(Jn 9,1-38)

Grand est notre Dieu et Ses miracles ; il n’y a pas de fin au récit de Ses miracles. Il n’existe pas d’yeux qui ont vu tous Ses miracles ; il n’existe pas de langue humaine qui en a compté le nombre, de même qu’il n’y a pas d’esprit qui les a compris.

Des yeux ont regardé, regardé, puis se sont endormis dans la mort. La langue des hommes les a comptés, comptés, puis est devenue muette. L’esprit a réfléchi, réfléchi, puis s’est défraîchi. Qui reconnaîtra les miracles, s’il ne reconnaît pas le thaumaturge ? Mais qui regardera le thaumaturge et restera vivant ?

Tout le feu sur la terre est issu et continue d’être issu du soleil, disent ceux qui s’occupent d’analyser ces problèmes. Pourquoi le soleil n’est-il pas descendu de lui-même sur la terre, pourquoi s’est-il matérialisé en partie sur terre, en partie dans l’eau, en partie dans l’air, en partie dans l’arbre et le charbon, en partie dans les animaux ? Pourquoi lors de chacune de ces incarnations partielles, le soleil s’est-il couvert d’un voile dense et froid ? Pourquoi n’est-il pas descendu entièrement sur la terre, pour accomplir la même chose que son feu et sa lumière ? Parce que s’il s’approchait très près de la terre, toute la terre se mettrait à fondre ; elle s’évaporerait et n’existerait plus.

Qui parmi les mortels pourrait se tenir près du soleil et rester vivant ? Et le soleil n’est qu’une des créations divines ; il est ténèbres par rapport à la lumière de Dieu. Qui donc pourrait regarder le Dieu thaumaturge et rester vivant ?

Ne voyez-vous pas clairement pourquoi le Christ Seigneur a dû dissimuler Son éclat divin dans le fourreau épais et sombre du corps humain ? Car, qui parmi les hommes aurait pu rester vivant en Sa présence?

Allons plus loin. S’il n’avait agi avec économie lors de l’apparition de Sa divinité, qui parmi les hommes aurait pu être sauvé de sa propre volonté et non par la puissance de Sa divinité ? En vérité, si une chose a été difficile pour le Seigneur Jésus, il est incontestable que cela a été de contenir et de modérer la manifestation de Sa divinité, plutôt que cette manifestation elle-même.

C’est précisément parce qu’il a très sagement agi avec économie lors des manifestations de Sa puissance divine, que Sa vie sur terre a été une harmonie complète entre Dieu et l’homme.

Frères, le Christ comme homme n’est pas un miracle moindre que le Christ comme Dieu. L’un est un miracle, l’autre est un miracle, mais l’un et l’autre ensemble — c’est le miracle des miracles. Mais ce miracle n’est pas le fruit de la magie, de la chiromancie ou d’un tour de prestidigitation ; c’est le miracle de la sagesse de Dieu, de la puissance de Dieu et de la philanthropie de Dieu.

Le Seigneur n’a pas fait de miracles pour être loué par les hommes. Est-ce que l’un de nous va à l’hôpital parmi les aliénés, les sourds-muets et les victimes de maladies infectieuses, pour mériter des louanges au milieu deux? Le berger soigne-t-il ses brebis pour que celles-ci le célèbrent avec leurs bêlements? Le Seigneur n’a accompli des miracles que pour venir charitablement au secours de malheureux impuissants et montrer en même temps aux hommes que Dieu est apparu parmi eux par miséricorde et amour.

L’évangile de ce jour décrit l’un des innombrables miracles de Dieu où se révèle l’amour du Christ pour les hommes souffrants et où se manifeste une fois de plus Sa divinité.

