(Lc 24, 36-53 ; Ac 1, 3-12)

Quand les hirondelles commencent à manquer de nourriture et que le froid approche, alors elles migrent vers les contrées chaudes, qui abondent en soleil et nourriture. Une hirondelle vole en tête, fendant l’air et ouvrant la voie au reste de la volée.

Quand la nourriture disparaît pour notre âme dans ce monde matériel, et que s’approche le froid de la mort, y a-t-il une hirondelle pour nous transporter vers une contrée plus chaude, où il y a abondance de chaleur et de nourriture spirituelle? Une telle contrée existe-t-elle? Une telle hirondelle existe-t-elle ?

Hors du cercle de l’Eglise chrétienne, personne ne sait répondre de manière fiable à une telle question. Seule l’Église sait, et le sait de manière fiable. Elle a vu cette contrée paradisiaque à laquelle notre âme aspire dans le crépuscule glacé de cette existence terrestre. Elle a également vu cette hirondelle bénie qui s’est envolée la première vers cette contrée désirée, fendant avec ses ailes puissantes l’atmosphère sombre et lourde entre la terre et le ciel et ouvrant la voie à sa suite à la volée. Par ailleurs l’Eglise sur terre sait aussi évoquer devant vous les vols innombrables d’hirondelles qui ont suivi cette première hirondelle et se sont envolées à sa suite vers le doux pays, abondant en tous biens, le pays du printemps éternel.

Vous avez deviné que dans cette hirondelle salvatrice, je songe à l’Ascension du Seigneur Jésus-Christ. N’a-t-Il pas dit de Lui-même qu’il est le commencement, le commencement et le chemin ? Et n’a-t-Il pas dit à Ses apôtres: Je vais vous préparer une place […] et je vous prendrai près de moi (Jn 14, 2-3)? Et ne leur avait-il pas dit auparavant: Et moi, une fois élevé de terre, je les attirerai tous à moi (Jn 12, 32) ? Ce qu’il avait dit a commencé aussitôt à s’accomplir, au bout de quelques semaines, a continué à s’accomplir jusqu’au jour d’aujourd’hui, et s’accomplira jusqu’à la fin des temps. Après avoir été le commencement de la première création du monde, Il est devenu aussi le commencement de la deuxième création ou de la restauration bienfaisante de l’ancienne création. Le péché a brisé les ailes d’Adam et de toute sa descendance, dont tous les membres se sont détachés de Dieu, s’en éloignant et s’accolant à la poussière à partir de laquelle leur corps avait été créé. Le Christ est le nouvel Adam, premier homme, Premier-né parmi les hommes, qui s’est élevé au ciel sur Ses ailes spirituelles vers le Trône de la gloire et de la puissance éternelles, après avoir parcouru le chemin vers le ciel et ouvert toutes les portes du ciel à Ses disciples spirituellement ailés, tel l’aigle qui trace la voie aux aiglons, telle l’hirondelle qui s’avance, montrant le chemin à la volée en surmontant la forte résistance de l’air.

