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  1. Au saint monastère de Stavronikita.

La Sainte Communauté invita les hiéromoines Basile et Grégoire de la skite d’Iviron à revivifier le monastère, jusque-là idiorythmique*, de Stavronikita qui manquait de moines. Lorsqu’ils interrogèrent l’Ancien, celui-ci les encouragea à accepter l’invitation de la Sainte Communauté et il ajouta de surcroît : « Moi aussi je vais venir pour vous aider dans la mesure du possible. »

C’est ainsi qu’après un séjour ascétique d’un an dans le désert de Ka- tounakia, l’Ancien se rendit au saint monastère de Stavronikita le 12 août 1968.

Il nota dans une lettre datée du 11 octobre 1968 : « …Vous allez apprendre par le changement de lieu et de vie. C’est-à-dire du désert au monastère et de la totale insouciance aux soucis et aux responsabilités. Je crois que vous prierez pour que ma charge soit brève, afin que je retrouve rapidement mon moi dispersé. Je ne pouvais bien sûr éviter la mobilisation. J’espère au printemps avoir réglé cette affaire et retrouver ma liberté pour prier sans cesse pour vous, car maintenant avec les soucis du monastère, je ne peux pas même faire face à mes obligations fondamentales. »

Comme le monastère avait de grands besoins, l’Ancien participait à toutes les diaconies. Il commençait le premier et les autres suivaient. En raison du manque de moines, il assuma aussi la charge de responsable (proïstamenos).

Le 9 novembre 1968, il reçut avec du retard sa permission de congé du monastère de la Grande Lavra dont dépendait son kellion à Katounakia.

 

 

 

  1. La dormition du Père Tykhon.

Sur ces entrefaites, son Ancien, l’ascète russe Père Tykhon, était à la dernière extrémité. Après une vie bien remplie de combats et d’ascèses, il était désormais prêt pour la vie étemelle. Lors de ses dix derniers jours, il appela auprès de lui son disciple (le Père Païssios), lequel écrivit ce qui suit : « Ces dix derniers jours, alors que je séjournais auprès de lui, constituèrent la plus grande bénédiction que j’aie reçue de Dieu, car j’en ai tiré une aide spirituelle supérieure à toutes les précédentes, puisque me fut donnée l’opportunité de vivre auprès de lui et de le connaître mieux… Le dernier soir pendant trois heures de suite, il garda sa main sur ma tête, il me bénit et m’embrassa pour la dernière fois. »

Il s’endormit le 10 septembre 1968. Ayant pressenti sa mort, il s’était préparé de ses mains son tombeau.

A son bon disciple, « le doux Païssios » comme il l’appelait, il laissa sa bénédiction et la promesse qu’il viendrait lui rendre visite chaque année. Il ajouta : « Entre nous, mon enfant, régnera un tendre amour pour les siècles des siècles ». Il désirait lui transmettre sa calyve* et il lui dit : « Si c’est toi qui viens habiter dans ce kellion, cela me fera plaisir, mais c’est comme Dieu le veut, mon enfant. »

Effectivement, après que l’Ancien eut contribué à l’organisation de la nouvelle communauté, il s’installa pour des raisons d’hésychia dans la calyve de la Précieuse-Croix (le registre porte la date du 2 mars 1969). Il considérait que le fait de s’installer là où avait vécu et combattu son saint Ancien était une grande bénédiction. Le lieu l’émouvait et l’inspirait ; car il bénéficiait d’une grâce particulière en raison des combats surhumains du Père Tykhon et des événements divins qui s’y étaient produits.

Désormais délivré des soucis de la vie communautaire et ayant comme viatique la bénédiction et l’exemple de son Ancien, il faisait ses délices de la « douceur de L’hésychia» et de sa communion avec Dieu, et il priait pour rester « obscur » et pour le salut du monde. Il écrivait dans une de ses lettres datée du 10 avril 1969 : « Étant désormais libéré avec la grâce de Dieu du monastère, je me retrouve dans ma douce hésychia (qui, à elle seule, constitue une prière secrète), je vais me souvenir davantage de vous en me trouvant plus éloigné donc plus proche de vous. Priez, je vous prie, pour que je reste obscur plutôt que d’être connu, car c’est seulement ainsi que je vais accomplir ce à quoi je suis destiné. En vérité, c’est seulement quand je me rends obscur que je me sens proche du monde souffrant. »

Bien qu’il se soit retrouvé obscur et enterré dans la « fosse du Père Tykhon », il devint un pôle d’attraction pour pas mal de jeunes qui se rendaient à Stavronikita pour y mener la vie monastique tout en gardant la possibilité de voir et de prendre conseil de l’Ancien. Le nombre des pères augmenta rapidement et ils s’organisèrent selon une règle cénobitique, tandis que dans son ermitage l’Ancien s’efforçait discrètement de guider la communauté sur la voie des saints Pères.

  1. Sa vie à la calyve de la Précieuse-Croix.

Sur le chemin qui mène de Stavronikita à Karyès, sur la gauche peu après le proskynitaire, part un sentier. Il traverse un petit bois d’arbousiers, de chênes verts et de bruyères, puis monte et descend sur un sol irrégulier pour déboucher sur une calyve entourée de grillages. Près de la porte, il y avait une boîte avec une fente, comme une boîte aux lettres, et une note sur laquelle était écrite à peu près la chose suivante : « Notez sur un papier ce dont vous voulez que nous discutions et mettez-le dans la boîte. Vous retirerez plus de bénéfice de la prière que de la discussion. »

Un fil de fer attaché à la clôture servait à frapper la clochette pour avertir l’Ancien. La cour spacieuse était couverte d’oliviers et de quelques pieds de vigne. Au-dessus du sentier s’étalait un tas de bois. Il l’avait mis là, pour être caché quand il se rendait de sa cellule à son atelier. En descendant à droite du kellion, sous un olivier, se trouvaient une petite table et deux ou trois sièges improvisés : son hôtellerie estivale. À gauche se trouvait la tombe du Père Tykhon, sur laquelle l’Ancien avait planté des romarins pour qu’on ne la piétine pas.

Trois à quatre marches conduisaient à un couloir qui se trouvait avant l’entrée, entre la maison et un muret de pierre. Les extrémités du couloir étaient fermées par des portes, pour empêcher les courants d’air. À gauche se trouvait une cuisine primaire : une place sur le muret de pierre, juste ce qu’il fallait pour y poser une casserole, et un espace en dessous pour y allumer du feu. Il y avait un petit abri avant l’entrée de la calyve, et le pèlerin, une fois passé la porte d’entrée, se retrouvait dans une antichambre d’un pas de large sur trois de long, qui était éclairée par une petite fenêtre. Droit devant se trouvait la cellule de l’Ancien et à gauche la chapelle de la Précieuse Croix avec trois ou quatre icônes sur son iconostase, une stalle, un lutrin et rien d’autre. Impressionnante simplicité.

À quelques mètres plus au sud de l’entrée, une autre porte extérieure conduisait à son atelier et à l’hôtellerie ; c’était une toute petite cellule avec un plafond bas fait de roseaux et de terre, et avec deux lits très étroits, qui étaient très peu éloignés l’un de l’autre, un homme pouvait tout juste s’y tenir debout.

La petite calyve de la Précieuse-Croix n’offrait pas beaucoup de possibilités d’hébergement et, conformément à sa règle hésychaste, l’Ancien hébergeait avec discernement seulement quand il estimait que c’était nécessaire. Il écrivait dans une lettre datée du 21 décembre 1971 : « …Je serais tout à fait disposé à vous héberger avec toute mon hospitalité de mendiant dans ma calyve et à prendre soin de vous, non pas à moitié, mais de tout mon être. Quand vous le désirez, n’hésitez pas (car si je me rendais compte que vous hésitiez, je serais attristé). Mais en ce moment durant l’hiver, la calyve ne peut recevoir qu’une seule personne. Malheureusement, ma calyve n’est pas d’accord avec mon cœur. »

À l’est de la cellule se trouvait une citerne avec de l’eau de pluie qui s’y rassemblait venant du toit par des tuyaux. Il en buvait et l’offrait aussi aux visiteurs. Plus loin se trouvait une autre citerne ouverte plus grande pour l’irrigation, qu’il n’utilisa jamais parce qu’il ne cultivait pas de jardin.

Vue de l’extérieur, la vie de l’Ancien dans la calyve de la Précieuse- Croix était à peu près la suivante : en début de soirée, il dormait deux à trois heures et se réveillait aux alentours de minuit. Il veillait toute la nuit et se reposait un peu avant l’aube. Pendant la journée, s’il n’y avait pas de visiteur, il faisait du travail manuel : il fabriquait de petites icônes et des croix à la presse. Le reste du temps, il lisait, priait et répondait aux très nombreuses lettres qu’il recevait d’une multitude de personnes qui demandaient qu’il priât pour elles ou qui sollicitaient des réponses à de graves problèmes. Il écrivait pendant des heures chaque jour et, quand il faisait sombre, il continuait avec une bougie. Mais le nombre de lettres ne faisait qu’augmenter. C’est pourquoi pendant l’année 1977 il décida de ne plus répondre sauf s’il s’agissait d’affaires urgentes et graves. Il le fit connaître à quelques-uns et les autres l’apprirent. A ce propos, il expliquait : « Pour ma part, il faut croire que je me suis destiné à être moine. Je vois que ceci me détourne de mon but. » Il n’en cessait cependant pas de prier pour tous ceux qui lui envoyaient des lettres. Et, justement, il avait limité la correspondance pour qu’il lui reste plus de temps pour la prière, ce qu’il considérait comme étant la principale contribution du moine pour le monde.

D’ailleurs, sa vie simplifiée à l’extrême lui donnait la possibilité de consacrer presque tout son temps aux affaires spirituelles et à tous ceux qui avaient des besoins spirituels.

Les années passant, le nombre des visiteurs ne fit qu’augmenter. Il consacrait beaucoup de temps à résoudre leurs problèmes. Il écrivait : « J’avais pris froid et j’avais de la fièvre. D’un côté les visiteurs faisaient monter ma fièvre, mais de l’autre ils ne me laissaient pas mourir, parce que je n’en avais pas le temps. »

Il se retrouva placé devant un dilemme : rester ou retourner au Sinaï ou quelque part ailleurs où il pourrait trouver L’hésychia ? Il ne se bouscula pas ; il pria, pour ne pas « en faire qu’à sa tête », et il réalisa que la volonté de Dieu était qu’il reste : « Comme les événements le montrent, ici je vais m’occuper des difficultés… Ces jours-ci, je vais même enclore mon terrain avec du grillage1. »

Pendant un certain temps, deux jours par semaine, le mercredi et le vendredi, il restait reclus. Il n’ouvrait à personne. Il jeûnait, priait et faisait un subtil travail spirituel en lui-même. Il avait aussi une toute petite cabane dans le bois, près du lit du ruisseau, construite de façon improvisée, couverte de tôles, près d’une petite source, où parfois il se retirait pour avoir davantage de tranquillité. Après sa réclusion ou son absence, il recueillait les messages des visiteurs et disait pour eux une prière de tout son cœur.

D’habitude, il assistait à la Liturgie et communiait au monastère. Par intervalles, il faisait aussi célébrer la Divine Liturgie dans sa chapelle ou allait ici et là, même dans des kellia qu’il connaissait, pour y assister à la Liturgie.

Il récoltait des olives, et parfois, avec un pressoir primitif et original qu’il avait lui-même conçu et fabriqué, il extrayait un peu d’huile pour les veilleuses de l’église. Il donnait des olives aux pauvres ascètes et aux petits vieux de Kapsala. Il leur rendait visite pour en tirer un profit spirituel et les aider autant qu’il le pouvait.

Ordinairement, il ne s’occupait pas de cuisine, sauf lorsque, et c’était très rare, il hébergeait quelqu’un. Un jour, il hébergea un jeune qu’il connaissait. Il se mit à cuisiner. Il broya quelques lentilles, ajouta aussi un peu de riz dans la casserole, l’équivalent en eau et ils allumèrent du feu avec un petit fagot de brindilles de bruyères qui abondent dans le voisinage. Ils s’assirent un peu plus loin et se mirent à converser. Le jeune homme pensa que l’Ancien, absorbé par sa discussion, avait oublié la casserole sur le feu. Mais en peu de temps, la nourriture était prête. Il ne fut même pas nécessaire de la remuer. Sa cuisine était simple à ce point.

Ils firent les Vêpres avec le chapelet*. Le jeune dans la chapelle et l’Ancien dans sa cellule où il lisait aussi le Théotokarion[1] [2]. Puis il dressa la table et ne cessa pas, avec un amour paternel, de conseiller et d’enseigner le jeune homme. La nourriture était sans huile mais très savoureuse. Sa paisible contrition quand il dit la prière de table, impressionna son visiteur. Il se concentra en lui-même comme s’il se détachait des réalités terrestres et était transporté devant le Christ. Après le dîner, il sortit pour nourrir les animaux sauvages en les appelant chacun par son nom.

Vers le coucher du soleil, ils firent une heure de chapelet* dans la cour séparément et ensuite, après avoir installé le visiteur dans Phôtellerie, l’Ancien se retira dans sa cellule.

C’est dans cette pauvre calyve de Kapsala que l’Ancien pratiquait son ascèse « au fin fond de la fosse », mais avec un mode de vie élevé, qui consistait en une prière ininterrompue, seul avec Dieu seul, et nourri par Sa grâce. Totalement dépourvu des commodités matérielles, mais riche en vertus et en grâce divine. Il se consumait dans l’ascèse et reposait spirituellement tout visiteur. Il souffrait lui-même pour la souffrance et les péchés des hommes et, en même temps, il leur transfusait joie et consolation. Il luttait avec les démons, conversait avec les saints, fréquentait les animaux sauvages et aidait spirituellement les hommes, comme cela apparaîtra avec les événements significatifs et les témoignages qui vont suivre.

