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Examiner sa conscience

Le Bon Dieu a donné à Adam et Eve la conscience, et avec elle la première loi divine. Il l’a gravée profondément dans leur cœur et, depuis, chaque être humain la reçoit en héritage de ses parents. Lorsqu’il n’agit pas correctement, sa conscience se met à l’œuvre en lui, lui fait des reproches et le conduit au repentir. Mais pour être toujours en mesure d’écouter sa voix, l’homme doit bien examiner ses actes et accomplir un profond travail spirituel. Sinon, il ne profitera ni des lectures spirituelles ni des conseils de saints Gérondas, et il ne pourra pas observer les commandements de Dieu.
— Géronda, est-ce possible que l’homme ne parvienne pas du tout ressaisir son moi et ne comprenne pas qu’il se trouve sur une mauvaise voie ?
— S’il ne s’observe pas et ne dépoussière pas sa conscience, celle-ci s’encrasse, et il devient insensible. Il commet des péchés et ne s’en rend plus compte.
— Géronda, parlez-nous de l’examen de conscience !
— Pour être sûr que ses actes sont bien dictés par sa conscience, le chrétien doit s’observer et s’ouvrir à son confesseur. Car, tout en croyant être sur la bonne voie, il peut avoir transgressé la loi de sa conscience, ou bien s’être forgé une conscience faussée — penser avoir accompli un bienfait, alors qu’il a commis un crime -, ou tout au contraire avoir
rendu sa conscience hypersensible au point d’en subir des dommages.
— Géronda, je juge intérieurement sans ressentir pour autant de reproche intérieur. Suis-je devenue insensible, si bien qu« ma conscience ne m’accuse plus ?
— Il faut prendre garde. Celui, vois-tu, qui commet un péché pour la première fois ressent, à un certain degré, le reproche de sa conscience, il en est peiné. La seconde fois, le reproche est moindre et si, sans prendre garde, il continue à pécher, sa conscience s’endurcit. Certains, auxquels on adresse une remarque pour une faute, changent de sujet pour ne pas être tracassés par leur conscience et ne pas éprouver de contrariété, tout comme les Indous, qui s’efforcent de réduire leur conscience au silence en utilisant le nirvana’. Un jour, dans les montagnes de l’Himalaya, un jeune homme tua cinq grimpeurs italiens, puis, après les avoir enterrés, il se plongea dans l’autoconcentration. Assit sur le sol, il répéta pendant deux heures : «volée de coups… volée de coups…» afin d’aboutir au vide mental, d’oublier tout et ne pas subir l’assaut de ses pensées. Supposons que je gronde une sœur parce qu’elle a provoqué un désordre. Si elle ne s’efforce pas de travailler correctement sur soi et de se corriger, elle peut me dire à ce moment-là : «Vous savez, ce soir, les Vêpres sonneront plus tôt…», rien que pour détourner la conversation. Puis, le diable va la tromper en lui soufflant : «Ne t’inquiète pas ; tu as fais cela pour ne pas peiner le Géronda». Le diable va même jusqu’à lui proposer des justifications ! Elle n’avouera pas : «Je l’ai fait pour étouffer ma conscience», mais se justifiera : «J’ai agi ainsi pour ne pas peiner le Géronda !». Voyez-vous ce que fait le diable ? Du beau travail ! Il tourne le bouton de notre esprit sur une fréquence différente pour que nous ne puissions pas apercevoir nos fautes.
— Géronda, est-il possible de s’accrocher à des petits détails, mais de négliger des fautes plus grosses ?
— Bien sûr que c’est possible ! Un Père spirituel que je connais bien me raconta le fait suivant. Une femme qui était venue se confesser, pleurait sans cesse et répétait : «Je ne voulais pas la tuer. — Écoute, lui dit le confesseur, si on se repent. Dieu pardonne ; Il a pardonné même à David3. — Oui, mais je n’avais pas l’intention de la tuer ! répétait-elle. — Mais enfin, comment en es-tu arrivée à la tuer ? interrogea le confesseur. — Voilà, j’étais en train de nettoyer, j’ai frappé la mouche avec mon chiffon et je l’ai tuée. Mais je ne l’ai pas fait exprès !». Entre-temps, elle trompait son mari, avait abandonné ses enfants, détruit son foyer et vagabondait dans les rues, mais, elle parlait de cette situation comme si ce n’était pas grave. «Pour ces fautes, une pénitence s’impose, dit le confesseur. — Pourquoi donc une pénitence s’impose-t-elle ?» objecta-t-elle. Dans ces conditions, pourrait-elle être aidée ?

