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  1. Renouveau du monastère.

« Le Seigneur guide les pas de l’homme[1]. » C’est par une révélation que le Seigneur dirige désormais les pas de l’homme de Dieu Païssios vers le monastère de Stomion, dans la province de Konitsa. Il avait soif de vie solitaire et il se préparait pour le désert, mais se conformant au commandement de la Toute Sainte, il se retrouva dans un monastère du monde.

Lui-même disait : « Le vœu que j’avais fait à la Toute Sainte, si sa grâce me protégeait pendant la guerre, d’aller trois ans durant aider à reconstruire son malheureux monastère, je pensais que désormais la Toute Sainte ne requerrait plus que je l’accomplisse une fois que je serai devenu moine, mais il semble qu’elle voulait que je l’accomplisse quand même. »

C’est ainsi que l’Ancien se retrouva dans le paisible monastère de Stomion en août 1958. Les gens du lieu se réjouirent de sa venue et un assez grand nombre d’entre eux lui rendirent visite.

Il entreprit de rénover le monastère qui avait brûlé, sans avoir ni l’argent ni les matériaux indispensables. L’évêque lui dit de faire une tournée dans les villages avec les saintes reliques pour y recevoir des offrandes. Là où ils se rendaient, les fidèles venaient, vénéraient les reliques et ces pauvres gens donnaient chacun une assiette de blé. L’un après l’autre, il remplissait des sacs de ce grain, mais il ne le gardait pas pour les travaux de restauration ; il le donnait au prêtre de chaque village pour qu’il le distribue aux familles les plus pauvres.

Mais la Toute Sainte, qui l’amena à son monastère, agréa ses efforts. Elle éclaira certaines personnes qui apportèrent de l’argent, des matériaux de construction ainsi que leur travail personnel. De plus, à de nombreuses reprises, l’Ancien ressentit et la collaboration et l’assistance directe de la

Mère de Dieu, comme il le raconta : « Lorsque nous avons fait le sous- bassement en béton, soixante-dix personnes vinrent nous aider. Alors que le travail progressait, les maçons me dirent : “Il manque vingt sacs de ciment.” Alors que faire ? Je me trouvais dans une situation difficile. Que nous laissions le travail à moitié fini, cela n’allait pas, apporter d’autres sacs de ciment, c’était difficile, parce qu’il fallait pour les transporter quatre heures et demie avec les mulets et ceux-ci étaient aux champs. Je courus alors à l’église. J’allumai un cierge, je m’agenouillai et suppliai la Toute Sainte de nous venir en aide. Puis je dis aux ouvriers de continuer le travail, en faisant ce qui était fixé. Lorsqu’ils eurent terminé, il y avait cinq sacs de ciment de trop. »

Pendant ce temps, les femmes qui cuisinaient avertirent l’Ancien qu’il n’y avait pas assez de pain et de nourriture pour les ouvriers. Celui-ci les rassura en leur disant de n’avoir aucun souci. De fait, tous « mangèrent et furent rassasiés et l’on emporta les morceaux qui restaient[2] ». En partant, ils emportèrent du pain dans un sac. De plus, pendant ce travail, des nuages très noirs couvrirent le ciel, annonçant une pluie torrentielle. S’il pleuvait, le dallage resterait à moitié terminé. Mais rapidement le soleil se montra et l’ouvrage put être achevé.

Il était aussi difficile de trouver des matériaux, de plus il fallait les transporter par un sentier qui ressemblait à un sentier de chèvres et qui, à certains endroits, se rétrécissait au point qu’un animal de bât passait difficilement. De l’autre côté, il y avait un précipice.

Un ouvrier raconta : « Nous devions étendre le ciment pour le dallage, et le Père Païssios avait transporté le gravier depuis la rivière et il le monta jusqu’au monastère. Avec d’une part un sac qu’il portait sur son dos, et d’autre part grâce à des bêtes qu’il trouvait ici et là, il finit par y arriver et put faire le dallage, mais il se fatigua beaucoup. »

  1. Georges Baïppas raconta : « Un jour le professeur d’archéologie M. Dakaris vint. Il vit que l’église était pavée avec des dalles de pierre et dit au Père Païssios : “Je vais t’envoyer du marbre blanc.” Effectivement, il en envoya et il le laissa au pont. L’Ancien avertit alors les habitants de Konitsa pour qu’ils le transportent avec leurs bêtes. Ceux-ci vinrent, virent les plaques de marbre, trouvèrent qu’elles étaient trop grandes et dirent que les mulets ne pouvaient pas les transporter, de peur qu’ils ne glissent et tombent dans le ravin. L’Ancien leur dit : “Bon.” Rien d’autre. Il descendit et prit deux blocs de marbre sur son dos pour les monter au monastère. D’aucuns le virent : “Que fais-tu Père ? — Eh bien, puisque les mules des habitants de Konitsa font défaut, c’est moi qui vais les transporter.” Eux alors se mirent à courir et dirent : “Qu’avez-vous à rester ainsi au café pendant que le Père Païssios transporte les blocs de marbre sur son dos tout seul ?” Ils furent alors pleins de zèle, ils vinrent avec leurs mulets et les transportèrent, et c’est ainsi que le sol de l’église fut recouvert de marbre blanc. »

Il acheta du bois et, tout seul, il fabriqua des portes, des fenêtres, des stalles, des tables et tout ce qui était nécessaire. Il changea aussi le toit de l’église, il fit des cellules pour les moines, une hôtellerie, une citerne et d’autres travaux. Sa sœur Christine se souvient : « Le monastère était une ruine, et je suis allée l’aider. Au début quand nous y allions, nous apportions quelques denrées sur une mule. Alors qu’il y avait une chambre et une cuisine, et une pièce à la porte, il se fabriqua une petite baraque avec des planches, tout juste ce qu’il fallait pour y habiter, sans pouvoir s’étendre. Je lui ai dit : “C’est là que tu vas demeurer ? Les rats vont te manger.” Il me répondit : “Si quelqu’un vient, il faut qu’il ait une pièce où habiter.” Il me retourna la nourriture : “Prends-la, parce que ce sont les rats qui vont la manger.” Il y habita jusqu’à ce qu’arrivent les deux autres Pères, alors il fit trois petites cellules. Plus tard il fit dans le coin la cellule où il habitait. »

  1. Baïppas rapporta : « Le Père Païssios était un menuisier accompli. C’est lui qui restaura le monastère, qui était détruit, en se donnant beaucoup de mal. Il était malade mais il respectait quand même le jeûne. Il ne relâchait jamais le jeûne. »
  2. Jean Hadji-Roubis témoigne aussi : « Nous rendîmes visite à l’Ancien au Stomion et nous vîmes avec quel soin digne d’un maître de maison il s’était occupé du monastère. Ses travaux suscitaient l’admiration. Alors, il nous dit que le torrent qui se trouve en contrebas était difficile à traverser en hiver. Nous nous proposâmes pour l’aider. Il construisit lui- même un petit pont. Plus tard, huit personnes vinrent l’aider pour y mettre du ciment. »

 

 

  1. II impose le respect.

L’Ancien ne faisait pas que se dépenser dans les travaux de construction : la vie vertueuse qu’il menait et les conseils pertinents qu’il prodiguait aux pèlerins imposèrent le respect quant à la sainteté du monastère. Il pensait que les fêtes et les danses, avec tout ce qui s’ensuit, étaient indécentes. II considérait cela comme un blasphème contre Dieu et une offense envers la Toute Sainte, l’église étant consacrée à sa Nativité[3].

