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Le recours nécessaire à de bons confesseurs

De nos jours, les hommes se sentent las, étourdis et obscurcis par le péché et l’orgueil. D’où le besoin, plus que jamais, de confesseurs éclairés et expérimentés qui approcheront les êtres humains avec simplicité, amour sincère, et les guideront avec discernement, afin qu’ils trouvent la paix intérieure. Faute de bons confesseurs, les églises se vident, et ce sont les établissements psychiatriques, les prisons et les hôpitaux qui se remplissent. Les hommes ont besoin de prendre conscience qu’ils sont tourmentés en raison de leur éloignement de Dieu et qu’il leur faut se repentir et confesser humblement leurs péchés.
L’œuvre du confesseur est une guérison intérieure. Il n’existe pas de meilleur médecin qu’un confesseur expérimenté qui inspire confiance par la sainteté de sa vie, qui chasse des créatures sensibles de Dieu les pensées insufflées par le diable et qui, sans aucun remède médical, guérit les âmes et les corps par la Grâce divine.
Le confesseur, lorsqu’il possède l’illumination divine, l’Esprit de Dieu, comprend et distingue les diverses situations qui se présentent à lui et peut orienter chaque âme de manière appropriée. Il lui vaut mieux ne pas s’engager dans des occupations multiples afin de consacrer le temps nécessaire à chaque fidèle et d’accomplir correctement sa mission. Sinon, il ressemblera à un excellent chirurgien qui, devant pratiquer chaque jour de nombreuses opérations, s’épuise et en arrive tout naturellement à ne plus donner le meilleur de lui-même. Il n’est donc pas nécessaire qu’il intervienne dans toutes les situations familiales, mais qu’il s’en tienne à ce qui touche l’âme dont il s’occupe pour avoir le temps de l’aider efficacement. Il ne faut pas non plus que le pénitent accapare le confesseur avec des problèmes que d’autres sont plus compétents à résoudre, comme quel type de maison louer ou dans quel centre de soutien scolaire inscrire son enfant…
Au cours de la confession sont jugés autant le confesseur que le pénitent. Une aide précieuse pour réussir à guider l’âme du fidèle est la liberté spirituelle. À savoir que le confesseur ne suive pas une ligne tracée par d’autres, mais observe les enseignements des Pères et agisse avec discernement selon la personne, ses chutes et son repentir. Or je constate parfois un manque de sincérité chez les confesseurs. Certains, ayant pourtant la responsabilité des âmes, ne prennent pas la peine, en présence de quelqu’un ayant eu affaire à des gourous ou à des égarés spirituels, de lui parler fermement et de le conduire à s’interroger quelque peu. Ils ne prennent pas position afin d’éviter d’entrer en conflit avec cette personne. Devrait-on, de peur de perturber notre relation avec les uns ou les autres et pour qu’on parle de nous dans les meilleurs termes, laisser un homme courir à sa perte pour la plus grande joie du diable ?

Le discernement et l’expérience du confesseur

— Géronda, à notre époque où le péché abonde de par le monde, la position du confesseur n’est-elle pas quelquefois difficile ?
— Oui, en effet. Le confesseur doit donc s’efforcer, au début, de corriger chez les pénitents leurs fautes les plus graves, afin que ces créatures de Dieu se libèrent de la masse de péchés qui pesait sur elles et deviennent plus réceptives. Il doit sc comporter avec indulgence, tout en guidant l’âme de manière à ce quelle prenne conscience de ses fautes et implore le pardon de Dieu. Il lui est indispensable d’insister auprès du pénitent sur la nécessité de sc repentir et de changer de vie pour recevoir la Miséricorde divine. On aide aussi grandement les pécheurs en leur parlant avec compassion de l’immense Amour de Dieu, afin qu’eux-mêmes aient â cœur de se corriger, qu’ils reconnaissent leurs fautes et changent d’habitudes.
Il vaut mieux qu’un jeune confesseur, tant qu’il n’a pas acquis de l’expérience, apporte son aide seulement dans des cas simples. Car il sc pourrait qu’une âme difficile freine ses propres progrès spirituels, sabotant ses efforts et lui faisant perdre son temps. S’il n’y prend garde, sa bonne disposition l’entraînera à donner foi aux scènes qu’une telle personne produira devant lui, l’obligera à épuiser inutilement ses forces et à se tourmenter vainement. L’expérience aidant, il saura dans quels cas accorder de l’importance aux propos et quand manifester de l’indifférence. Tenez, moi-même, je sais à présent, en jetant un coup d’œil au courrier que je reçois, quelle lettre est sérieuse et mérite mon attention. En outre, le Tentateur y glisse souvent du sien. Une personne m’affirme, par exemple : «Deux minutes. Père, pas plus, je veux juste vous souffler quelques mots à la porte», et elle me retient une heure ! Je suis en sueur, dans les courants d’air, à trembler, et lui, de raconter des histoires, comme si de rien n’était. Eh bien, cela vient-il de Dieu ? Je tombe ensuite malade, ne suis plus en état de prier ni pour moi-même ni pour le monde, et je suis ainsi anéanti pendant des jours. Arrive alors un malheureux, qui a, lui, réellement besoin de mon aide, et je ne suis pas en mesure de l’aider.
Quant à ceux qui affrontent vraiment un problème sérieux, il ne suffit pas de les écouter, d’observer leur souffrance et de répondre : «Prenez donc une aspirine !». D’autres me déclarent : «Je vais vous retenir juste une minute, Père, car le bus m’attend !», et ils m’exposent un sujet de préoccupation très grave. C’est comme si quelqu’un souffrait d’un cancer et allait dire au médecin : «Opérez-moi en vitesse, car mon avion va bientôt décoller !». Chaque maladie exige, pour y faire face, le temps qui lui est dû. Il faut examiner la source du mal, les symptômes, etc. On ne peut affronter une situation critique en improvisant. Un jeune moine s’approcha de moi au cours de la Litanie qui a lieu au Mont Athos pendant la semaine du Renouveau, juste au moment où l’on montait une côte. Et il me demanda de lui parler de la Prière du cœur ! Il était venu tant de fois à ma kalyva sans jamais aborder cette question et là, dans la montée, lui vint l’inspiration de s’enquérir d’un sujet aussi subtil ! Une question sérieuse et délicate ne peut faire l’objet d’une discussion ni à la légère ni dans la montée d’une côte…