Qui me donnera des ailes comme à la colombe, que je m’envole et me -pose ? s’écriait tristement le prophète avant le Christ (Ps 55, 7). Pourquoi? Lui-même l’explique : Mon cœur se tord en moi, les affres de la mort tombent sur moi; crainte et tremblement me pénètrent, un frisson m’étreint (Ps 55, 5). Ce sentiment effroyable de peur de la mort et de crainte d’exister dans les méandres de cette vie, a dû peser comme un cauchemar épouvantable sur toute l’humanité rationnelle et honnête avant l’arrivée du Christ. Qui aurait pu me donner des ailes pour que je m’envole de cette vie ? ont dû se demander de nombreuses âmes nobles et sensibles. Mais s’envoler où, ô âme humaine et pécheresse? Te souviens-tu encore, comme en songe, de la contrée chaude et lumineuse d’où tu as été chassée ? Les portes se sont fermées derrière toi et un chérubin à l’épée de feu a été placé pour t’en interdire l’accès. Ton péché t’a brisé les ailes, non d’oiseau mais divines, et t’a fermement plaqué à terre! Quelqu’un doit d’abord te libérer du poids du péché, te purifier et te redresser. Puis quelqu’un devra t’installer de nouvelles ailes et en prendre soin afin qu’elles puissent s’envoler. Puis quelqu’un de très puissant devra intervenir, devant qui le chérubin à l’épée de feu s’effacera et qui te mènera jusqu’à ta demeure lumineuse. Enfin, il faudra quelqu’un pour attendrir le Créateur offensé, afin qu’il t’accueille de nouveau dans les contrées de Son pays immortel. Une telle personne était inconnue du monde, avant le Christ. Elle est apparue sous l’aspect de ton Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant. Par amour pour toi, Il a incliné le ciel vers la terre, est descendu sur la terre, a revêtu une enveloppe charnelle, devenant esclave à cause de toi, endurant la sueur et le gel, souffrant de faim et de soif et révélant Son visage pour être couvert de crachats et livrant Son corps pour être cloué sur la Croix et mis au tombeau comme s’il était mort, puis descendant aux enfers pour détruire une prison pire que cette vie-ci qui t’était destinée après la séparation avec le corps — tout cela, pour te purifier de la boue du péché et te redresser; puis II est ressuscité du tombeau afin de t’installer ainsi des ailes pour ton envol vers le ciel et s’est élevé enfin vers le ciel afin de t’ouvrir la voie et t’attirer dans la demeure céleste. Tu n’as pas besoin de soupirer de crainte, frémissement et tremblement comme le roi David, tu n’as pas besoin d’avoir des ailes comme la colombe, car un aigle est apparu qui a montré et ouvert la voie. Il te suffit de prendre soin de tes ailes spirituelles, qui t’ont été données en Son nom lors du baptême, et de vouloir de toutes tes forces t’élever là où II s’est élevé. Il a accompli pour ton salut, quatre-vingt-dix-neuf pour cent de ce qu’il fallait faire ; ne vas-tu pas t’efforcer de faire un pour cent qui reste pour assurer ton salut, car c’est ainsi que vous sera largement accordée par surcroît l’entrée dans le Royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ (2 P 1,11) ?

L’Ascension du Seigneur de la terre au ciel est, pour les hommes, une surprise aussi grande que Sa descente du ciel sur la terre et Sa naissance dans un corps l’ont été pour les anges. D’ailleurs, quel événement de Sa vie ne représente pas une nouveauté et une surprise incomparables pour le monde ? De même que les anges ont dû observer avec émerveillement comment Dieu lors de la création originelle, sépare la lumière des ténèbres, l’eau du continent, aménage les étoiles sous la voûte céleste, comment II relève de la poussière les plantes et les bêtes et comment enfin II donne sa forme à l’homme et lui donne une âme vivante, de même chacun de nous doit, qu’il le veuille ou non, considérer avec émerveillement les événements de la vie du Sauveur, à partir de l’annonce extraordinaire par l’archange Gabriel à la Très Sainte Vierge à Nazareth puis dans l’ordre jusqu’à Sa puissante Ascension au mont des Oliviers. Tout est surprenant à première vue, mais quand on connaît le plan de l’économie de notre salut, tout pousse l’homme raisonnable à acclamer joyeusement et à célébrer la puissance, la sagesse et la philanthropie de Dieu. Tu ne peux effacer un seul événement de la vie du Christ sans les dénaturer tous, de même qu’on ne peut couper une main ou une jambe à un homme sans le défigurer ou qu’on ne peut retirer la lune de la voûte céleste ou éteindre une partie des étoiles sans déformer l’alignement et la beauté du ciel. Aussi ne dois-tu pas songer à dire que l’Ascension du Seigneur n’a pas été utile ! Quand, même des Juifs, malgré toute leur méchanceté, furent obligés de reconnaître et de s’écrier : Il a bien fait toutes choses! (Mc 7,37), a fortiori toi qui as été baptisé dans Son Nom, tu dois croire que tout ce qu’il a accompli, Il l’a fait bien rationnellement, méthodiquement et avec une grande sagesse. Son Ascension est donc un événement tout aussi bon, rationnel, méthodique et plein de sagesse que Son Incarnation, Son Baptême, Sa Transfiguration ou Sa Résurrection. C’est votre intérêt que je parte a dit le Seigneur à Ses disciples (Jn 16, 7). Tu vois comme II organise tout et fait tout pour le bien des hommes ! Chacune de Ses paroles et chacun de Ses gestes ont pour but notre bien. Son Ascension constitue un bien infini pour nous tous. S’il n’en avait pas été ainsi, Il n’aurait pas accompli Son Ascension. Mais arrêtons-nous sur cet événement même, tel que l’évangéliste Luc l’a décrit dans ses deux œuvres, l’Evangile et les Actes des Apôtres.

