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L’ascèse et l’illusion spirituelle

— Géronda, j’ai peur de l’illusion spirituelle.
-Tu fais bien. Celui qui a peur de l’illusion spirituelle ne s’égare pas, car il prend garde et révèle toutes ses pensées ; il ne cache rien et peut ainsi recevoir de l’aide.
— Géronda, en quoi consiste la prédisposition à l’illusion spirituelle ?
— Une prédisposition à l’illusion spirituelle, c’est, par exemple, de penser qu’on est quelqu’un d’important et d’exhiber ce qu’on a réussi à faire. C’est s’imaginer, vu qu’on s’adonne à l’ascèse, avoir atteint un état spirituel élevé, considérer que les autres n’ont, eux, pas encore perçu le sens de la vie spirituelle, et se comporter avec arrogance. Se forcer orgueilleusement à pratiquer l’ascèse pour tenter d’atteindre le niveau d’un saint, afin d’être admiré par les autres, voilà le début de l’illusion. Faire violence à la nature est une chose, se forcer orgueilleusement en est une autre. J’avais dit un jour à quelqu’un : «Prends garde de tomber dans l’illusion avec tes pratiques ! Tu n’es pas sur la bonne voie. — Moi, tomber dans l’illusion ? protesta-t-il. Je m’abstiens même de manger de la viande». Mais il ne se confessait plus, avouait ses péchés à une icône. «Es-tu orthodoxe ou protestant ? demandai-je. Où as-tu donc trouvé par écrit ce genre de pratique ? — Pourquoi ? répliqua-t-il, le Christ ne peut-il pas m’entendre ?». Quelle remarque !
— Géronda, l’ascèse physique aide-t-elle dans la lutte contre les passions ?
— Si elle est pratiquée dans cette intention, oui, elle aide. Le corps s’humilie, et la chair se soumet à l’esprit. Mais une ascèse stérile1 crée des illusions, car elle encourage les passions de l’âme, gonfle d’orgueil, renforce l’autosuffisance et conduit à l’égarement spirituel. On en arrive à tirer des conclusions du soi-disant progrès spirituel qu’on a accompli grâce à l’ascèse. «J’ai accompli ceci et cela, alors qu’un tel stagne ; j’ai atteint le niveau de tel saint, j’ai même dépassé tel autre !» El tout cela, accompagné de jeûnes et de vigiles nocturnes. Néanmoins, toute celte ascèse est vaine, car elle n’est pas réalisée dans le but d’exciser ses passions, mais seulement pour nourrir l’orgueil. J’ai connu un moine qui pratiquait l’ascèse par orgueil, et sa pensée intérieure lui soufflait qu’il était un grand ascète. De fait, il se trouvait dans un état pitoyable : il ne mangeait pas, ne se lavait pas et vivait vautré dans la saleté… Ses vêtements étaient usés par la crasse. J’avais essayé de les laver, mais que laver ? Ils tombaient en pourriture. Il me déclara un jour : «J’ai dépassé saint Jean le Kalyviter — Crois-tu donc que c’est la crasse qui a sanctifié saint Jean ?» m’écriai-je. Quelques jours plus tard, il revint me voir pour m’annoncer : «J’ai maintenant surpassé saint Maxime le Kavsokalyvite». – Que veux-tu dire par surpassé ? m’étonnai-je. — Eh bien, j’ai fait le tour du Mont Athos comme un tourbillon ! — Pauvre sot, répondis-je, saint Maxime était devenu comme étranger à la matière et il pouvait voler, il ne déambulait pas comme toi !». Il se mit par la suite à entretenir le souvenir de la mort, si bien qu’il pensait en lui-même : «Maintenant, je suis en Enfer». Ultérieurement, soi-disant pour s’humilier, il répétait : «Maintenant, je suis un diable, je suis Satan, et je vais aller rassembler des disciples…». Il aboutit ainsi à l’illusion spirituelle.