  1. « Lumière pour mes pas. »

L’Ancien nous raconta ce qui suit : « Je me trouvais dans un monastère (Stavronikita). C’était le soir. En partant, je trouvai à l’extérieur de la porte du monastère un laïc qui voulait me parler. En marchant, il se mit à me raconter ses problèmes. Le temps passait, et j’étais malade. La maladie était telle, que je ne pouvais ni m’asseoir pour me reposer ni me tenir debout. Pendant qu’il parlait, le temps passa et la nuit tomba. Je pensai un instant à ma maladie et je voulus interrompre l’entretien, mais je me suis dit : “Cet homme a tant de problèmes, et c’est maintenant que tu vas prendre soin de toi-même !” Et ainsi, il continua de me parler, jusqu’à ce que la nuit soit totalement tombée. Le laïc avait prévu d’aller dormir dans un kellion qu’il connaissait. La porte du monastère s’était refermée[3].

Une fois la discussion terminée, je pris la direction de ma calyve. J’entrai dans le sentier, et celui-ci devait passer par un endroit qui était étroit et abrupt. Quand j’arrivai à cet endroit, comme je n’y voyais rien — je n’avais même pas de lampe de poche avec moi -, je tombai dans les branches et les buissons et je me retrouvai pris par les branchages. Je n’y voyais rien du tout, et ma musette me tomba sur la tête. À l’endroit où j’étais, je me suis demandé ce que je pouvais faire, et j’ai décidé de dire les Complies. Je commençai alors : “Saint Dieu, Saint fort, etc.” Aussitôt, une lumière jaillit fortement ; ma tête était devenue une lampe ! Autour de moi il faisait clair comme en plein jour ! Je vis donc où je me trouvais, j’escaladai le talus et je sortis. La lumière continuait de briller autour de moi. Mon cœur était rempli d’une jubilation céleste. J’arrivai à ma calyve, je pris la clef de l’endroit où je la mettais, j’ouvris, j’entrai dans la chapelle, j’allumai les veilleuses, c’est alors que la lumière se retira. »

  1. Apparition de saint Arsène.

Le 21 février 1971, l’Ancien était assis dans la cour de sa calyve et relisait le manuscrit de la Vie de saint Arsène, qu’il avait écrite, pour y repérer les fautes éventuelles. « C’était deux heures avant le coucher du soleil, écrivit-il, et tandis que je lisais, le Père Arsène vint me visiter ; et comme le professeur cajole l’élève qui a bien écrit sa leçon, il fit la même chose pour moi. En même temps, il me laissa le cœur rempli d’une douceur et d’une jubilation céleste inexprimables, qu’il m’était impossible de supporter. Je sortis en courant comme un fou dans les environs de la calyve et je l’appelai, car je pensais le trouver[4]. » L’apparition de saint Arsène le bouleversa. Il en fit lui-même le dessin au crayon, et les sœurs de Souroti peignirent son icône. Mais, comme le rapporta l’Ancien : « La première icône ne ressemblait pas beaucoup au saint. Je m’assis alors à côté d’elles, et je leur dis de faire ceci et cela. » C’est ainsi que fut réalisée l’icône bien connue de saint Arsène, qui rend exactement les traits de son visage. L’Ancien croyait inébranlablement à la sainteté de saint Arsène. Malgré cela, il dit de ne pas faire d’auréole sur son icône, et de ne pas la mettre sur le proskynitaire* avec les autres icônes des saints, mais un peu en dessous. Quand on lui demanda pourquoi il ne la mettait pas plus haut, il répondit : « S’il le veut, qu’il monte tout seul. » C’est-à-dire qu’il agisse pour qu’advienne sa canonisation. De la même façon, il le représenta aussi sans auréole sur l’icône de métal qui lui servait de matrice pour fabriquer les petites icônes embouties du saint. Il mit comme titre à sa Vie : « Le Père (et non pas saint) Arsène de Cappadoce. » Il attendait que l’Église le reconnût d’abord comme tel. Il avait noté dans son exemplaire personnel des Ménées* en date du 28 octobre, le texte suivant, en dialecte phara- siote : « Aujourd’hui, le 10 novembre 1924 selon le nouveau calendrier qui correspond au 28 de l’ancien calendrier, s’est endormi l’homme de Dieu, le hiéromoine Arsène (Hadji Effendi) de Pharassa de Césarée. Puissions-nous avoir sa bénédiction. Païssios moine. »

  1. Père Tykhon et la tentation.

Le Père Païssios écrivit : « Le 10 septembre 1971, pendant la nuit, après minuit, alors que je disais la Prière de Jésus, je vis soudain l’Ancien (Père Tykhon) entrer dans ma cellule ! Je bondis, tombai à ses pieds, les lui pris et les embrassai avec piété. Mais je ne compris pas comment il me glissa entre les doigts et, alors qu’il partait, je le vis entrer dans l’église et disparaître[5]. »

Un jour, il pensait aller au monastère (Stavronikita) pour communier. Ce jour-là, beaucoup de gens vinrent le voir et il n’eut pas le temps de vaquer à ses devoirs spirituels et de se préparer comme il l’aurait souhaité. Pour cette raison, il hésitait et ne savait pas s’il pouvait communier.

À cet instant, il vit devant lui sur les marches de l’escalier quelqu’un qui était comme le Père Tykhon, qui fronçait le nez et agitait négativement la tête, lui disant : « Ne communie pas. »

L’Ancien, bien qu’il ait pris en considération la promesse du Père Tykhon selon laquelle il lui rendrait visite, se rendit aussitôt compte que celui qui ressemblait à Papa Tykhon, et qui lui interdisait de communier, était le diable, et il lui répondit : « Va-t-en, tu n’es pas mon Ancien ! », puis il descendit au monastère et communia.

  1. À Tinos.

Un jour, la veille du quinze août, il prit le bateau pour aller vénérer l’icône de la Mère de Dieu à Tinos. Il vit allongées sur le pont, en train de prendre un bain de soleil, des femmes à moitié nues et en fut peiné. Il se dit : « Comment se peut-il que des images de Dieu soient tombées si bas ? » Il se détacha de son environnement et se concentra sur lui-même. Il fit une prière du fond du cœur avec peine en disant : « Mon Dieu, envoie de la pluie pour qu’elles reprennent leurs esprits. »

Peu après, des nuages s’accumulèrent et une averse éclata qui eut pour résultat d’obliger les femmes à s’habiller et à rentrer.

Il vénéra avec piété l’icône de Notre Dame de l’Annonciation et revint aussitôt ; il ne resta pas. Il dit plus tard à quelqu’un : « Je ne te dirai qu’une seule chose et tu comprendras : l’icône de la Toute Sainte est pleine de vie. » Sur le bateau, il rencontra l’archevêque Jérôme et s’entretint avec lui de la situation de l’Église.

 

  1. Le moine dans l’illusion.

Un moine dans l’illusion lui rendit visite. Il avait pris la décision de ne jamais boire d’eau. L’illusion spirituelle est une chose redoutable dont on est difficilement guéri. L’Ancien, malgré tout, trouva le moyen grâce à son discernement de l’aider. Il racontait : « Je lui ai offert un loukoum et de l’eau, il me dit qu’il ne buvait pas d’eau. Je compris son illusion et je lui dis que je ne lui demandais pas de boire tout le verre, mais que, s’il voulait bien, de n’en boire qu’une gorgée. Je savais ce qui allait se passer, c’est pourquoi j’avais aussi un seau plein d’eau. C’est comme ça. Dès le moment où il prit le verre pour n’en boire qu’une gorgée, il le but tout entier d’un seul trait. Ensuite, il demanda un autre et encore un autre verre frénétiquement, comme s’il brûlait, en sorte qu’au bout du compte il faillit boire tout le seau. » L’obligation que l’égaré s’était donnée venait de son orgueil et naturellement il avait besoin d’une aide démoniaque pour mener à bien son exploit égoïste. Dès qu’il obéit et qu’il s’humilia, le soutien démoniaque cessa, et il était désormais incapable d’accomplir l’obligation qu’il s’était donnée.

  1. Compassion envers les malades.

Le Père Athanase de Stavronikita, dans le monde Euthyme Skliris, fils de Nicolas et d’Euthymie, naquit à Corinthe en 1930. Il étudia le droit et il rencontra l’Ancien au Sinaï où il s’était rendu pour devenir moine. Il le suivit à l’Athos et, finalement, il se retrouva au saint monastère de Stavronikita[6].

Il était moine du Grand Habit*, membre de la Synaxe* des Anciens, et était représentant du monastère à Kaiyès. L’Ancien l’aimait tout particulièrement, parce qu’il était obéissant. Il tomba malade et fut admis à l’Hôpital Populaire d’Athènes. Les examens révélèrent des métastases pulmonaires étendues provenant d’une tumeur, pour l’ablation de laquelle il avait jadis subi l’énucléation d’un œil. Un liquide s’était accumulé autour du poumon dont on devait lui faire de fréquentes ponctions ; il avait du mal à respirer et, par intervalles, une sensation tenace de suffocation. Une fois informé de l’état du malade, l’Ancien décida de se rendre à Athènes pour l’assister.

  1. Panagiotis Drositis, président honoraire de la Cour d’Appel, qui eut la bénédiction d’accueillir l’Ancien dans sa maison pendant un mois, rapporte : « L’Ancien arriva chez moi tard dans la soirée, et je l’installai pour son séjour dans une partie de mon appartement qui était indépendante, pour qu’il puisse se déplacer aisément, sans sentir qu’il dérangeait. Ma chambre à coucher était séparée de la chambre que j’avais concédée au Père Païssios par une porte vitrée coulissante, ce dont il ne s’était pas aperçu, et c’est ainsi que, sans le vouloir, jusqu’à ce que je m’endorme, je partageais avec lui une grande partie de sa vigile nocturne de prière pleine de ferveur qu’il adressa au Christ et à la Toute Sainte pour le Père Atha- nase malade, en demandant sa guérison. Il semble que ce soir-là il avait eu une vision, car dès le lendemain il parlait du départ du Père Athanase, comme s’il avait reçu une réponse claire à sa pressante prière d’intercession la nuit précédente. Le lendemain matin, l’Ancien sembla surpris et visiblement ennuyé, quand je lui dis que je dormais dans la chambre mitoyenne, comme s’il ne voulait pas que se sache tout ce qui s’était passé et tout ce que j’avais entendu cette nuit-là. Le matin même, nous nous rendîmes à l’hôpital où il rencontra le Père Athanase et il entreprit une œuvre spirituelle avec tous les malades ainsi qu’avec les gens qui circulaient dans les salles de soin. Il vit les médecins et se renseigna sur l’état de santé du Père Athanase et il suggéra aux médecins traitants de dire au malade en détail et en toute sincérité quelle était la gravité de son état. Au début, le Père Athanase, en apprenant son état de santé, fut envahi par la circonspection et la contrariété. Mais il ne tarda pas, grâce à sa relation avec l’Ancien et son soutien spirituel, à se ressaisir et, de mourant, il devint un héraut de la vie, malgré l’aggravation constante de son état de santé.

Pendant ce temps, la présence quotidienne du Père Païssios à l’hôpital transforma les couloirs, les cages d’escalier et les chambres en véritables hôpitaux des âmes, dans lesquels se pressaient des médecins, des infirmiers, des malades et beaucoup de personnes bien portantes, de tout âge, pour recevoir une bénédiction, un réconfort et une solution à leurs problèmes. L’Ancien prodiguait sans compter son amour à tous ceux qui accouraient auprès de lui, et lui-même, en cherchant, trouva des occasions de prodiguer son amour.

Je me souviens que l’Ancien donnait tout ce qu’il avait à de pauvres malades. Il était même angoissé et priait pour une jeune fille qui avait commis des écarts de comportement, et il se calma après avoir reçu la certitude intérieure que cette créature de Dieu finirait par retrouver le droit chemin.

Tard le soir, il revenait à la maison, après une journée pleine de fatigue et de tribulations, continuant souvent à voir des personnes qui n’avaient pas pu venir le voir à l’hôpital. Je ne me rappelle pas qu’il ait un jour quelconque fait mention de sa fatigue ou de ses tribulations. Au contraire, il était plein de joie, avec son humour bien connu. J’ai conservé une des notes qu’il me laissait quotidiennement pour me faire plaisir et me garder dans une ambiance joyeuse. Lorsque l’Ancien fut assuré que le malade avait été confirmé et avait progressé dans la foi, et avait été transformé, malgré ses souffrances, en un héraut rayonnant de la vie, qui confortait et réjouissait non seulement les autres malades de sa salle, mais même ses visiteurs, il quitta Athènes, sans cesser de communiquer avec lui par des lettres très chaleureuses qu’il lui envoyait par mon intermédiaire. J’ai conservé sa dernière lettre qui ne devait pas trouver le Père Athanase vivant. Il avait même inclus dans sa lettre une photographie du Père Tyk- hon. La dormition du Père Athanase fut celle d’un saint.

Lors de l’arrivée de la dépouille du Père Athanase au débarcadère de Stavronikita, le Père Païssios me dit que le visage du défunt paraissait si joyeux et si serein que, s’il n’avait pas été intimidé par les personnes présentes, il aurait crié sa joie et rendu grâce à Dieu qui est bon. »

Le Père Athanase s’endormit dans le Seigneur le 6 mai 1972. Voici ce que le Père Païssios disait sur sa dormition : « Le Père Athanase souffrait depuis longtemps d’un mélanome. Il l’avait développé, mais il vécut pendant des années, et finalement il fit des métastases dans les poumons et on l’amena à l’hôpital. Pendant un mois je restai auprès de lui, habitant chez quelqu’un de ma connaissance et je m’y rendais deux fois par jour pour le voir. Peu de temps après mon départ, il mourut. Je l’avais compris, je l’avais même vu dans une vision et le jour de sa mort je lui avais même dit que ce jour-là il mourrait. Par la suite, on l’amena au monastère. En le voyant, je ressentis de la tristesse. Je regrettais le passé, les années pendant lesquelles nous avions vécu ensemble. Je regrettais aussi toutes les années pendant lesquelles nous allions encore être séparés jusqu’à ce que je m’en aille à mon tour. Et quand je l’embrassais pour la dernière fois, il me sourit. Oui, pour me consoler, Dieu le lui avait permis ! »

  1. L’olivier et les rasons

Cette année-là — c’était autour de 1972 -, on discutait de la possibilité de changer les vêtements des prêtres, et quelques-uns voulaient recevoir la bénédiction de l’Ancien de ne plus porter le ras on*. L’un d’entre eux rendit visite à l’Ancien en soutenant : « L’habit ne fait pas le moine. Il vaut mieux que les prêtres se déplacent en habit civil, car ainsi ils sont plus facilement en contact avec les gens », et d’autres bêtises du même genre. L’Ancien ne réussit pas à le convaincre, et finalement il lui dit : « Viens demain, je te répondrai. »

Pendant la nuit, il pria, et le matin lorsque le clerc arriva, il lui montra un olivier qu’il avait dépouillé exprès. Il avait laissé au sommet quelques rameaux qu’il avait coupés avec des ciseaux et il ressemblait d’une certaine façon aux clercs sans soutanes qui n’ont qu’un peu de barbe. Il lui dit : « Cela te plaît-il de voir cet arbre sans écorce ? Ainsi en est-il des prêtres sans soutane. » Le prêtre fut alors convaincu et il partit en remerciant l’Ancien qui, avec un exemple simple, lui avait fait rejeter ces conceptions mondaines.