En ce temps-là, Jésus vit un homme aveugle de naissance (Jn 9, 1). Juste auparavant, l’Évangile mentionne que des Juifs avaient jeté des pierres sur le Seigneur au sein même du temple, parce qu’il leur disait la vérité. Mais pendant que ces Juifs maléfiques ne songeaient qu’à faire mal au Seigneur, Lui ne pensait qu’à la façon de faire du bien aux hommes. Devant le temple était assis un homme aveugle de naissance, qui mendiait. Aucun des persécuteurs maléfiques du Christ, tristes chefs et leaders populaires, ne faisait attention à ce malheureux. Et si l’un deux lui donnait une petite pièce de monnaie, c’était plus pour en faire étalage vis-à-vis d’autrui que par philanthropie et miséricorde. Déjà du temps de Moïse, Dieu avait dit pour de tels hommes: C’est une génération pervertie, des fils sans fidélité (Dt 32, 20). Le Seigneur miséricordieux s’arrêta cependant près de cet aveugle, prêt à lui venir vraiment en aide.

Ses disciples Lui demandèrent : «Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?» (Jn 9, 2). Peu auparavant, le Seigneur avait guéri un infirme à la piscine de Bethesda et lui avait dit: «Ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive pire encore» (Jn 5, 14), ce qui montre clairement que cet homme malade depuis de longues années avait provoqué ses souffrances par ses propres péchés. Mais le cas de cet aveugle-né n’est pas clair, aussi Ses disciples demandent une explication: Qui a péché? Le fait que des enfants souffrent souvent à cause des péchés de leurs parents a toujours été visible. Le fait que Dieu ait toléré que des souffrances dues aux péchés des parents s’appliquent à leurs enfants, apparaît également clairement dans l’Ecriture Sainte (1 R 11, 12; 21, 29). Cela peut paraître injuste seulement à celui qui est habitué à considérer les hommes comme des tranches de vie, entièrement distinctes les unes des autres. Mais si on considère le genre humain comme un organisme, cela ne paraîtra ni injuste ni antinaturel. Quand un organe majeur est malade, les autres organes, secondaires, souffrent. Il est beaucoup plus difficile d’expliquer comment et quand un aveugle-né a pu pécher et provoquer lui-même sa cécité. En hommes simples, les disciples ont envisagé cette seconde possibilité sans réfléchir longtemps là-dessus, ni songer à une troisième possibilité. Pour eux, le plus probable dans ce cas était que les parents de l’aveugle-né avaient péché. Mais en se souvenant des paroles dites par le Christ à l’infirme de la piscine de Bethesda: Ne pèche plus! ils semblent relier ce cas à celui de cet aveugle-né et ont l’air de dire : Tes paroles montraient clairement que cet infirme avait lui-même provoqué ses souffrances, mais peut-on raisonner ainsi dans ce cas-ci ? Cet aveugle a-t-il péché lui-même ou, si ce n’est pas lui, ses parents l’ont-ils fait? Si le Seigneur avait alors demandé aux disciples comment il leur paraissait possible que cet homme ait pu pécher et naître aveugle, ils se seraient trouvés dans l’embarras et auraient pu à l’extrême évoquer le péché universel du genre humain à travers le péché d’Adam, comme le dit le Psalmiste: Mauvais je suis né, pécheur ma mère m’a conçu (Ps 51, 7). Il est très peu probable que les disciples aient pu se référer aux conceptions de certains pharisiens et scribes — émanant non de leurs propres réflexions mais de penseurs d’Extrême-Orient — selon lesquelles l’âme humaine a séjourné dans un autre corps avant la naissance et que c’est au cours de cette vie antérieure quelle se serait rendue digne d’être récompensée ou punie dans la vie actuelle ; c’était une conception philosophique qui était difficilement accessible aux âmes simples et aux esprits droits des pêcheurs de la mer de Galilée.