Le Seigneur dit à Ses disciples : Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour (Lc 24, 46). Qui a écrit cela? Le Saint-Esprit l’a écrit, sur le conseil de la Sainte Trinité, à travers les prophètes et les visionnaires, dans la loi de Moïse, dans les prophéties des prophètes et les psaumes. Le Seigneur accorde d’autant plus d’importance à ces livres qu’ils représentent une préfiguration de ce qui a eu lieu avec Lui. D’un côté c’est la prédiction, de l’autre c’est l’accomplissement. Là-bas, c’était l’ombre et l’image, ici c’est la vie et la réalité. Alors II leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures (Lc 24, 45). Ouvrir l’esprit se situe au même plan que le miracle de la Résurrection du tombeau. Encore recouvert par le lourd bandeau du péché, l’esprit humain se trouve comme dans les ténèbres du tombeau : il lit et ne comprend pas, il regarde et ne voit pas, il écoute et ne comprend pas. Qui a contemplé davantage les mots de l’Écriture et les a lus sinon les scribes de Jérusalem — et pourtant, qui a vu moins de choses dans ces mots qu’eux ? Pourquoi le Seigneur ne leur a-t-Il pas enlevé ce sombre bandeau de l’esprit, afin qu’ils puissent comprendre comme les apôtres ? Parce que ces derniers avaient la volonté qu’il le fît, alors que les autres ne l’avaient pas. Pendant que les scribes et les chefs populaires disaient de Lui: cet homme est pécheur et attendaient une occasion pour Le tuer, les apôtres disaient : Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle (Jn 6, 68). Ce n’est qu’à ceux qui le veulent que le Seigneur ouvre l’esprit ; ce n’est qu’à ceux qui ont soif qu’il donne l’eau de la vie et ce n’est qu’à ceux qui sont en quête de Lui qu’il se révèle.

Ainsi est-il écrit. Si cela avait été écrit par des hommes ordinaires selon leur intelligence humaine, le Fils de Dieu n’aurait pas fait référence à ces écrits et ne se serait pas hâté de les accomplir. Mais l’écriture des prophètes, c’est l’écriture de l’Esprit de Dieu, et Dieu, logique avec Lui-même et Ses promesses, a envoyé Son Fils Unique-engendré afin d’accomplir ces promesses écrites. Il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit (Lc 24,44), dit Celui qui voit tout le monde créé d’un bout à l’autre comme un homme qui regarde une feuille d’écriture placée devant lui. Si le Visionnaire a dit qu’il a fallu que cela fut accompli ainsi, comment les aveugles qui ont affirmé qu’il ne fallait pas qu’il en fut ainsi ne seraient pas ridicules ? Il a fallu que le Seigneur Jésus souffrît en Son temps pour que nous nous réjouissions dans l’éternité. Et il a fallu qu’il ressuscitât pour qu’à travers Lui, nous ressuscitions dans la vie éternelle.