Méfiez-vous de l’imagination

— Géronda, vous nous avez conseillé d’éviter, au cours de la prière, de nous représenter diverses scènes de la vie du Christ. Pourquoi ?
— Afin que le diable ne nous égare pas avec des chimères. L’imagination est une bonne chose, c’est une force puissante, à condition qu’elle soit bien utilisée. Certaines personnes ont la capacité de voir un paysage à tel moment, de s’en souvenir un an plus tard exactement comme elles l’ont vu, et de le dessiner. C’est une capacité donnée par Dieu à l’homme, mais qui peut aussi être exploitée par le diable. Ceux qui sont pris dans l’illusion imaginent tout ce qu’ils voient ou lisent sous une forme telle qu’ils désirent et prennent ensuite leur imagination pour la réalité. Pour être aidées, ces pauvres âmes ont besoin d’être constamment suivies, car le diable les trompe en permanence.
Celui, donc, qui a par nature de l’imagination devrait s’inquiéter quand on lui fait remarquer qu’il ne pense pas correctement, et s’interroger sur ses pensées. J’avais rencontré une femme simple, qui priait constamment et implorait le Christ de lui permettre de Le voir en cette vie, puisque, selon elle, elle ne Le verrait pas dans l’autre Vie. Le Christ, de fait, lui apparut au moment de la sainte
Communion, à l’intérieur du Calice, sous la forme d’un nourrisson aux cheveux ensanglantés, puis il disparut, afin qu’elle soit capable de communier. Mais, après ce fait miraculeux, l’Ennemi commença à la travailler, lui insufflant la pensée qu’elle était une personne hors du commun. A partir de ce moment-là, le diable s’imposa à son imagination et ne cessait de lui présenter son cinéma. Me trouvant un jour hors du Mont Athos, je la rencontrai dans une maison en train de raconter ses histoires fantastiques aux hommes et aux femmes qui étaient rassemblés là. J’ai eu bien de la peine à lui faire remettre les pieds sur terre. La seule solution était de l’admonester devant tout le monde, afin que son illusion soit dévoilée et qu’elle soit ainsi humiliée.
— C’était le produit de son imagination ?
— De son imagination et de l’illusion
— Géronda, ne s’ouvrait-elle pas à son Père spirituel ?
— Sais-tu ce qui arrive ? Satan égare les hommes avec les images qu’il leur présente. Eux ne se posent pas de questions et ne trouvent aucune raison particulière d’aller parler au Père spirituel. Quel artiste le diable ! C’est vraiment terrible !
Si on ne surveille pas son imagination, le Tentateur peut exploiter tout phénomène, y compris le plus simple et le plus naturel, et ainsi nous égarer. Au monastère de Stomiou, pour la lecture des Vêpres pendant l’hiver, j’allumais le poêle à bois. Les femmes qui montaient parfois au monastère avaient remarqué que l’icône de la Sainte Mère de Dieu de l’iconostase craquait pendant les Vêpres — ce que moi-même, je n’avais pas constaté — et elles se disaient entre elles : «Chaque fois que le moine dit les Vêpres, l’icône de la Mère de Dieu fait crac-crac. L’apprenant, je proposai : «Voyons un peu cette icône qui fait crac-crac. Ce n’est pas que je sois incrédule quant aux interventions divines ; je crois, certes, que la Mère de Dieu peut apparaître, parler et se rendre visible à ceux qui ont atteint un certain état spirituel, mais la prudence est de mise. Je suis donc monté sur une chaise pour regarder l’icône de plus près. Que se passait-il ? Eh bien, l’icône était ancienne, et elle avait des traverses intégrées. Quand le poêle à bois était allumé, la traverse chauffait et commençait à craquer, car elle se dilatait. Je plaçai un clou, et les craquements cessèrent. Je demandai ensuite aux femmes : «Entendez-vous quelque chose maintenant ? — Non, répondirent-elles. — Eh bien, ne faites pas trop attention à ce genre de phénomènes !». La précaution est de rigueur dans de tels cas, car si on permet à son imagination de se laisser progressivement emporter, la vie entière d’un homme peut être perdue.
— Géronda, comment peut-on discerner si un fait prodigieux provient réellement de Dieu ou s’il est l’œuvre du diable ?
— Cela est manifeste. Si le fait ne vient pas de Dieu, le diable va insuffler des pensées d’orgueil chez l’individu qui l’a vécu. Qui plus est, tout ce qu’invente le diable est gros ! Il en arrive à des blasphèmes extrêmes. Un homme soumis à l’illusion et possédé par le démon vint un jour à ma kalyva. Je lui parlai longuement, et il en fut éclairé. Savez-vous ce qu’il me déclara en partant ? «C’est la première fois que j’entends de telles paroles ! Je n’en ai jamais eu connaissance, même en lisant l’Évangile !». En d’autres termes, c’était comme me souffler : «Tu as parlé encore mieux que le Christ !». Avez-vous compris comment le diable s’y prend pour insuffler une pensée d’orgueil ? En tout état de cause, si une personne ne se rend pas compte que de ses propres forces elle ne peut parvenir à rien, mais que tout ce qu’elle fait, c’est avec la puissance du Christ qu’elle l’accomplit, alors, serait-elle capable de chasser des milliers de démons, elle n’aurait rien accompli !

