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«Rentrant en lui-même…»

Dieu est très proche de nous, mais aussi très haut dans les cieux. Pour gagner le cœur de Dieu, Le faire descendre et demeurer avec nous, il faut s’humilier et se repentir. Voyant notre humilité, Dieu le Tout-Miséricordieux nous élève au Ciel et nous comble de Son Amour. «C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit» affirme l’Évangile.
Dieu a donné l’intellect à l’homme, afin qu’il médite sur ses fautes, s’en repente et implore le pardon. Un pécheur impénitent, c’est une chose cruelle. Il est tout à fait sot car, au lieu de se repentir, il préfère tenter de se délivrer du petit enfer qu’il vit sur terre, ce qui le conduit à un enfer bien pire, l’Enfer éternel. Il se prive aussi sur terre des joies paradisiaques qui se poursuivent au Ciel, aux côtés de Dieu, par des joies encore plus grandes, les joies éternelles.
Aussi longtemps que l’homme se trouve loin de Dieu, il est hors de soi. L’Évangile, vois-tu, enseigne que le fils prodigue «rentra en lui-même et dit : j’irai vers mon père» :. Revenant à lui, il se repentit et décida : «Je retourne chez mon père». Tant qu’il vivait dans le péché, il était hors de lui-même, il n’avait pas sa raison, car le péché nous place en dehors de la raison.
— Géronda, Abba Alonios a dit : «Si l’homme le voulait, entre l’aube et la fin d’un jour, il parviendrait à la perfection divine»’ : que veut-il signifier ?
— La vie spirituelle n’est pas une question d’années. En un instant, on peut, si l’on se repent, passer de l’Enfer au Paradis. L’homme est versatile. Il peut devenir un ange, comme il peut devenir un démon. Oh ! quel grand pouvoir a le repentir ! Il absorbe la Grâce divine. Une seule pensée humble engendrée par le pécheur en son esprit suffit à le sauver. Une seule pensée orgueilleuse, s’il ne s’en repent pas avant la mort, et c’est fini, il est perdu. Assurément, la pensée humble doit s’accompagner de gémissements provenant des profondeurs du cœur et de la contrition intérieure. Car la pensée concerne l’esprit, mais il y a le cœur. «De toute mon âme, mon esprit et mon cœur»\ dit le chantre. Je crois, cependant, qu’Abba Alonios veut désigner par là un état permanent. Atteindre un état spirituel bénéfique nécessite un certain temps. Je commets un péché, je m’en repens, je suis pardonné à l’instant. Mais c’est peu à peu, et grâce à ma force morale, que je parviens à équilibrer mon état. Jusque-là, je subis des hauts et des bas.
— Géronda, une personne d’un certain âge est-elle en mesure de s’aider spirituellement ?
— A plus forte raison avec l’âge ! Au fil des ans, l’homme devient encore plus apte au repentir, car ses illusions disparaissent. Dans sa jeunesse, la force physique et l’absence de difficultés l’empêchaient de discerner ses propres faiblesses, et il croyait avoir atteint un état spirituel satisfaisant. Maintenant qu’il fait face à des difficultés et qu’il se plaint, il comprend mieux que son état spirituel est imparfait et vacillant, et cela l’amène au repentir. S’il met à profit spirituellement le peu d’années qui lui restent à vivre et utilise à bon escient l’expérience des longues années qu’il a vécues, le Christ ne l’abandonnera pas, Il aura pitié de lui.