Et qu’en Son nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem (Lc 24, 47). Si le Seigneur Jésus n’avait pas souffert et été mis à mort à cause de nos péchés, qui d’entre nous saurait que le péché est un poison infiniment terrible? Et s’il n’était pas ressuscité, qui d’entre nous, connaissant l’horreur du péché, conserverait l’espérance ? Alors le repentir ne serait pas utile, ni le pardon possible. Car au repentir correspond la souffrance pour le péché, tandis qu’au pardon correspond la résurrection par la puissance divine. En se repentant, le vieil homme contaminé par le péché se couche dans le tombeau, alors que par le pardon l’homme nouveau naît à la vie nouvelle. Telle est l’annonce merveilleuse à tous les peuples de la terre, à commencer par Jérusalem ! Ce que le serviteur du Très- Haut, l’archange Gabriel, a dit à la Très Sainte Vierge avec ces paroles prophétiques: C’est Lui qui sauvera Son peuple de ses péchés (Mt 1, 21), le Seigneur Lui-même le confirme maintenant, avec l’expérience de Celui qui a souffert et le droit du vainqueur. Mais pourquoi dit-on : à commencer par Jérusalem? Parce que c’est à Jérusalem qu’a eu lieu le plus grand sacrifice accompli pour tout le genre humain et que c’est là que la lumière de la résurrection a brillé du tombeau. Dans un sens caché cependant — si Jérusalem représente l’esprit dans l’homme — il est clair que c’est à partir de l’esprit que doit commencer le repentir, l’humilité et la contrition, avant de se diffuser ensuite dans l’ensemble de l’homme intérieur. L’orgueil spirituel a précipité Satan en enfer ; l’orgueil spirituel a séparé Adam et Eve de Dieu ; l’orgueil spirituel a poussé les pharisiens et les scribes à tuer le Seigneur. L’orgueil spirituel est la cause principale du péché encore de nos jours. Celui dont l’esprit ne s’agenouille pas devant le Christ ne verra pas ses genoux faire la génuflexion. Celui qui a commencé à apaiser son esprit par le repentir a commencé à soigner sa plaie principale.

De cela vous êtes témoins (Lc 24, 48). Témoins de quoi? Témoins du martyre du Seigneur, témoins de Sa glorieuse résurrection, témoins de la nécessité du repentir, témoins de la vérité du pardon des péchés. A l’apôtre Paul, qu’il a transformé de l’état de persécuteur en apôtre, le Seigneur a dit: Voici pourquoi je te suis apparu: pour t’établir serviteur et témoin de la vision dans laquelle tu viens de me voir (Ac 26,16). L’apôtre Pierre dit dans sa première homélie devant le peuple après la descente du Saint-Esprit: Dieu L’a ressuscité, ce Jésus; nous en sommes tous témoins (Ac 2, 32). De son côté, l’apôtre Jean dit: Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché, nous vous l’annonçons (1 Jn 1,1-3). Les apôtres ont donc été des témoins directs de la prédication vivifiante du Christ, de Ses miracles et de tous les événements de Sa vie sur terre, sur lesquels est fondé notre salut. Ils ont été auditeurs, spectateurs et participants de la Vérité. Ils ont été les premiers à monter à bord du bateau du salut après le déluge des pécheurs, afin de pouvoir en embarquer d’autres et les sauver. Leur esprit a été libéré de l’orgueil, et leur cœur purifié des passions. Le Seigneur le leur a confirmé : Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite (Jn 15, 3). Ainsi, ils ont été non seulement témoins de tout ce qui a été apparent, de ce qu’on pouvait voir, entendre, contempler et toucher du point de vue de la Parole de Dieu, mais ils ont aussi été témoins de la régénération intérieure et du renouvellement de l’homme par le repentir et à travers la purification des péchés. L’Evangile a eu lieu non seulement devant leurs yeux et leurs oreilles mais aussi à l’intérieur, dans leur cœur et leur esprit. Toute une révolution du cœur et de l’esprit s’est produite en eux au cours de leurs trois années d’apprentissage auprès du Christ. Cette révolution a consisté dans la mise à mort douloureuse du vieil homme en eux et la naissance encore plus douloureuse du nouveau. Combien de souffrances mortelles leur âme a-t-elle endurées jusqu’à ce que, illuminés et transfigurés, ils soient en mesure de s’écrier : Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie (1 Jn 3, 14)! Combien de temps, combien de labeur, combien de doute, de crainte, d’agonie, d’errements, de délibérations et d’interrogations, jusqu’à ce qu’ils soient devenus des témoins véritables et fidèles des souffrances physiques, de la mort et de la Résurrection du Seigneur Jésus comme de leur propre souffrance spirituelle, de leur mort et de leur résurrection !