Le diable peut apparaître comme un ange de lumière

Quiconque n’a pas connu cette joie suprême, paradisiaque, à savoir qui n’a pas vécu d’expériences spirituelles, peut facilement, faute de vigilance, se fourvoyer dans l’illusion. Le diable est malin. Il excite un peu le cœur, fait ressentir du plaisir et trompe l’âme, lui donnant l’impression que ce plaisir est spirituel, divin. Il lui vole son cœur au moment même où celui-ci pense qu’il va bien. «Je n’ai ressenti aucun trouble», assure-t-il. Certes, mais ce que tu as ressenti n’était pas la joie véritable, spirituelle. Lajoie spirituelle est un avant-goût du Ciel.
Le diable peut apparaître soit sous la forme d’un ange, soit sous la forme d’un saint. Le démon camouflé en ange ou en saint jette le trouble — c’est l’action qui lui est propre — tandis qu’un ange ou un saint véritable propagera toujours une joie paradisiaque et une allégresse céleste. L’homme humble et pur, même s’il manque d’expérience, sait distinguer entre l’Ange de Dieu et le démon qui apparaît comme un ange de lumière, car étant lui-même spirituellement pur, il se sent plus d’affinité avec l’Ange. En revanche, l’homme orgueilleux et charnel sera facilement trompé par le Malin. Quand le diable apparaît à une personne comme un ange de lumière, et que celle-ci conçoit une pensée humble, le diable disparaît. Au Monastère de Stomiou, un soir après les Compiles, je récitais la Prière de Jésus dans ma cellule, assis sur un petit banc. Pendant un moment, j’entendis des sons d’instruments de musique provenant du bâtiment qui avait été construit pour les visiteurs. Je fus surpris ! «Quels sont donc ces instruments de musique qu’on entend tout près d’ici ?», me demandai-je. La fête du monastère était terminée. Je me levai et allai à la fenêtre pour voir ce qui sc passait. Tout était calme alentour. Je compris alors que le bruit venait du Tentateur pour me faire interrompre ma prière. Je me rassis et continuai à prier. Soudain, une forte lumière inonda ma cellule. Le plafond disparut, le toit se fendit en deux, et apparut une colonne de lumière qui s’élevait jusqu’au ciel. Au sommet de cette colonne lumineuse, je pouvais voir le visage d’un homme blond aux cheveux longs et à barbe, qui ressemblait au Christ. Vu que je distinguai seulement la moitié de son visage, je me levai pour le voir entièrement. C’est alors que j’entendis en moi-même une voix souffler : «Tu es devenu digne de voir le Christ ! — Et qui suis-je, moi, l’indigne, qui serait devenu digne de voir le Christ ?», répondis-je, en faisant immédiatement mon signe de croix. La lumière aveuglante et le Christ imaginaire disparurent aussitôt, et le plafond revint en place.
Si une personne n’a pas la tête bien vissée sur les épaules, le Malin peut lui insuffler des pensées d’orgueil et l’égarer par des fantasmes et des fausses lumières, qui n’élèvent pas au Paradis, mais font sombrer dans le chaos. On ne doit donc jamais demander dans la prière ni des lumières ni des charismes divins, mais la grâce du repentir. Le repentir apportera l’humilité, et le Bon Dieu nous prodiguera ensuite tout ce dont nous avons besoin. Quand j’étais au Sinaï, à l’ermitage Saint-Epistème, le Malin m’offrit une fois… ses services. Trois ou quatre marches menaient à la cellule. La nuit, à la lumière des étoiles, j’allais prier dans des grottes et, en descendant les marches, j’utilisais un briquet à silex pour m’éclairer. Une nuit, alors que j’essayais de l’allumer, il ne fonctionna pas. A cet instant, je vis une lumière brillante, venant d’un rocher voisin, lancer ses rayons comme un fort projecteur. Vlan ! Il éclaira tout alentour ! «Hum… je peux me passer de ce type d’éclairage», dis-je, et je fis demi-tour. La lumière disparut aussitôt. Ah ! le Malin, il ne voulait pas que je m’éclaire de mon briquet pour pouvoir descendre ces marches ! Il se disait «N’est-ce pas dommage de se donner tant de peine ? Je vais lui offrir de la lumière !» Quelle délicatesse de sa part !
— Géronda, comment avez-vous compris que ces lumières ne venaient pas de Dieu ?
— Oh, on le comprend. C’est terrible !