Sur le tronc de l’olivier dépouillé, il grava au couteau la phrase suivante : « Les arbres ont rejeté leur parure, nous verrons les tats… » et «Prêtre sans soutane, donc prodigue[7]…» Naturellement, par la suite l’arbre se dessécha. Mais il servit à beaucoup, et en général de cette façon démonstrative il contribua à ce que ces tendances anti-traditionnelles demeurent infructueuses.

Un candidat à la prêtrise bien disposé lui demanda des années plus tard : « Pour quelle raison les clercs doivent-ils porter la soutane ? » L’Ancien lui répondit : « Il y a beaucoup de raisons. Mais le seul fait que toutes les personnes pieuses soient soulagées en voyant leur prêtre avec une soutane suffit. »

  1. À Pharassa.

Lorsque l’Ancien écrivait la Vie de saint Arsène, « son cœur brûlait » de voir Pharassa en Cappadoce, et Dieu le lui accorda. Le 29 octobre 1972, il rendit visite au village où il était né, en compagnie du Père Basile qui était alors higoumène du monastère de Stavronikita. Outre tous les éléments notables de cette visite qu’il mentionne dans la Vie de saint Arsène, l’Ancien rapporta quelques autres détails dignes d’intérêt.

En chemin, ils s’arrêtèrent dans un village et commandèrent dans une boutique quelque chose à manger. Pratiquement tout le village s’attroupa pour les regarder par les fenêtres. Avant de commencer à manger, l’Ancien dit à l’higoumène de prolonger debout la prière de bénédiction. Ils firent de manière ininterrompue une succession de signes de croix et dirent des prières. « Faisons tout un canon de prière, dit en riant l’Ancien, car peut-être que certains d’entre eux sont des chrétiens en secret, cela leur permettra de se réjouir un peu, les malheureux. »

Aux Turcs qui lui demandaient quel était le but de son voyage, il répondit franchement que lui-même était originaire de Pharassa. Un policier le regarda avec suspicion et l’arrêta. Il le mit dans un espace clos, ferma à la hâte la porte et partit. Des heures passèrent et personne ne vint l’interroger. Alors, il dit à l’higoumène d’aller chercher un taxi et ils partirent. À Pharassa, il souffrit intérieurement quand il vit l’église où saint Arsène célébrait la liturgie transformée en mosquée. Il eut du village une image bien différente de celle que ses parents lui avait donnée. Ce qui avait été jadis la demeure du chef du village était désormais plein de ruines, d’ordures, et d’objets abandonnés. Les Turcs l’accompagnèrent partout ; ils ne le laissèrent pas un seul instant seul. Ils le regardaient plein d’inquiétude et de soupçon. Lui, bien sûr, de montrer que ces lieux n’étaient pas à eux.

Ils revinrent en passant par Ancyre[8] jusqu’à Constantinople[9]. L’Ancien, plein d’émotion, alla vénérer Sainte-Sophie. Il se blottit dans un coin et pria mentalement le cœur dolent. Le gardien turc s’en rendit compte et se mit à crier et à le menacer, parce que « Kemal a dit que ni vous ni nous ne devons prier ici ». Alors l’Ancien, sans prendre en considération le danger, rempli d’un zèle divin, commença à hausser le ton en s’adressant au gardien turc. Il le mena derrière une colonne, derrière laquelle il avait vu de l’urine. Il la montra au Turc et, avec irritation, il lui adressa des reproches : « Qu’est-ce que c’est que ça ? Est-ce que Kemal vous a dit de faire de telles choses ? » En racontant tout cela, l’Ancien ajouta avec certitude : « La colère de Dieu viendra et elle les balayera… »

Ils visitèrent le monastère de Chora et admirèrent les magnifiques mosaïques : « Là, on voit que la grâce déborde », dit-il. Au Patriarcat, on lui témoigna du respect et de la dévotion, et ils se réjouirent de la visite de l’ascète athonite. Ils furent impressionnés par un incident qui témoignait de l’humilité et de la patience du Patriarche Dimitrios.

  1. Sainte Euphémie.

Alors qu’il se trouvait dans la cour de son kellion, l’Ancien reçut la visite d’un de ses enfants spirituels. Il répétait sans cesse dans son cœur « Gloire à toi ô Dieu », encore et encore. Alors l’Ancien lui dit :

« On peut devenir inutile, au bon sens du terme.

  • De qui parlez-vous, Géronda ?
  • J’étais tranquillement assis dans ma cellule, elle est venue et m’a fait perdre la tête. Ils passent du bon temps là-haut.
  • Qu’est-ce qui se passe, Géronda ?
  • Je vais te le dire, mais ne le répète à personne : J’étais revenu du monde*, où je m’étais rendu pour une affaire ecclésiastique. Mardi[10], vers dix heures du matin, j’étais dans ma cellule et je disais les Heures. J’entendis frapper à la porte et une voix de femme qui disait : “Par les prières de nos saints Pères[11]…” Je me suis dit : “Comment est-il possible qu’une femme se trouve à l’Athos ?” Cependant je sentis en moi une extrême douceur divine, je demandai alors : “Qui est-ce ? — C’est Euphé- mie”, répondit-elle. Je me suis dit : “Quelle Euphémie ? Peut-être qu’une femme a fait une folie en venant à l’Athos déguisée en homme ? Qu’est- ce que je vais faire maintenant ?” Elle frappa de nouveau. Je demandai : “Qui est là ? — Euphémie », répondit-elle pour la deuxième fois. Je restai pensif sans ouvrir. Lorsqu’elle frappa pour la troisième fois, la porte s’ouvrit toute seule, alors qu’elle était vérrouillée de l’intérieur. J’entendis des pas dans le couloir. Je bondis de ma cellule et je vis une femme avec un voile. Quelqu’un, qui ressemblait à saint Luc l’Evangéliste, la suivait, puis il disparut. Bien que je sois certain qu’il ne s’agissait pas d’une diablerie, parce qu’elle était resplendissante, je lui demandai qui elle était ; elle me répondit alors : “La martyre Euphémie. — Si tu es la martyre Euphémie, viens vénérer la Sainte Trinité. Tout ce que je fais, fais-le à ton tour.”

J’entrai dans l’église et fis une prosternation en disant : “Au nom du Père.” Elle le répéta en se prosternant. “Et du Fils. — Et du Fils”, dit-elle d’une voix grêle. Je lui dis : “Plus fort, je n’entends pas ”, et elle le répéta d’une voix plus forte. Alors qu’elle était encore dans le couloir, elle fit une prosternation, non pas vers l’église, mais vers ma cellule. Au début, je trouvais ça bizarre, mais par la suite je me souvins que j’avais une petite icône en papier de la Sainte Trinité, collée sur du bois, au-dessus de la porte de ma cellule. Alors que nous nous prosternions pour la troisième fois en disant : “Et du Saint-Esprit”, j’ajoutai : “Maintenant laisse-moi me prosterner devant toi à mon tour.” Je me prosternai devant elle et je lui embrassai les pieds et le bout du nez (je considérais qu’il était effronté d’embrasser son visage).

Ensuite, la sainte s’assit sur le tabouret, et moi sur le petit coffre, et elle résolut le problème que j’avais (concernant une affaire ecclésiastique).

Puis elle me raconta sa vie. Je connaissais l’existence d’une sainte Euphémie, mais je ne connaissais pas l’histoire de sa vie. Quand elle me raconta son martyre, non seulement je l’écoutais, mais c’était comme si je le voyais ; je le vivais. Je frissonnais ! Oh là, là ! Je lui demandai alors :

“Comment as-tu pu supporter un tel martyre ?

— Si j’avais su quelle gloire ont les saints, j’aurais fait tout ce que je pouvais pour subir un martyre encore plus grand.”

Après cet événement, je fus incapable de faire quoi que ce soit pendant trois jours[12]. Je bondissais et je louais Dieu sans cesse. Sans rien manger, sans rien faire d’autre… qu’une action de grâces perpétuelle. »

Dans une lettre, il rapporte : « De toute ma vie je ne réussirai pas à m’acquitter de ma grande dette à l’égard de sainte Euphémie qui, bien que je ne la connaisse pas et sans avoir la moindre obligation à mon égard, me fit un si grand honneur… »

En racontant cet événement, il ajoutait avec humilité que sainte Euphémie lui était apparue « non pas parce que j’en étais digne, mais parce que à ce moment-là un problème me tracassait lequel concernait la situation de l’Église en général, ainsi que pour deux autres raisons ».

L’Ancien fut impressionné : « Comment cette jeune fille fluette et sans force avait-elle pu supporter tant d’épreuves ? À croire que c’était une… [il voulait dire corpulente et grosse]. C’était une brindille… »

C’est dans cet état spirituel paradisiaque qu’il composa en l’honneur de la sainte la stichère* suivante : « Par quels chants glorieux célébrera-t-on la louange d’Euphémie, qui daigna rendre visite à un misérable moine habitant Kapsala. Pour la troisième fois, elle frappa à la porte, à la quatrième, celle-ci s’ouvrit d’elle-même miraculeusement, et elle entra revêtue d’une gloire céleste, la martyre du Christ, en vénérant la Sainte Trinité » ; et aussi un exapostiliaire* sur le modèle « Venez, accourons avec les disciples », qui commençait ainsi : « Grande et glorieuse martyre du Christ Euphémie, je t’aime beaucoup après la Toute Sainte » (bien sûr il n’en faisait pas un usage liturgique et ne les chantait pas non plus en public).

Contrairement à son habitude, il se rendit de nouveau à Souroti pour faire part aux sœurs de cette joie céleste. Avec son aide et suivant ses directives, elles firent une icône de la sainte, comme elle lui était apparue.

L’Ancien grava le négatif de l’icône de la sainte sur une matrice métallique avec laquelle il pressait des petites icônes qu’il distribuait en bénédiction* aux pèlerins, en l’honneur de sainte Euphémie. Pendant la gravure, il eut du mal à faire les doigts de sa main gauche. Il disait : « J’ai eu beaucoup de mal à faire sa main, mais ensuite il m’est venu une bonne pensée : “Peut-être parce que moi aussi je l’ai tourmentée la malheureuse.” »

Dans son exemplaire des Ménées*, au Synaxaire, à la date du 27 février, il ajouta : « * Sainte Euphémie !!!!!»

 

  1. Tentations démoniaques.

L’Ancien disait que « plus que toute autre chose, le diable ne veut pas que nous priions. Lorsqu’il voit quelqu’un qui prie, s’il ne peut pas l’en empêcher, il essaie au moins de détourner sa pensée à des imaginations ou à des pensées. S’il ne réussit pas cela non plus, alors il se manifeste à lui, même en personne, dans le seul but de le perturber et de le détourner ne serait-ce qu’un peu de la prière. Ainsi, alors que je me trouvais un jour dehors, à côté de la tombe du Père Tykhon, pendant que je disais la Grande Doxologie en faisant des prosternations, arrivant au verset “dans Ta lumière nous verrons la lumière”, soudain une violente lumière comme celle d’un projecteur, se déversa derrière moi et illumina tout alentour. Elle éclairait en bas jusqu’à Kalliagra. Je compris que cette lumière était démoniaque et ne lui accordai pas d’importance. Et je poursuivis sans trouble ma prière. Lorsque le diable vit que je n’étais pas perturbé par la lumière, il fit quelque chose d’autre. À quelques mètres, sur ma gauche, deux diablotins apparurent, d’environ un mètre de haut, pas plus grands que cela, qui jouaient et se bagarraient avec force coups de poing et coups de pied. Du vrai cinéma. Eh ! Je n’ai pas pu me retenir : j’ai éclaté de rire. Vois-tu ce que fit le tentateur ? Je n’ai pas fait attention à lui avec la lumière, alors il a envoyé les diablotins. »

*

Une nuit, alors qu’il dormait, il sentit que quelqu’un le bousculait en disant : « Debout ! il faut que tu dises ta règle de prière ; l’heure est passée. » « Mais qui donc ce peut-il être », se dit-il dans son sommeil. Il se réveilla et vit à côté de lui le diable. Il lui dit : « Ah, c’est toi ! », et il se retourna tranquillement de l’autre côté, en le dédaignant. Le tentateur ne se calma pas et reprit : « Oui, mais l’heure est passée ; il faut que tu dises ta règle de prière. — Moi je sais bien quand je dois faire ma prière ; ce n’est pas toi qui va diriger ma prière ! » [13]

Le lendemain, il s’assura que, à cette heure, ce vertueux Ancien s’était endormi dans le Seigneur, « l’Ami de la vertu[14] [15] ».

  1. Il voit une âme.

Pendant la nuit du 1er juin 1975, alors qu’il priait, il vit l’âme de l’Ancien Philarète le Roumain — du kellion de Saint-André à Kapsala, dépendance de Stavronikita — qui, tel un petit enfant âgé d’environ douze ans, le visage lumineux et baigné d’une lumière céleste, montait au ciel.

  1. « Oueled ».