Les pleurs du repentir

Le repentir est le baptême des larmes. Le repentir est la fontaine dans laquelle l’homme est rebaptisé et renaît. Par son reniement, l’Apôtre Pierre a, en quelque sorte, trahi le Christ, mais, comme il «pleura amèrement»·, il reçut l’absolution pour sa chute. Son repentir sincère l’a racheté, purifié. Dieu, vois-tu, fit d’abord la terre, la mer, toute la création, puis, de la glaise, il façonna l’homme. L’homme, donc, naît d’abord dans la chair et, ensuite, par le Baptême, il renaît spirituellement de l’eau, créée par Dieu, et du Saint-Esprit, de la Grâce divine — «d’eau et d’Esprit» — et il devient un homme nouveau.
— Géronda, ainsi donc, Dieu qui avait pris la poussière pour créer l’homme utilise au Baptême l’eau pour le recréer ?
— Oui, l’eau signifie purification, et c’est pourquoi, au Baptême, le prêtre immerge totalement le fidèle dans l’eau. Celui-ci est alors lavé du péché originel et purifié de ses péchés : la Grâce descend sur lui, il revêt le Christ, devient un homme nouveau, régénéré. C’est la fonction du Baptême. Le Christ le déclara très clairement à Nicodème, qui lui demandait comment l’homme peut renaître : «En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu». Le Baptême manifeste la nouvelle et parfaite création de Dieu après la Chute. Celui, donc, qui ne souille pas le saint Baptême possède la Grâce divine en abondance. Et pour celui qui le souille existe le baptême du repentir. S’il reconnaît sa faute et s’il en souffre, il sera lavé du péché par les pleurs du repentir, et la Grâce viendra à nouveau sur lui.
— Géronda, cela fait des années que je n’ai pas pleuré pour une de mes fautes ! Je ne verse pas une seule larme. Cela signifie-t-il que je n’ai pas de véritable repentir ?
— Ne souffres-tu pas des fautes que tu commets ?
— J’en souffre, mais il se peut que ma souffrance soit superficielle.
— Ne tire pas de conclusions de l’absence de larmes. Certes, les larmes sont un signe de repentir, mais pas le seul. Il est des hommes qui pour la même raison pleurent et rient. La souffrance du cœur et les gémissements du tréfonds de l’âme sont les larmes intérieures, bien supérieures aux larmes extérieures. Un pauvre homme se plaignait un jour : «Comme je suis dur, mon Père ! Pas même une larme ! Mon cœur est fait de pierre. Ah ! Quelle cruauté d’âme !». Cet être, pourtant d’une extrême sensibilité, se jugeait très dur, vu qu’il ne pouvait pas pleurer. Mais il soupirait profondément, il gémissait, le pauvre, et ses soupirs sortaient du plus profond de son âme ! Tandis qu’un autre tantôt pleure tantôt rit, et fait penser à un temps de demi- saison. Il croise, par exemple, un malheureux, s’émeut de sa condition, pleure un peu et, sur sa lancée, s’exclame : «Ah. voyez comme je partage la douleur d’autrui !». Ou bien, s’il verse quelques larmes en priant, il s’écrie : «Ah, ma prière est exaucée puisque qu’elle s’accompagne de larmes !» et il tranquillise ainsi son esprit.
Existent aussi des larmes sans consolation. Mais elles sont diaboliques. Elles n’expriment pas de repentir, mais témoignent seulement d’un orgueil meurtri. L’homme pleure sur sa chute par un mouvement de pur orgueil. Il se sent offensé parce que ses fautes l’ont déchu aux yeux des autres, et non parce qu’il a peiné Dieu, et sa souffrance est alors double. Au temps de la guerre civile, un des capitaines des rebelles — que Dieu lui accorde le repentir ! — avait capturé un pauvre chef de famille, père de neuf enfants, l’avait jeté à terre et le frappait sans pitié, parce qu’il était opposé à son idéologie. Cet homme avait pourtant servi autrefois sous ses ordres. Le pauvre hurlait : «Mais enfin, n’as-tu pas pitié de moi, de mes neufs enfants ? Ne te souviens-tu pas du temps où je te portais sur mes épaules ? Que t’ai-je donc fait ?». L’un des compagnons du capitaine, le voyant s’acharner si brutalement sur l’homme, lui cria : «Que t’a- t-il donc fait ? N’as-tu pas pitié de lui ? Ce n’est qu’un père de famille, après tout». Et, sur le champ, blessé dans son amour-propre par le reproche de son compagnon, le capitaine se mit à pleurer !
Ce genre de larmes sont des pleurs d’orgueil : elles font penser à la repentance de Judas. Il livra le Christ à ses ennemis, puis alla trouver les Pharisiens pour leur dire : «J’ai péché», mais eux lui répliquèrent : «Que nous importe que tu aies péché ?». Il en fut vexé, s’indigna, leur jeta les pièces d’argent et de dépit’1 alla se pendre. En revanche, s’il s’était repenti, s’il était allé trouver le Christ pour lui dire «Pardonne-moi !», il aurait été sauvé.