Les rêves sont illusoires

— Géronda, je suis en proie à de très mauvais rêves…
— Lorsque tu as un cauchemar, n’examine jamais ce que tu as vu, comment tu l’as vu, ou si tu es coupable, ou encore l’ampleur de ta faute. Le Malin, n’ayant pu te nuire durant la journée, vient t’attaquer la nuit. Dieu lui permet parfois de nous troubler pendant notre sommeil, afin que nous prenions conscience que notre vieil homme n’est pas encore mort. D’autres fois, l’Ennemi s’approche d’une personne dans son sommeil et lui présente différents rêves afin de l’inquiéter quand elle se réveillera. Ne prête donc aucune attention aux rêves ! Signe-toi et fais aussi le signe de croix sur ton oreiller. Place également un Crucifix ainsi qu’une ou deux icônes sur ton oreiller et récite la Prière de Jésus jusqu’à ce que tu t’endormes. Plus tu attacheras de l’importance aux rêves, plus l’Ennemi viendra te troubler. Cela arrive non seulement aux adultes, mais aussi aux enfants — même aux tout-petits, bien qu’ils soient de petits anges : l’Ennemi vient les effrayer quand ils sont endormis. Ils se réveillent alors angoissés et courent, terrifiés et en larmes, dans les bras de leur mère. D’autres fois, ce sont les anges qui les visitent et les font rire joyeusement dans leur sommeil ou se réveiller dans un immense bonheur. Les rêves suscités par le diable représentent donc une influence externe de l’Ennemi sur l’homme durant son sommeil.
— Géronda, lorsque l’on ressent une sorte de poids qui alourdit notre sommeil, de quoi s’agit-il ?
— C’est dû parfois à une situation angoissante que l’on a vécue dans la journée ou à diverses peurs, divers soupçons, etc. Bien sûr, tous ces éléments peuvent être utilisés par le diable, il peut les combiner de telle façon à troubler la personne. Bien des fois, le sommeil est si léger, que l’on pourrait croire que la personne est éveillée et qu’elle prie pour être délivrée de ce poids, qui lui fait même retenir sa respiration. Parfois encore, le diable peut prendre la forme d’un être humain ou d’un saint pour se présenter à une personne durant son sommeil. Ainsi, le diable apparut un jour à un malade durant son sommeil sous les traits de saint Arsène et il lui annonça : «Je suis saint Arsène, je suis venu te dire que tu vas mourir. Comprends-tu ? Tu vas mourir». L’homme fut terrifié. Un saint ne parle jamais ainsi à un patient ! Môme si celui-ci devait mourir et qu’un saint lui apparaisse pour l’informer de sa mort prochaine, il le fera de manière douce : «Dieu, voyant combien tu souffres, a décidé de t’emmener loin de ce monde. Prépare-toi bien». Il ne lui dira jamais : «Comprends-tu ? Tu vas mourir !»
— Géronda, que se passe-t-il quand on crie dans son sommeil ?
— C’est bénéfique, car la personne se réveille… Beaucoup de rêves sont des rêves d’angoisse. Quand une personne est angoissée ou fatiguée, ces éléments de fatigue ou d’angoisse la travaillent pendant son sommeil. Moi-même, bien des fois, quand j’ai dû faire face durant la journée à différents problèmes, lors de mes rencontres avec les gens, par exemple, devant des injustices, etc., je me vois ensuite, durant mon sommeil, en train de me quereller avec celui qui a maltraité autrui : «Misérable, crié-je, n’as-tu pas de cœur !», et tous ces cris me réveillent.
— Géronda, les rêves peuvent-ils nous permettre de prévoir ce qui va arriver ?
— Non. Ne donnez pas d’importance à vos rêves. Qu’ils soient agréables ou désagréables, il ne faut pas les croire, parce qu’existe un danger d’illusion spirituelle. Quatre- vingt-quinze pour cent des rêves sont trompeurs. C’est pourquoi les Saints Pères conseillent de ne pas y prêter attention. Très peu de rêves sont de Dieu, mais même ceux-là, pour être interprétés correctement, nécessitent une pureté d’âme et d’autres conditions — comme ce fut le cas de Joseph et de Daniel, qui avaient reçu de Dieu des charismes. «Je vais te dire, expliqua Daniel à Nabuchodonosor, à la fois le rêve que tu as vu et ce qu’il signifie»». Mais quel état spirituel n’avait-il pas atteint ! Il se tenait au milieu des lions affamés, et ceux-ci ne le menaçaient pas . Le Prophète Habaeuc lui apporta de la nourriture, et il s’exclama : «Dieu se souviendrait- ! I de moi ?». Si Dieu ne se souvenait pas du Prophète Daniel, de qui d’autre Dieu se souviendrait-il ?
— Géronda, certaines personnes ne rêvent pas…
— Tant mieux ! Elles ne dépensent de l’argent ni pour des tickets de bus ni pour de l’essence ! Dans les rêves, on voit en une minute un événement qui, dans la réalité, durerait des heures ou des jours, car la notion de temps est abolie. Et c’est ainsi que l’on peut comprendre le Psaume : «Mille ans sont à Tes yeux. Seigneur, comme le jour d’hier qui n ‘est plus»».