Le confesseur décide de la fréquence à laquelle le fidèle doit communier

— Géronda, l’Apôtre saint Paul écrit : «Celui qui mange et boit indignement le corps du Seigneur, mange et boit son propre jugement». Quand communie-t-on «indignement» ?
— L’essentiel est d’approcher la sainte Communion en ayant conscience de sa propre indignité. Le Christ demande de nous contrition du cœur et humilité. Lorsque notre conscience est troublée, nous devons la mettre en règle. Si, par exemple, nous nous sommes disputés avec quelqu’un, nous devons d’abord nous réconcilier avec lui avant d’aller communier.
— Géronda, certains hésitent à communier, alors qu’ils ont pourtant la bénédiction de leur Père spirituel.
— Communier ou non ne dépend pas d’un choix personnel. Si l’on en décide tout seul, le diable en profitera pour susciter des tentations. Très souvent, nous nous croyons dignes, alors que nous ne le sommes pas. Et d’autres fois, c’est l’inverse : nous ne sommes, certes, pas dignes selon la lettre de la loi, mais, selon l’esprit des Saints Pères, nous avons besoin pour nous rétablir d’une transfusion divine et de la consolation du Seigneur. Car la profonde contrition, le brisement de l’âme, que produit le repentir peut permettre à l’Ennemi de nous jeter dans le désespoir.
— Alors, Géronda, avec quelle fréquence faut-il communier ?
— La fréquence de la Communion ainsi que la mesure du jeûne avant la sainte Communion ne rentrent pas dans des cadres étroits. C’est au confesseur qu’il appartient de les fixer avec discernement, selon l’endurance du fidèle. Et simultanément. il le conduira au jeûne spirituel, c’est-à-dire à l’abstinence des passions, qu’il réglera également en fonction de la sensibilité spirituelle du pénitent, du degré de conscience de sa faute, cl en tenant compte du mal que l’Ennemi peut provoquer chez une âme sensible pour la mener au désespoir. En cas de péchés charnels, par exemple, pour lesquels une pénitence, une règle d’abstention de quarante jours est fixée avant de recevoir la sainte Communion, le diable peut à dessein faire rechuter la personne au bout de trente-cinq jours. Si on lui prescrit alors une nouvelle abstention de quarante jours. cela donne au diable le temps de provoquer en elle un profond désarroi intérieur, et elle en sort confondue et désespérée. Dans de tels cas, après la première pénitence, le confesseur peut proposer : «Eh bien, prends bien garde pendant une semaine et va communier !», puis faire communier ce fidèle à chaque Liturgie pour redonner de la force à son âme et chasser au loin le diable. Par ailleurs, celui qui mène une vie spirituelle et consciencieuse pourra s’approcher des Saints Mystères chaque fois qu’il ressentira la Communion comme un besoin, et non une habitude, mais, même en ce cas, toujours avec la bénédiction de son confesseur.