Mais à cette époque, les apôtres n’étaient pas encore tout à fait aguerris spirituellement. C’est pourquoi le Seigneur les instruit et les conduit comme des enfants, les encourageant lors de la séparation: Je ne vous laisserai pas orphelins (Jn 14, 18). C’est encore à eux qu’avec de nombreuses preuves, Il s’était présenté vivant après Sa passion :pendant quarante jours, Il leur était apparu et les avait entretenus du Royaume de Dieu (Ac 1, 3), leur promettant enfin de recevoir une force, celle de l’Esprit Saint, qui descendra sur vous (Ac 1, 8).

Puis II les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, Il les bénit. Et il advint, comme II les bénissait, qu’il se sépara d’eux et fut emporté au ciel (Lc 24, 50-51). Que cette séparation avec la terre fut majestueuse et émouvante ! Là, à proximité du mont des Oliviers, non loin de la butte où Lazare mort était revenu à la vie temporelle, le Seigneur ressuscité s’est élevé vers les hauteurs infinies de la vie éternelle. Il s’est élevé, non jusqu’aux étoiles, mais au-dessus des étoiles ; Il s’est élevé non jusqu’aux anges mais au-dessus des anges, non jusqu’aux plus hautes puissances célestes mais au-dessus d’elles, au-dessus des immortelles armées célestes, au-dessus des demeures paradisiaques des anges et des justes, loin, loin même pour les yeux des chérubins, jusqu’au trône même du Père céleste, dans l’autel mystérieux de la Sainte et vivifiante Trinité. La mesure d’une telle hauteur n’existe pas dans le monde créé; peut-être ne peut-elle se comparer, dans le sens opposé, qu’à la profondeur où l’orgueil a précipité Lucifer, déchu de Dieu ; cette profondeur où Lucifer a voulu précipiter le genre humain. Le Seigneur Jésus nous a sauvés de cette déchéance infinie et au lieu de cet abîme profond, nous a élevés vers les hauteurs divines du Ciel. Il nous a élevés, nous l’affirmons, pour deux raisons : premièrement parce qu’il s’est élevé comme un homme de chair, comme nous-mêmes, et deuxièmement parce qu’il s’est élevé, non pour Lui-même, mais pour nous, afin de nous ouvrir la voie de l’apaisement avec Dieu.

En s’élevant avec Son corps ressuscité, corps que des hommes avaient mis à mort et déposé dans la terre, Il bénissait avec Ses mains que des hommes avaient blessées avec des clous. Ah, Seigneur béni, que Ta miséricorde est immense ! C’est avec une bénédiction qu’a commencé l’histoire de Ton arrivée dans le monde et c’est par une bénédiction quelle s’achève. En annonçant Ta venue dans le monde, l’archange Gabriel a salué la Très Sainte Mère de Dieu en disant : Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi […] bénie es-tu entre les femmes (Lc 1,28; 1, 42) ! Et maintenant, au moment de Te séparer de ceux qui T’ont accueilli, Tu étends Tes mains très pures et les combles de bénédictions. Ah, le plus béni des hommes ! Ah, bienfaisante source de bénédictions ! Bénis-nous aussi, comme Tu as béni Tes apôtres !

Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu’il s’en allait, voici que deux hommes vêtus de blanc se trouvèrent à leurs côtés; ils leur dirent: «Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? Ce Jésus qui, d’auprès de vous, a été enlevé au ciel viendra comme cela, de la même manière que vous L’avez vu s’en aller vers le ciel» (Ac 1,10-11). Ces deux hommes vêtus de blanc étaient des anges de Dieu. D’invisibles armées d’anges ont accompagné leur Maître de la terre au ciel, comme elles l’avaient accompagné jadis du ciel à la terre lors de Sa conception à Nazareth et de Sa naissance à Bethléem. Lors de l’Ascension du Seigneur, deux d’entre eux se sont rendus visibles aux yeux des hommes, selon le dessein de Dieu, en vue d’un message aux disciples. Ce message était indispensable pour ceux qui pouvaient se sentir abandonnés et isolés après le départ du Sauveur. Ce Jésus qui, d’auprès de vous, a été enlevé au ciel viendra comme cela. Tel est le message du Christ par l’intermédiaire de ces deux anges. Voyez-vous l’immensité de l’amour des hommes de la part du Seigneur ? Même au moment de Son Ascension au ciel, vers le trône de gloire du Dieu Trine, Il ne pense pas à Lui, ni à Sa gloire après l’humiliation, ni à Son repos après tout Son labeur sur terre, mais II pense aux Siens, restés derrière Lui sur la terre. Même s’il les a Lui-même suffisamment conseillé et fortifié, Il leur envoie néanmoins Ses anges, bien qu’il leur eût dit personnellement: Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous (Jn 14,18) — Il fait quelque chose de plus, qu’il ne leur avait pas promis : Il leur montre des anges célestes, comme Ses messagers et serviteurs, afin de les convaincre ainsi de Sa puissance et de réitérer, par la bouche des anges, la promesse qu’il allait revenir auprès d’eux. Il fait tout, tout, dans le seul but de les affranchir de la peur et de la tristesse, et les enrichir du courage et de la joie.

S’étant prosternés devant Lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie (Lc 24, 52). Ils se prosternèrent spirituellement et physiquement devant le Seigneur tout-puissant, en signe de respect et d’obéissance. Cette prosternation signifiait : qu’il en soit selon Ta volonté, Seigneur tout-puissant ! Et ils retournèrent du mont des Oliviers vers Jérusalem, comme cela leur avait été ordonné. Mais ils ne revinrent pas avec tristesse, mais en grande joie. Ils auraient été tristes si le Seigneur s’était séparé d’eux d’une autre manière. Or leur séparation avait été une nouvelle révélation majestueuse pour eux. Il n’avait pas disparu devant eux, n’importe comment et de façon anonyme, mais ‘s’était élevé en gloire et dans Sa puissance vers le ciel. Ainsi se sont accomplies de façon évidente Ses paroles prophétiques sur cet événement, de même que s’étaient vérifiées auparavant celles concernant Sa passion et Sa résurrection. L’esprit des disciples s’était ainsi ouvert, afin de leur permettre de comprendre ce qu’il leur avait dit : Nul n’est monté au ciel, hormis Celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme (Jn 3, 13), comme ce qu’il avait dit en forme de question à Ses disciples (quand ils avaient été scandalisés par Ses paroles à propos du pain descendu du ciel) : Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où II était auparavant? (Jn 6, 62) ou encore : Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. A présent je quitte le monde et je vais vers le Père (Jn 16,28). Les ténèbres de l’ignorance introduisent la crainte et l’indécision dans l’âme humaine, tandis que la lumière de la connaissance de la vérité insuffle la joie et crée la force et la confiance en soi. Les disciples étaient dans la crainte et l’indécision quand le Seigneur leur parlait de Sa mort et de Sa résurrection. Mais en Le voyant ressuscité et vivant, ils furent remplis de joie (Jn 20, 20). La crainte avait été détruite, le doute avait disparu, l’indécision s’était envolée, et à la place de tout cela, il y avait la certitude, une belle certitude ensoleillée d’où émanaient la force et la joie. Ils savaient maintenant avec certitude que leur Seigneur et Maître était descendu du ciel, car c’était vers le ciel qu’il s’était élevé ; qu’il avait été envoyé par le Père, car II était retourné vers le Père ; et qu’il était tout- puissant au ciel comme II l’avait été sur terre, car les anges L’accompagnent et accomplissent Sa volonté. C’est à cette connaissance infaillible que se rattachait la foi infaillible qu’il viendra de nouveau, et cela en gloire et en force, comme II le leur avait dit à plusieurs reprises, et comme les anges l’avaient répété. Il ne leur restait maintenant rien d’autre à faire que de suivre avec ferveur Ses commandements. Il leur avait ordonné de rester à Jérusalem et d’y attendre la force d’en-haut (Lc 24, 49). C’est dans une grande joie pleinement justifiée, et avec la foi tout aussi grande que cette force d’en-haut descendrait sur eux, qu’ils retournèrent à Jérusalem.