Tout d’abord, avant l’entrée du monastère, à droite dans un petit tertre, il creusa un tombeau. Il y dressa une croix et, quotidiennement, il allumait une veilleuse et l’encensait. Il le fit pour se souvenir de la mort, mais surtout pour que les laïcs ne se divertissent pas en ce lieu. Les parties de plaisir et les danses cessèrent. Il considérait qu’il n’était pas convenable qu’un office se déroule dans l’église, alors qu’à l’extérieur, on prenait du bon temps. Lors des fêtes uniquement, il leur permettait par économie d’aller sous les hêtres qui se trouvaient en face pour y manger, car on y trouvait aussi de l’eau courante. Il avait aménagé l’espace, il y avait de plus mis des planches pour que l’on y soit protégé du froid. Mais il ne leur permettait pas de boire des boissons alcoolisées. Malgré cela, quelqu’un désobéit. Il amena avec lui un récipient plein d’ouzo qu’il vendait aux gens. L’Ancien s’en rendit compte et lui demanda :

« Qu’est-ce que tu as là ?

  • De l’eau, dit-il.
  • La source qui est là a aussi de l’eau. »

Comme le récipient d’ouzo était près du ravin, il le poussa du pied, et il roula en bas de la pente jusqu’au fleuve Aoüs.

En contrebas du monastère, avant le petit pont de ciment, au lieu dit « Gavros », il mit deux panneaux. L’un indiquait le monastère, et il écrivit : « Vers le monastère de Stomion, ceux qui sont habillés décemment. » ; l’autre indiquait le fleuve et disait : « Vers le fleuve Aoüs, ceux qui sont habillés indécemment. » En particulier, il ne voulait pas qu’entrassent dans le monastère des femmes habillées d’une façon indécente.

Sur la porte extérieure du sanctuaire, il mit un écriteau : « Entrée interdite aux laïcs. »

Un vendredi, des laïcs vinrent au monastère. Ils prirent la poêle du monastère et commencèrent à faire frire des poissons qu’ils avaient apportés avec eux. Au début, l’Ancien ne les avait pas remarqués parce qu’il était occupé. Mais dès qu’il s’en rendit compte, son zèle s’enflamma et il se rendit sur les lieux, prit la poêle et la jeta dans le ravin avec les poissons.

  1. Un saut dans le ravin.

Un jour, il transportait les saintes reliques, et le reliquaire était lié par des courroies à ses épaules. À un endroit du chemin nommé « La grande échelle », la courroie céda et le reliquaire tomba dans le ravin. Mû par son amour et sa dévotion pour les saintes reliques, sans prendre soin de lui- même et sans la moindre hésitation, l’Ancien sauta aussitôt dans le ravin pour les devancer. Le reliquaire dégringola et heurta les rochers. En définitive lui-même fut sauf, par la grâce de Dieu ; il n’eut aucune blessure, pas même une égratignure ! Le reliquaire avec ses reliques fut également intact, alors que l’étui métallique qui était adapté au reliquaire était tout cabossé par les chocs. Le ravin était si profond et si raide qu’il était impossible que l’Ancien remonte. Pour revenir sur le sentier, il suivit pendant longtemps le lit du fleuve.

  1. Invention des reliques de saint Arsène.

L’année où il arriva au monastère de Stomion il décida de procéder à l’invention[4] des reliques de saint Arsène. Plus de trente ans avaient passé et il était encore enseveli dans le cimetière de Corfou. Il confia le monastère à son frère Raphaël et, en octobre 1958, il se rendit à Corfou. Là, il se mit à la recherche de son ancien ami et compagnon sous les drapeaux Pantélis Tzéko. Il le trouva à l’usine où il travaillait. M. Pantélis ne le reconnut pas et, courbé sur son bureau, lui demanda : « Père, que voulez- vous ? » L’Ancien ne dit rien. « Puis-je vous être utile en quoi que ce soit ? », lui demanda-t-il encore. « Pour cela », lui dit l’Ancien en lui montrant ses deux index. Alors, il le reconnut et, plein de joie et d’émotion de voir de façon inattendue son ami et son sauveur, il l’étreignit et l’embrassa.

Chez lui, il dit à sa mère et à son épouse de préparer une table richement garnie et il pria l’Ancien de lui faire le plaisir de rester.

« Puisque moi je vais te faire ce plaisir, toi, à ton tour, fais m’en un autre.

— Tout ce que tu veux ! »

Il lui demanda de ne manger que des légumes, auxquels il ajouta trois gouttes d’huile et deux trois olives. Rien d’autre.

Ils dormirent dans la même chambre. À trois reprises pendant la nuit, après qu’il ait observé si M. Pantélis dormait, lequel faisait semblant, il se leva, s’agenouilla sur le lit et se mit à prier. Au matin, ils se mirent en marche vers le cimetière sous une pluie diluvienne. L’Ancien dit à M. Pantélis : « N’aie pas peur, sur le chemin que nous prenons la pluie va s’arrêter. » Petit à petit la pluie s’arrêta, jusqu’à cesser complètement.

Pendant l’invention, l’Ancien lava les ossements avec du vin et de l’eau, il les enveloppa ensuite dans des morceaux de drap blanc et il les mit dans une boîte noire qui ressemblait à une valise. Il trouva aussi la boucle de la ceinture de saint Arsène. À un moment, elle tomba sur M. Pantélis. Celui-ci s’appuya de sa main sur le mur[5].

Comme le fossoyeur protestait pour être venu un jour de pluie, l’Ancien, bien qu’il ait reçu la permission de l’évêque, par sensibilité dit à M. Pantélis : « Puisque l’homme est contrarié, laissons donc deux ou trois os et quand je reviendrai l’année prochaine, nous les sortirons. »

Après l’invention, un rayon de soleil traversa les cyprès et éclaira le tombeau.