Etouffer sa conscience

— Géronda, quand on me dit : «Ce désir est dans ton inconscient, et tu ne t’en aperçois pas», comment puis-je m’en rendre compte ?
— Si lu prêtes attention, lu verras que tu ne te sens pas bien, même si tu affirmes que tout va bien. Tu as donc besoin d’examens. Celui qui ne se sent pas bien, qui est physiquement épuisé, etc., a besoin de passer des tests microbiologiques ou un scanner pour trouver la cause de ces symptômes. Si tu constates qu’au lieu d’être paisible, tu es oppressée, sache qu’en toi quelque chose est perturbé ; tu dois alors le trouver pour le remettre en état. Supposons que tu aies commis une faute. Cela t’afflige, mais tu ne l’avoues pas. Il t’arrive ensuite un événement agréable et tu t’en réjouis. Cette joie couvre l’oppression causée par ta faute et, peu à peu, tu l’oublies — tu ne la vois plus, car elle a été occultée par la joie.
Les joies couvrent la faute, l’envoient au fond, l’enfouissent, mais la faute continue à travailler la conscience de l’intérieur. On commence ainsi à se durcir, car on piétine sa conscience et le cœur devient de plus en plus épais. En outre, le diable est là pour tout justifier : «Ceci n’est rien…, cela est normal». Néanmoins, l’homme ne trouve pas le repos, car l’oppression continue à le travailler en dessous. Il éprouve une inquiétude, la paix intérieure le fuit, il vit dans l’angoisse perpétuelle. Il est tourmenté. Et ses fautes étant camouflées, il ne comprend pas qu’il souffre parce qu’il a péché.
— Géronda, peut-il être aidé, si on lui révèle la cause de son tourment ?
— Ecoute, il faut prendre garde, car à partir du moment où on lui remet les choses en place, sa conscience se réveille et commence à l’accuser. S’il ne s’humilie pas, il peut en arriver au désespoir, ne supportant pas la vérité. En revanche, s’il fait preuve d’humilité, il sera aidé.
— Géronda, existe-il des gens nés avec une conscience encrassée ?
— Non, personne ne naît avec une conscience encrassée. Dieu n’a pas créé une telle conscience. Mais quand une personne dissimule ses fautes, sa conscience s’encrasse peu à peu et elle ne peut plus le contrôler.
— L’homme agit alors de façon autonome, selon ses propres lois.
— Oui, c’est bien terrible.
— Est-il alors dans l’illusion ?
— Bien sûr, il est dans l’illusion.