Méfiez-vous des visions

— Géronda, quand des personnes nous racontent leurs visions ou nous assurent qu’elles ont vu un saint etc., que devons-nous répondre ?
— Il vaut mieux leur conseiller de rester prudentes. C’est le plus sûr, car tous n’ont pas la capacité de distinguer si une vision est de Dieu ou du diable. Et, même si une vision vient de Dieu, on ne doit pas l’accepter immédiatement. Au contraire, Dieu est ému de voir Sa créature ne pas accepter une vision, car cela prouve son humilité. El si vraiment un saint apparaît, Dieu a d’autres moyens pour en informer l’âme et la conduire sur la bonne voie. Il faut faire preuve de vigilance, car le diable peut arriver et appuyer sur le boulon de la télévision…
Un jour, une âme n’ayant pas été aidée par les hommes eut droit, en tant que telle, à l’aide divine. Et Dieu lui présenta une vision à cet effet. Mais après, le diable lui insuffla des pensées : «Dieu, semble-t-il, puisque qu’il t’a jugée digne de recevoir cette vision, te réserve — qui sait — un destin bien supérieur». Dès l’instant où elle donna foi à ces pensées, le diable commença sa besogne et la soumit à ses volontés ! Mais Dieu, finalement, eut pitié d’elle, une fois de plus. Elle eut une nouvelle vision et entendit une voix lui dire : «Ecris au Père Païssios toutes les visions que tu as reçues». Elle m’écrivit alors une lettre relatant toutes ses visions. Le Tentateur l’avait anéantie. Ses visions étaient bien réelles, mais toutes étaient l’œuvre du démon. Seule la première et la dernière venaient de Dieu. La dernière vision lui fut accordée par Dieu, afin qu’elle puisse reprendre ses esprits et se débarrasser de l’illusion. En fin de compte, la pauvre écouta mes conseils et elle sortit de son malheur.

Caractéristiques d’une personne dans l’illusion

— Géronda, comment peut-on comprendre si une personne est dans l’illusion ?
— Son apparence même nous le révèle. La personne dans l’illusion présente une apparence extérieure fausse et impassible. Elle semble humble et douce, mais en son for intérieur. elle cache la grande opinion qu’elle a de soi. Si on la regarde dans les yeux, on s’aperçoit qu’elle considère les autres comme de pauvres malheureux, comme des fourmis ! Mais on peut également discerner son illusion à l’écoute de ses propos. Il se trouvait autrefois un homme égaré qui dans l’esprit de beaucoup passait pour un saint. Il répétait souvent que le Christ lui était apparu, monté sur un cheval et tenant un flacon de vin : Il lui avait offert à boire et depuis. il était doté du don de clairvoyance. Une fois, comme certains s’étaient rassemblés pour l’écouter, quelqu’un lui demanda : «Pourquoi ne puis-je pas, moi aussi, accomplir des miracles ? — Parce que tu as commis ce péché, et cet autre…», répondit-il. A ces paroles, le pauvre homme fut pris de panique et vint me raconter la scène. «Allons, le rassurai-je, les saints ont-ils besoin de ridiculiser autrui ? Seul le diable aime le faire. N’as-tu pas compris que celait le diable qui parlait ? Et même si la personne dans l’illusion dit la vérité, ce sont, encore une fois, les propos du diable qu’elle rapporte». Une femme me raconta que certains avaient emmené une possédée chez un individu qu’on disait capable de chasser les démons, etc. Ce dernier les conduisit dans une chapelle en ruine. Dès leur entrée dans la chapelle, il prit une étole et s’en revêtit. La femme fut abasourdie ! Un laïc qui porte l’étole d’un prêtre ? «Es-tu prêtre ? interrogea-t-elle. — Des prêtres Qu’est-ce que c’est que cette race ?», s’écria-t-il. et il se mit à condamner le clergé. Et ainsi les malheureux se rendirent compte qu’il était dans l’illusion, ils se levèrent et partirent sur le champ.