L’Ancien avait coutume de monter derrière sa calyve sur une hauteur, pour y prier avec son chapelet*. C’est là que venait un rouge-gorge, avec lequel il se lia d’amitié et auquel il donna le nom de « Oueled », ce qui chez les Bédouins signifie « enfant14». Lorsqu’il l’appelait de son nom, il venait aussitôt, il se perchait sur son épaule puis venait manger dans sa main. Lorsqu’il partait, il lui laissait de la nourriture sur une dalle. Au- dessous de celle-ci se trouvait le magasin avec la nourriture ; un récipient avec du riz et un autre avec du blé.

L’Ancien raconta : « Voilà cinq ans que je suis l’ami d’Oueled. Un jour, comme j’étais malade, il ne mangea pas la nourriture que je lui avais laissée, mais vint voir ce qui se passait. Le pauvre m’émut. Ils se rendent compte des dispositions des hommes et s’approchent en conséquence. Ils tiennent l’homme pour leur dieu. C’est pourquoi l’homme se doit de les aimer, car ils n’attendent pas d’autre paradis. »

  1. Sain et sauf du feu.

Un jour, il lui arriva ce qui suit, selon ce qu’il raconta lui- même : « J’entendais des coups de feu très sonores d’armes lourdes. Je pris mon chapelet et je gravis une hauteur pour pouvoir mieux voir s’il y avait une guerre ou pas. Je m’appuyai sur une pierre et je dis la Prière*. Tout d’un coup, je vis un éclair et je tombai sur le sol. » Que s’était-il passé ? Un chasseur avait vu de loin l’Ancien et l’avait pris pour un sanglier sauvage. Il le visa de son arme et fit feu dans sa direction. L’Ancien vit l’arme qui brillait au soleil et vif comme l’éclair, il s’allongea sur le sol et fut sauvé. Il semble que le diable, qui se réjouit des guerres et des batailles, ne voulait pas que l’Ancien priât pour la paix de la patrie. Une autre fois encore, il subit les coups de feu d’un chasseur alors qu’il priait dans la forêt, mais de nouveau Dieu le protégea.

 

  1. L’âme damnée.

L’Ancien raconta : « Une femme âgée que je connaissais était très avare. Sa fille était très bonne et, chaque fois qu’elle voulait donner une aumône, elle la jetait dehors par la fenêtre, sortait les mains vides, parce que sa mère surveillait si elle avait pris quelque chose, puis ramassait l’aumône et la donnait. Mais si on lui disait que le moine (c’était moi), avait dit qu’on lui donne quelque chose, elle le lui donnait.

Après sa mort, je vis un jeune homme (c’était son ange gardien) qui me dit : “Viens, Unetelle te demande.” Je ne pouvais comprendre ce qui m’arrivait et nous nous retrouvâmes à Konitsa, devant une tombe. Il fit un geste de la main et ouvrit le tombeau. Je vis à l’intérieur un magmas boueux et gras, ainsi que la vieille femme que je connaissais, laquelle avait commencé à se décomposer, elle me cria alors : “Moine, sauve- moi !”

J’eus pitié d’elle ; je la plaignis. Sans avoir de répulsion pour elle, je descendis dans le tombeau, je la pris dans mes bras et lui dis :

“Qu’y a-t-il ?

  • Dis-moi, me dit-elle, tout ce que tu m’as demandé, est-ce que moi je ne te l’ai pas donné avec empressement ?
  • Oui, c’est vrai, lui dis-je.
  • Entendu”, dit le jeune homme en la rassurant.

Il fit de nouveau un geste de la main, et le tombeau se remit en place comme un rideau que l’on aurait tiré, et je me retrouvai de nouveau dans ma calyve.

Les sœurs de Souroti me demandèrent ce qui s’était produit à la saint André[16] ; je leur répondis qu’il fallait prier pour cette âme. Deux mois plus tard, je la revis. Il y avait un abîme, et en haut, sur un terrain plat, se trouvaient des palais, beaucoup de maisons, beaucoup de gens. C’est là, sur la hauteur, que se trouvait la vieille femme toute joyeuse. Son visage était comme celui d’un petit enfant ; elle n’avait qu’une petite cicatrice, qu’un petit ange frottait, pour la nettoyer elle aussi.

Au fond de l’abîme, je vis quelques personnes qui se frappaient et souffraient en essayant de monter vers le haut.

Tout joyeux, je l’embrassai. Je l’emmenai à l’écart pour qu’ils ne nous voient pas et ne soient pas blessés. Elle me dit : “Viens, que je te montre où m’a mise le Seigneur.” »

 

  1. Prière en faveur des démons.

Désormais le cœur de l’Ancien débordait d’amour pour Dieu ; il brûlait « pour les hommes, les oiseaux, les animaux, les démons et pour toute créature[17] ». C’est ce qu’il lisait dans Isaac le Syrien, mais lui aussi vivait des états spirituels comparables : « Un jour, rapporta-t-il, je priais pour les démons à genoux. La tête appuyée sur le sol, je disais : “Toi, tu es Dieu et, si Tu le veux, Tu peux trouver un moyen pour que eux aussi soient sauvés, ces pauvres démons…” Tout en disant cela, en priant avec compassion, je vis une tête canine à côté de moi qui me tirait la langue et qui se moquait de moi. Peut-être que Dieu l’a-t-Il permis pour me montrer que Lui veut les sauver mais que eux ne veulent pas se repentir[18]. »

  1. Georges venu du Tibet.

Un jeune de 16-17 ans, le petit Georges, arriva à la Sainte-Montagne et passa de monastère en monastère. Dès l’âge de trois ans, ses parents l’avaient mis dans un monastère bouddhiste au Tibet. Il avait fait beaucoup de progrès en yoga, était devenu un magicien accompli, pouvait invoquer quelque démon qu’il voulait. Il portait une ceinture noire et était expert en karaté. Par la puissance de Satan, il avait fait des démonstrations qui provoquaient l’étonnement. Il frappait de sa main de grosses pierres qui se brisaient comme des noix. Il pouvait lire des livres fermés. Il brisait dans sa main des noisettes, dont les coquilles tombaient et les fruits restaient collés dans sa main.

Des moines conduisirent le petit Georges à l’Ancien pour qu’il lui vînt en aide. Il demanda à l’Ancien de quelle puissance il disposait et ce qu’il pouvait accomplir. L’Ancien répondit que lui-même n’avait aucune puissance et que tout pouvoir vient de Dieu.

Le petit Georges, voulant prouver sa puissance, concentra son regard sur une grosse pierre qui était à quelque distance, et la pierre fut réduite en miettes. Alors, l’Ancien fit un signe de croix sur une petite pierre et lui demanda de la briser elle aussi. Il se concentra, fit ses tours de magie, mais il ne réussit pas à la briser. Alors il commença à trembler, et les puissances diaboliques, qu’il pensait pouvoir contrôler, ne réussissant pas à briser la pierre, se retournèrent contre lui et le projetèrent à l’autre bout du ravin. L’Ancien le ramassa en piètre état.

Une autre fois, racontait l’Ancien, « pendant que nous discutions, il se leva soudain, me prit les bras et me les tordit vers l’arrière en me disant : “S’il en est capable, que Hadji Effendi [saint Arsène] vienne te délivrer”, ce que je ressentis comme un blasphème. Je bougeai alors un peu mes bras comme cela, et il fut projeté au loin. Puis, en réaction, il sauta en hauteur et essaya de me frapper avec son pied, mais son pied s’arrêta près de mon visage, comme s’il avait trouvé un obstacle invisible ! Dieu me protégea.

Je le gardai pour la nuit, et il dormit dans mon kellion. Les démons le traînèrent jusqu’en bas du ravin et le frappèrent à cause de son échec. Le matin, en mauvais état, blessé, couvert de ronces et de terre, il reconnut que Satan l’avait frappé parce qu’il ne pouvait pas me vaincre. »

Il persuada le petit Georges de lui apporter ses livres de magie et il les brûla : « Lorsqu’il vint ici, racontait l’Ancien, il avait un rituel de magie[19]. J’essayai de le lui prendre, mais rien n’y fit. Je pris alors une bougie et, après lui avoir demandé de soulever la jambe de son pantalon, je la lui mis tout allumée sur la jambe. Il poussa des cris et sursauta de douleur. “Eh bien ! Si tu ne supportes même pas la flamme d’une petite bougie, comment pourrais-tu supporter le feu de l’enfer, avec tout ce que tu as fait ?” »

L’Ancien le garda un peu auprès de lui et il l’aida dans la mesure où celui-ci lui obéissait. Il compatissait tant à ses peines qu’il disait : « Pour cet enfant, je pourrais quitter le désert et sortir avec lui dans le monde afin de lui venir en aide. » Il s’intéressa au fait de savoir s’il était baptisé et, naturellement, dans quelle église il l’avait été. Le petit Georges, ébranlé par la puissance et la gentillesse de l’Ancien, désira devenir moine, mais il ne le put.

L’Ancien rapportait le cas du petit Georges pour prouver combien est grande l’erreur de ceux qui croient que toutes les religions sont les mêmes, qu’elles croient toutes au même Dieu, et qu’il n’y pas de différence entre les moines tibétains et les moines orthodoxes.

  1. En Australie.

En 1977, suite à une invitation de l’église locale, il visita l’Australie en compagnie du Père Basile, higoumène du saint monastère de Stavronikita, pour aider ses compatriotes membres de l’Église orthodoxe. « Durant le vol, je ressentis soudain quelque chose en moi. Je m’enquis de savoir quel pays on survolait. C’était la Syrie. Elle a beaucoup de grâce à cause des ascètes qui ont vécu dans ses déserts. Je ressentis la même chose dans les Lieux Saints.

Plus tard, je ressentis une froideur, une activité diabolique, et le haut- parleur de l’avion nous informa que nous survolions le Pakistan.

En Australie, je ressentis que le pays n’avait pas encore été sanctifié par le sang des martyrs et les sueurs des saints moines, mais qu’il serait sanctifié. »

Il fut hébergé à Melbourne par le défunt Père Jean Limogiannis. Pendant la journée, il préparait les gens au sacrement de la confession. La fille du Père Jean, Despina, se souvient : « C’était un homme sage. Il connaissait tes problèmes avant que tu ne les lui dises. Il embaumait et il était entièrement parfumé, ainsi que la chambre où il habitait. Ma mère disait : “Nous avons un saint à la maison, qui la bénit. Quand il marche on n’entend pas ses pas. C’est un ange sans ailes. Il porte la grâce divine sur son visage. Depuis qu’il est chez nous, je me sens parfaitement bien. Je lui mets des serviettes propres et il ne les utilise pas. Il a une petite serviette qu’il utilise pour essuyer son visage et qui, pourtant, embaume.”

Il nous conseillait d’être humble, de prier et de demander au bon Dieu de trouver une solution à nos problèmes. De ne pas essayer de les résoudre tout seuls, parce qu’ils ne feraient qu’empirer. Ma mère conservait comme un talisman la couverture qui avait recouvert l’Ancien. Quand elle était malade, elle s’en enveloppait et sentait sur elle une abondance de grâce divine. »

Le Père Spyridon Bandoros, recteur de l’église de Saint-Nectaire de Melbourne, qui transporta l’Ancien dans sa voiture, rapporte le miracle suivant : « Un compatriote, M. Dionysos Spéliotés, d’Argostoli dans la région de Kephallénia, alors âgé de trente ans, marié et père de deux enfants, avait subi une grave congestion cérébrale. Les médecins lui avaient dit qu’il ne vivrait plus longtemps et que, s’il vivait, ce serait d’une vie végétative. Nous nous rendîmes avec l’Ancien à l’hôpital royal de Melbourne, où le malade était hospitalisé. L’Ancien fit à plusieurs reprises le signe de croix sur sa tête avec un coquillage qui contenait des reliques de saint Arsène de Cappadoce et dit des prières pour lui. Le malade, à la stupéfaction des médecins et de ses proches revint chez lui au bout de quelques jours en parfaite santé et il vit encore aujourd’hui dans la région de Dromana près de Melbourne. »

L’ancien protosyncelle* de l’archevêché et désormais higoumènë du saint monastère de la Mère de Dieu Pantanassa, l’archimandrite Stéphane, rapporte : « Le passage de l’Ancien, de bienheureuse mémoire, par l’Australie fut discret, et cela parce que la plupart des gens ne le connaissaient pas. Ce qui attira plus particulièrement mon attention fut le fait suivant. Un après-midi, nous visitions en compagnie de l’Ancien une petite église. Je le laissai dans l’église pour me rendre dans une salle adjacente pour quelque occupation. Quelques minutes plus tard, je revins dans l’église. L’Ancien n’y était pas. Je l’appelai ; pas de réponse. Je recommençais deux, trois fois ; silence. Je commençais à m’inquiéter et je l’appelai encore, cette fois-ci de pratiquement toutes mes forces. Peu après, je le vis sortir de derrière les derniers sièges de l’église, comme s’il venait d’un lieu hors du monde… J’en conclus que, en si peu de temps, il avait été totalement absorbé par la prière. Les traits de son visage semblaient transformés. C’était comme s’il venait d’un lieu hors du monde qu’il connaissait bien et que, en l’espace de peu de temps, il avait la capacité de s’y transporter par la prière. Naturellement, ni lui ni moi n’avons fait aucun commentaire sur cet événement. Je me rendis compte alors de sa valeur spirituelle, à qui j’avais affaire à cet instant, et de la grandeur de sa stature spirituelle. Puissions-nous avoir sa bénédiction ! Il nous aimait, nous le sentions proche de nous. Dans ma règle de prière, je dis une prière pour lui. »

Un grec d’Australie raconta que, alors que l’Ancien sortait du chœur d’une église, une femme vint pour recevoir sa bénédiction. Il lui fit signe de la main de partir : il la chassait. Elle demanda surprise :

« Moi, Géronda ?

  • Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
  • Va d’abord te réconcilier avec ta cousine et reviens ensuite. »

De fait, il y avait eu un malentendu et elles ne se parlaient plus.

