maître. Au Paradis, avant la Chute, les bêtes sauvages léchaient Adam et Eve avec respect, mais après la Chute, ils essayaient de les déchirer. Quand l’homme revient à son état originel, les animaux le reconnaissent de nouveau comme leur maître. Mais on voit aujourd’hui des hommes qui sont pires que les bêtes sauvages, pire que des serpents. Ils exploitent des enfants sans défense, leur soutirent de l’argent et lorsqu’eux-mêmes se trouvent en mauvaise posture, ils en font des coupables, appellent la police et n’hésitent pas à les envoyer en hôpital psychiatrique. Aussi le Psaume 147 — que récitait saint Arsène de Cappadoce pour apaiser les bêtes sauvages afin qu’elles ne fassent pas de mal aux hommes, je le récite, moi, pour que les hommes ne fassent pas de mal à leurs frères humains et aux animaux.
— Géronda, comment l’homme peut-il revenir à son état d’avant la Chute ?
— Son cœur doit se purifier. Acquérir la pureté de l’âme, c’est-à dire la sincérité, l’honnêteté, le désintéressement, l’humilité, la bonté, l’innocence, l’esprit de sacrifice. Ainsi l’homme se rapproche de Dieu et la Grâce divine repose en lui. Celui qui a la pureté physique, mais n’acquiert pas la pureté spirituelle. Dieu ne se plaît pas en lui. car il possède encore ruse, orgueil, méchanceté, etc. Sa vie est une imposture. C’est par là qu’il faut commencer votre combat : essayez d’acquérir la pureté de l’âme.
— Géronda, peut-on se débarrasser aussitôt d’une mauvaise habitude ?
— Tout d’abord, il faut que l’homme comprenne que cette habitude lui nuit et qu’il veuille lutter pour s’en débarrasser. Il a besoin de beaucoup de volonté pour arriver à l’éliminer immédiatement. Telle la corde d’un puits qui, peu à peu, à force de frotter sur le bord, y creuse un sillon l’empêchant de glisser, ainsi chaque habitude creuse un sillon dans notre cœur et peut difficilement en être extraite. Il faut donc veiller à ne pas prendre de mauvaises habitudes car, sinon, il faudra une profonde humilité et une forte volonté pour les éliminer. Le Père Tikhon avait l’habitude de dire : «Une bonne habitude, mon enfant, c’est une vertu. Une mauvaise habitude, c’est une passion».

Se délivrer des ténèbres du péché

— Est-ce très grave, Géronda, de souiller le saint Baptême ?
— Cela dépend du degré de souillure. Certains le souillent un peu, d’autres davantage, l’un laisse une tache, l’autre deux…
— Et ce sont les plus gros péchés qui souillent le Baptême ?
— Naturellement, les péchés mortels le souillent, et la Grâce divine s’éloigne alors du pécheur. Bien sûr, elle ne l’abandonne pas totalement, et son Ange Gardien non plus. Te souviens-tu de ce que le diable avait dit au prêtre des idoles au sujet du moine qui voulait épouser sa fille ? «Ne t’empresse pas, car, lui, il a abandonné Dieu, mais Dieu ne l’a pas encore abandonné».
— Géronda, quelqu’un peut-il vivre dans les ténèbres du péché et ne pas s’en rendre compte ?
— Non, tout le monde le ressent, mais l’indifférence est là. Pour aller vers la lumière du Christ, il faut vouloir sortir des ténèbres du péché. Prenons l’exemple de celui qui s’est accidentellement enfermé dans un sous-sol obscur. Dès qu’il voit un rayon de lumière filtrer à travers une fente, il tente de sortir au dehors. Il va agrandir peu à peu la fente pour trouver l’issue et sortir à l’extérieur. De même, dès que l’homme ressentira le bien comme un besoin et laissera une inquiétude salutaire entrer en lui, il s’efforcera de sortir des ténèbres du péché. S’il avoue : «Ce que je fais est une faute, je ne suis pas sur la bonne voie», il s’humilie, la Grâce de Dieu vient sur lui, et ensuite il progresse normalement. Mais s’il ne ressent pas cette inquiétude salutaire, il est difficile de l’aider. Quelqu’un, par exemple, se trouve dans un espace clos et se sent mal. On lui donne alors ce conseil : «Levez-vous, ouvrez la porte et sortez dehors respirer un peu d’oxygène, vous vous sentirez mieux». Et lui de commencera se plaindre : «Je ne peux pas sortir dehors. Pourquoi donc suis-je enfermé sans pouvoir respirer ? Et pourquoi n’ai-je pas d’oxygène ? Et pourquoi Dieu me maintient-il ici, alors que les autres, II les laisse vivre dehors ?». Eh bien, est-il possible d’aider un tel homme ? Savez-vous combien se torturent ainsi, car ils n’ont personne qui puisse les aider spirituellement ?
Avec le péché, les hommes transforment le paradis sur terre en enfer terrestre. Si 4cur âme est souillée de péchés mortels, ils vivent dans un état démoniaque, contestent, se tourmentent, ils n’ont pas la paix. Au contraire, quiconque est près de Dieu a l’esprit tourné vers les signes divins et cultive toujours de bonnes pensées ; il est en paix et vit le Paradis sur terre. Il a quelque chose qui le distingue de ceux qui vivent loin de Dieu, et cela est perceptible. Voilà l’œuvre de la Grâce divine, laquelle nous trahit, même si nous nous efforçons de nous cacher des hommes.