Lorsqu’ils eurent terminés, il s’en alla demeurer dans un hôtel. Il ne voulait pas aller avec les reliques dans la maison de M. Pantélis, car celui- ci étant un jeune marié, il craignait que les femmes ne l’interprètent mal. Au matin, alors qu’ils se rencontrèrent, M. Pantélis vit qu’il était transformé par la grâce divine. Il lui dit : « Tu es très beau aujourd’hui ! Mais comme tu es beau ! »

L’Ancien lui raconta ce qui suit : « Laisse-moi te dire ce qui m’est arrivé hier soir. Je suis allé ouvrir le reliquaire pour vénérer les reliques, et une force m’accabla, cherchant à m’étouffer. À cet instant je dis : “Saint Arsène, aide-moi !”, et aussitôt je fus délivré[6]. »

Il revint joyeux à Konitsa et il passa la nuit chez Kaiti Patéras. Là, il les déposa sous l’iconostase. Celle-ci alluma une veilleuse et, par la suite, s’occupa des tâches ménagères. Mais elle vit que venaient, de la pièce où étaient les reliques, comme des éclairs, et elle se dit qu’il allait pleuvoir. Elle se hâta d’aller chercher son parapluie parce que le lendemain, elle voulait aller en bas de Konitsa assister à la Liturgie. L’Ancien essaya de lui expliquer que ces « éclairs » ne venaient pas du ciel, parce que le temps dehors était beau et qu’il y avait des étoiles, mais qu’ils venaient des saintes reliques. D’après son témoignage, c’était « une lumière étrange, comme s’il y avait des éclairs, non pas comme une lueur qu’on allume ».

  1. Peines, ascèses et hésychia.

Le « petit jardin de la Toute Sainte », comme l’Ancien nommait le Sto- mion pour lui rappeler la Sainte-Montagne, avait une beauté sauvage et vierge. C’est une des plus belles régions du monde selon les connaisseurs.

Cependant, les conditions de vie étaient très difficiles. Le monastère n’avait pas même un mulet. L’Ancien racontait : « J’avais beaucoup de forces. Je parcourais une distance de deux heures trois quarts. L’eau que je buvais devenait du sang. Il arrivait que je me rende de Stomion à Konitsa trois ou quatre fois par jour en transportant des matériaux sur mon dos pour le pauvre monastère. » À elle seule, une telle marche constituait une dure et pénible ascèse. Mais cela le réjouissait, parce qu’il aimait la peine.

Souvent, il enlevait ses chaussures et marchait pieds nus, en empruntant un sentier difficilement praticable en face du vieux monastère. Il priait et revenait en suivant le val creusé par le fleuve Aoüs, cela en deux ou trois heures. À un jeune, qui lui demandait pourquoi il agissait ainsi, il répondit : « J’aurais dû me faire moine plus tôt. » Il voulait dire que pour acquitter tout ce qu’il aurait dû faire s’il était devenu moine plus tôt, il s’imposait des ascèses supplémentaires.

Tandis qu’il « s’absorbait dans les travaux de Marthe », comme il appelait les travaux de construction, il subvenait aussi aux besoins des gens ; il poursuivait son ascèse et il l’accroissait malgré sa santé défaillante. Il jeûnait sévèrement, et il domptait de toutes les façons son corps fragile, alors qu’il suivait un traitement avec des piqûres. Parfois, il passait une journée complète avec un verre d’eau. Bien qu’il cultivât dans le jardin du monastère des légumes de toutes sortes, sa nourriture habituelle consistait en tisane et en morceaux de pain séché, ou en noix pilées.

Mme Pénélope Barbouti rapporte qu’ « il allait au jardin nu-pieds et que, le soir, il enlevait les épines de ses pieds. Il mangeait un morceau de pain séché le matin et un le soir. Parfois, il buvait de la tisane sans sucre. Il travaillait énormément et ne dormait pratiquement pas. Il essayait de ne désobliger personne, et il voulait que tout le monde soit à l’aise. Il ne disait jamais non. Ses mains étaient devenues calleuses à cause de ses nombreuses prosternations. Ses jambes n’étaient que des os. Il avait beaucoup de problèmes de santé. »

Le jour, il travaillait dur et la nuit il veillait. Il lisait seul tous les offices, comme il l’avait appris à la Sainte-Montagne. Il ne laissait rien de côté de tout ce que prévoit le typikon* monastique. Il accomplissait ses obligations monastiques personnelles avec beaucoup d’exactitude et, en plus, il priait avec le chapelet* pour les vivants et les morts en général, ainsi que pour des personnes qui en avaient plus particulièrement besoin.

Le soin nécessaire accordé aux hommes et aux travaux n’altérèrent aucunement sa soif de solitude ; au contraire ils l’attisèrent, et il inventait des moyens pour ne pas interrompre son activité intérieure et sa communion avec Dieu. Il brûlait d’envie de se réfugier dans des grottes tranquilles pour pouvoir prier sans distraction « en désirant et en recherchant Dieu ». Telle était sa joie spirituelle : être seul dans L’hésychia* avec Dieu seul. Il y prenait plaisir et était nourri par la communion avec Dieu par le moyen de la prière intérieure qui était l’objet de son désir.

Bien que le monastère se trouvât dans une région déserte et calme, l’Ancien se retirait parfois dans une grotte pour y prier. Il s’y rendait de nuit et y faisait des veilles avec le chapelet et un nombre incalculable de prosternations. Mais il y faisait sombre et l’eau suintait.

C’est pourquoi il avait creusé aussi une autre grotte dans une zone exposée au soleil, petite comme un petit fourneau, où il ne pouvait se tenir que courbé. Il la cacha avec des branches pour qu’on ne la vît pas. Plus tard, il trouva le creux d’un chêne. C’était un endroit plus ensoleillé et plus sec. Il voulait le tailler jusqu’à ce qu’il le contînt, pour y demeurer dans L’hésychiaen hiver, parce que durant cette période le soleil n’arrive pas jusqu’au monastère.

S’il n’y avait pas de pèlerins, il s’enfermait pendant certaines heures dans sa cellule. Il lisait, priait et se livrait seul à des œuvres spirituelles. Il laissait la porte de la cellule entrouverte, pour voir l’entrée du monastère, au cas où quelqu’un viendrait. Ensuite il reprenait ses occupations.

Les jours où il y avait des pèlerins, il trouvait avec discernement le temps d’accomplir ses tâches spirituelles. Lorsque beaucoup de gens arrivaient, il laissait quelqu’un de sa connaissance veiller sur l’église et lui- même se retirait pour accomplir ses obligations monastiques et, ensuite, il revenait. Lorsqu’il allait prier, il laissait toujours la porte du réfectoire ouverte pour que, si quelqu’un venait à passer, il trouve quelque chose à manger. Il avait du pain, des conserves, des tomates, etc.

  1. Protecteur des pauvres et des orphelins.

En dehors des travaux de construction, il prenait soin aussi de tous ceux qui se trouvaient dans le besoin. Et ils étaient nombreux. Dans les villages autour de Konitsa régnait une grande pauvreté, ainsi que l’isolement et la misère. L’Ancien collectait des vêtements, de l’argent, de la nourriture et des médicaments, dont il faisait des colis qu’il envoyait à ceux qui étaient dans le besoin. Dans cette œuvre charitable, il avait comme aides des femmes pieuses. Toutes celles qui en avaient la disposition, il les envoyait aider des personnes souffrantes, surtout des vieillards, qui n’avaient aucun parent auprès d’eux.