L’Ancien insista sur la nécessité qu’il y avait de fonder des monastères,

pour venir en aide spirituellement aux hommes, avant que les yogis et les pentecôtistes ne prennent les devants et les séduisent avec leurs fausses lumières. Son passage dans ce continent lointain a laissé des traces indélébiles sur les Grecs orthodoxes. Un prêtre d’Australie disait : « Il nous semblait qu’il bénissait les quatre coins de l’horizon. Les chrétiens qui ont fait sa connaissance vénèrent désormais sa mémoire en invoquant sa faveur et son intercession. »

  1. Le visiteur nocturne.

Peu de temps après son retour d’Australie, l’Ancien nous raconta qu’il lui était arrivé la chose suivante : « Une nuit, j’entendis frapper à la porte. Je demandai qui c’était, et une voix me répondit que c’était untel (quelqu’un que je connaissais). Il demanda quelle heure il était, puis répondit de lui-même : “Ah, je sais, il est trois heures !” Je regardai l’heure, il était effectivement trois heures . J’ouvris alors la porte et qu’est-ce que je vis ? C’était le diable, chauve et très laid. Son visage était rouge, comme du cuivre. Il me dit furieux : “À cause du mal que tu me fais, je vais te chasser d’ici !” Ensuite il disparut, et l’endroit resta rempli d’une puanteur insupportable. »

L’Ancien souffrait tant de l’état où le diable en était réduit que, bien longtemps après, lorsqu’il évoquait cet événement, il poussait un profond soupir et disait en hochant tristement la tête : « Voilà ce qui arrive, lorsqu’on s’éloigne de Dieu ! La plus belle créature de Dieu, voilà où elle en est réduite ! Si les gens savaient à quel point le diable est infect, tous le mépriseraient et ils ne commettraient pas de péchés. » Le visage du diable était si repoussant selon ce que disait l’Ancien, qu’il vaudrait mieux, si cela était possible, que ceux qui vont en enfer ne le voient pas.

  1. Apparition du Christ.

L’Ancien raconta au hiéromoine G. : « Je ressentais une certaine difficulté à prier le Christ. La Toute Sainte est comme ma maman. Sainte Eu- phémie, aussi (je l’appelle “ma petite sainte Euphémie”). Pour le Christ je ressentais une difficulté, j’embrassais son icône avec crainte. Et quand, lorsque je disais la prière, mon esprit m’échappait, je n’en étais pas contrarié : “Qui suis-je, pour avoir mon esprit tourné sans cesse vers le Christ ?”, me disais-je. Et il se produisit l’événement que je vais vous raconter. C’était le soir de la fête de saint Jean le Précurseur, l’aube de la fête de saint Carpe[20] [21] allait se lever. Je me sentis léger comme du duvet. Aucune envie de dormir, je me dis alors que j’allais écrire quelque chose sur le Père Tykhon pour l’envoyer aux sœurs. Jusque vers huit heures trente (heure de l’Athos), j’avais écrit environ trente pages. Bien que je n’eusse pas sommeil, je me dis que j’allais m’étendre parce que je ressentais un peu de fatigue dans les jambes.

Il commençait à faire jour. Vers neuf heures (six heures dans le monde) je ne m’étais pas encore endormi. Tout d’un coup, ce fut comme si le mur de ma cellule disparaissait, celui qui était à côté de mon lit vers l’atelier. Je vis le Christ dans la lumière, à une distance d’environ six mètres. Je le voyais de profil. Ses cheveux étaient blonds et ses yeux bleus. Il ne parlait pas, il regardait un peu à côté, pas directement vers moi.

Je ne regardais pas avec mes yeux corporels. Ceux-ci n’étaient ni fermés ni ouverts, cela ne faisait aucune différence. C’étaient les yeux de l’âme qui voyaient.

En le voyant, je me dis : Comment a-t-on pu cracher sur un tel visage ? Comment ont-ils pu, ceux qui ne craignent pas Dieu, comment ont-ils pu toucher un tel visage ? Comment ont-ils pu planter des clous dans un tel corps ? Ah, là, là !

Je restai ! Quelle douceur j’ai alors ressentie ! Quelle allégresse ! Je ne peux exprimer avec mes mots cette beauté ! C’était la réalisation des paroles : “Tu es le plus beau des fils des hommes[22].” C’était cela. Je n’ai jamais vu une telle icône de Lui. Une seule, une fois, je ne me souviens plus où, lui ressemblait un peu.

Il vaudrait la peine de combattre mille ans pour voir cette beauté, ne serait-ce qu’un instant. Que de grandes et indicibles choses sont susceptibles d’être offertes à l’homme, et à quels riens nous prêtons attention !

Je crois que c’était un cadeau qui m’était envoyé par le Père Tykhon. Ne le dis à personne. J’ai beaucoup hésité avant de te le dire. Vois, jusqu’à maintenant je ne t’en ai pas parlé, mais désormais tu t’en vas[23] [24]. »

Deux jours plus tard, quand ils se revirent, l’Ancien lui dit : « J’ai pleuré toute la nuit parce que je te l’ai dit. Je n’ai pas peur que tu le répètes. Mais moi, je me suis fait du tort. »

Cet événement fut aussi ressenti par une sœur de Souroti qui écrivit à l’Ancien : « Tel mois, à telle heure… Le reste, c’est vous qui allez nous le dire. » De fait, lorsque plus tard il sortit de l’Athos, il leur raconta cet événement et même le leur décrivit, et elles firent une icône du Christ, selon précisément ce qu’il avait vu.

  1. Un poisson envoyé par Dieu.

Voici ce que l’Ancien nous raconta : « C’était le dimanche de l’Aveugle-Né. Je me sentais épuisé et il me vint à l’idée que si je mangeais du poisson, j’irais mieux. Non pas par gourmandise, mais comme un remède. J’avais des problèmes intestinaux. Je sortis de chez moi pour aller à l’extérieur. En me tournant, je vis un oiseau gros comme un aigle qui faisait du rase-mottes et je me courbais pour qu’il ne me touche pas. Je craignais qu’il ne s’agisse de quelque diablerie, c’est pourquoi je n’y prêtai pas d’importance et rentrai rapidement dans mon kellion.

Peu après, il fallut que je ressorte. À l’endroit même où je m’étais baissé, je vis frétiller un gros poisson. Tout d’abord, je fis mon signe de croix, je remerciai Dieu, puis je pris le poisson. Mais est-ce que l’on a envie de le manger après cela ? »

Pour se souvenir de cet événement et garder toujours en mémoire la providence de Dieu, il fit une très belle peinture, sur le montant de son lit, d’un aigle qui tenait dans ses serres un gros poisson. Dans son exemplaire du Pentecostaire également, à la date du dimanche de l’Aveugle-Né, sur la marge de la page, il avait noté l’événement, mais par la suite, il découpa l’endroit par humilité, pour que cela ne fut pas connu. Mais il fut obligé (car sans cela il aurait découpé aussi des tropaires du verso de la page) de conserver cette partie, dont il barra, pour rendre le sens incompréhensible, quelques mots, que l’on peut lire avec difficulté : « Gloire à Dieu et remerciements à ceux qui prient et envoient une aumône sans bruit pour les oiseaux de Dieu, créatures de Dieu. »

  1. Les routes et les autos.

Pendant l’année 1977, la discussion concernant les routes et les voitures à l’Athos atteignit son paroxysme. Les Pères n’étaient pas d’accord. Les uns étaient pour la présence et l’emploi des voitures, parce qu’elles étaient utiles et permettraient prétendument de gagner du temps pour la prière ; les autres croyaient que pour le bien de la Sainte-Montagne, et pour ne pas nuire à sa tranquillité en altérant sa physionomie spirituelle, il fallait interrompre l’ouverture des routes et expulser les voitures hors de l’Athos.

L’Ancien était d’accord avec ces derniers. Il prit position et parla avec franchise et clarté, disant que ceux qui recherchent de telles facilités n’ont qu’à aller dans un monastère du monde, pour ne pas détruire la Sainte- Montagne ; qu’il valait mieux qu’ils perdent leur virginité, plutôt que de détruire cet endroit vierge. À propos de ceux qui voulaient faire une route sur la ligne de faîte pour traverser tout l’Athos, il disait : « A-t-on jamais vu ça ! Mais ils ne se rendent pas compte ? Autant jeter un coup de cognée sur l’épine dorsale de l’Athos ! Si l’on continue comme cela, que se passera-t-il ? Beaucoup de gens avec leur voiture vont parcourir tout l’Athos pour y faire du tourisme, et d’autres vont aussi se mettre à vendre des sodas. Alors la Sainte-Montagne, que les saints Pères ont sanctifiée par leurs combats, deviendra un vrai asile de fous », et il ajouta après un bref silence : « Mais la Toute Sainte ne laissera pas détruire son Jardin… »

Beaucoup de représentants des monastères vinrent jusqu’à sa calyve pour lui demander conseil. L’Ancien, en plus de ses conseils et recommandations personnelles, agit pour que fût rédigé aussi un texte qui s’opposât aux routes et aux voitures. Il le signa en même temps que d’autres personnalités respectées et en vue de l’Athos. Finalement, la Sainte Communauté décida que chaque monastère devait limiter la circulation des voitures au périmètre qui relève de son autorité propre. Mais, malheureusement la situation ne s’améliora pas, elle empira même. Au bout du compte, alors qu’on ne l’écoutait plus, il disait avec tristesse : « Les responsables auront des comptes à rendre à Dieu. Il suffit de n’être pas d’accord avec eux et de ne pas être fauteur de troubles. »

Pendant cette période, il revint du monde[25] en plein hiver. Le car ne descendit pas jusqu’à Daphni, à cause de la trop grande épaisseur de neige. La voiture d’un monastère prit les passagers. La plupart d’entre eux étaient des Pères. Tous montèrent dans la voiture et tentèrent de persuader l’Ancien de monter aussi, mais en vain. Il commença à se mettre à chemin tout seul en compagnie d’un jeune. Il portait un sac assez lourd sur son dos. Il était épuisé et gelé, tandis que la neige ne s’arrêtait pas de tomber. Il ne réussit pas à atteindre son kellion, mais arriva tard dans l’après-midi à Karyès où il passa la nuit. Il supporta toute cette fatigue, pour ne pas être en contradiction en acte avec ce qu’il avait soutenu en parole.

Il maintint sa position jusqu’à la fin. On peut noter que le dernier jour avant de quitter définitivement la Sainte-Montagne, il participa à la fête du kellion de Saint-Christodoulos, le 21 octobre 1993, en compagnie de Pères qu’il connaissait. Lors de la collation d’usage, comme l’occasion s’en présenta, la conversation en vint à tourner autour de ce sujet, et il s’en prit avec une violence inhabituelle aux routes et aux voitures de l’Athos voué à l’ascèse. Comme s’il voulait d’une certaine façon laisser avec force ses dernières instructions et sceller ainsi son credo.

  1. Une icône rayonnante de lumière.

C’était le soir, la veille de la saint Artème (le 19 octobre 1978). L’Ancien priait à genoux. A son chevet, il y avait une icône en papier dans du plastique, avec une copie de l’image du Christ tel qu’il lui était apparu. Tout d’un coup, il vit une lumière sur son oreiller qui allait et venait d’un bout à l’autre, comme celle d’une lampe de poche en mouvement et il constata qu’elle provenait de l’icône. Plein d’une allégresse céleste, il l’embrassa et la toucha pieusement pendant assez longtemps, et elle ne cessa de répandre de la lumière. Ce phénomène miraculeux dura pendant plusieurs jours. Un athonite la vénéra huit jours après et fut témoin visuel de cette lumière surnaturelle. Finalement, il offrit cette icône lumineuse à quelqu’un en guise de consolation spirituelle.

  1. Le saint souffrant l’injustice.

Assis sur un banc de pierre à l’extérieur du monastère de Stavronikita, l’Ancien discutait avec des pèlerins. Un théologien soutenait qu’Abba Isaac le Syrien était nestorien. Il reprenait les conceptions occidentales bien connues.

Le Père Païssios essayait de le persuader non seulement qu’il était orthodoxe, mais de plus un saint, et que ses discours ascétiques sont pourvus de beaucoup de grâce et de puissance, mais en vain. Le théologien maintenait avec obstination ses conceptions. L’Ancien partit pour sa calyve attristé et en prière.

Alors qu’il s’était éloigné un peu et qu’il était arrivé à l’endroit où se trouve le gros platane, « quelque chose lui arriva », comme il dit, sans vouloir expliquer ce que c’était exactement. Selon les témoignages, il eut une vision et vit passer le chœur des saints Pères devant lui. L’un d’entre eux s’arrêta et lui dit : « Je suis Isaac le Syrien. Je suis tout à fait orthodoxe. De fait, l’hérésie nestorienne se développa dans ma région, mais moi j’ai lutté contre elle. » Nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer la valeur de ce témoignage Cependant, il reste certain que « quelque chose arriva» à l’Ancien et que c’était un phénomène surnaturel, qui l’informa très clairement sur l’orthodoxie et la sainteté d’Abba Isaac.

Il avait ses Discours ascétiques à son chevet et il les étudiait sans cesse. Pendant une période de six années consécutives, ils furent sa seule lecture spirituelle. Il prenait un verset, qui lui revenait à l’esprit souvent durant la journée, il le méditait en profondeur et en pratique « comme les animaux ruminent leur nourriture », disait-il. Il donnait un choix de ses paroles à ses visiteurs, pour les encourager à les méditer. Il croyait que les Discours ascétiques d’Abba Isaac aidaient beaucoup, parce qu’ils « font comprendre quel est le sens le plus profond de l’existence, et quel que soit le complexe, grand ou petit, qu’ait un homme qui croit en Dieu, il l’aide à le chasser. Lire ne serait-ce qu’un court passage d’Abba Isaac transforme l’âme en lui apportant maintes vitamines spirituelles [26]. »

Il avait l’habitude d’en recommander la lecture aussi aux laïcs, mais par petites doses, pour qu’ils l’assimilent. Il disait que le livre d’Abba Isaac vaut à lui seul toute une bibliothèque patristique.