La conscience l’a lissée

— Géronda, vous répétez souvent que l’on doit prendre garde à ne pas se forger une conscience faussée. Comment développe-t-on en soi une conscience faussée ?
— Quand on cherche à tranquilliser son esprit, on piétine sa conscience. Et si l’on agit ainsi pendant une longue période, on se forge sa propre conscience, à sa mesure, une conscience faussée donc. Mais on ne connaît pas la paix intérieure, car une conscience faussée ne peut apporter cette paix intérieure. Vois-tu, même si l’on dit à celui qui a commis une faute : «Tu n’es pas coupable, pourquoi te tracasser ?» ou même s’il fait semblant de ne pas voir sa faute, quoi qu’il en soit, il ne trouvera pas le repos. Certains deviennent adeptes de gourous et quand ils se rendent compte qu’ils ne vont pas bien spirituellement, ils viennent me consulter. J’essaie alors de les éclairer, mais ils s’obstinent : «Non, ce que nous croyons est juste. — Eh bien, puisque vous avez raison et que cela vous plaît, pourquoi venez-vous demander mon avis ?». La voie qu’ils ont choisie ne leur procure aucun repos, mais ils persistent, ils essaient, par ci, par là, de s’apaiser faussement. Cependant, la paix véritable, ils ne la trouvent pas.
— Géronda, peut-on vivre avec la conscience faussée tout au long de sa vie ?
— Si l’on se fie à sa pensée, oui.
— Comment se corriger ?
— En cultivant des pensées d’humilité, sans se fier à son raisonnement, et en s’ouvrant à son Père spirituel.
-Géronda, celui qui a une grande sensibilité peut-il se forger, lui aussi, une conscience faussée ?
— Qu’il se forge une conscience faussée signifie que sa sensibilité n’est sûrement pas bonne. Ce qui est faux d’un côté crée forcément du faux de l’autre. Certains se disent sensibles et, pourtant, ils traitent les autres cruellement et les tancent sans raison.
-Géronda, la conscience de celui qui se justifie est-elle encrassée ?
— Celui qui se justifie ressent encore un peu le reproche de sa conscience, il n’est pas insensible. Qui n’est pas insensible souffre de sa faute, et la consolation divine viendra ensuite sur lui. Mais celui qui s’est forgé une conscience faussée tombe dans l’insensibilité, et il ira jusqu’à se vanter d’un crime. J’ai vu des hommes ayant commis des crimes les présenter comme des exploits. Car lorsqu’on développe en soi une conscience dévoyée, ce n’est pas seulement de l’insensibilité, c’est plus grave. A l’époque où j’étais au monastère de Stomiou à Konitsa, un homme vint me dire : «Je veux me confesser. — Je ne suis pas prêtre», répondis-je et je lui conseillai de s’adresser à un prêtre, mais il continua : «Non, c’est à toi que je veux tout avouer». Or étaient présentes quelques femmes venues au monastère en pèlerinage. Je leur conseillai : «Il vaut mieux que vous partiez. — Non, non, objecta l’homme, ce n’est pas nécessaire, vous pouvez rester». Et il commença alors à raconter ses méfaits de jeunesse : «Quand j’étais jeune, j’ai appris le métier de cordonnier, mais j’avais toujours sommeil durant la journée, car nous allions la nuit voler avec une bande. Dans notre région, il y avait un tsaousis, qui nous prescrivait : «Allez voler. Moi, je veux deux béliers. Ensuite, vous pouvez volez tout ce que vous voulez». Nous partions alors vers les demeures des chrétiens : une fois sur place, je laissais tomber ma capote, frappais les chiens en leur donnant un coup à la mâchoire de mon bâton que j’avais toujours sur moi, et nous entrions. On volait deux béliers et le plus d’agneaux qu’on pouvait emporter. Nous donnions les béliers au tsaousis et cachions les agneaux dans notre étable. Le tsaousis nous enfermait aussitôt en prison. Les maîtres de maison qui nous avaient vus voler allaient au matin à la gendarmerie pour nous accuser : «Ce sont un tel et un tel qui nous ont volés ! — Un tel ? Un tel ? Mais ils sont en prison. Pourquoi les calomniez-vous ?». Et les victimes se faisaient rouer de coups. Nous approchâmes une fois un troupeau de chèvres gardé par un jeune berger de taille impressionnante et par son père. «Comment allons-nous pouvoir pénétrer dans l’enclos ? Ils vont nous disperser comme des allumettes !», me firent remarquer mes camarades. Je saisis alors mon gra, visai le jeune berger et, boom…, il s’affala à terre. Je ficelai ensuite le père à un poirier… On a volé…, volé…, si vous saviez…». Et il racontait tout cela en riant comme se vantant d’un exploit ! Jusqu’où mène une conscience faussée !
En revanche, j’ai connu un policier servant à la division des transferts de prisonniers, un être à la conscience délicate. Le pauvre, il ne cessait de pleurer, se rappelant qu’il avait autrefois accompagné d’une prison à une autre un homme qui passa ultérieurement devant un tribunal militaire et fut exécuté pour ses nombreux crimes. Le policier rechercha la famille de ce meurtrier pour leur demander pardon, mais l’un de ses frères, qui se trouvait en Amérique, le rassura : «On aurait dû l’exécuter plus tôt ; cela aurait évité la mort de tant de personnes !».
Voyez la différence énorme entre les deux attitudes ! L’un se sentait coupable d’avoir seulement transféré d’une prison à une autre — obéissant aux ordres de son service — un criminel qui fut exécuté, tandis que l’autre racontait ses crimes comme s’il s’agissait d’exploits et s’en vantait !