L’usage des pénitences

— Géronda, observer rigoureusement des commandements aide-t-il à ressentir la présence de Dieu ?
Quels commandements ? Ceux de la loi de Moïse ?
— Non, de L’Evangile.
— Observer les commandements apporte une aide, mais à condition de les observer correctement, car on peut aussi les observer de manière erronée. La vie spirituelle exige la Justice divine, et non pas l’application sèche de la loi. Les Saints Pères, eux-mêmes, faisaient remarquer combien les canons devaient être appliqués avec grand discernement. Basile le Grand, le plus sévère des Pères de l’Eglise, qui a écrit les règles les plus rigoureuses, après avoir mentionné quel canon se réfère à tel péché, ajoute juste après : «Ne vous préoccupez pas du temps, mais de la manière du repentir». Lorsque, par exemple, deux hommes commettent le même péché, leur confesseur peut, en fonction de leur repentir respectif, décider pour l’un qu’il ne recevra pas la communion pendant une période de deux ans et pour l’autre pendant deux mois. Quelle différence !
— Géronda, l’épitimie aide-t-elle à se délivrer d’une passion ?
— Le fidèle doit prendre conscience que l’épitimie peut l’aider. Sinon, que peut-on lui proposer ? Essayer de corriger un individu à coups de bâton ne sert à rien. Au jour du Jugement dernier, à celui qui a tenté de corriger le pénitent par la force, le Christ demandera : «Etais-tu Dioclétien ?» et, se tournant vers le pénitent, il dira : «Tout ce que tu as réalisé, tu l’as fait sous la contrainte». Nous ne devons pas étrangler autrui afin de l’envoyer au Paradis, mais l’aider à exprimer lui-même le désir d’accomplir quelque ascèse, afin qu’il en arrive à se réjouir de vivre et à se réjouir de mourir.
L’usage des épitimies demeure à la discrétion du confesseur. Face aux pécheurs froids et insensibles, le confesseur se doit d’être ferme et sans concession. En revanche, celui qui a chuté, mais se repent, s’humilie, implore le pardon avec pudeur, sera aidé avec discernement à se rapprocher de Dieu. C’est ainsi qu’œuvraient les saints. Saint Arsène de Cappadoce, par exemple, ne donnait généralement pas d’épitimies lorsqu’il confessait les fidèles. Il tentait d’éveiller leur conscience, afin qu’ils demandent eux-mêmes, avec générosité d’accomplir une pratique ascétique, ou un acte de charité, ou encore quelque bienfait. Mais lorsqu’il voyait un enfant possédé du démon ou paralysé et comprenait que c’était par la faute des parents, il soignait d’abord l’enfant, puis donnait une pénitence aux parents afin qu’à l’avenir ils prennent garde.
On entend certains déclarer : «Ah, ce confesseur est vraiment selon la ligne des Pères ! Très sévère ! Il est intelligent, a beaucoup de mémoire, il connaît le Pédalion par cœur». Cependant, un confesseur qui applique à la lettre les canons mentionnés dans le Pédalion peut faire du tort à l’Église. Cela n’aide pas que le confesseur se saisisse du Pédalion et commence à débiter : «Quel péché as-tu commis ? Celui-ci. Bon, qu’cst-il est écrit dans ton cas ? Abstention de la sainte communion pour tant d’années ! Et toi, qu’as-tu fait ? Que dit-on pour cela ? Voilà la règle que tu dois suivre !».
— Géronda, il semble qu’on doit tenir compte de dizaines de principes.
— Oui, et notamment à notre époque, il n’est pas raisonnable d’appliquer la loi de l’Église dans son intégralité avec rigidité sans distinction, mais il faut plutôt cultiver la générosité chez les hommes. Afin de pouvoir aider les autres, on doit d’abord travailler sur soi, sinon on ne fera que de la casse.
Le Pédalion se nomme ainsi, car il conduit l’homme au port, au salut de l’âme, mais en procédant d’une manière ou d’une autre, selon les cas — tel le capitaine qui manœuvre le gouvernail soit vers la gauche, soit vers la droite. S’il le tient toujours tout droit, sans le tourner quand cela est nécessaire, il va lancer son bateau sur les rochers, le faire sombrer et noyer les personnes à bord. Si le confesseur utilise les canons comme des… canons, sans discernement, sans considérer la personne, son degré de repentir, etc., au lieu de guérir les âmes, il commettra des crimes.

La prière d’absolution

Certains confesseurs ont la règle suivante. Lorsqu’il n’est pas permis au pénitent de communier, ils ne lui donnent pas l’absolution. D’autres affirment : «J’ai pour principe de ne pas lire obligatoirement la prière d’absolution !». Cela ressemble à du protestantisme… Un jeune qui avait chuté plusieurs fois vint un jour à ma kalyva. Il était allé se confesser, mais le confesseur ne lui avait pas donné l’absolution. Le malheureux en fut désespéré. «Puisque le confesseur ne me lit pas la prière d’absolution, cela signifie que Dieu ne me pardonne pas», pensa-t-il, et il songea à se suicider. «Retourne voir ton confesseur, lui conseillai-je, et demande-lui l’absolution et, s’il ne le fait pas, adresse-toi à un autre confesseur !».
Sans absolution, le pénitent restera soumis à des chutes continuelles, car le diable garde des droits sur lui. Comment pourrait-il combattre si le diable le tient encore sous son pouvoir ? II n’est pas libéré et subit des influences démoniaques. Alors que l’absolution permet de s’affranchir de cette emprise, de reconquérir le terrain : ainsi, le malheureux pécheur y puise de l’aide et il est en mesure de combattre, de lutter pour se délivrer des passions.