Dans le livre qu’il lisait, sous l’image du saint, qui écrit la plume à la main, il nota : « Mon Abba, donne-moi ta plume que je souligne tout ton livre » (c’est-à-dire que le texte mérite d’être entièrement souligné). Non seulement l’Ancien l’étudiait, mais il le vénérait beaucoup et en particulier il l’honorait comme un saint. L’une des cinq ou six icônes qu’il avait au-dessus de l’autel de la Panagouda était celle de saint Isaac. Par amour et dévotion pour lui, il donna son nom à un moine lorsqu’il lui donna le Grand Habit*. Il célébrait la mémoire du saint le 28 septembre par une nuit complète de veille qu’il avait instituée lui-même. Lors d’une de ses veillées nocturnes, on le vit dans une lumière thaborique, exalté et transformé. Auparavant, alors que l’on fêtait saint Isaac avec saint Éphrem le Syrien, l’Ancien avait ajouté au Ménée de janvier à la date du 28, à la suite de la commémoration de saint Éphrem : « et de saint Isaac le grand hésychaste et qui souffre l’injustice ».

  1. Une foule de démons.

« Alors que j’étais assis dans ma cellule, racontait-il, j’entendis que l’on frappait sur la clochette. Je regardai par la fenêtre et qu’est-ce que je vis ! Un professeur de magie noire, suivi d’une bande de démons. Oh là, là ! Qu’un homme, image de Dieu, ait un démon, c’est déjà beaucoup, mais qu’il en ait une armée ! Je n’ouvris pas la porte. Pourquoi lui aurais-je ouvert ? Pour perdre mon temps ? »

Lorsque l’Ancien descendit au monastère, les Pères lui parlèrent d’un visiteur bizarre, mais lui ne dit rien.

  1. Aide au serpent.

Quelques prêtres du monde rendirent visite à l’Ancien et lui demandèrent de quelle façon ils devaient traiter ceux qui se confessent. Ils voulaient appliquer une rigueur et une sévérité sans discernement en respectant les canons à la lettre, sans prendre en considération leur repentir. L’Ancien leur dit qu’ils devaient se comporter avec clémence et charité envers les hommes. Mais eux insistèrent. Alors l’Ancien leur dit que, puisque nous devons même traiter les serpents avec charité, cela était encore plus vrai pour les hommes.

À ce moment-là, un gros serpent vint à côté de lui et se tint dressé, comme s’il voulait, à sa manière, confirmer les paroles de l’Ancien.

Naturellement, non seulement les confesseurs furent stupéfaits, mais ils furent de plus totalement convaincus par cet étrange plaidoyer.

  1. « Il a prié, et le ciel a donné son ondée[27]. »

Un jeune moine venant d’un monastère de l’Athos rendit visite à l’Ancien. Après avoir discuté, au moment de partir, l’Ancien lui dit : « Ce soir, nous devons prier pour qu’il pleuve, car il y a eu un grand désastre dehors dans le monde, et même les semailles ont été détruites par la sécheresse. »

Le moine ne pria pas, soit parce qu’il n’avait pas pris au sérieux les paroles de l’Ancien, ou parce qu’il oublia ou encore par négligence. Mais il vit qu’il pleuvait pendant la nuit, alors que la journée avait été belle, et il admira la familiarité avec Dieu de l’Ancien et la grâce qu’il lui accordait, tel le prophète Élie qui, par sa prière, provoqua l’ouverture des deux et « une violente pluie ». « Heureusement, dit le moine, que je n’ai pas dit la prière, parce que peut-être ma pensée m’aurait suggéré que Dieu m’avait entendu en faisant pleuvoir. »

  1. L’Ange Gardien.

« C’était le jour de la fête de saint Isidore de Péluse[28]. Je traversais une période pleine de contrariétés et, à cause d’elles, j’avais de violents maux de tête. En raison de la pression, mon œil battait, et je risquais d’avoir une congestion cérébrale. Il me semblait que quelqu’un donnait des coups de marteau en moi pour jaillir à l’extérieur. Vers les neuf heures du soir, heure du monde, alors que je m’étais allongé sur mon lit, je vis un ange très beau, qui semblait sortir de nioi, avec le visage d’un petit enfant de douze ans. Ses petits cheveux étaient très blonds et tombaient sur ses épaules. Il me sourit et passa doucement sa main sur mes yeux. Aussitôt, toute contrariété me quitta et mes douleurs cessèrent. Je ressentais un tel bien-être que j’aurais voulu que ma douleur revienne, ne serait-ce que pour voir de nouveau mon ange gardien.

 

 

 

TÉMOIGNAGES DE PÈLERINS

Témoignage de son confesseur.

Le Père Paul Zisakis, prohigoumène* du saint monastère de la Grande Lavra à la Sainte-Montagne, témoigne : « J’ai connu le Père Païssios depuis sa petite enfance, à l’école communale de Konitsa. C’était un chrétien pratiquant depuis son jeune âge, avec un zèle brûlant. Je vins le premier à l’Athos, puis le Père Païssios vint à son tour. Je me rendais dans son kellion pour discuter avec lui. Nous nous entretenions de sujets spirituels, et il se confessait aussi à moi. Il aimait beaucoup Dieu mais aussi les hommes. Il aimait le désert et l’ascèse. Il combattait beaucoup. Il menait une très belle existence spirituelle avec un très grand zèle pour le jeûne et la prière. Il était pieux et bon en tout. »

 

Il confirme un jeune moine.

Le Père athonite Nicolas Trigonas rapporte ceci : « J’ai connu l’Ancien Païssios à Stavronikita. Lorsque je m’y suis rendu en octobre 1968, il s’y trouvait déjà. Il chantait au monastère et aidait partout. Ensuite, il est allé vivre dans la calyve du Père Tykhon.

Quand j’avais des tentations à Stavronikita, j’allais le voir. Il me disait : “Je vais prier.” Il avait une grande familiarité avec Dieu dans sa prière. Pendant trois ou quatre jours j’étais rassuré. D’autres fois, dès que j’arrivais à son kellion, les tentations me quittaient.

Il me garda auprès de lui pendant un mois, jusqu’à ce que vienne mon confesseur, le Père Paul Zisakis. Chaque nuit, il se levait à minuit, il mettait son réveil à sonner pour trois heures. Il disait la prière ; il commençait et son esprit était ravi. Puis, quand le réveil sonnait, il me réveillait moi aussi et m’invitait à aller à l’église pour l’office. Il disait l’hexapsalme* et il célébrait le reste de l’office avec le chapelet*. Il faisait beaucoup de prosternations. Le matin nous prenions notre petit déjeuner. L’Ancien travaillait à la presse. Moi, je faisais la cuisine. Il n’y avait pas alors beaucoup de gens. Un jour, trois moines catholiques vinrent l’interroger sur la prière. Il me dit de leur préparer des pâtes. Il leur donna à manger, puis ils parlèrent.

Je l’interrogeai moi aussi au sujet de la prière mentale. Il me dit d’essayer de dire la prière et que c’est elle qui m’enseignerait quoi faire.

Un jour, il m’envoya dans un kellion pour une certaine tâche. Je tardais à revenir, alors il vint me chercher, car il s’était fait du souci et en chemin il priait. Dès que je le vis venir de loin, je me cachai dans les arbousiers.

Lorsqu’il s’approcha, je vis son visage qui brillait fortement, puis il reprit son aspect normal.

Un jour, il alla à Stavronikita, il assista à la Divine Liturgie et communia. À son retour, je lui ouvris la porte et je vis ses yeux très brillants dans l’obscurité.

Une autre fois, je fis une bêtise, et sans que je lui aie rien dit, il me dit :

“Va donc faire une prosternation devant le tombeau de l’Ancien (le Père Tykhon).

  • Qu’est-ce que j’ai fait ?
  • Tu le sais bien.”

Bien des années plus tard lors, des funérailles du diacre Dionysos Firfiris[29], je vis son visage briller. C’était une personne sainte. »

 

Une visite inoubliable.

Voici un témoignage anonyme venant de Volos : « Nous étions un groupe de six personnes et nous allâmes à la Sainte-Montagne, pendant l’été 1974 (une semaine avant l’invasion turque de Chypre), pour faire la connaissance du Père Païssios et nous entretenir avec lui. L’Ancien n’était pas encore très connu. Nous suivîmes un étroit sentier plein de broussailles et nous nous retrouvâmes devant une calyve. Nous vîmes un petit vieux avec une soutane élimée, qui bêchait. L’un d’entre nous lui demanda où se trouvait le Père Païssios et il répondit qu’il était là. Il nous ouvrit la porte, nous entrâmes et nous vénérâmes les icônes. Lorsque nous sortîmes, nous vîmes que le moine était plus soigné. Celui qui l’avait interrogé la première fois lui redemanda où était le Père Païssios. Il lui répondit : “Vous êtes venu voir une grosse pastèque et vous avez trouvé une courge.” Nous comprîmes tous alors que nous nous trouvions en présence du Père Païssios. Nous nous assîmes sous un olivier, d’autres sur des pierres et d’autres dans l’herbe. Ce qui suivit est indescriptible. La conversation fut un festin spirituel. Il avait les réponses les plus appropriées, lumineuses et spirituelles à nos questions et à nos incertitudes.

Après une discussion d’une heure, un énorme serpent apparut, sortant des buissons. Ce devait être une couleuvre. “Un serpent !” cria quelqu’un de notre groupe et il bondit vers lui en prenant une grosse pierre dans sa main. Le Père Païssios nous rassura en disant : “Ne le tracassez pas, il vient me tenir compagnie.” Il se leva, prit un petit bidon en fer blanc, le remplit d’eau et le posa un peu plus loin. Après que le serpent eut bu l’eau, l’Ancien lui dit : “Va-t’en maintenant, j’ai de la compagnie.” Aussitôt le serpent disparut dans les herbes comme il était venu. Nous restâmes interloqués. Ce que nous ressentions est indescriptible. Cet événement ainsi que la conversation se gravèrent profondément dans notre âme. En outre, l’Ancien nous annonça prophétiquement les événements qui suivirent avec l’invasion des Turcs à Chypre. »

 

Le silence des oiseaux.

Le hiéromoine Christodoulos Kapétas, ancien du kellion d’Iviron Saints-Pierre-et-Onuphre, raconta les événements suivants : « Nous entendîmes dire que le Père Païssios parlait aux animaux et aux oiseaux, qu’il prenait les serpents dans ses mains, mais moi personnellement je ne le croyais pas. Je considérais que c’étaient des racontars et qu’on les rapportait pour faire la renommée de l’Ancien. Lorsque j’eus terminé ma scolarité à PAthoniade[30] au début du mois de juillet 1971, avec un frère spirituel nommé Constantin Lytra, de Katerini, nous rendîmes visite à l’Ancien dans son kellion de la Précieuse-Croix. Nous y arrivâmes le matin vers 9h30 et l’Ancien nous reçut dans l’hôtellerie en plein air, sous l’olivier. Il nous offrit une figue sèche, deux ou trois noisettes et un peu d’eau, puis il se mit à nous entretenir de différents sujets spirituels. La région avait beaucoup d’oiseaux — surtout des rossignols qui gazouillaient et nous fatiguaient. Tout d’un coup, nous entendîmes l’Ancien dire : “Calmez-vous [il ne dit pas ‘taisez-vous’] mes braves, car vous voyez bien que je suis en train de discuter. Quand j’aurai fini, alors vous pourrez recommencer.” Aussitôt les oiseaux se calmèrent, sans quitter leur place.

Nous fumes tellement impressionnés par cet événement que nous fûmes incapables de continuer la discussion.

Ceci était aussi une réponse secrète qui m’était personnellement destinée, parce que j’avais eu ce doute concernant l’Ancien. Qu’il me pardonne de rapporter ceci après sa dormition, et je demande sa bénédiction. »

 

Une fête différente.

Témoignage du métropolite de Limassol, Mgr Athanase : « Je me rendis auprès de l’Ancien en septembre 1977, un lundi, veille de la fête de la

Précieuse Croix. Je frappai à sa porte de bon matin. L’Ancien m’ouvrit. Il était très joyeux et bien disposé, il me dit : “Tu tombes bien, diacre, je célèbre ma fête patronale demain. Des chantres vont venir, j’ai commandé un mérou, mais il me manquait un diacre. Te voilà, et la fête est complète.” Il fit quelques autres plaisanteries. Puis il me demanda de passer la soirée avec lui. Je savais que l’Ancien ne permettait à personne de passer la nuit auprès de lui, aussi, dès qu’il m’eut dit cela, je sautai de joie.

Nous nous rendîmes dans la chapelle. Il me demanda d’arranger la sainte Table. J’enlevai la poussière, je balayai le couloir, je fis diverses tâches. J’éprouvais une très grande joie. L’après-midi, nous allâmes manger. Il fit de la tisane, apporta du pain séché et alla ramasser des légumes sauvages de son jardin.

Ce qui me frappa, ce fut lorsque nous fîmes la prière. L’Ancien dit le Notre Père. Il leva les mains et le dit avec tant d’ardeur et de piété que c’était comme s’il parlait vraiment à Dieu.

Puis il me conduisit dans le kellion, et je m’y reposai un certain temps. Puis nous dîmes les Petites Vêpres avec le chapelet *.

Lorsque nous eûmes terminé, l’Ancien me dit : “Regardez, diacre, maintenant nous allons faire une agrypnie* avec le chapelet, et au matin le prêtre viendra célébrer la Liturgie. Tu sais dire le chapelet ? Je vais te dire quoi faire”, et il me fixa un programme. C’était un sage programme pour ne pas s’assoupir pendant la nuit. Il me dit de dire un chapelet de trois cents grains en disant “Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi !” Puis de dire un chapelet de cent grains à la Toute Sainte. Ensuite un de trois cents prières au Christ pour les vivants, un de cent à la Toute Sainte pour les vivants. Un de trois cents au Christ pour les défunts et un de cent à la Toute Sainte pour les défunts. Un chapelet de trois cents grains à la Précieuse Croix et, après, un de trois cents en disant : “Gloire à Toi notre Dieu, gloire à Toi !” C’était la première fois que j’entendais parler d’une telle chose. Il m’expliqua que ce chapelet était une doxologie et que, quand j’aurais terminé, je n’aurais qu’à recommencer depuis le début. Il ajouta que je ne devais pas avoir peur si j’entendais du bruit pendant la nuit, qu’il y avait beaucoup de sangliers sauvages et de chacals qui circulaient. Il me mit dans sa petite hôtellerie et il m’avertit que vers minuit il m’appellerait pour aller dans sa chapelle pour lire les prières de préparation à la sainte communion. J’entendais par intervalles l’Ancien qui soupirait profondément. De temps en temps, il frappait à la porte en demandant : “Eh diacre, tu dors ? Tu vas bien ?”