L’illusion de la folie

— Géronda, une personne dans l’illusion spirituelle est- elle également folle ?
— Pas toujours. L’illusion est une chose, la folie, une autre. Certains sont seulement dans l’illusion spirituelle, mais pour d’autres, leur esprit en pâtit aussi. J’ai connu un moine au Mont Athos qui n’acceptait de conseils de personne. Il avait quitté son monastère et errait par la Sainte Montagne. Quatre ou cinq fois il était parti, soi-disant pour vivre en ermite, mais je lui conseillai de retourner sur son lieu de repentance. Finalement, il acheta une kalyva et y vécut tout seul. Sept mois plus tard, il vint me trouver. «Tu devrais retourner à ton monastère, lui conseillai-je. — Maintenant, répondit-il, le monastère m’a donné ma lettre de congé, et on ne m’accepte plus là-bas». Je l’avertis : «Fais attention, très attention. Tâche au moins de te lier à un Géronda pour pratiquer l’obéissance au lieu de suivre la propre volonté. — Je ferai obéissance à la volonté de Dieu», répondit-il. Une fois de plus, je l’exhortai : «Quitte cet ermitage et va dans un monastère ! — Moi ? Ah, je suis ermite maintenant, pourquoi revenir en arrière ? Retourne toi-même dans un cœnobium ! me rétorqua-l-il. — Tout seul ? répondis-je. si tu veux que je vienne avec toi, je le ferai de tout cœur. — Ecoute-bien, me dit-il, si tu t’ennuies dans ta solitude et désires aller dans un monastère, vas-y !». Voyant son comportement, son impudence, je cessai de m’occuper de lui. Quelque temps plus tard, j’appris qu’il était possédé, mais qu’il était aussi devenu fou. Le diable lui était apparu sous la forme de la Sainte Mère de Dieu et lui avait dit : «Mon enfant, si tu te prosternes devant moi, je t’accorderai les sept dons du Saint-Esprit…». Il pensa alors : «Je vais obtenir ces charismes maintenant, si bien que je surpasserai tous les autres», et il se prosterna devant la vision. Aussitôt après, le diable le secoua violemment, et il devint possédé. Mais les convulsions que le diable lui causa firent qu’il perdit également l’esprit. Il alla ensuite à la Sainte Communauté pour devenir Protoépistate] Il enferma les Pères qui s’y trouvaient, prit le sceptre du Protoépistate et commença à descendre fièrement les escaliers ! Les Pères se trouvant à l’extérieur virent soudain un nouveau Protoépistate descendre les marches !… Ils le suivirent discrètement avec une jeep et. un peu plus loin sur la route, se saisirent de lui et l’emmenèrent dans un hôpital psychiatrique. Le démon l’a quitté désormais, mais sa folie demeure…
— Géronda, une personne se trouvant dans l’illusion spirituelle, n’est-elle pas en quelque sorte possédée du démon ?
— Mais bien sûr qu’elle l’est ! En fait, une personne dans l’illusion peut être accablée par davantage de démons qu’une personne possédée. Cela étant, l’illusion est une chose et la folie, une autre.

Méfiez-vous des personnes qui sont dans l’illusion spirituelle !