A la question posée par Ses disciples, le très sage Rabbi répondit ainsi : «Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu» (Jn 9, 3). Cela signifie que «lui et ses parents ont péché, mais là n’est pas la cause de sa cécité», comme le dit saint Jean Chrysostome. Pour Job non plus, on ne dit pas que lui-même ou ses parents ont péché, mais il fut néanmoins frappé par un mal terrible et dut s’écrier : Vermine et croûtes terreuses couvrent ma chair, ma peau gerce et suppure (Jb 7, 5). En dehors des péchés des parents et de ses péchés propres, il doit y avoir d’autres causes à certaines souffrances des hommes sur terre. Dans le cas de l’aveugle-né, c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu. Heureux soit celui dans lequel se manifestent les œuvres de Dieu, qu’il ressent comme telles et qu’il met à profit pour le salut de son âme. Heureux le misérable que la grâce de Dieu rend riche et célèbre et qui ressent cette grâce divine avec gratitude. Heureux le malade désespéré à qui le Seigneur rend la santé et qui élève son cœur vers le Seigneur comme son bienfaiteur inattendu et unique. Comme les œuvres de Dieu se manifestent quotidiennement en chacun de nous ! Quelle joie pour tous ceux auxquels ces œuvres de Dieu ouvrent la vue spirituelle pour voir Dieu ! Quelle tristesse pour tous ceux qui, les mains pleines de dons de Dieu, tournent le dos à Dieu et continuent aveuglément à marcher sur des chemins pleins de ténèbres et de vanités! En nous tous, les œuvres de Dieu se manifestent chaque jour car Dieu ne nous abandonne pas jusqu’à l’heure même de notre mort. Ces œuvres de Dieu sur nous sont utiles à notre propre salut. Mais l’œuvre de Dieu sur cet aveugle-né était destinée à servir au salut d’un grand nombre, d’un très grand nombre. Cette œuvre a révélé en vérité que Dieu était véritablement descendu parmi les hommes. Cette œuvre a permis de voir que parmi les hommes il y avait beaucoup plus d’aveugles spirituels que d’aveugles physiques. Ainsi se manifesta aussi le fait qu’un homme sage qui a reçu un don physique de Dieu, utilise aussi ce don pour enrichir son âme avec une foi véritable. Ayant prévu tous les bienfaits tirés de la guérison de l’aveugle-né, le Seigneur, presque exalté, dit à Ses disciples : Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu. Comme s’il voulait leur dire de laisser de côté la question de savoir qui avait péché, lui ou un autre. Ce n’est pas important maintenant. «Même si lui-même et ses parents avaient péché, je serais en mesure en ce moment de leur pardonner, en prenant leur péché sur moi, et annoncer qu’ils ont été pardonnés. Tout cela est accessoire maintenant, par rapport à ce qui va se manifester. » Les œuvres de Dieu vont se manifester en cet homme — non une seule, mais plusieurs œuvres de Dieu — qui seront inscrites dans l’Evangile pour le salut d’un grand nombre. En vérité, les longues années de souffrances de l’aveugle-né vont être récompensées au centuple. Impérissable, en vérité, est la récompense de ceux qui pour la cause de Dieu, souffrent ne serait-ce qu’un jour. Un sage exégète de l’Évangile a dit à propos de cet épisode de l’aveugle-né : « Celui qui était aveugle et n’a jamais eu la moindre conscience de l’utilité de la vue, ressent incomparablement moins de tristesse que celui qui a pu voir avant d’être privé de la vue. Le premier était aveugle mais a reçu ensuite la récompense pour cette petite tristesse quasi imperceptible. Il a reçu en effet deux sortes d’yeux : des yeux de chair avec lesquels il voit le monde qui l’entoure et des yeux spirituels avec lesquels il a connu le créateur du monde ».

Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé; la nuit vient, où nul ne peut travailler (Jn 9,4). C’est ce que le Sauveur dit à Ses disciples. Par ces mots II leur explique les raisons de ce qui va se produire en ce qui concerne l’aveugle. C’est une œuvre divine, et non humaine, dit-Il, et les œuvres de Dieu sont créatrices et miraculeuses. Celui qui m’a envoyé — ainsi s’exprime-t-Il par humilité et amour envers le Père — accomplit de telles œuvres et c’est à moi, Son Fils unique, qu’il convient d’accomplir de telles œuvres. La brutalité est une habitude des hommes, non la mienne. Les hommes se trouvent motivés par la jalousie et la vengeance ; moi, c’est la miséricorde et la vérité. Des hommes jettent des pierres sur moi, mais je continuerai à distribuer aux hommes le pain de vie. Mais jusqu’à quand? Tant que dure le temps de la vie. La nuit vient, c’est-à-dire la mort, où nul ne peut travailler. Cela est dit de façon impersonnelle et ne concerne pas le Seigneur. Car Lui, même dans la mort, a continué à œuvrer, descendant aux enfers, détruisant ceux-ci et en libérant les justes prophètes et hommes agréables à Dieu ; puis après Sa Résurrection, Il a continué, à partir du monde invisible, à accomplir des actions miraculeuses jusqu’à nos jours et les poursuivra jusqu’à la fin des temps. Sur Lui, la nuit ne peut jamais venir, où II ne pourra pas œuvrer. Son jour englobe tous les temps et se déverse par-dessus les rives du temps dans l’éternité. En vérité, tant que Son jour dure, Il continuera à œuvrer et ne cessera pas de le faire.

Ainsi les hommes doivent, selon Son exemple, œuvrer tant que dure leur journée, c’est-à-dire de la naissance à la mort. Car la nuit viendra pour les hommes, c’est-à-dire la mort, quand aucun homme ne pourra plus œuvrer selon sa volonté. Il est vrai que les saints œuvrent même après la mort, en servant et aidant l’Eglise de Dieu sur terre de diverses façons ; mais leurs actions ne correspondent plus à leur volonté humaine mais à celle de Dieu — qui accomplit ainsi Ses œuvres à travers eux, par amour pour eux car eux-mêmes ont aimé Dieu dans leur vie terrestre. Après la mort, personne ne peut accomplir quoi que ce soit qui pourrait lui être utile dans l’autre monde et améliorer quelque peu sa situation là-bas. Après la mort, personne ne peut se rendre plus méritant devant Dieu — ni même un saint devenir plus méritant. Car le mérite ne s’obtient que dans ce monde-ci. Le capital spirituel ou la banqueroute spirituelle s’acquièrent sur terre. C’est pourquoi les paroles du Sauveur : la nuit vient, où nul ne peut travailler ne doivent pas être considérées comme expliquant Sa position dans la mort ou après la mort, mais être compris comme une sérieuse mise en garde faite aux hommes en temps utile.

Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde (Jn 9, 5), dit le Seigneur pour Lui-même. A travers Lui, comme à travers le Verbe intemporel de Dieu, a été créé tout ce qui a été créé. C’est à travers Lui qu’a été donnée la vue aux chérubins aux yeux nombreux comme elle a été donnée à la poussière aveugle et morte à partir de laquelle ont été formées toutes les créatures terrestres. Il a donné la lumière au soleil. Il a donné la vue à tout ce qui regarde. Mais outre la vue physique, Il a pourvu l’homme de la vue spirituelle. C’est grâce à Sa lumière que le soleil luit, à Sa vue que les yeux voient, à Sa vue que l’esprit humain voit. Il est en vérité la lumière de l’ensemble du monde, et cela depuis que le monde est, et aussi longtemps qu’il est. Comme Sauveur du monde, comme Dieu dans un corps d’homme, Il est apparu comme la nouvelle lumière du monde afin de briser les ténèbres accumulées dans le monde, illuminer l’esprit obscurci des hommes et rendre la vue à ceux qui étaient devenus aveugles à la suite de leurs péchés, en un mot: être une lumière pour les hommes dans la vie et dans la tombe, sur terre et au ciel, dans le corps et dans l’esprit. Tant que je suis dans le monde — c’est ce qu’il dit à Ses contemporains sur terre afin qu’ils Le reconnaissent comme la lumière désirée et qu’ils ne demeurent pas dans les ténèbres. Marchez tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous saisissent (Jn 12, 35) ! Malheur à ceux qui L’ont vu, les yeux dans les yeux, ne L’ont pas reconnu et L’ont rejeté, restant dans leurs ténèbres de mort! Mais II s’exprime ainsi à nous, car nous sommes aussi Ses contemporains car II est vivant dans les siècles des siècles. Aujourd’hui encore se vérifient Ses paroles : Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Tant qu’il se trouve dans l’âme de l’homme, Il est une lumière pour l’homme. Tant qu’il se trouve au sein d’un peuple, Il est une lumière pour ce peuple. Tant qu’il est dans une école, Il est une lumière pour cette école. Tant qu’il est dans un atelier, Il est une lumière pour cet atelier et ses ouvriers. Mais dès qu’il s’éloigne, ce sont les ténèbres les plus sordides : sans Lui, l’âme humaine devient un enfer ; sans Lui, un peuple devient un troupeau de bêtes enragées et insatiables ; sans Lui l’école devient un ramassis de bêtises ; sans Lui un atelier devient un lieu de murmures et de haine. Sans Lui, les hôpitaux et les prisons deviennent des antres sombres pleins de désespoir! En vérité, quiconque a réfléchi sur les jours de son existence, sur les jours sans Christ et ceux avec le Christ, possède en lui-même un témoignage de l’authenticité de ces paroles du Seigneur: Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.

