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Bien des ouvrages ont été écrits sur le Père Païssios, de bienheureuse mémoire. Ils sont tous utiles et ont contribué à sa notoriété. Mais, tout ce qui a été publié, concerne surtout son enseignement et ses miracles et bien peu sa biographie.

Notre Ancien, le hiéromoine Isaac1, qui était l’un de ses enfants spirituels, remarqua l’absence d’une biographie systématique, et décida de combler ce vide.

Il commença à l’écrire, avec l’aide de sa communauté, environ deux ans après la dormition du Père Païssios qui eut lieu le 26 juin 1994, et s’apprêtait à l’achever lorsqu’il en fut empêché par sa propre dormition (le 3 juillet 1998).

Elle resta donc inédite, car elle demandait encore à être revue et corrigée, mais les complications et les circonstances qui suivirent notre nouveau statut d’orphelin furent peu favorables à une telle entreprise. À tout cela, il fallait ajouter notre évidente faiblesse. C’est pourquoi la biographie resta sans modification pendant plus de trois ans. Ce qui nous poussa à la mener à son terme, ce furent le désir et la peine qu’avait déployés notre Ancien pour l’éditer, ainsi que les incitations de nombreux frères.

Bien des fois nous nous sommes découragés et nous avons envisagé de l’abandonner en raison de notre inaptitude à accomplir cette œuvre si difficile et si importante. Nous étions habités par la crainte de trahir l’Ancien, et que, au lieu d’être édifiante, cette biographie ne provoque un dommage spirituel et un scandale. Nous avions l’impression d’être des petits enfants qui essayent de parler de quelque chose qui les dépasse et qui sont incapables de trouver l’art et la manière de le faire.

Durant l’existence du Père Païssios, nous n’avons pas eu l’idée de conserver des notes, de l’enregistrer sur un magnétophone, de le photographier ou de rassembler des éléments et des informations pour écrire sa biographie. Sa présence nous comblait, il nous suffisait de le voir et de l’entendre. Peut-être considérera-t-on que ce fut un tort, mais nous avions la conscience tranquille en évitant de faire quelque chose qui fut susceptible de le contrarier. [1]

La seule ressource dont nous disposions, ce furent quelques notes provenant de réponses qu’il avait apportées à des questions spirituelles concernant notre vie ascétique. Dans celles-ci, l’Ancien mentionnait des exemples tirés de ses combats, ainsi que des événements surnaturels et des tentations démoniaques. Nous nous sommes surtout fondés sur tout ce dont nous nous souvenions, et comme nous avions entendu un bon nombre d’entre elles plusieurs fois, ses paroles demeurèrent enfouies — ou mieux, gravées — dans notre cœur. Désormais nous les transcrivions sur du papier pour l’édification de tous nos frères.

Beaucoup de laïcs et de clercs, qui avaient connu l’Ancien, répondirent à notre attente en mettant à notre disposition, les uns spontanément, les autres après avoir été sollicités, un matériau de valeur, constitué par des lettres du Père Païssios, des cassettes, des photographies, des notes, des témoignages.

Tous ces éléments, qui jettent beaucoup de lumière et complètent par leurs informations bien des vides, furent utilisés avec précaution et responsabilité. Ils sont passés par bien des cribles et ont été soigneusement tamisés, pour que ne subsiste que le bon grain.

Certains d’entre eux ne concordaient pas avec la réalité et l’esprit de l’Ancien. D’autres, reflétant une dévotion manquant de discernement, forçaient et exagéraient certains événements. D’autres encore n’étaient pas compréhensibles et transmettaient ses paroles en les déformant. Il y en avait aussi un petit nombre qui s’exprimaient négativement sur sa personnalité, probablement par ignorance et non par mauvaise disposition. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur. Pendant la réalisation de cette biographie, nous avons pris pour règle la vérité : « Le principe de Ta parole est vérité[2]. » C’est-à-dire que nous avons essayé de présenter notre Ancien tel que nous l’avons connu, tel qu’il était, sans essayer de le magnifier ou de l’idéaliser par amour et admiration.

Une bonne partie de cette Vie est fondamentalement autobiographique parce que l’Ancien a constitué la principale source de nos informations. La plupart des récits proviennent de ses lèvres dépourvues de mensonge, et sans intermédiaire. Mais le peu que nous avons écrit est indigent autant que faible, loin d’épuiser sa richesse spirituelle. Non seulement nous n’exagérons pas, mais sans le vouloir nous lésons grandement l’Ancien, pour les raisons suivantes : sa vie intérieure, comme celle de tous les saints, était cachée et invisible. Il laissait paraître quelques éléments pour nous aider, mais il en cachait bien davantage. Dans les relations qu’il avait avec nous de son vivant, dominait l’élément humain, qui dissimulait sa grandeur spirituelle. Ce qui est plus fondamental, c’est que notre aveuglement spirituel et notre insuffisance nous empêchèrent d’appréhender plus spirituellement l’Ancien afin de le présenter plus fidèlement. Si notre état spirituel avait été plus élevé, quoi qu’il en soit sa biographie eût été meilleure. Parce qu’il est connu que, pour écrire la biographie d’un saint, il faut être soi-même à son niveau et dans le même état spirituel que lui. L’Ancien disait que les Vies de saints, lorsqu’elles sont écrites par des saints, sont admirables.