Un peu avant une heure du matin, nous nous rendîmes dans la chapelle. Il m’attribua la seule stalle qu’il y avait et me donna un cierge pour que je puisse lire les prières de l’office de la sainte Communion[31]. Lui se tenait debout à côté de moi, à ma gauche et commença à lire les versets : “Gloire à Toi notre Dieu, gloire à Toi !” À chaque fois qu’il disait le verset, il faisait un signe de croix et se courbait jusqu’à terre.

Quand nous arrivâmes au tropaire : “Marie Mère de Dieu…”, je me souviens que j’avais à peine recommencé à lire après le “Très Sainte Mère de Dieu sauve-nous ! ” dit par l’Ancien, que je ressentis quelque chose… je ne sais pas… je ne puis l’exprimer…, mais je m’arrêtai. Alors la veilleuse de la Toute Sainte commença à bouger, non pas brusquement, mais régulièrement sur toute la largeur de l’icône et toute la chapelle fut inondée de lumière. Je voyais sans le cierge et je me dis pendant un instant que j’allais l’éteindre.

Je me tournai vers l’Ancien. Je vis qu’il avait les mains croisées sur la poitrine et qu’il était courbé jusqu’à terre. Il comprit que je voulais l’interroger et il me fit signe de ne rien dire. Je restai sur la stalle, tandis que l’Ancien était courbé à mes côtés. J’étais rempli d’amour et de piété pour l’Ancien et je sentais que je me trouvais au Paradis.

Nous restâmes dans cet état spirituel une demi-heure, une heure, je ne pouvais pas m’en rendre compte précisément. Inconsciemment, je continuai à lire de mon côté l’office de la Communion et lorsque j’arrivai au verset : “Mes lèvres sont souillées[32]…”, progressivement la lumière tout d’abord baissa, puis la veilleuse cessa de bouger. Nous avions terminé l’office de la Communion et nous sortîmes en passant par le couloir. Il me fit asseoir sur un tabouret et lui-même s’assit sur un coffre en silence. Au bout d’un instant, je lui demandai :

“Qu’est-ce que c’était, Géronda ?

  • Quoi donc ?
  • La veilleuse. Comment la veilleuse a-t-elle pu bouger pendant si longtemps ?
  • Qu’as-tu vu ?
  • La veilleuse de la Toute Sainte bougeait de droite à gauche.
  • C’est tout ce que tu as vu ?
  • De la lumière aussi.
  • Quoi d’autre ?
  • Je n’ai rien vu d’autre. (En me demandant ce que j’avais vu d’autre, il semble que l’Ancien, lui, avait vu quelque chose d’autre.)
  • Bon, ce n’était rien du tout.
  • Comment cela rien du tout, Géronda ? La veilleuse bougeait et il y avait de la lumière !
  • Eh alors, tu n’as pas lu ce que disent les livres : la Toute Sainte parcourt tous les kellia pour voir ce que font les moines ? Eh, elle est passée par ici, et elle a vu deux cinglés, et elle a voulu les saluer en agitant sa veilleuse.”

Puis, de lui-même, il commença à me raconter quelques-unes de ses expériences. Il me rapporta comment il avait vu sainte Euphémie, ainsi que beaucoup d’autres choses. Sa disposition avait changé et il m’entretint jusqu’au matin de sujets spirituels. Il souligna à mon intention qu’il me racontait toutes ces choses par affection pour moi et pour mon édification, et non pour que je pense qu’il était quelqu’un.

À 5h30, le prêtre arriva et l’Ancien voulait que je célèbre la Liturgie, mais je n’avais pas mes ornements ecclésiastiques de diacre. Il m’apporta un vieux sticharion*, et prit un épitrachèlion* de prêtre dont il fit un ora- rion* de diacre qu’il ajusta avec une épingle à nourrice ; il trouva des sortes de surmanches dont il m’enveloppa les bras. J’avais l’air d’un clown, mais ce fut la plus belle Liturgie de ma vie. Il n’y avait que nous trois.

Il me garda avec lui jusqu’au samedi. Il m’envoya une fois à Bourazéri pour aller voir des compatriotes[33] et pour que j’y reste à manger l’après- midi. Une autre fois, il m’envoya aussi à Stavronikita pour y manger, parce que dans son kellion, il n’y avait que de la tisane et du pain séché. »

Des réponses d ’un autre genre.

Théodore Hadji-Patéras, épicier à Xanthi, témoigne : « J’entendis parler du Père Païssios par un étudiant et je lui rendis visite dans son kellion. En partant, je lui fis part du problème que j’avais dans mon épicerie : “Géronda, j’ai beaucoup de rats, je me fais du souci et je ne peux rien faire. Je t’en prie, prie Dieu pour qu’ils s’en aillent.” Je le suppliais plein de chagrin, parce qu’ils circulaient librement dans le magasin, ils me causaient des pertes, je les entendais sans cesse sur le plafond. Même pendant la journée, ils surgissaient devant les clients. J’avais une grosse radio que j’avais rapportée d’Allemagne. Les rats y pénétrèrent, y firent leur nid, mirent leurs petits au monde, mangèrent les bobines, et la détruisirent. Il me répondit : “Cher ami, est-ce que nous allons déranger Dieu à cause des rats ?” Il paraissait ne pas y attacher d’importance.

Je revins chez moi. Mon cœur battait de joie, mais j’éprouvais aussi de la peine, une tentation : l’Ancien ne s’était pas rendu compte de l’importance de mon problème avec les rats.

Mais, quand je retournai dans mon magasin, je me rendis compte que quelque chose avait changé. Au bout de deux jours, je m’aperçus que les rats avaient disparu. Il n’en restait pas un. Je compris que la prière de l’Ancien les avait chassés.

Un jour, je me mis à ressentir une grande fatigue ; les forces me manquaient. Je fis des examens. Trois médecins décidèrent de me faire suivre un traitement, parce qu’un microbe tourmentait mon organisme. J’étais au lit, incapable de travailler.

Je décidai d’écrire à l’Ancien Païssios, en lui décrivant ma situation. Je le priai de me dire, s’il fallait que je quitte Xanthi, où que je fasse confiance à la providence de Dieu et aux médecins du lieu.

Le deuxième jour du traitement, je ressentis une violente douleur à l’estomac. Un médecin me dit que je risquais une gastrorragie et qu’il fallait que j’arrête les médicaments et que j’entre à la clinique. À minuit, je me levai, mais je tombai évanoui sur le sol. J’avais complètement perdu l’appétit. Je fondais comme un cierge. Les médecins m’examinèrent, mais ne dirent rien. J’étais entré à la clinique le jeudi après-midi, et jusqu’au samedi soir mon état ne fit qu’empirer.

Le dimanche matin, je m’éveillai et je ressentis une force indescriptible qui régnait dans mon corps et dans mon âme. Je me levai et je téléphonai à ma femme pour qu’elle vienne avec un médecin que je connaissais, afin qu’ils me fassent sortir de la clinique, pour que je ne parte pas seul comme un voleur. Le médecin me dit que la veille j’allais mal, mais que quelque chose avait effectivement changé, qu’il n’y comprenait rien et qu’il ne pouvait pas fournir d’explication. Moi, de lui répondre : “Un miracle s’est produit, Dieu a fait un miracle.” Intérieurement, je m’interrogeais en me demandant qui était intervenu pour que le miracle se produise. Je mangeai avec appétit une nourriture mêlée de larmes. Mon émotion était indescriptible. Le lendemain, j’allai travailler sans ressentir la moindre fatigue. En peu de jours, je repris les kilos que j’avais perdus.

Début décembre, nous rendîmes visite à l’Ancien Païssios à la Sainte- Montagne avec un de mes amis professeur et un étudiant. Il nous ouvrit, et le professeur passa le premier, puis l’étudiant et ils se dirigèrent vers sa calyve. Je restai en arrière avec l’Ancien qui me demanda comment j’allais. Je me dis que comme je lui avais écrit à propos de ma maladie et me voyant rétabli, il m’interrogeait sur ma santé et je lui répondis que j’allais très bien. Nous commençâmes à avancer vers la calyve, et il me demanda si j’avais bien reçu sa lettre.

Je m’arrêtai pensif parce que je n’avais reçu aucune lettre de lui. Avant que j’aie eu le temps de répondre, il me dit : “Je ne t’ai pas écrit de lettre, mais je t’ai répondu à ma façon.”

Il y eut tremblement de terre en moi. Je compris que c’était l’Ancien qui, par ses prières, avait fait que je sois rétabli. Il me redemanda :

“Tu as reçu ma lettre, n’est-ce pas ?

— Oui, lui répondis-je, je l’ai bien reçue.”

Mon émotion était grande. Après avoir vénéré les icônes dans l’église, je suis sorti et j’ai beaucoup pleuré. »

 

Divine Liturgie à la Précieuse-Croix.

Le 27 octobre 1978, deux Pères athônites vinrent rendre visite à l’Ancien. L’un d’entre eux rendit compte ainsi de sa visite : « Nous arrivâmes une ou deux heures avant le coucher du soleil. Nous nous arrêtâmes devant la porte de son périmètre de grillage, sans frapper. Nous vîmes de la fumée monter devant le kellion et nous entendîmes une discussion assez vive. Peu après, nous vîmes le visage du Père Païssios qui dépassait de derrière un tas de bois. Il nous regarda et nous nous inclinâmes. Après nous avoir fait quelques gestes amicaux de la main, il vint tout doucement nous ouvrir la porte en nous faisant une métanie et en essayant d’embrasser notre main[34].

En descendant, nous vîmes un jeune moine du saint monastère de Sta- vronikita qui faisait la cuisine à l’extérieur du kellion sur un feu où il était aveuglé par la fumée. Il nous le présenta en riant : “Le Père X. est le cuisinier de la fête” et s’adressant à lui, il dit : “Fais attention, mon cher, de ne pas brûler la nourriture.” Celui-ci se mit à rire. Nous comprîmes qu’ils étaient en train de discuter de quelque chose de plaisant.

Nous vénérâmes les icônes de la chapelle, il nous conduisit dans l’hôtellerie et nous offrit une collation. Il nous expliqua que le lendemain ce serait la fête de saint Arsène de Cappadoce et qu’il y aurait une Divine Liturgie, et que c’était pour cette raison qu’ils étaient de si bonne humeur.

Puis, après une à deux minutes de silence, il nous dit : “Le Père Tykhon, lorsque des clercs lui rendaient visite, il leur demandait s’ils étaient prêtres et s’ils célébraient la Liturgie. Et s’ils répondaient positivement, il rendait grâce à Dieu. Si un prêtre lui répondait qu’il ne célébrait pas la Liturgie alors il était très affligé, d’une façon inimaginable.”

Cela nous conduisit à nous interroger, parce qu’en fait mon ami hiéro- moine n’avait pas célébré depuis longtemps sans qu’il y ait eu un empêchement canonique. Nous nous regardâmes…

Nous nous entretînmes pendant assez longtemps de sujets spirituels et il nous offrit de passer la soirée dans son kellion. Puis le moine de service apporta la nourriture, et nous mangeâmes ce qu’il avait préparé, tandis que eux ne mangeaient que quelques fruits secs. Le Père Païssios pilait quelques amandes dans un petit mortier. Sa nourriture consistait en tout et pour tout en deux ou trois cuillères d’amandes broyées.

Au matin, le prêtre arriva du monastère et il concélébra la Liturgie avec mon ami hiéromoine. Pour ma part, pendant la Liturgie, je chantai avec le Père Païssios, qui psalmodiait avec une jubilation visible.

Avant que ne commence la Divine Liturgie, il s’approcha de moi et me dit à l’oreille que, la prochaine fois, c’est moi qu’il désignerait. D’une certaine manière il m’expliqua pourquoi il avait préféré mon ami plutôt que moi, bien que je sois plus vieux tant par l’âge que dans l’ordination : “Je m’étais rendu compte qu’en ce moment il ne célébrait pas la Liturgie, c’est pourquoi hier, dès que vous êtes arrivés, je vous ai raconté ce que Papa* Tykhon disait aux prêtres.”

Après la Divine Liturgie le prêtre et le moine servant partirent pour le monastère. Quant à nous, il nous garda plusieurs heures. Lorsque nous nous levâmes pour partir, nous sentîmes que la nature autour de nous avait pris un autre visage. Tout cela, nous le ressentions spirituellement. On aurait dit que les petits arbres verts allaient nous parler… »

 

« Dieu se trouve obligé d’aider. »

Témoignage de M. Tamiolakis Elefthériou, de Crète : « Je me trouvais un jour dans une situation difficile en raison de mes nombreuses obligations, et j’allai voir l’Ancien pour qu’il m’aide. Au milieu de la neige et avec un temps épouvantable, j’arrivai et frappai à sa porte. L’Ancien m’ouvrit tout de suite et me fit entrer rapidement. Il me dit qu’il m’attendait, mais moi bien sûr, je ne l’avais pas informé. Il me fit asseoir à côté du poêle et commença à me faire de la tisane en prenant son temps. Il mit de l’eau dans la casserole[35] et fit son signe de croix en disant : “Gloire à Toi, mon Dieu !” Il mit finalement la casserole sur le feu et refit son signe de croix en disant de nouveau : “Gloire à toi mon Dieu !” Jusqu’alors, il n’avait pas dit un mot sauf : “Je t’attendais.” Moi je l’observais, et sa lenteur commençait à m’énerver, car je bouillais intérieurement. Lorsque la tisane bouillonna, il me donna la tasse, me regarda de ce regard innocent et compatissant qu’il avait et me demanda tranquillement ce que j’avais et pourquoi je semblais inquiet. Moi, nerveusement, je me mis à lui déballer mes problèmes, avec emphase, en soulignant que le monde à l’extérieur avait beaucoup de problèmes. Lui, avec un demi-sourire, but une gorgée de sa tisane en me disant très tranquillement : « Et alors, pourquoi tu t’inquiètes ? Dieu y pourvoira ». Moi de m’énerver encore plus et avec la familiarité que j’avais avec lui, car je l’aimais beaucoup, je lui dis : “Bon d’accord, Géronda, Dieu vient en aide une fois, il vient en aide deux fois. Mais est-ce qu’il est obligé d’aider tout le temps ?” Alors il me regarda sérieusement et me dit quelque chose qui me foudroya littéralement : “Oui, me dit-il, Il est obligé.” Son assurance était telle, et il était si évident qu’il le savait de première main que j’en fus soudain complètement retourné. Mes nerfs se relâchèrent, je me calmai, je ressentis une sérénité infinie et je n’avais qu’une interrogation dont je lui fis part : “Bon, mais alors pourquoi est-il obligé de nous aider ?” La réponse qu’il me donna ne pouvait être que celle d’un homme qui se sent concrètement enfant de Dieu et qui a une grande familiarité avec son père. Il me répondit : “De la même façon que toi, qui as engendré des enfants, tu ressens maintenant l’obligation de les aider et tu viens de Thessalonique jusqu’ici par un temps pareil parce que tu te fais du souci, de la même façon Dieu qui nous a créés et dont nous sommes les enfants, Lui aussi s’intéresse à nous, et ressent le besoin de nous aider. Oui, Il est obligé !” Le caractère direct de cette réponse était tel que tout souci disparut et dès lors je cessais de m’inquiéter pour l’avenir. »

 

Prédiction.