Les feintes intentionnelles

Nous devons prendre garde aux fautes intentionnelles, car c’est notre intention que Dieu examinera. Les fautes commises par inadvertance sont plus légères. Certains péchés restent toujours des péchés, mais avec des circonstances atténuantes.
Et puis, si nous commettons une faute sans le vouloir. Dieu pèse les choses de façon telle qu’il en sorte un bien. Non pas qu’il faille commettre une faute pour qu’un bien advienne, mais puisque nous avons commis une faute sans le vouloir. Dieu la met à profit pour qu’en résulte un bien. En revanche, si nous commettons une faute en connaissance de cause et si nous nous en repentons, nous devons prier pour qu’aucun mal ne résulte des conséquences de notre faute.
— Géronda, ce moine mentionné dans l’Evergétinos et qui pendant dix ans tombait chaque jour dans le péché cl chaque jour s’en repentait, comment fut-il sauvé ?
— Lui était en quelque sorte sous l’emprise du péché, prisonnier du péché. Il n’avait pas de mauvaise intention, mais il avait manqué d’aide : il fut poussé au mal, et c’est pourquoi il eut droit à l’aide divine. Il luttait, souffrait, son repentir était sincère, et finalement Dieu le sauva. Vois-tu, quelqu’un peut avoir de bonnes intentions, mais s’il n’a pas reçu d’aide dès son enfance et s’il a été entraîné vers le mal, il lui est difficile après de se relever. Il fait un effort, puis retombe, se relève : il lutte donc. Cet homme, Dieu ne l’abandonnera pas, car le malheureux fait l’effort qu’il peut, et même il implore l’aide divine ; il ne pèche pas de sang froid. Supposons qu’un homme veuille se rendre quelque part sans avoir aucune intention de pécher, mais, qu’en roule, il soit soumis à une tentation et commette un péché. Il se repent, fait des efforts, mais on lui tend encore un piège et, sans intention pourtant de faire le mal, le pauvre retombe dans le péché et se repent à nouveau. Il a des circonstances atténuantes, car il ne veut pas pécher, mais il y est entraîné, puis s’en repent. En revanche, celui qui agit avec préméditation et calcule : «Je dois commettre cette injustice afin d’arriver à mes fins ; il me faut ruser pour faire cela», un tel homme commet le péché délibérément et en connaissance de cause. Il a conscience de son forfait et s’arrange avec le diable pour le péché qu’il va commettre. Agir ainsi est très mal, car c’est prémédité. Ce n’est pas céder à la tentation, mais vouloir accomplir quelque chose avec le Tentateur pour partenaire ! Un tel homme ne pourra jamais être aidé, car il ne mérite pas l’aide divine, et finalement, il mourra impénitent.
Mais, en outre, tous ceux qui disent qu’ils se repentiront dans leur vieillesse, comment sont-ils sûrs qu’ils en auront le temps et ne seront pas frappés d’une mort soudaine ? Un homme — il était entrepreneur — répétait : «Quand je serai vieux, j’irai à Jérusalem, je me ferai baptiser dans le Jourdain, et tous mes péchés seront alors effacés». Il continua sa vie de pécheur. Finalement, alors qu’il n’avait plus du tout de forces et pouvait à peine marcher, il se décida à faire le pèlerinage. Il annonça donc à l’un de ses apprentis : «J’ai décidé d’aller à Jérusalem pour me faire baptiser dans le Jourdain. — Ah, patron ! répondit l’autre, si tu es pur, tu atteindras Jérusalem. Sinon, tu mourras en route !» C’était comme si l’apprenti avait prophétisé ! Dès qu’il arriva à Athènes pour faire ses papiers de voyage, il mourut ! On lui vola l’argent qu’il avait avec lui, on emmena son corps dans un bureau de pompes funèbres et de là, on le renvoya chez lui dans un cercueil.