Puisque « le puits est profond et que nous n’avons pas de seau[3] », c’est- à-dire que notre propre faiblesse est insuffisante pour approcher et présenter sa grandeur spirituelle, nous nous sommes limités à une présentation des faits simple et fidèle. Nous n’avons cherché qu’à être des témoins dignes de foi et rien de plus.

En dépit de cela, de nos écrits maladroits, se détache la figure de l’Ancien, qui se meut avec agilité entre terre et ciel — se jouant du diable tout en le plaignant — et qui est « accompagné » par une pléiade de saints. On le découvre pauvre comme Job, mais chargé de nombreuses bénédictions, descendant avec sa prière du ciel jusqu’à la terre. Faible et malade, mais tout puissant et flamboyant de la grâce de Dieu, lui devant lequel même les lois de la nature cèdent le pas ; moine et ermite, mais si proche des soucis des gens ; ascète sévère pour lui-même, mais poussant l’amour pour les autres jusqu’à s’offrir en sacrifice pour les faibles, les malades et les victimes d’injustices.

Il était impossible de circonscrire tous les événements de sa vie en un seul volume. C’est pourquoi nous avons choisi les plus représentatifs, les plus intenses et les plus édifiants. Nous avons laissé de côté l’enseignement de l’Ancien, qui est contenu désormais dans plusieurs volumes et dans un grand nombre de ses lettres[4], ainsi que les quelque deux cents miracles authentifiés qu’il a accomplis. Notre but n’était pas de présenter un « catalogue des miracles ». Parce qu’il est normal que chez quelqu’un qui a atteint le « sommet » des Vertus et qui a acquis la grâce divine, les charismes agissent et des miracles soient accomplis. Mais la question est de savoir comment il est possible d’arriver jusque-là, quelle voie y conduit et comment il faut lutter contre les passions et les tentations. Nous avons plus été touchés par sa grande abnégation que par ses miracles, ses combats pleins de zèle généreux menés par amour pour le Christ, sa stricte observance monastique et sa délicate sensibilité spirituelle, son rare discernement, son amour sacrificiel pour chaque homme et son esprit paternel, qui apaisait chacun.

Ce livre a été divisé en deux parties : la première, où sa vie est présentée en détail, a été l’occasion de montrer dans un cadre tant temporel que local, le plus simplement possible, mais aussi de la façon la plus exhaustive, son itinéraire de combattant depuis sa naissance jusqu’à sa dormition. En quatorze chapitres, qui se fondent sur ses différents lieux de séjour, sont situés les éléments biographiques où se déploient l’activité de l’Ancien, ses combats, ses miracles ainsi que ses diverses activités.

La deuxième partie apparaît comme un complément indispensable et une explicitation de la première partie. En effet, on y présente une compréhension plus fine de l’Ancien.

Les deux parties ont chacune une unité indépendante, si bien qu’elles auraient pu être publiées séparément ; elles ont cependant entre elles une unité profonde. Car si la deuxième partie est également biographique, elle ne suit cependant pas un ordre chronologique, comme la première, mais contient des éléments biographiques regroupés en unités thématiques[5].

La grâce divine constitue le thème central de la deuxième partie : c’est pour l’acquérir que l’Ancien lutta en premier lieu contre les passions et le péché, pour ensuite se révéler être « un bon intendant de la grâce multiple de Dieu[6] ».

Dans le chapitre intitulé « Vertus », sont mentionnés, de façon à la fois pratique et représentative, différents événements de son existence qui ont retenu notre attention. Ils sont répartis en sections dont le contenu se réfère à la vertu mentionnée dans le titre de chacune d’elles. On n’évoque pas l’enseignement qui s’y rapporte, en dehors de quelques traits saillants de celui-ci.

Les « Charismes » de l’Ancien, variés et surnaturels, ont été présentés suivant leur genre. Us apparaissent plus clairement à travers ses propres témoignages et ceux d’autres personnes. Seuls quelques-uns ont été choisis pour leur valeur édifiante, et présentés sans commentaire.

Quant à l’étendue, la profondeur, et la valeur de sa « Contribution », il n’a pas été possible d’en faire un résumé qui puisse tenir en quelques pages. Car, possédant la variété des charismes divins, naturellement et sans peine, sans effort humain et sans les convoiter, il procura la richesse de la grâce divine à des âmes affamées. On a simplement mentionné quelques domaines précis où son aide fut particulièrement utile.

Pour éviter des inexactitudes et toutes sortes d’erreurs, nous avons soumis nos écrits au jugement et au contrôle des enfants spirituels de l’Ancien ainsi qu’à d’autres Pères.

Nous sommes redevables de bien des remerciements à tous nos frères qui ont revu, corrigé et complété la Vie. Leur contribution a été fondamentale. Sans leur aide, la Vie de l’Ancien aurait été très déficiente et aurait comporté bien des erreurs.