Il avait reçu l’autorisation de la police de pouvoir laisser dans chaque quartier de Konitsa un tronc pour collecter de l’argent et il avait désigné aussi un responsable. Il y en avait aussi un en plus à l’extérieur du poste de police. Il institua un comité, qui avait pour charge de gérer l’argent, et de le distribuer selon les besoins de chacun.

Il s’intéressa aux enfants pauvres et orphelins, pour qu’ils puissent poursuivre leurs études. Il les confiait aux personnes appropriées, mais il les aidait aussi économiquement lui-même autant qu’il le pouvait. Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui des gens instruits et pleins de reconnaissance pour l’Ancien.

Il donnait les terres du monastère à des familles pauvres pour qu’elles les cultivent. Il ne demandait pas de loyer. Il leur disait que, s’ils avaient une bonne récolte, ils pouvaient offrir au monastère ce qu’ils voulaient. Si l’année était mauvaise, il ne demandait rien.

Toutes les fois que sa sœur Christine apportait des vêtements ou de la nourriture, il ne les prenait pas. Il lui disait de les apporter chez des familles dont il savait qu’elles en étaient privées.

Lors de la Théophanie, il passait dans les maisons avec de l’eau bénite, et les gens lui donnaient quelque chose pour le monastère. Il passa un jour par une maison dans laquelle se trouvait un enfant infirme. La maîtresse de maison se préparait à mettre quelque chose dans le tronc. L’Ancien lui dit alors : « La Toute Sainte ne te demande rien ; car toi tu es dans le besoin. » Et aussitôt de vider le tronc sur la table avec tout l’argent qu’il avait collecté.

Kaiti Pateras rapporte : « Il aida quantité de gens. Car il était très généreux. Un jour, je lui fis un gilet. Lorsqu’il rencontra en chemin une femme folle, il enleva aussitôt le gilet et le lui donna, pour que cette malheureuse n’ait pas froid. Je lui ai donné aussi d’autres choses, mais lui, il les donnait au premier venu. »

Thomas Tasios témoigne : « Un vieillard demeurait tout seul abandonné dans une grotte. Chaque semaine, l’Ancien lui apportait la nourriture nécessaire et le lavait de ses mains. Il quittait le monastère à l’aube et il allait le voir sans que personne ne le sache. »

  1. 7. Il affronte la tentation tel un martyr.

L’Ancien se préoccupait non seulement des besoins matériels des gens, mais aussi et surtout du salut de leurs âmes immortelles. Lui-même rapporte : « J’ai demandé des nouvelles d’une camarade d’école, et on m’a dit qu’elle avait prit un mauvais chemin. Bon, alors j’ai prié pour que Dieu l’éclaire et qu’elle vienne me voir pour que je lui dise un mot. J’avais rassemblé des extraits de textes sur le thème du repentir. Elle vint un jour avec deux trois autres personnes. Par la suite, elle vint souvent avec son enfant et des cierges et de l’huile. Un jour, quelqu’un me dit : “Père, elle se moque de vous. Elle fait l’hypocrite avec vous, mais elle sort avec les policiers.”

Lorsqu’elle est venue la fois suivante, je l’ai réprimandée sévèrement et elle est partie en pleurs. Peu après, je sentis que tout mon corps était brûlant d’un échauffement charnel. Je priai, rien n’y fit. Je m’étonnais de ce que cette tentation m’accable. Je priai de nouveau, sans résultat. Je pris alors la hache, je mis la partie arrière de ma jambe gauche sur un morceau de bois, je posais sur elle le tranchant et je frappais sur la hache avec un marteau. J’ai découpé huit petits morceaux de chair. J’espérais qu’avec la douleur de la coupure, réchauffement charnel diminuerait, mais rien. Ma chaussure était pleine de sang, mais la guerre ne diminuait pas. Alors je me suis levé, j’ai laissé le monastère ouvert et j’ai pris la direction de la forêt. Je me suis dit qu’il valait mieux que les ours me mangent… Exténué par le trajet, je tombai d’épuisement au bout du sentier. Je me demandai comment cette tentation m’était arrivée, et je tentai de trouver une explication qui puisse rendre compte de sa cause. C’est alors que je pensai à la femme que j’avais réprimandée. Je me dis alors : “Mon Dieu, si elle ressent une telle guerre de la chair, comment la pauvre peut-elle y faire face ?” C’était cela ! Je me repentis de ma critique sévère à l’égard de cette femme, je demandai pardon à Dieu, et aussitôt il me sembla que je sortais d’un bain frais. L’échauffement avait disparu. »

Et, pour conclure, il ajouta : « Lorsqu’un désir charnel nous trouble, la chair n’est pas toujours la responsable. Car la guerre chamelle peut provenir aussi de pensées de blâmes et d’orgueil. Cherchons donc d’abord la cause de la tentation, et ensuite agissons en conséquence. Ne nous mettons pas tout de suite à jeûner, à veiller, etc. »

Cet événement révèle son esprit de martyr. Il a montré qu’il préférait mourir, devenir la proie des bêtes sauvages plutôt que de pécher ne serait- ce qu’en pensée. Il a vraiment donné du sang pour recevoir l’Esprit[7]. Dans les Vies de saints, de tels faits sont attestés. Quand, par exemple, Abba Pachôn fut tenté, il se rendit dans des tanières d’hyènes et, plus tard, il mit un serpent venimeux sur son corps, mais Dieu le protégea et lui fit don de l’impassibilité[8]. Les cicatrices de ses coupures lurent visibles sur sa jambe jusqu’à sa dormition. Ceux qui ont entendu le récit de l’Ancien les virent, les touchèrent et en témoignent.

  1. Luttes contre les hérétiques.

Des hérétiques évangélistes s’étaient déjà manifestés à Konitsa. Ils faisaient du prosélytisme et ne cessaient de s’étendre. Ils avaient leur propre salle et s’y réunissaient. C’était un danger mortel. Dieu utilisa le Père Païssios qui, bien que peu cultivé, était « rempli de la grâce et de la puissance du Saint Esprit » et d’une grande sensibilité orthodoxe, pour chasser les loups de l’erreur protestante.

Pour commencer, il s’informa avec précision de leur foi. Il écrivit un texte expliquant ce qu’étaient les évangélistes et il le laissa au monastère pour que les pèlerins le lisent.

Lors de leurs réunions, il leur envoyait des gens à lui pour qu’ils notent ceux qui suivaient les conférences. Ensuite, il convoquait séparément les auditeurs des prédications hérétiques et il les admonestait. Ainsi, ils ne se rendaient plus aux réunions des hérétiques. De plus, il embaucha certains d’entre eux comme travailleurs au monastère et il les persuada d’interrompre leur relation avec l’organisation hérétique. Ceux-ci devinrent d’excellents chrétiens.