Il existe deux ou trois Pères confesseurs qui sont partiellement pieux, partiellement fourvoyés, et qui causent la confusion. Ils considèrent tous les hommes comme possédés du démon. Et ils n’acceptent aucune opinion autre que la leur. «Je suis prêtre, prétendent-ils, j’ai l’autorité du sacerdoce !». Si vous entendez parler d’eux, mettez les fidèles en garde, car ces prêtres nuisent à l’Eglise. Dites bien aux croyants : «Adressez-vous à un vrai prêtre spirituel pour trouver l’aide dont vous avez besoin». Ces prêtres en sont arrivés au point d’utiliser mon nom, et même une photo de moi, pour faire croire au monde qu’ils communiquent avec moi.
Des cas de ce genre présentent l’excuse de circonstances atténuantes, car ce sont des personnes à l’esprit simple et naïf. Cependant, il existe d’autres cas diaboliques, des individus qui veulent faire passer le vinaigre pour du vin — tel cet homme qui travaillait initialement comme comptable et qui parcourt maintenant toute la Grèce du nord en se présentant comme mon disciple. Il prétend que je lui ai transmis le don de clairvoyance et quatre ou cinq autres charismes, il trompe ainsi le monde et ramasse de l’argent.
— Est-il clerc ?
— Non, c’est un laïc. Il m’a vu une fois à Daphné et s’est caché pour que je ne le remarque pas… tout en étant soi-disant mon fils spirituel ! Heureusement, il boit, sent l’ouzo, et certains remarquent qu’il titube, ce qui les rend un peu sceptiques.
Il existe tant de fraudeurs de ce type qui exploitent la douleur du monde et en tirent des profits ! L’un d’entre eux dit un jour à une veuve : «L’un des bras de ton défunt mari ne s’est pas encore décomposé, parce que son âme a besoin de prières. — Que dois-je faire ? se demanda la pauvre femme. Je vais lui donner de l’argent afin qu’il prie pour l’âme de mon époux». Après lui avoir extorqué une grosse somme d’argent, il lui annonça : «Eh bien, nous avons évité le premier danger… il est un peu mieux maintenant… ». Et à force de payer pour que son mari trouve le repos, la femme dépensa la moitié de sa fortune !
Il existe certains égarés qui font le signe de croix sur les malades, en marmonnant quelques mots entre leurs lèvres, soi-disant pour les guérir. Les gens sont abusés et ne pensent pas à aller se confesser, ou à faire venir un prêtre pour célébrer le Sacrement de la Sainte Onction ou pour lire une prière sur les malades, mais ils préfèrent s’adresser à ces fourvoyés. Et, parallèlement, ces escrocs leur demandent un tas d’argent. On m’a raconté que dans un village vivaient deux personnes se trouvant dans l’illusion, lesquelles étaient devenues d’excellents associés !… Le diable produisait chez un villageois un violent mal de tête ou bien générait un épisode de sciatique chez un autre, puis il allait voir l’un des deux personnages et lui annonçait : «Un tel a un violent mal de tête pour telle ou telle raison». A la première occasion, cet égaré confiait au malade : «Je connais la raison de ton mal de tête», et il lui en révélait aussitôt la cause. «Fantastique ! Quelle révélation, s’écriait le villageois ! Alors, que dois-je faire maintenant pour que mes maux de tête passent ? — Tu devrais aller voir un tel», et il le dirigeait vers son associé, l’autre égaré. Voyez-vous ce que le diable manigance pour maintenir les gens dans leur illusion ? Il a utilisé deux personnes dans l’illusion spirituelle et en a fait des collaborateurs — l’un fait le diagnostic et 1 autre accomplit soi-disant la guérison — afin d’éloigner le plus possible le monde de l’Eglise.