Faire le bien par amour du Christ

— Géronda, j’ai peur quand je pense aux années difficiles qui nous attendent.
— De quoi as-tu peur ? D’aller finir en Enfer et d’être torturée avec les démons ? Je comprendrais que tu pries avec ces mots : «Aide-moi, Seigneur, à aller au Paradis, pour que je ne te fasse pas de la peine, car Tu souffrirais de me savoir en Enfer, après tout ce que Tu as fait pour moi». Mais vouloir aller au Paradis pour arranger ses affaires, cela manque de générosité. Je ne dis pas que nous nous laissions aller à une vie de paresse, que nous fassions des abus, et que nous finissions ainsi par arriver en Enfer, mais souvent nos efforts sont faits pour des motifs intéressés : on fait le bien pour ne pas perdre le Paradis. Si nous étions guidés par une pure générosité, nous songerions : «Tant de gens qui n’ont même pas connu un peu de joie réelle dans cette vie vont aller en Enfer, les malheureux, et moi, vais-je continuer à penser seulement à moi-même ?». Je vous le dis franchement, je ne me soucie pas de mon sort. Mon être, je m’en suis débarrassé. La raison pour laquelle je ne me soucie pas si j’aboutirai ou non au Paradis, n’est pas que je désire être loin du Christ, mais le principe de mes actions n’est pas de faire le bien dans l’unique intention d’aller au Paradis. Je prie ainsi : «Même si tu me rejettes, mon Christ, je serai heureux, car je ne mérite pas le Paradis».
Aujourd’hui, notre vie est devenue difficile et sans attrait, car l’héroïsme, la générosité sont amoindries. Même des hommes spirituels pensent comme des marchands. Mener une vie soi-disant spirituelle leur suffit. Ils cherchent à profiter de ce qu’ils désirent et s’abstiennent de l’interdit, juste au point de ne pas aller en Enfer. Ils calculent : «Cela me condamne à l’Enfer, cela non : je peux donc en jouir». En ce qui concerne le jeune, ils disent, par exemple : «Demain, c’est vendredi. Bon, ce soir, je peux manger de la viande jusqu’à minuit moins cinq. Apporte donc à manger. Car après minuit, ce n’est plus permis : le jour change, c’est un péché !». Ils veulent donc ne pas rater le Paradis, tout en jouissant de la vie sur terre. C’est ainsi qu’ils envisagent le péché et l’Enfer, comme des commerçants. Mais s’ils raisonnaient avec générosité, ils diraient : «Le Christ a été crucifié et a tant souffert pour moi, comment pourrais- je Le blesser par un acte de péché ? Si je ne veux pas aller en Enfer, c’est uniquement parce que je ne supporterais pas qu’être en Enfer cause de la peine au Christ».
Il ne faut pas calculer le bien que l’on accomplit, pour être rémunéré, mais mener son combat spirituel par amour du Christ. Ce qu’on fait, le faire de manière pure, pour le Christ ; et veiller à ce que nos actes ne renferment pas d’élément humain, amour-propre, intérêt personnel. Garder à l’esprit que le Christ nous voit, nous observe, et tout faire pour ne pas Le peiner. Autrement, notre foi comme notre amour s’étiolent.
Et si nous examinons ce que nous accomplissons dans notre vie spirituelle, ascèse, jeûnes, veilles etc., nous verrons que toutes ces pratiques nous aident aussi à avoir une bonne santé physique. Dort-on sur un lit dur ? Les médecins eux-mêmes recommandent de dormir sur un matelas dur, car il n’est pas bon de dormir sur une surface molle.
Fait-on des métanies ? Les autres font de la gymnastique pour développer leurs muscles. Dort-on peu ? Un sommeil trop long abrutit l’homme. N’entend-on pas dire : «Celui-ci, il est éveille, celui-là, il est endormi» ? Les pratiques ascétiques contribuent donc à la santé physique. L’abstinence également aide beaucoup l’être humain. Regardez les chercheurs, etc., ils s’efforcent de mener une vie saine, de ne pas s’étourdir pour avoir toute leur lucidité d’esprit. Nous, bien sûr ? nous pratiquons l’abstinence pour d’autres raisons, mais résulte aussi de nos actes spirituels la vigueur que recherchent les hommes de ce monde. Nous pratiquons un acte spirituel et cet acte de l’esprit nous apporte aussi la santé du corps.