Témoignage de M. Apostolos Papachristou, théologien et chantre d’Ag- rinion : « Je rendis visite à l’Ancien pour la première fois le 12 septembre 1977 dans son kellion de la Précieuse-Croix. Dès qu’il me vit, naturellement sans me connaître, il me dit : “Bienvenue Apostolos !” En janvier 1979, je revins le visiter. À cette époque, ma cousine s’était fiancée avec un jeune homme et je lui demandais s’il était celui qu’il fallait pour fonder une vraie famille. Alors l’Ancien me dit : “Ce jeune homme n’y réussira pas, parce qu’il a lésé une âme. Il a promis le mariage à une jeune fille, mais il l’a abandonnée, et elle, de désespoir, a fait une tentative de suicide. Finalement, elle n’est pas morte, mais elle est restée paralysée. S’il ne lui demande pas pardon pour ce qu’il lui a fait, il ne s’en sortira pas.”

De fait, jusqu’à aujourd’hui, malgré toutes ses tentatives, il n’est pas arrivé à fonder une famille et à réussir sa vie. »

 

Traits d’humour.

Un trait caractéristique de l’Ancien qui n’a pas été suffisamment souligné, c’est qu’il était toujours gentil et de bonne humeur. La bonne humeur est une vertu et le rire spontané est irrépréhensible.

Souvent, il racontait des histoires amusantes qui provoquaient spontanément le rire, pour consoler des âmes affligées, mais c’était aussi un trait de son caractère. Souvent, derrière une simple plaisanterie se cachait un profond sens spirituel. Il faisait des jeux de mots, de fausses étymologies et des rapprochements de mots déconcertants. Mais il avait assez de finesse pour ne blesser personne et pour ne pas juger les gens. De tout ce qui a été relevé à ce sujet, je ne prendrai que quelques exemples :

*

Quelqu’un qui montrait de l’intérêt pour les musées vint rendre visite à l’Ancien pour voir les trésors de son kellion. Amusé par la frivolité de ses recherches, il lui montra un mur en ruines et lui dit en plaisantant : « Ces ruines datent de l’époque de Nabuchodonosor. »

*

« Géronda, où trouvez-vous tant de loukoums ? lui demanda un petit enfant.

  • Je les cueille sur ces loukoumiers, dit-il en lui montrant les buissons. »

*

« Père, que fais-tu ici ? lui demandaquelqu’un d’indifférent.

  • Je veille à ce que les fourmis ne se chamaillent pas. »

Dans une circonstance semblable, alors que quelqu’un lui demandait comment il passait la nuit, il répondit : « Eh bien, ma tâche est d’allumer chaque soir les veilleuses qui sont au ciel », voulant dire les étoiles.

*

Quelqu’un lui demanda :

« Père, comment puis-je acquérir la nepsis* ?

  • Tu dois te laver[36] Quoique moi qui me lave, je n’en voie pas encore l’utilité[37] ! »

*

Un jour, une connaissance, Kaiti Pateras, se rendit à Souroti en compagnie de M. Georges Lagos, professeur de médecine à l’Université de Ioannina, pour voir l’Ancien. Il lui dit : « Aujourd’hui tu es venue avec un lièvre, la prochaine fois tu viendras avec une tortue. » De fait, la fois suivante elle vint avec une dame, elles se perdirent en chemin et au lieu de cinq heures le trajet dura entre neuf et dix heures jusqu’à ce qu’elles arrivent.

*

Un jour, au kellion de la Panagouda il plantait un oignon dans une boîte de calamars. Un petit malin vint à passer et, les bras croisés dans le dos, il lui demanda ce qu’il faisait. L’Ancien lui répondit :

« Je plante des calamars.

  • Ils poussent bien, Géronda ?
  • Et comment ! Mais il faut juste que tu les plantes les moustaches en bas, alors ils prennent racine. »

*

« Dans la vie spirituelle, pour ne pas être boiteux (cholaino), nous ne devons pas rester dans le hall (chol). Tous ceux qui sont boiteux (cholai- nouri) n’entreront pas dans le salon de Dieu. » Il voulait dire le Paradis.

*

La veille du début de la période du Triode*, il dit à un pèlerin : « Es-tu déjà passé par les péages[38]? Là, quand on y passe, on paie. Nous quand nous passons par le Triode, est-ce que nous payons ? ». Il voulait dire : « est-ce que nous faisons des sacrifices ? ».

*

Un jeune homme de sa connaissance vint lui rendre visite à la skite d’Iviron. Il portait un costume et une très belle cravate. L’Ancien, qui aimait les choses simples, eut recours à une manière amusante et originale de lui enseigner la simplicité. Il lui dit en plaisantant : « Veux-tu me donner ta cravate et que nous l’apportions à cet ânon, pour qu’il en profite un peu lui aussi ?» Il la lui donna et l’Ancien l’apporta à l’ânon, sans pouvoir retenir ses rires à ce spectacle. Cependant, le jeune homme comprit le message, et la fois suivante il ne revint pas à la Sainte-Montagne avec une cravate.

*

Parfois, l’Ancien « faisait le niais » (il faisait des pitreries). Lors de la visite de quelqu’un d’indifférent aux choses spirituelles, qui voulait uniquement passer du temps et l’informer des nouvelles, l’Ancien s’en étant aperçu, lui demanda : « Et quelles sont les nouvelles ? Comment va la livre sterling ? » Cet ascète se mit soi-disant à s’intéresser au cours de la livre.

*

Il informa le monastère que personne ne devait le déranger pendant quelques jours. Une bande d’étudiants passa par son kellion. Ils frappèrent avec insistance, mais l’Ancien ne leur ouvrit pas. Ils entrèrent en passant sous le grillage, et l’Ancien fut contraint de leur ouvrir et leur demanda ce qu’ils voulaient.

« Géronda, nous voulons avoir un entretien spirituel.

— Mes enfants, quel entretien spirituel pourrions-nous avoir lorsqu’on a besoin de la police ? Que dit le Christ dans l’Évangile ? “Celui qui n’entre pas par la porte, mais pénètre par une autre voie…” », et il omit la fin du verset : « celui-là est un voleur et un pilleur[39] ».

*

Une autre fois un archimandrite força sa clôture. L’Ancien par délicatesse ne lui dit rien. Par la suite, il disait en plaisantant : « Et alors, celui-ci a la bénédiction (permission), il est archi-mandrite » (jeu de mots en grec : « le chef de l’enclos »).

*

Un pèlerin grec invita l’Ancien à dire aussi un mot aux amis anglais qui étaient avec lui. L’Ancien qui, bien sûr, ne connaissait pas l’anglais trouva une manière plaisante de stigmatiser la suffisance égoïste des Européens et répondit : « Dis-leur que nous les Grecs nous écrivons parfois le mot ‘moi’ avec des minuscules, tandis qu’eux l’écrivent toujours avec des majuscules ! »

En consolant une âme affligée, il disait : « À l’avenir ne sois pas triste[40]. »

*

Un possédé lui dit : « Je suis celui qui est[41], tombe à terre pour m’adorer ». L’Ancien lui répondit : « Tu n’es qu’un âne[42], mon gars, un âne », en s’adressant au démon qui lui parlait effectivement.

*

Un moine lui demanda s’il était permis de manger du soja, et il lui répondit : « Nous avons beaucoup de soja, mais nous n’avons pas d’affinité[43] avec les saints Pères. »

*

« Toi Géronda, tu es un ascète », lui dit un athonite. L’Ancien, contrarié, lui dit : « Que signifie le mot ascète ? » et il continua : « Ascète signifie “sans abri[44]”, alors que moi j’ai une calyve. Donc je ne suis ni un sans- abri, ni un ascète. »

*

Quelqu’un vit l’Ancien marcher pieds nus et lui demanda pourquoi il ne portait pas de chaussures. Il répondit : « Ce sont les chaussures que ma mère m’a données qui sont les meilleures et, plus elles vieillissent, plus elles deviennent solides[45]. »

*

Un ingénieur civil, que l’Ancien connaissait, lui rendit visite la veille de la fête de sa calyve. L’Ancien l’accueillit en lui disant : « Bienvenue à l’ingénieur avec les financiers[46]. » Lui de s’étonner, parce qu’il était seul. Il lui donna un petit paquet qu’un ami d’un monastère lui avait donné. Le Père Païssios l’ouvrit devant lui, et alors l’ingénieur vit avec stupéfaction que le paquet contenait des « financiers ».

[1] Extrait d’une lettre du 9 mai 1975.

[2] Recueil de canons* en l’honneur de la Mère de Dieu, composés par d’anciens hymnographes. Il a été édité par saint Nicodème l’Hagiorite. Dans la plupart des monastères, ces canons sont chantés à la fin des Vêpres ou aux Complies.

[3]  Au Mont-Athos, les portes des monastères sont fermées à la tombée du jour.

[4] Père Païssios, Saint Arsène de Cappadoce, p. 48- 49.

[5]  Voir Fleurs du Jardin de la Mère de Dieu, p. 50

[6]  Le 2 décembre 1968.

[7]  Jeu de mots en grec entre arasotos « sans soutane », et asotos (le fils) « prodigue ».

[8]  Aujourd’hui Ankara.

[9]  Aujourd’hui Istambul.

[10] Le 27 février 1974.

[11] Formule habituelle, dans les monastères, lorsqu’on frappe à la porte de quelqu’un.

[12]    Ceci explique sans doute la remarque du Père Païssios : « On est inutile au bon sens du terme. »

 

[14]    C’est le sens, en grec, du nom « Philarète ». Voir Fleurs du Jardin de la Mère de Dieu, p. 109.

[15] Le mot oueled veut dire enfant en arabe.

[16] Le 30 janvier 1974 ou 1975.

[17]    Isaac le Syrien, Discours, 81. Cette citation et celles qui suivent sont tirées de la traduction française des Discours ascétiques par l’Archimandrite Placide Deseille, Monastère Saint-Antoine-le-Grand, 2006.

[18]    Voir Lettres, p. 91. L’Ancien y rapporte les dires d’un moine, mais il s’agit de lui- même.

[19] Le mot désigne une sorte de rituel magique attribué à la sagesse de Salomon. Il peut s’agir aussi de l’étoile à cinq branches aussi appelée « sceau de Salomon », qui est souvent portée par les occultistes.

[20]    Trois heures, suivant l’heure byzantine. C’est-à-dire environ neuf heures du soir. Sur le mur du couloir, l’Ancien avait noté ce détail : « Trois heures», et à côté il avait dessiné une flèche qui indiquait l’endroit où se tenait le diable.

[21]  Le 26 mai 1977.

[22]  Ps 44,3.

[23]  Ces paroles ont été prononcées le 28 mai 1977.

[24]  Cinquième dimanche après Pâques.

[25]  L’extérieur de l’Athos.

[26] Lettres, p. 74.

[27]  Je 5, 18.

[28]  Le 4 février 1979.

[29]  Célèbre chantre de Karyès.

[30] École secondaire, installée à Karyès dans les bâtiments de la skite de Saint-André, et dont les élèves sont boursiers des monastères.

[31] Il est de règle dans l’Église orthodoxe de lire, la veille de la communion, un canon de prières.

[32] Prière de S. Syméon le Nouveau Théologien qui fait partie du canon de la communion.

[33] La skite de Bourazéri était alors habitée par une communauté, placée dous la direction de l’Ancien Charalampos (fils spirituel de l’Ancien Joseph l’Hésychaste et futur higoumène de Dionysiou), qui comportait parmi ses membres plusieurs chypriotes.

[34] C’est une marque de respect habituelle en Grèce par égard pour les prêtres et les moines.

[35]  Petite casserole dont on se sert pour faire le café grec.

[36] Jeu de mots intraduisible entre le motnè/w’s (qui se prononce nipsis) issu d’un verbe nèpho « être sobre » et un verbe nivo (aoriste enipsà) qui a le sens de « laver ».

[37] Marque d’humilité de la part de l’Ancien qui affirme, de cette façoon imagée, que lui-même n’a pas encore acquis la nepsis.

[38]  Jeu de mots en grec entre Triode et le mot pour « péages» (ta diodia).

[39]  Jn 10,1.

[40] Jeu de mots : en grec l’expression tou loipou, « à l’avenir», ressemble à l’impératif moyen-passif du verbe lypamai, « être triste ».

[41]  Ex 3, 14.

[42]  Jeu de mots en grec entre l’expression o ôn, « celui qui est » et le mot onos, « âne ».

[43]  Jeu de mots en grec entre le mot soja et le mot soi, « espèce, race, famille ».

  1. Jeu de mots en grec entre le mot ascétis, « ascète » et asképis, « sans abri ».

[45] C’est-à-dire que les plantes de pieds durcissent !

[46]     Jeu de mots en grec : le mot ergolabos, traduit ici par « financier », désigne à la fois un entrepreneur et une sorte de gâteau fait avec de la pâte d’amande.