La fausseté n’apporte pas la paix

— Géronda, celui qui s’est forgé un monde à lui parce qu’il se fie à sa propre pensée, peut-il être aidé par la prière d’autrui ?
— Quel besoin a-t-il d’être aidé puisqu’il s’est fait un monde à lui ?… Ce n’est pas rien, sais-tu, de réussir à se créer son propre monde !… Celui qui y parvient en s’enfermant dans ses pensées, crois-tu qu’il ressente de la joie ? il vit dans le mensonge. Le mensonge n’éclaire pas. Supposons qu’un homme soit obligé de mentir pour sauver son prochain. Il se peut même qu’il le sauve de la mort, mais ce mensonge n’en reste pas moins un demi-péché. Ou bien il arrive qu’on profère un mensonge, dans les meilleures intentions, parce qu’il faut aider à résoudre un problème, éviter un scandale. Admettons qu’une personne que vous connaissiez vienne secrètement au monastère pour parler d’une affaire de famille et décharger son âme. Supposons que son frère arrive ensuite et demande : «Un tel est-il passé par ici ?». Si vous répondez : «Oui», cela va créer tout un drame ; vous risquez d’exposer le premier à des représailles. Vous répondez donc : «Je ne sais pas». Car si vous répondez par l’affirmative, le nouveau venu peut aller jusqu’à frapper son frère ! Il s’agit, certes, d’une situation particulière. Il faut cependant faire attention, car, si de tels incidents se reproduisent trois ou quatre fois, petit à petit, ces façons de biaiser peuvent prendre une autre dimension. On peut s’habituer à utiliser le mensonge à la moindre occasion et, ce faisant, développer une conscience faussée. En arriver à raconter de vrais romans, sans que la conscience en soit heurtée. Et ensuite, cela devient tout un art.
Ah ! Comme certains, s’ils se sont bien entraînés, arrivent à emmêler des mensonges pour les rendre crédibles ! Oh ! Ils sont capables de construire toute une fable et ils réussissent à convaincre que c’est la réalité ! Un jour, un homme de ma connaissance arriva à ma kalyva alors que s’y trouvait déjà un groupe venu de la même ville qu’un jeune homme que j’avais aidé. Ce gars, bien qu’intelligent et gentil, était plutôt paresseux ; il ne voulait pas travailler et avait pris l’habitude de vadrouiller. Cela faisait quatre ans que je m’efforçais de le faire se corriger. Ce jour-là, je dis à ses compatriotes : «Veillez à trouver un travail à ce gars. J’ai tenté plusieurs fois de l’aider. Je l’avais envoyé à Kastoria apprendre le métier de la fourrure chez des gens que je connais, mais il n’y est pas resté. Il est encore jeune, c’est dommage de le voir gâcher sa vie. Il n’a que sa mère, son père est mort». Le dernier venu prit alors la parole pour renchérir : «Oui, nous avions fait en sorte, avec le Père Païssios, que ce garçon aille là-bas devenir fourreur. Puis, il a tout lâché et est parti. Si vous saviez combien j’ai dépensé en télégrammes envoyés à ses patrons pour qu’ils ne se fassent pas de souci ! Mais cela n’a plus d’importance ; on n’en parle plus. J’avais dit à l’époque au Père Païssios qu’il était impossible de le faire se corriger !». «Mais qu’est-ce qu’il raconte ?» son- geais-je. Ne voulant pas le blesser, je gardai le silence. Il n’avait jamais entendu parler de ce gars et pourtant il inventait toute une histoire, que nous nous étions soi-disant occupés ensemble de lui, qu’ensemble nous avions trouvé la solution de l’envoyer devenir fourreur… J’en fus aussi abasourdi que vous, à l’entendre affirmer tout cela !
— El il affirmait cela devant vous sans la moindre vergogne ?
— Devant moi. Et en présence des autres.
— Dans quel but ?
— Quel but ! Sur le champ, il ressentit une satisfaction d’orgueil, mais, ensuite, il a dû être troublé. Comment donc aurait-il pu avoir la paix intérieure ?
-Quand un homme amplifie un peu un évènement…
-Oui, en ajoutant aux faits un peu de sauce !
— Par vanité ?
— Eh, pour quelle autre raison ? Il agit par vanité, par orgueil.
— Qu’est-ce qui pourra aider un tel homme à corriger ce défaut ?
— Cesser de mentir. Il faut qu’il sache que le mensonge, même s’il comporte des circonstances atténuantes, reste toujours un demi-péché.
— Géronda, se peut-il qu’on nous donne une chose par indulgence et que nous croyions l’avoir méritée ?
— Écoute, si je te dis : «Toi, ma sœur, tu es capable d’atteindre la hauteur spirituelle de ta sainte patronne !», il se peut qu’un peu sottement tu t’en réjouisses, mais tu n’auras pas de véritable paix intérieure. Le faux ne procure pas la paix, car lui manque la Grâce divine. Et l’injuste qui accapare injustement le bien d’autrui en affirmant : «Cela m’appartient !» n’a pas de paix intérieure. Observe les Turcs de Constantinople, malgré toutes les années passées depuis la prise de la ville : à la vue de Grecs venus y faire un séjour, combien sont-ils qui ressentent alors qu’ils détiennent un bien volé et considèrent leurs visiteurs comme les vrais propriétaires ! Et pourtant ce sont des Turcs, et tant d’années se sont écoulées !