Il donna aussi une bénédiction’» à quelques enfants qui vinrent de nuit et enlevèrent la pancarte qu’ils avaient à l’extérieur de leur salle. Par la suite, après un entretien qu’il eut avec leur chef qui venait de Thessaloni- que, il réussit à le persuader de ne plus revenir à Konitsa. Par ses prières, son action, et sa confrontation pleine de discernement, il retourna tous ceux qui avaient été entraînés par les évangélistes et Konitsa redevint « un seul troupeau, avec un seul berger ».

Ensuite apparurent des makrakistes[9], mais l’Ancien entrava aussi leur action. Il informa les gens qui étaient ignorants, il agit énergiquement et opportunément, et eux aussi repartirent bredouilles.

 

Il s’intéressa aussi aux musulmans de Konitsa. Il les entoura d’affection et d’intérêt. Il les aida dans leurs besoins et, chaque vendredi, il les rassemblait dans une de leurs maisons, et ils discutaient. Il espérait qu’avec l’amour et une juste confrontation, ils pourraient devenir chrétiens. Certains d’entre eux sont aujourd’hui baptisés.

  1. « Mû par l’Esprit… »

L’Ancien raconta : « Deux Pères vinrent demeurer avec moi au monastère de Stomion. J’avais une grande cellule et je voulais la diviser en deux, mais je n’avais pas d’argent. Je décidai d’emprunter 500 drachmes.

Un jour, en cheminant, je rencontrai un petit oratoire. Je fis mon signe de croix, j’allumai la veilleuse et continuai mon chemin. J’arrivai devant une maison, et quelque chose me poussa à frapper. C’était le matin. En me voyant, le maître de maison se réjouit. « Je t’attendais, me dit-il. J’ai mis de côté cet argent pour la Toute Sainte », et il me donna 500 drachmes, juste ce dont j’avais besoin.

Songeant à ce fait, une autre fois aussi je ressentis une sollicitation intérieure de cette sorte, quelque chose qui me poussait intérieurement, pour que j’aille dans une grande ville (Ioannina). Ne pouvant agir autrement, j’obéis et je partis. Je ne savais pas ce que j’allais y faire, je n’avais pas de but précis. Marchant dans les rues, je passai devant un magasin, j’y entrai pour acheter quelques coupes pour les veilleuses de l’église, comme ça, parce qu’elles se trouvaient là. Lorsque j’arrivais devant une maison, dans une rue de traverse, cet élan intérieur me poussa à y entrer. J’obéis et je frappai à la porte. Une femme vêtue de noir vint m’ouvrir, elle était âgée d’environ quarante-cinq ans. Dès qu’elle me vit, elle tomba à mes pieds et une quinzaine de fois dit sans s’arrêter : “Mon Jésus, je te remercie, je te remercie, mon Jésus.” Nous entrâmes, deux autres femmes se trouvaient déjà à l’intérieur.

De 11 heures du matin jusqu’à 5 heures de l’après-midi, nous restâmes assis à discuter. Ensuite nous célébrâmes un office d’intercession à la Toute Sainte. La femme, à genoux, pleurait en psalmodiant l’office qu’elle connaissait par cœur.

Cette femme était devenue veuve encore jeune. Elle était très riche. Elle donna à des petites orphelines une partie de sa fortune, que leurs proches administraient. Elle attendait que sa fortune soit utilisée correctement pour qu’elle puisse se retirer ensuite dans un monastère. En attendant, elle s’était rendue à Jérusalem et y était devenue moniale en cachette. Elle portait des habits noirs, comme une moniale. Elle avait supplié Dieu avec insistance pour qu’il lui envoie un moine susceptible de lui enseigner la vie monastique.

Après avoir mis en ordre sa fortune de cette façon, elle se rendit par la suite dans un monastère situé dans une île[10].

Celle-ci me dit qu’une autre moniale cachée tenait un kiosque. Je m’y rendis et discutai avec elle. Elle avait entrepris de s’occuper des orphelins laissés par son frère, qui avaient aussi perdu leur mère. Souvent, son esprit était ravi en contemplation ! Les gens qui venaient faire leurs courses ne comprenaient pas quel était son état spirituel. Il pensait que, à la suite de beaucoup de chagrin, elle avait un peu perdu la tête et qu’elle avait des distractions. Ils prenaient eux-mêmes les marchandises du kiosque et ils lui laissaient l’argent. Toutes les deux étaient des âmes d’élite. »

  1. Attaques des démons.

Il avait entendu dire que jadis les pères du monastère descendaient dans le ravin pour y trouver L’hésychia, et il essaya d’y descendre aussi. Il prit une corde, il s’y attacha et attacha l’autre extrémité à un arbre. À un endroit, il trouva une surface plate, d’environ un mètre carré et il s’y arrêta. Il voulait y prier. Il trouva quelques pierres qu’il mit au bord comme un muret. Dès qu’il commença à prier, le tentateur se manifesta sous la forme d’une trombe d’eau qui le poussa violemment vers le précipice. Il implora alors la Toute Sainte : « Ma Toute Sainte, sauve-moi ! » Aussitôt la trombe d’eau s’arrêta et il fut sauvé, alors qu’il était arrivé au bord du ravin et qu’il prenait appui de sa jambe sur les pierres. Ce précipice est redoutable et, rien qu’à le voir, on est saisi par le vertige.

L’Ancien rapportait aussi une autre agression démoniaque : « J’étais dans l’église, en train de prier, et vers minuit j’entendis le verrou de la porte qui bougeait sans cesse en grinçant. À une heure, il ne s’était pas arrêté. On entendait en même temps des voix et des coups. Il n’y avait personne d’autre au monastère. Je me suis dit que puisque le diable était à la porte, je ne pouvais sortir, et j’entrai dans le sanctuaire et y passai la nuit. »

 

 

  1. Sauvé par la Providence divine.

« Quand je restaurais le monastère, racontait l’Ancien, il fallut que j’aille de façon urgente porter quelques matériaux à une distance de deux heures. En chemin, à un endroit difficile que je nommais “Golgotha”, je rencontrai une connaissance accompagnée de trois bêtes chargées de bois. Leurs bâts s’étant renversés, une des bêtes se trouvait près du précipice et risquait d’y tomber.

Je me dis que si je lui venais en aide, je me mettrais en retard ; mais ma conscience ne me laissa pas indifférent et je m’y arrêtai. “C’est Dieu qui t’envoie, Père !”, me dit-il. Je l’aidai à décharger les bêtes et à les déplacer, et je partis. Je m’étais mis en retard d’environ vingt minutes. En route, je vis qu’il s’était produit un éboulement sur une longueur de trois cents mètres. On me dit qu’il s’était produit au moment même où j’aidais cet homme, ce qui me fit prendre conscience que si je ne l’avais pas secouru, je me serais trouvé à cet endroit au moment précis de l’éboulement et je n’aurais pu être sauvé. Tout cela s’était produit selon la Providence divine. Dieu, pour me sauver, avait tourmenté cet homme. J’avais été sauvé d’une mort certaine. L’homme me dit mille fois « merci ». Je revins sur mes pas et je lui criai de loin : « Barba-Anastasis, tu m’as sauvé la vie : c’est Dieu qui t’a envoyé ! »

  1. Visite nocturne de la Toute Sainte.

Deux pieuses femmes de Konitsa, Mme Popi Mourelatos et Mme Pénélope Barboutis, l’aidaient à entretenir le jardin.