Les tentations dans notre vie

Dieu permet les tentations en fonction de notre état spirituel. Il permet parfois que nous commettions une faute, par exemple, une faute d’inattention, afin d’être plus vigilants une autre fois et d’éviter, ou plutôt de prévenir, un plus grand mal que le diable nous ferait. D’autres fois, il laisse le diable nous tenter, pour nous mettre à l’épreuve. C’est comme si nous passions un examen, et que le diable servait, non pas à nous nuire, mais à nous faire du bien. Rappelez-vous l’Ancien Philarète qui disait : «Mon enfant, aucune tentation aujourd’hui. Dieu nous a abandonné». L’Ancien voulait combattre tous les jours-avec le diable, pour être couronné par le Christ.
Un être fort, comme l’Ancien Philarète, n’évite pas les tentations, mais il dit au Christ : «Mon Christ, envoie-moi des tentations et donne-moi la force de les combattre». Mais un plus faible dira : «Ne permets pas, Mon Christ, que je tombe dans la tentation !». «Ne nous soumets pas à la tentation…». Quant à nous, en proie à la tentation, nous protestons souvent : «Mais, je ne suis qu’un homme, je n’en peux plus» ! au lieu de dire : «Je ne suis pas un homme, je ne suis qu’un misérable. Mon Dieu, aide-moi à devenir un homme !». Je ne dis pas de rechercher soi-même les tentations, mais, quand elles se présentent, de les affronter avec courage et dans la prière.
À chaque hiver spirituel, attendons avec patience et espoir le printemps spirituel qui s’ensuivra. Les plus grandes tentations sont généralement instantanées et, si nous arrivons à leur échapper à ce moment là, la cohorte des démons passe et s’en va, et nous sommes sauvés. Quand l’homme s’unit à Dieu, il n’a plus de tentations. Le diable peut-il faire du mal à l’Ange ? Non, il est brûlé.
La vie spirituelle est très simple et facile, c’est nous qui la rendons difficile, parce que nous ne nous luttons pas correctement. Avec un peu d’effort, beaucoup d’humilité et de confiance en Dieu, on peut faire de grands progrès. Car, là où il y a l’humilité, le diable n’a pas sa place, et en l’absence du diable, il va de soi qu’il n’y a pas de tentations.
— Géronda, la chute dans un péché peut-elle arriver par permission de Dieu ?
— Non, c’est grave de dire que Dieu concède un péché à l’homme. Dieu ne permet jamais à l’homme de pécher. C’est nous qui faisons des concessions, ce qui permet au diable de venir nous tenter. Quand, par exemple, je m’enorgueillis, je chasse la Grâce divine, mon Ange Gardien me quitte, et c’est l’autre… ange qui arrive, le diable, et alors je succombe. Mais c’est ma concession, pas celle de Dieu.
— Géronda, quand nous tombons dans le péché, est-il juste de dire : «C’est le diable qui m’y a poussé» ?
— Souvent, j’entends, moi aussi, certaines personnes dire que c’est la faute du diable si elles sont tourmentées, alors que
c’est leur propre faute, car elles n’affrontent pas les épreuves correctement. Et puis le diable est le diable. Peut-il nous éloigner du mal ? Il fait son travail. Il ne faut pas lui faire porter toute la responsabilité de nos actes. Un disciple, qui vivait dans une kalyva avec son Géronda, resta seul un jour, prit un œuf, le mit sur une clef- c’était l’une de ces grandes clefs d’autrefois — et alluma une bougie par-dessous pour le faire frire ! Entra soudain le Géronda, qui s’exclama : «Mais que fais donc tu là ? — Eh bien, Géronda, répondit le disciple, le diable m’a poussé à me faire frire un œuf de cette façon». Une voix enragée se fit alors entendre : «Cette technique, je ne la connaissais pas ; c’est lui qui me l’a apprise» ! Le diable dort quelquefois, et nous, nous allons le réveiller !