La conscience droite et juste instruit justement l’homme

Il n’y a rien de plus important chez l’homme qu’une conscience apaisée. Il est essentiel que notre conscience ne nous tourmente pas au sujet de ce que nous aurions pu faire et que nous n’avons pas fait. On ressent alors une joie intérieure et la vie entière est une fête. Et cette joie intérieure procure une immense force spirituelle.
— Géronda, comment peut-on comprendre que notre action plaît à Dieu ?
— On en est informé de l’intérieur.
— Celte information personnelle est-elle suffisante ou a-t-on besoin du témoignage d’autrui ?
— Je parle de celui qui a une conscience juste et droite, et non pas de celui qui a une conscience faussée. La conscience juste informe justement. L’homme se sent alors plein d’assurance, plein d’espoir, et il peut affirmer avec humilité : «Je ne mérite pas le Paradis, je mérite, certes, l’Enfer, mais je crois que l’amour et la miséricorde de Dieu ne m’abandonneront pas». Il ressent vraiment ce qu’il dit, car il mène son combat spirituel ; il ne reste pas inerte, sans rien faire, il n’apaise pas sa conscience en se disant : «Ah ! Dieu me sauvera, malgré tout !».
La conscience, quelle chose… terrible ! Il n’est pas d’incendie plus violent, d’enfer plus horrible que d’être bridé par sa conscience. Il n’y a pas de supplice plus terrifiant que le ver qui dévore la conscience. Les damnés souffriront éternellement, car ils seront torturés par la pensée d’avoir perdu les biens du Paradis en échange de quelques années de vie terrestre, pleines cependant de remords et d’angoisse. Leurs passions ne seront pas satisfaites, et ce sera pour eux une torture supplémentaire.
-Géronda, comment le moine peut-il vivre dans la pratique le martyre de la conscience ?
— Le martyre de la conscience touche tous les hommes, pas seulement les moines. Les moines doivent, en outre, endurer le doux martyre de l’ascèse. Mais, en réalité, il n’y a aucun martyre de conscience pour celui qui lutte correctement. Plus il souffre spirituellement — soit parce qu’il constate son propre état lamentable soit parce qu’il participe à la Passion du Christ -, plus il est récompensé par la consolation divine. Quelles que soient ses épreuves, ses afflictions, si sa conscience est en paix, il ressentira en lui la consolation divine.