Un soir, après les Compiles, elles se rendirent à l’hôtellerie et se couchèrent de bonne heure. Elles furent réveillées en entendant que quelqu’un frappait la simandre. Elles sortirent de la pièce. Elles virent l’Ancien qui sortait de sa cellule et qui leur dit : « Chères amies, ne vous avais-je pas dit de ne pas frapper la simandre de nuit ? »

Avec étonnement, elles répondirent qu’elles n’avaient rien fait de la sorte et, au même moment, elles virent une femme qui s’éclipsait en rentrant dans l’église. Elles la virent de côté, de l’épaule aux pieds, son bras et son voile. C’était la Toute Sainte, dont la venue avait été annoncée par les coups spontanés de la simandre. L’Ancien qui, jusque-là, parlait à haute voix, par la suite, par respect et crainte, fit un geste en silence pour indiquer aux deux femmes de retourner dans leur chambre, et lui-même revint dans sa cellule.

Vers minuit, il les invita à aller à l’église faire un office d’intercession. Puis, il leur dit : « Dieu vous a jugées dignes de voir la Toute Sainte, mais gardez cela pour vous. »

  1. Une vision démoniaque qui a l’apparence du vrai.

« Une nuit, raconta l’Ancien, alors que j’étais assis dans ma cellule sur un escabeau en récitant la prière, j’entendis soudain, venant de la cour, une musique de violons et de tambourins, des voix et des danses. Je me levai pour regarder par la fenêtre ce qui se passait, il n’y avait personne. Calme plat. Je compris alors que tout cela venait du diable.

À peine m’étais-je rassis sur mon escabeau pour continuer ma prière, que ma cellule s’illumina soudain d’une forte lumière. Le toit s’effaça, la lumière atteignait le ciel. Au sommet de la colonne de lumière, il y avait comme un visage d’un jeune homme blond qui ressemblait au Christ. La moitié du visage était visible. Une inscription lumineuse disait : “Gloire à Dieu au plus haut des deux.” Alors, je me suis levé pour regarder vers le haut afin de mieux voir le visage. J’entendis une voix qui disait : “Tu as été jugé digne de voir le Christ !”

A cet instant précis, je regardai vers le sol pour voir où j’allais me placer pour changer de place afin de voir la totalité du visage, mais en même temps je me suis dit : “Mais moi qui suis-je, indigne, pour voir le Christ ?” Aussitôt la lumière et l’apparition du soi-disant Christ disparurent, et le plafond se retrouva à sa place. »

Le diable ne réussit pas à l’induire en erreur avec sa fausse vision, mais pour se venger, il lui fit des égratignures aux jambes d’où s’écoula du sang.

À propos des visions, en relation avec cet événement, il conseillait : « Ainsi commence l’illusion spirituelle. Si le Seigneur ne m’était pas venu en aide en me faisant comprendre que cette vision était démoniaque, le Malin aurait commencé son show télévisé. En veux-tu, en voilà, et du Christ, et de la Toute Sainte, et des prophètes, etc. C’est ainsi que l’on tombe dans l’illusion spirituelle. C’est pourquoi les visions sont utiles et elles sont aussi voulues par Dieu, pour que nous ne les acceptions pas facilement. Alors Dieu se réjouit d’une certaine façon, car nous avons ainsi fait preuve de l’humilité et de l’attention qu’il requiert de nous. Il sait alors comment nous montrer ce qu’il attend de nous et comment nous éduquer d’une autre manière. »

 

 

  1. Familiarité avec les animaux sauvages.

Le grand amour de l’Ancien pour Dieu et pour son image, l’homme, inondait son cœur, et son débordement atteignait même les créatures privées de raison. Il aimait particulièrement les animaux sauvages, ceux-ci à leur tour ressentaient son amour et l’approchaient.

Un faon venait manger dans sa main. Il fit une croix sur son front avec de la peinture. Il avertit les chasseurs de ne pas chasser près du monastère et de faire attention à ce faon marqué d’une croix afin que, où qu’il soit, ils ne tirent pas sur lui. Malheureusement, un chasseur, passant outre son injonction, rencontra un jour le faon et le tua. L’Ancien en fut grandement peiné et fit une prophétie qui se vérifia dans sa totalité. On ne mentionnera pas le nom de la personne, car elle vit encore.

Dans la forêt qui entoure le monastère vivent des ours. L’un d’entre eux rencontra l’Ancien sur un étroit sentier, alors qu’il montait au monastère avec un ânon bien chargé. L’ours se blottit à une extrémité du sentier pour laisser passer l’Ancien. Lui derechef lui fit un signe de la main pour qu’il passe le premier. « Mais lui, racontait-il en badinant, étendit la patte et me toucha la main pour que je passe d’abord. » Il lui dit : « Ne te montre pas demain en bas, parce que j’attends du monde. Sinon, je te prendrai par l’oreille et je t’enfermerai dans l’étable. »

Il racontait que l’ours aime faire le fanfaron et que lorsqu’il est en danger, il commence par montrer qu’il n’a pas peur, mais que, par la suite, il s’enfuit en courant.

Un ours venait souvent, il s’était habitué à lui, et l’Ancien le nourrissait. Les jours où il y avait du monde au monastère, l’Ancien l’avertissait afin qu’il ne se montre pas, pour ne pas effrayer les gens. Parfois, l’ours transgressait son ordre, il se montrait inopinément, et tous ceux qui le voyaient en avaient peur. Beaucoup le virent, entre autres Kaiti Pateras qui raconta que, une nuit, alors qu’elle montait au monastère avec une lampe pour arriver à temps à la Divine Liturgie, elle entendit un bruit, éclaira l’endroit et vit un animal qui ressemblait à un gros chien. « Il me suivit et lorsque je fus arrivée, je demandai au Père Païssios si le chien était au monastère, et il me répondit : “Celui-là un chien ? Regarde mieux, c’est un ours.” »

  1. Autres événements au Stomion.

Un jour, on vola dans la maison de Mme Pénélope Barboutis ses maigres économies : 550 drachmes, en tout et pour tout. Chagrinée, elle monta aussitôt au monastère pour en informer l’Ancien.

Lui, l’attendait à l’extérieur du monastère, près du mûrier. Il lui cria de loin : « Ne sois pas triste, on les retrouvera ! Cinq cent cinquante drachmes, n’est-ce pas ? D’ici quinze jours, on les aura retrouvées. » Treize jours plus tard, elle rencontra l’Ancien et lui dit que l’on n’avait toujours pas retrouvé l’argent. Il lui répondit : « Ma chère, ne t’avais-je pas dit dans quinze jours ? Pourquoi t’impatientes-tu ? »

De fait, le quinzième jour, une femme apporta à Mme Pénélope l’argent que son fils lui avait volé.