L’ouvrage qui ne finit jamais

— Géronda, qu’est-ce que le deuil joyeux ?
— C’est la joie provenant de la peine que nous a causée une de nos fautes. Dans le deuil joyeux, joie et douleur coexistent, et de là l’expression joyeuse tristesse. Par noble amour envers Dieu, l’homme se sent contristé d’avoir peiné le Christ, mais simultanément il se réjouit, car il ressent une consolation divine. Le pécheur, s’il se repent sincèrement, reçoit le pardon de Dieu, ressent en lui la consolation divine et peut atteindre un état d’allégresse spirituelle.
— Géronda, l’homme qui mène son combat spirituel peut-il vivre dans le repentir tout au long de son existence ?
— Oui. S’il mène son combat correctement, il ne voit pas ses progrès, mais seulement ses chutes, et il vit ainsi dans un repentir permanent. Il ne sait pas qu’il combattait au début contre un seul démon, alors que, par la suite, il peut être amené à se battre contre tout un régiment. Car, plus on déploie de force spirituelle pour déraciner une passion et acquérir une vertu, plus les ennemis se multiplient et tirent les racines du mal vers le bas. Ainsi, même si l’on ne se rend pas compte de son avancée, on progresse néanmoins très positivement. Il est possible de vivre dans cet état jusqu’à sa mort, sans voir d’amélioration, croyant qu’on ne progresse pas — vu qu’on connaît des chutes — alors qu’en réalité on progresse bel et bien, puisqu’on renforce constamment sa lutte et qu’on combat contre des démons de plus en plus nombreux.
Le repentir est, pour l’homme spirituel en lutte, un ouvrage qui ne s’achève jamais. Les morts, nous les pleurons, les enterrons, les oublions… Nos péchés, nous les pleurerons sans cesse, jusqu’à notre mort, mais avec discernement et dans l’espérance que le Christ crucifié nous ressuscitera spirituellement.

Changer de vie

Pour cesser de commettre un péché particulier, on doit s’efforcer d’éviter tout ce qui pourrait y inciter. Un ivrogne, par exemple, s’il désire s’aider à ne plus retomber dans la boisson, ne doit pas même passer devant un bistrot. Un peu d’effort et de bonne volonté suffiront, et le Bon Dieu aidera à surmonter les difficultés. Supposons qu’une personne soit en proie à une passion. Elle le reconnaît, lutte pour s’en débarrasser, sc repent, s’humilie. Sa volonté d’en finir avec cette passion est entendue par Dieu, qui lui vient en aide. En revanche, si elle ne s’efforce pas de se corriger et continue à vivre dans le péché, comment Dieu pourrait-II lui accorder Sa Grâce ? La Grâce divine n’agit pas lorsqu’un homme se trouve dans un état spirituel faux, car cela ne serait pas l’aider. Autrement, Dieu enverrait Sa Grâce au diable lui-même.
Quiconque ne demeure pas dans ses chutes, dans ses pensées pécheresses, mais se repent de ses fautes et lutte pour ne plus pécher, reçoit la Grâce de Dieu, et il trouve de l’aide. Mais, faute de repentir, et quand le péché devient un mode de vie, s’instaure un état démoniaque.
-Géronda, l’un des deux larrons crucifiés aux côtés du Christ, comment donc a-t-il été sauvé ?
— Lui est entré au Paradis en faisant le mur ! «Le repentir du larron a volé te Paradis». Par son grand repentir, le voleur a volé le Paradis.
— Géronda, si un homme a changé de vie et ne garde plus ses anciennes habitudes pécheresses, mais qu’il retombe parfois dans l’un de ses péchés d’autrefois, cela signifie-t-il qu’il n’a pas de repentir ?
— Eh bien, s’il rechute malgré ses efforts, il a quelques circonstances atténuantes. Au début, ce n’est pas facile. Mais quiconque comprend pour de bon la gravité des péchés qu’il a commis n’y retombe jamais plus.
Autrefois, le repentir était sincère. Celui qui se repentait ne revenait pas en arrière. Je me souviens d’une femme… combien m’avait-elle aidé par son vrai repentir ! Elle était très réservée et parlait peu. Vêtue de noir — ce qui la faisait ressembler à une moniale -, clic prenait soin d’une chapelle, allumait les veilleuses… Rien que de l’observer, on était grandement édifié. Aujourd’hui, je vois certains qui, ayant à peine effectué une conversion de vie, commencent à donner des leçons aux autres, alors que leur vieil homme existe toujours. Se repentir, abandonner sa vie de péchés et se mettre à mener une vie spirituelle, cela représente bien sûr une aide précieuse pour l’entourage. Mais de là à se présenter aussitôt comme un être spirituel et prêcher la bonne parole… Cette attitude relève de l’égarement.
— Géronda, leur repentir est-il motivé par la pensée d’aider les autres ?
— Oui, les aider. Mais, derrière cette motivation, surtout s’ils sont peu connus du monde alentour, se cache une pensée orgueilleuse : «Maintenant, les hommes vont cesser de parler de Karaïskakis ou de Kolokotronis» : ils parleront plutôt de moi» ! On peut en déduire combien leur démarche est erronée. S’ils ressentent véritablement leur faute, ils doivent la garder en mémoire pour quelque temps et ne pas s’enhardir, mais, au contraire, faire preuve de modestie. Et lorsque différentes idées ou pensées issues de leur vie antérieure leur viennent à l’esprit, ils doivent les rejeter comme des pensées de blasphème. Ce sera la preuve qu’ils ne les acceptent plus, que tout leur être réagit sainement. Pour changer réellement, il faut donc faire preuve d’une profonde humilité et être écœuré de tous ses actes passés. Si l’on garde de sa vie passée certaines choses que l’on considère comme encore valables, c’est tout le reste qui revient pour tout salir. A partir du moment où l’on conserve ne serait-ce que la moindre admiration pour son être passé, Dieu n’aidera point et, quoi qu’on fasse, le résultat ne sera pas pur.
— Géronda, un homme qui change de vie doit-il prendre soin de rectifier l’opinion que les autres avaient de lui auparavant ?
— Il ne cherchera pas, par pur orgueil, à corriger la pensée des autres ; il veillera à se corriger lui-même et, ce faisant l’opinion des autres à son égard changera automatiquement. Si l’empreinte de sa vie de pécheur est restée gravée dans la société ou dans son entourage immédiat, elle s’effacera grâce à sa conduite vertueuse. II n’a pas besoin de parler. Dieu parlera à travers son repentir.