Nous n’oublions pas les autres collaborateurs qui nous ont fourni différents éléments, ni tous ceux qui ont contrôlé ces textes, qui nous ont fait des propositions de corrections et qui n’ont épargné ni leur temps ni leurs efforts jusqu’à ce que ce travail trouve sa forme définitive. Enfin, nous exprimons notre gratitude à tous ceux qui ont contribué de quelque façon que ce soit, visiblement ou invisiblement, à ce que cette édition soit la plus achevée possible, et qui ont permis que cette publication voie le jour dix ans après la dormition de l’Ancien Païssios.

Nous voulons remercier tout particulièrement le vénérable Ancien Grégoire — qui fut tonsuré par le Père Païssios -, père spirituel du saint monastère du Vénérable Précurseur, près du village de Métamorphosi en Chalcidique, pour son aide multiple à la rédaction de la Vie et pour avoir assumé les frais de cette édition.

Pour tous nous sollicitons la grâce de Dieu et les bénédictions de l’Ancien.

QUELQUES EXPLICATIONS SUPPLÉMENTAIRES
POUR FACILITER LA LECTURE DE LA
VIE

Beaucoup d’actions, de combats, d’événements se comprennent et s’expliquent dans leur contexte. Tout ce qu’a dit l’Ancien ne doit pas être généralisé sans discernement. Certaines des paroles de l’Ancien ne conviennent qu’à des circonstances particulières et ne s’appliquent pas à tous. « Le même remède peut nuire ou guérir selon l’organisme dans lequel il agit. »

Nous présentons certaines positions de l’Ancien sur des questions tant ecclésiastiques, nationales que monastiques, etc. Son point de vue, qu’il chercha à faire connaître aux autres, était totalement spirituel et exempt de

passion, c’est pourquoi nous le présentons sans la moindre volonté de froisser ou de nuire à qui que ce soit.

Les témoignages ont été présentés tels qu’ils nous ont été transmis. Certains, qui étaient développés, ont été raccourcis sans être dénaturés. Le désir d’anonymat de certains témoins a été dans tous les cas respecté. Les dates sont mentionnées conformément à l’ancien calendrier. Lorsque c’est le nouveau calendrier qui est mentionné, on a ajouté l’abréviation : (n.c.).

Pour terminer ces explications préliminaires, il serait impossible, une fois arrivé ici, de ne pas exprimer dignement notre reconnaissance et nos remerciements à l’Ancien pour tout ce qu’il nous a apporté. Nous lui demandons simplement du fond du cœur de nous pardonner pour tous nos manquements à son amour et en particulier pour avoir osé publier sa Vie. Nous le supplions cependant d’illuminer l’esprit des lecteurs, de façon à ce qu’ils la comprennent correctement et qu’elle leur soit utile spirituellement. Ayant pleinement conscience de nos imperfections, de nos lacunes et de nos erreurs, nous accueillerons avec reconnaissance toutes les remarques et les suggestions faites par amour du rétablissement de la vérité.

Si le lecteur trouve des erreurs dans certaines circonstances des combats sanctifiés de l’Ancien, qu’il soit assuré que celles-ci, de toute façon, ne proviennent ni de l’Ancien Païssios, ni de son biographe, le Père Isaac, mais de ceux qui ont réalisé et publié cette Vie.

Mais si, en revanche, une âme quelconque, stimulée par les exploits de l’Ancien, entreprend un combat spirituel, que soit glorifié le nom digne de vénération de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, « à qui revient la gloire et l’adoration avec le Père et le Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Amen. »

La Fraternité de l’Ancien Isaac Calyve de la Résurrection,

Kapsala

Karyès

Mont-Athos.

 

 

 

[1] L’avant-propos, qui a été écrit par la communauté de l’Ancien Isaac, explique tout ce que fit l’Ancien pour mener à bien la rédaction de cette Vie, et reflète son point de vue.

[2]  Ps 118,160.

[3]  Cf. Jn 4, 11.

[4]  L’ensemble est désormais publié par le monastère Saint-Jean-le-Théologien à Souroti. Plusieurs volumes ont déjà été traduits en français et édités par le même monastère.

[5]  Sa division en trois unités (Vertus, Charismes, Contribution) se fonde sur le passage de l’Évangile : « Il ne boira ni vin ni boisson fermentée » (ascèse, combat) — « et il sera rempli de l’Esprit Saint dès le ventre de sa mère » (grâce divine) — « et il ramènera beaucoup de fils d’Israël au Seigneur leur Dieu» (contribution ou apport). (Le 1, 15-16). Le grand saint Jean-Baptiste passa par ces étapes, bien que dans un autre ordre, parce qu’il se révéla être un prophète dès le sein maternel. Tous les saints ont commencé par combattre pour se purifier des passions en observant les commandements d’où naissent les vertus qui, par la suite, reçoivent la grâce divine. Au troisième stade, on considère la disposition et la distribution des charismes destinés au salut des hommes.

[6]  1 P 4, 10.