*

Lorsqu’il n’y avait pas de Divine Liturgie le dimanche au monastère, il descendait pour participer à la Liturgie et communier à Konitsa. Le samedi à minuit, il fermait le monastère et, en une heure, il était sur place. Il attendait dans l’ossuaire et, pendant six à sept heures, il priait pour les vivants et les morts, jusqu’à ce que le sacristain lui ouvre la porte.

Une de ces nuits, il vit les ossements irradier de la lumière. C’était sans doute là un signe pour lui montrer que les âmes des défunts ressentaient l’effet de ses prières.

*

A un certain moment, M. Lazaros Stérgiou travaillait au monastère et il rapporte que, un samedi, il faisait un coffrage pour construire un mur en torchis tandis que le Père Païssios nettoyait l’église. « Vers les onze heures, voulant me dire quelque chose, il me fit un geste. Arriva midi, nous allâmes manger, mais il ne parlait pas. Il avait perdu la voix. Je lui demandai : “Que se passe-t-il, Père Païssios ?” Lui était calme, comme si rien ne se passait. Je lui demandai : “Voulez-vous que je descende chercher un médecin ?”, mais il ne m’y autorisa pas ; nous communiquions par gestes. Le samedi suivant alors qu’il lavait les veilleuses je l’entendis psalmodier. Il sortit portant l’icône de la Toute Sainte. De joie, je l’embrassai. »

Ces jours-là, Mme Pénélope Barboutis montait aussi au monastère, elle se rendit compte qu’il ne parlait plus et se mit à pleurer. Après qu’il eut retrouvé sa voix, elle lui demanda ce qui s’était passé. L’Ancien lui répondit que cela lui était déjà arrivé à la Sainte-Montagne mais qu’il avait la certitude intérieure que cela ne se reproduirait pas, et cela ne se reproduisit plus.

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Mme Kaiti Patéras raconte que, « un jour, l’Ancien vint au village de Saint-Georges pour voir sa mère alors qu’elle arrangeait la maison. Un petit garçon âgé de huit ans, nommé Étienne, tomba de l’étage supérieur sur du ciment et se cogna la tête. Il s’y fit une blessure ouverte, et le sang se mit à couler en abondance. Tout le monde, la grand-mère, la mère poussèrent des cris sans savoir que faire. L’Ancien leur dit : “Mais, que faites-vous ?” Il descendit, lui fit un signe de croix avec une croix qu’il avait, demanda un peu de coton, le mit sur la plaie, et il n’y eut même pas besoin d’un médecin ; il n’eut même pas une cicatrice ! »

*

Un jour, il s’attarda à Konitsa à catéchiser des musulmans. Pour ne pas sauter les Vêpres, il les dit sur son chapelet* en montant au monastère de nuit. Les démons lui arrachèrent le chapelet des mains. Il resta à genoux à prier et dit qu’il ne partirait pas tant qu’ils ne lui auraient pas rendu son chapelet, et eux, contraints par la puissance de sa prière, le lui rapportèrent !

*

Un jour, le maire de la ville, accompagné par d’autres personnalités, rendit visite au monastère. L’Ancien ne chercha pas à les flatter pour qu’ils aident le monastère. Il n’avait pas appris à jeter de la poudre aux yeux des gens en les flattant. Lorsqu’il vint pour leur offrir un rafraîchissement, il ne commença pas par le maire, mais par le vieux Georges, un villageois simple et pieux, parce qu’il était plus digne de respect que les autres. Bien qu’il respectât les personnes qui avaient des charges, là, il honora la vertu — « La valeur d’un homme, c’est sa vertu11 » — et non pas seulement la personnalité qui dispose d’une charge sans l’accompagner de vertu.

*

  1. Thomas Tasios, de Konitsa, raconte que, un jour, il rencontra l’Ancien à la gare routière[11] [12] de Ioannina. Ils voyagèrent ensemble. En route se produisit un quadruple accident : trois autocars et un camion emboutirent des pylônes électriques. Notre car, comme mû par une puissance invisible, sortit de la route sur cinq mètres, sans dommage ; Thomas dit à l’Ancien : « Si tu n’avais pas été là, Père Païssios, nous serions devenus une colonne de sel. » Il me répondit : « As-tu vu quelqu’un faire son signe de croix ? Quand tu montes dans un car, dis la prière pour que tout se passe bien ! »

*

Mme Pénélope Barboutis rapporte que lorsqu’il avait mal à la tête, il l’appuyait sur l’icône de la Toute Sainte, et la douleur s’en allait.

Il pétrissait des prosphores sans levain. Il les bénissait, et elles levaient.

Un jour, il me dit de cuisiner des haricots, parce que trois chasseurs allaient venir. Effectivement, ils vinrent et demandèrent des haricots à manger. Ils avaient du gibier dans la gibecière, mais ils la suspendirent à un arbre à l’extérieur parce que l’Ancien ne permettait pas que l’on fasse cuire de la viande à l’intérieur du monastère.

À Ioannina, il connaissait une laïque qui avait le charisme de clairvoyance. Il voulait acheter des verres pour les lampes à pétrole, mais il n’avait pas assez d’argent. Alors qu’il passait devant sa maison, il l’entendit dire à quelqu’un : « Donne au Père treize drachmes pour qu’il achète des verres pour les lampes. »

  1. Départ de Stomion.

Les habitants de la région respectaient le « moine », comme ils appelaient l’Ancien. Ils l’aimaient sincèrement et ils l’aidaient, même s’ils ne se rendaient pas vraiment compte du trésor qu’il cachait en lui. Ils discernaient sur son visage quelque chose de spécial. Ils avaient été captivés par son amour et sa bonté. Il était leur ange gardien, leur consolation, leur appui dans les moments difficiles. Ceux qui alors étaient des petits enfants et qui sont aujourd’hui des hommes mûrs, se souviennent d’un moine squelettique qui parcourait les rues de Konitsa d’un pas vif ; en marchant l’air concentré, sans laisser son regard errer çà et là.

La réputation de sa vertu dépassa les limites de Konitsa. Des gens d’autres régions venaient le voir. Un groupe de jeunes gens qui étudiaient la théologie était en relation avec lui. Ils entretenaient une correspondance avec lui, lui rendaient visite et demeuraient au monastère. Ils reçurent une aide spirituelle et presque tous devinrent moines.

Malgré cela, certains visiteurs ne cessaient pas de l’importuner avec leurs façons mondaines, dont ils n’entendaient pas se séparer. Il y eut des démarches officielles pour construire une route et un téléphérique jusqu’au monastère. Certains d’entre eux avaient été contrariés que l’Ancien ait supprimé les réjouissances mondaines dans la cour du monastère le jour de la fête de celui-ci et réagirent. Quelques-uns cherchèrent à le chasser du monastère, pour s’emparer des bâtiments et de la forêt. Il y avait aussi d’autres raisons.