«Mon péché est toujours devant moi»

— Géronda, cela aide-t-il de noter ses fautes, pour ne pas les oublier, jusqu’à ce qu’on les confesse ?
— Lorsque j’ai réellement souffert d’une faute que j’ai commise, je ne peux l’oublier. Je suis accusé par ma conscience, je souffre dans mon âme et mon esprit s’en souvient constamment. Pendant tout le temps qui me sépare de la confession, la faute travaille en moi, elle transperce mon cœur, et je me sens accusé. Je souffre, mais Dieu me récompense à la mesure de ma souffrance. En revanche, si je commets un péché et cesse d’y songer, la faute ne me transperce pas ; je l’oublie et je demeure incorrigible. Voilà pourquoi certains à qui l’on reproche une de leurs fautes se contentent d’en rire, comme si de rien n’était. Il s’agit d’impudence, d’indifférence, d’un état absolument satanique. Vois-tu ce que dit David ? «Mon iniquité, je la confesse» et «Mon péché est toujours devant moi». Alors que Dieu lui avait accordé Son pardon, lui, par générosité d’âme, continuait à souffrir en lui-même et, ce faisant, recevait sans relâche la consolation divine.
D’autres encore se perdent en diagnostics sans cesse renouvelés sur leur état. Ils n’arrêtent pas de noter le plus minutieusement possible toutes leurs fautes, pour effectuer, disent-ils, un travail plus délicat de filtrage et de raffinage, lequel, en fait, les étourdit ; mais ils ne se corrigent pas. Si, en revanche, ils s’attaquaient à leurs plus grands défauts, un par un, et luttaient pour s’en corriger, les plus petits disparaîtraient également.
— Géronda, si un homme ne vit pas dans la repentance, mais glorifie Dieu, le Seigneur accepte-t-il sa louange ?
— Non. Comment Dieu pourrait-il accepter cette louange ? Ce dont l’homme a besoin avant tout, c’est du repentir. Car à quoi bon clamer : «Gloire à Toi, qui nous a donné la lumière…», si l’on demeure dans le péché. Ce n’est qu’insolence. Les seules paroles honorables sont : «Merci, mon Dieu, de ne pas lancer la foudre pour me brûler vivant», car cette manière de rendre grâces à Dieu exprime du repentir.