Et ils étaient constamment dans le Temple à bénir Dieu (Lc 24, 53). Ils ne cessaient de se rendre au Temple de Jérusalem où ils louaient et bénissaient Dieu. Un autre passage de l’Evangile mentionne que tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière (Ac 1,14). Après tout ce qu’ils avaient vu et appris, ils ne pouvaient plus détacher leur esprit et leur cœur du Seigneur, qui s’était éloigné sous leurs yeux mais qui était resté encore plus profondément ancré dans leurs âmes. Il demeurait en force et en gloire dans leurs âmes et eux, pleins de jubilation, louaient et bénissaient Dieu. C’est ainsi qu’il était revenu vers eux plus rapidement que ce qu’ils avaient espéré. Il n’était pas revenu pour que les yeux Le voient ; Il était revenu en s’implantant dans leurs âmes. Il n’était pas seul à être ancré dans leurs âmes, Il l’était avec Son Père. Car le Seigneur avait dit que celui qui éprouve de l’amour pour Lui, mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui (Jn 14,23). Il fallait encore que le Saint-Esprit descende et s’implante en eux pour qu’ils fussent des hommes accomplis dans lesquels avaient été restaurées l’image et la ressemblance du Dieu trine (Gn 1, 26). C’est cela qu’ils devaient attendre à Jérusalem. Ils l’ont attendu et l’ont reçu. Dix jours plus tard, le Saint- Esprit, cette force d’en-haut, est descendu sur cette première église du Christ, pour ne plus se séparer de l’Eglise du Christ jusqu’à nos jours et jusqu’à la fin des temps.

Nous aussi, louons et bénissons le Seigneur dont l’Ascension nous a ouvert l’esprit, afin que nous puissions voir la voie et le but de notre vie. Louons et bénissons le Père qui répond par Son amour à notre amour pour le Fils et s’installe avec le Fils dans chacun de ceux qui observent et confessent les commandements du Seigneur. Gardons sans cesse dans notre esprit le Père et le Fils, les louant et les bénissant — comme les apôtres quelque part dans la ville de Jérusalem — dans l’attente que descende sur nous aussi, la force d’en-haut, l’Esprit consolateur qui descend sur chacun de nous dès notre baptême mais qui s’éloigne de nous à cause de nos péchés. Afin que soit restauré en nous aussi l’ensemble de l’homme céleste originel. Afin que nous aussi, comme les apôtres, devenions dignes d’être bénis par notre Seigneur Jésus-Christ très glorieux et élevé dans les deux, à qui vont gloire et louange, avec le Père et le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.