Les pécheurs ont beaucoup de matière à humilité

Ceux qui, après une vie pleine de péchés, puis se sont repentis et ont commencé à vivre spirituellement, doivent par la suite accepter avec joie les humiliations et les épreuves qui leur arrivent, car ils remboursent ainsi leurs dettes. Nous voyons, par exemple, sainte Marie l’Égyptienne, qui vécut une vie de pécheresse : après s’être repentie et avoir changé de vie, combien fut-elle torturée par les désirs terrestres. Elle mena pourtant un grand combat pour les chasser. Le diable lui soufflait : «Qu’as-tu à perdre si tu regardes un peu Alexandrie ? Je ne dis pas de te divertir, seulement de la voir un peu de loin». Mais elle n’y jetait pas même un regard. Quel repentir ! D’autres saintes, qui n’avaient pas vécu une vie mondaine, n’eurent pas de combat à mener. En raison de son passé, sainte Marie dut mener un grand combat. Ce tourment permet de cautériser les plaies du péché. Et ainsi, quelque soit la vie qu’on a menée auparavant, on arrive tous, les uns comme les autres, au même but.
— Dans ces cas là, Géronda, n’y a-t-il aucune consolation divine ?
— Mais si ! En abondance ! Sainte Marie avait atteint un tel niveau spirituel, qu’elle se trouvait une coudée au-dessus du sol quand elle priait.
Les grands pécheurs, s’ils connaissent bien leur être intérieur, ont normalement beaucoup de motifs d’humilité. Chaque chute dans le péché est, certes, une chute, mais c’est aussi une matière utile à l’humilité et à la prière. Les péchés, si on les met à profit pour exercer l’humilité, sont comme le fumier que l’on utilise pour cultiver les plantes. Pourquoi le pécheur n’utiliserait-il pas alors cette matière pour servir d’engrais au champ de son âme, le rendre fertile et le faire fructifier ? Si celui qui a commis des péchés mortels, prend conscience de sa faute et dit : «Je ne dois pas relever la tête ni regarder autrui en face», son extrême humilité lui fera recevoir la Grâce en abondance, il avancera constamment et pourra atteindre des hauteurs spirituelles. En revanche, celui qui, préservé de gros péchés, ne prend toutefois pas la bonne attitude, qui consiste à dire : «Dieu m’a protégé de tant de mauvaises situations ; je suis trop ingrat, plus pécheur que le plus grand des pécheurs», est spirituellement inférieur au premier.
Souvenez-vous de la parabole du pharisien et du publicain. Le pharisien avait des œuvres à son actif, mais il avait aussi de l’orgueil. Le publicain avait des péchés à son actif, mais il les reconnaissait, en était effondré et il s’humiliait — le principal, ce que le Christ demande de nous, et c’est pourquoi il fut facilement sauvé. Voyez comment le pharisien est représenté sur les icônes ! Il montre le publicain du doigt : «Je ne suis pas comme lui !»… Le pauvre publicain se cachait, lui, derrière une colonne et avait honte de regarder alentour. Et le pharisien montra au Christ où se trouvait le publicain ! L’avez-vous remarqué ? Comme si le Christ ne savait pas où se trouvait le publicain ! Le pharisien, alors qu’il a tout fait dans les règles, a tout perdu. À quoi l’orgueil peut-il bien mener ! Mais quand un homme est dans le péché et n’a pas d’humilité, alors il a les péchés du publicain et l’orgueil du pharisien. Doubles… talents !
Efforcez-vous de vous débarrasser des toxines spirituelles, des passions, pour acquérir une bonne santé spirituelle.