Repentir forcé

— Géronda, Abba lsaac écrit : «Tout repentir qui ne vient pas de la libre volonté ne saurait contenir de joie ni être digne de récompense». Comment peut-on se repentir contre son gré ?
— Étant déchu aux yeux des autres, le pécheur est forcé de se repentir, mais le fait sans humilité. C’est ainsi que je le comprends.
— Il y aurait donc un repentir qui ne se ferait pas de notre plein gré ?
— Oui. C’est le repentir forcé. Je te demande de me pardonner le mal que je t’ai fait, pour échapper aux conséquences de mon acte, mais, au fond de moi, je ne change pas. L’homme soumis au diable fait semblant de s’être repenti et agit avec malice : il fait, par exemple, des métanies avec une bonté feinte pour tromper les autres. De même, aller avouer ses péchés à son confesseur par crainte de l’Enfer n’est pas non plus se repentir. Car l’intention n’est pas de se repentir, mais d’éviter l’Enfer ! Le vrai repentir consiste pour le pécheur à ressentir sa faute, à en souffrir, à demander pardon à Dieu, et ensuite à se confesser. Ainsi viendra la consolation divine. C’est pourquoi je conseille toujours le repentir et la confession, et non pas la seule confession.
Prends l’exemple d’un tremblement de terre. Quand il se produit, on voit bien que les personnes animées d’intentions pures sont réellement bouleversées, se repentent et changent de vie. Les autres, au contraire, la majorité, prennent conscience pour quelques instants de leur condition, puis, une fois le danger passé, elles retournent à leur vie précédente. C’est pourquoi, lorsqu’un homme m’informa un jour qu’un fort séisme avait eu lieu dans la ville où il habitait, je lui demandai : «Vous avez été vraiment très secoués. Mais ce tremblement de terre vous a-t-il réveillés ? — Oui, oui, il nous a réveillés ! m’assura-t-il. — Eh bien, vous allez vous rendormir», lui rétorquai-je.

Le repentir apporte la consolation divine

— Géronda, qu’est-ce que la consolation divine ?
— La consolation divine ? Laissez-moi vous donner un exemple, vous comprendrez mieux. Un jour, un enfant cause un léger dégât, il casse par exemple un outil de son père, puis il en est tout chagriné et se met à pleurer, car il pense avoir causé un grand dommage. Plus il pleure, reconnaît son dégât et en souffre, plus son père le caresse et le console : «Allons, mon petit, ne sois pas si triste, ce n’est rien, on en achètera un autre». Mais l’enfant, voyant toute la tendresse paternelle, en est tellement touché que, par amour, il en pleure encore davantage. «Je ne peux m’empêcher d’avoir de la peine, dit- il, tiens, maintenant qu’on a besoin de l’outil, moi, je l’ai cassé. — Mon petit, répond le père, ne t’en fais pas, c’était un vieil outil». Mais l’enfant continue à se désoler. Et plus il se désole, plus son père le serre dans ses bras, l’embrasse et le caresse, il en va de même pour le pécheur : plus il s’afflige de sa vie de pécheur ou de son ingratitude envers Dieu, plus il se désole de toute la peine que ses péchés ont causée à Dieu le Père, et plus Dieu le réconforte, lui accordant une divine allégresse et une douceur intérieure. Sa tristesse est faite de douleur, certes, mais comporte aussi espérance et consolation.
Cependant, celui qui aspire à la consolation divine ne doit pas chercher à se faire consoler. Il doit ressentir sa faute, se repentir, et la consolation divine viendra d’elle-même. À une certaine époque, une polémique s’était engagée au Mont Athos, et quelques moines s’étaient retrouvés exposés dans ce conflit. L’un d’eux me croisa par hasard et me confia : «Ah, j’aurais tellement voulu que tu sois là pour me réconforter !». Et cela, parce qu’il avait été humilié par un autre. L’autre avait eu bien raison de l’humilier ! À ces paroles, je restai abasourdi ! Comment ! Demander à être consolé, alors qu’il avait tort ! Par contre, s’il n’avait pas cherché à être consolé, mais s’était humilié en avouant : «J’ai eu tort, mon Dieu», la consolation divine lui aurait été accordée. Et alors qu’il avait commis une faute, il voulait que je le réconforte : «Ce n’est rien, ne t’en fais pas, ce n’était pas tellement de ta faute, tu n’es pas le seul à blâmer, l’autre aussi a eu tort». Quelle sorte de consolation est-ce là ? Ce n’est qu’une duperie. La consolation divine vient du repentir.
— Géronda, quand une chute est suivie du repentir, mais qu’on se sent brisé, physiquement et moralement, cela signifie-t-il qu’on ne se repent pas vraiment ?
— Le premier jour, il est normal d’éprouver cette cassure physique et morale. Mais ensuite, si le repentir est réel, malgré sa peine et sa douleur intérieure, l’homme ressent la consolation divine.
— Oui, mais il n’oublie pas sa faute.
— Non, il ne l’oublie pas. Il se désole, puis il est consolé. Désolation et consolation. Une gifle qu’il se donne à lui-même pour sa faute, une caresse qu’il reçoit de Dieu, une gifle, une caresse…Voilà le repentir qui apporte la consolation divine !