Au début, il quitta pour un mois le monastère. La veille de la fête de celui-ci, il se rendit dans l’église pour y célébrer l’office et, quand il eut terminé, il vit que l’on avait allumé des feux dans la cour et que l’on y dansait. Il prit son rason* et partit de nuit pour le Mont-Athos, affligé, en se disant qu’ils n’étaient pas encore mûrs spirituellement. Mais derechef il revint au monastère cédant aux prières de beaucoup.

En 1961, il partit pour la Sainte-Montagne. Les habitants de Konitsà firent pression pour qu’il revienne en envoyant au saint monastère de Phi- lothéou une lettre couverte de signatures.

Dans une lettre, il écrivait : « Dès que je fus parti de Konitsa, les habitants se mobilisèrent. Quelques jours après mon arrivée au saint monastère de Philothéou, arriva un document du maire, contenant beaucoup de signatures dont celle du préfet, pour que l’on me permette de revenir dans le saint monastère de Stomion, parce qu’il en avait grandement besoin, etc. Bien qu’ils en aient les raisons, tous les Pères du monastère n’étaient pas d’accord ici pour me donner la permission de partir. Ils voulaient faire appel au Patriarche Athénagoras et à Averof, qui était ministre des Affaires Étrangères pour qu’il intervînt auprès de l’administration civile de la Sainte-Montagne qui dépend de ce ministère. »

Après de pressantes sollicitations, l’Ancien revint encore une fois au monastère de Stomion, recevant un congé du saint monastère de Philothéou le 7 août 1961.

Son frère Luc et Dimitri Kortsinoglou, en voyant les difficultés auxquelles il se heurtait au Stomion, prirent l’initiative de construire, au bout de Konitsa, une petite maison avec une cellule, une chapelle et un atelier, où ils espéraient que l’Ancien allait demeurer. Ils ne voulaient pas qu’il parte et être ainsi privés de sa précieuse présence.

Pendant la période où il restaurait le monastère, il avait chassé les hérétiques (ce fut là peut-être son plus grand bienfait) et il était venu en aide à beaucoup de gens. Il avait cependant l’idée qu’il n’avait rien fait de bon et, souvent, il se blâmait lui-même en se disant qu’il était un moine et qu’il n’avait rien à faire dans le monde. Et il disait avec affliction à la Toute Sainte : « Ma Toute Sainte, moi je recherchais le désert, et Toi tu m’as amené dans le monde ! »

Il semble qu’il reçut une réponse à sa prière. De fait, lorsque plus tard le Père Cosmas, maintenant higoumène de Stomion, lui demanda comment il était parti, il répondit : « Eh, j’ai dit à la Toute Sainte de me montrer où elle voulait que j’aille, et elle me dit d’aller au Sinaï. »

A l’occasion de la visite d’un théologien qui demeurait alors au Mont- Sinaï, Mgr Damianos, qui est maintenant archevêque du Sinaï, l’Ancien entra en correspondance avec l’archevêque de l’époque, Mgr Porphyrios. Il lui demanda s’il accepterait qu’il demeurât au Sinaï, à l’extérieur du monastère, sans que le monastère eût la moindre obligation à son égard. Il reçut une réponse positive. Ainsi, lorsqu’il vit que sa mission dans le monde était terminée et, ayant accompli le vœu qu’il avait fait à la Toute Sainte, il quitta définitivement le Stomion le 30 septembre 1962 et partit pour la sainte montagne du Sinaï. Il ne mentionna pas les raisons de son départ, car les gens se seraient mobilisés et l’en auraient empêché. Il dit qu’il partait pour se soigner. Lorsqu’il partit, beaucoup pleurèrent, car il était leur consolateur.

Non seulement il rénova le monastère et écrivit l’histoire du saint monastère de Stomion sous la forme d’une chronique, mais il écrivit lui- même sa propre histoire (un synaxaire) là, parmi les rochers de Stomion, avec les combats et les événements surnaturels qu’il y vécut. Les habitants de Konitsa conservent pieusement dans leur mémoire le souvenir « du moine » qui désormais est connu partout sous le nom de « Père Païssios ».

 

[1] Ps 36,23.

 

[3] Les vers ci-dessous, composés par l’Ancien, reflètent son grand amour pour le monastère du Stomion, mais aussi la grande souffrance qu’il éprouvait pour tout ce qui s’y était passé :

« Petit monastère isolé, orné par la nature,

C’est avec piété que nos ancêtres t’avaient construit,

En te dotant de bien des offrandes,

Sans cesse gardé par des moines et un prêtre,

Mais aujourd’hui te voici en ruines,

Ta veilleuse s’est éteinte bien des fois,

Ta petite église, qui incite au recueillement pleure tristement,

Inconsolable à cause de ta bâtisse brûlée par les Allemands.

La Toute Sainte a consenti à ce qu’elle brûle à cause de nos péchés,

Parce que, de nos jours, nous les jeunes, nous nous sommes détournés,

Nous avons abandonné nos chansons klephtiques et nos danses nationales Pour tomber dans les horreurs de l’Occident. Malheur à notre aveuglement !

Mais de nouveau nous n’avons pas compris Notre Dame :

Que nous devons célébrer les fêtes toujours avec des vigiles,

Et non pas avec des danses obscènes et des chansons bruyantes,

Insultant ce qui est sacré devant ton saint narthex. »

[4]  C’est-à-dire l’exhumation ou la mise au jour.

[5] Cet endroit du mur était pour M. Pantélis une marque. C’est de lui qu’il se souvint 37 ans plus tard, pour montrer au bienheureux Métropolite de Corfou, Timothée, l’endroit de la tombe de saint Arsène. Alors, le samedi 8 août 1995, eut lieu la deuxième invention et l’on trouva une partie du pied droit avec les doigts de pieds et six vertèbres.

[6] Ces témoignages relatifs à la translation proviennent de M. Pantélis Tzékos, désormais moine Arsène. Pour le dernier fait rapporté voir aussi le livre de l’Ancien, Saint Arsène de Cappadoce, p. 8-9.

[7]  Cf. Apophtegmes des Pères du désert, série alphabétique Longin, 5.

[8]  Pallade, Histoire Lausiaque, 23.

insistance sur la lecture assidue de la Bible, la nécessité de la communion fréquente, la nécessaire cohérence entre foi et vie sociale, il fut l’un des inspirateurs d’Eusebios Mathopoulos (1849-1929), fondateur de la fraternité laïque Zoï.

[10] Au monastère de Phaneromeni, à Salamine. Là, elle devint moniale, et elle s’endormit sous le nom de sœur Anna, et selon le monde Athina Hadji laquelle, durant les années de l’Occupation, avait exercé une grande influence.

[11] S. Jean Chrysostome, Commentaire sur Psaume 48, PG 55, 232.

[12] La station d’autocars.