Les charismes bon marché des personnes dans l’illusion spirituelle

— Géronda, pourquoi les gens ont-ils souvent recours à des personnes dans l’illusion spirituelle pour résoudre leurs problèmes ?
— Parce que les dons du diable sont bon marché et peuvent être obtenus aisément. Ce que ces faux spirituels demandent n’est pas difficile à accomplir, et ils permettent aux personnes concernées de nourrir leurs passions. Au lieu de se repentir des péchés qu’elles ont commis comme tout être humain et d’aller voir un Père spirituel pour se confesser. elles vont trouver des individus égarés — c’est-à-dire, le diable en personne — et c’est à lui qu’elles demandent en fait de résoudre leurs problèmes, filles finissent par être tourmentées et ne se rendent pas compte que le diable les a enchaînées et qu’il les contrôle.
— Géronda, comment en viennent-elles à leur faire confiance ?
— Les hommes d’aujourd’hui sont en pleine confusion. Nombreux sont ceux qui prétendent conduire autrui sur la bonne voie, quand eux-mêmes portent un sac sur leurs épaules, avec le diable caché à l’intérieur ! Le Bon Dieu cependant ne lui permet pas de rester totalement caché. Le diable montre parfois une corne ou sa queue, les gens le remarquent, et ils crient de peur : «Qu’est-ce que c’est ? Une corne ? Une queue ? — Mais, non ! Que dites-vous ? C’est juste la… la lige d’une aubergine !», répondent les personnes dans l’illusion, essayant de tromper le monde et de présenter des choses diaboliques comme bonnes et bénéfiques.
Un jour, un de ces égarés dans l’illusion vint ici avec ses compagnons. Une dizaine de personnes l’accompagnait, et il prétendait être leur Géronda. Je les interrogeai : «Appartenez-vous à une organisation ?». Ils ne répondirent pas. «Un club ?». Silence. «Avez-vous un Père spirituel ?».
Pas de réponse. Ils se mirent ensuite à faire des métanies devant moi. C’est pour mieux les tromper que leur soi-disant guide les avait conduits ici, afin de pouvoir dire ultérieurement : «Nous sommes allés chez le Père Païssios, et il est d’accord avec nous !» Avez-vous compris ? Je n’aurais pas dû le recevoir, car il a pu exploiter plus tard cette visite. Ce personnage avait l’air suspect. Ses disciples paraissaient entraînés dans quelque chose qui les dépassait. Les malheureux s’étaient mis à genoux.
— Géronda, leur avez-vous prodigué vos conseils ?
— Oui, mais une Ibis partis, leur chef raconte sans doute d’autres histoires. Il les entraîne par ci, par Là, et réussit finalement à les faire revenir sur sa route.
— Géronda, comment peut-on se protéger contre les hommes qui sont dans l’illusion spirituelle ?
— En restant dans le sein de notre Église. Naturellement, si quelqu’un se met par ignorance à l’école d’une personne dans l’illusion. Dieu ne l’abandonnera pas. Il l’aidera à comprendre son erreur et à revenir sur la voie de la vérité.

Corriger une personne se trouvant dans l’illusion spirituelle

— Géronda, qu’est-ce qui peut aider une personne dans l’illusion spirituelle à retrouver son bon sens ?
— Elle doit se rendre compte de son état pitoyable, ne pas faire confiance à son jugement, confesser toutes ses pensées à son Père spirituel et lui obéir en tout, implorer constamment la miséricorde de Dieu, afin que la Grâce divine puisse revenir en elle. En d’autres termes, elle doit s’humilier afin d’être guérie et sauvée.
Voyez-vous, les jugements, les volontés de Dieu sont un abîme…. Ah là là ! Son Amour n’a pas de limites ! Lin homme égaré dans l’illusion spirituelle venait fréquemment à ma kalyva. J’avais beau lui parler, il n’écoutait pas. H comprenait tout de travers. Quand il sortait du Mont Athos, il dispensait partout des sermons et causait beaucoup de tort aux auditeurs. Il prétendait recevoir des instructions de moi et semait la confusion parmi les croyants. Il présentait même certains livres que je lui avais donnés en guise de bénédiction pour faire croire qu’il me consultait. Un jour, alors qu’il débitait diverses sornettes, soudain, la Grâce l’abandonna complètement : il se mit à insulter gravement le Christ et la Mère de Dieu. Son auditoire devint alors méfiant, et les assistants se dispersèrent. On le mit dans un fourgon et on l’enferma dans un établissement psychiatrique. Voilà jusqu’où va l’Amour de Dieu : il permet même que Son nom soit blasphémé — pourvu que Ses créatures soient aidées et sauvées !
— Géronda, si une personne reconnaît son illusion spirituelle et se repent, ses adeptes se repentiront-ils ?
— Si son repentir est véritable, il doit s’humilier, dire à ses adeptes qu’il s’est trompé et s’efforcer de les ramener sur le droit chemin. En revanche, si l’illusion spirituelle d’un égaré est dévoilée, mais que lui-même persiste dans son erreur, il faut que ses disciples soient éclairés avec discernement. Vu que certains égarés en arrivent à agir au sein de l’Église, on doit redouter que leurs adeptes, apprenant brusquement que l’enseignement de leur maître ressortait de l’illusion spirituelle, ne se scandalisent et ne quittent l’Église.