Ayant dit cela, le Seigneur cracha à terre, fit de la boue avec Sa salive, enduisit avec cette boue les yeux de l’aveugle et lui dit: « Va te laver à la piscine de Siloé»ce qui veut dire : Envoyé. L’aveugle s’en alla donc, il se lava et revint en voyant clair (fin 9,6-7). Tout ce que le Seigneur avait dit jusque-là à Ses disciples, Il l’avait dit en présence de l’aveugle, dans le but explicite que l’aveugle entendît aussi Ses paroles. Car le Seigneur tenait en premier lieu à ouvrir la vue spirituelle de l’aveugle. Il est plus difficile d’ouvrir les yeux spirituels que les yeux charnels, c’est plus difficile et plus important. Afin de démontrer néanmoins qu’il est plus facile de donner la vue charnelle et que c’est moins important, le Seigneur crache par terre, crée un onguent avec ce crachat et en enduit les yeux de l’aveugle. Comme pour dire que c’est à partir d’un crachat et de poussière, d’un onguent méprisé, que cet homme va recevoir ses yeux physiques et qu’il se mettra à voir! mais comment va-t-il voir spirituellement? Songez plus au spirituel qu’au physique, car le corps est un vêtement et une arme au service de l’âme. Avec cet épisode, le Seigneur souhaite rappeler aux disciples, la création de l’homme à partir de la poussière terrestre. Le fait qu’il est le Créateur, qui a créé le corps humain à partir de la poussière, Il le prouve en donnant, à partir de la boue, des yeux à l’aveugle. Le Seigneur veut aussi révéler aux disciples que Sa force divine bouillonne à partir de Son Esprit et pas seulement à travers Ses mots, ce qui lui permettait de relever des morts et de donner la vue à de nombreux aveugles; cela non seulement par Ses mains qu’il posait sur les malades ce qui leur rendait la santé, non seulement par le pan de Sa tunique dont le simple contact a permis la guérison de la femme hémorroïsse, mais même grâce à Son crachat.

Mais pourquoi le Seigneur envoie-t-Il cet aveugle à la piscine de Siloé ? Pourquoi ne Lui rend-il pas la vue aussitôt, plutôt que de l’envoyer à la piscine, les yeux recouverts de boue, afin de se laver là-bas? Cela constitue un cas exceptionnel dans l’Evangile, où le Seigneur se sert de choses créées dans la réalisation d’un miracle. Peut-être que le Seigneur a souhaité pour une fois rendre hommage à la nature créée. On ne doit pas mépriser le fait que les hommes cherchent de l’aide à leurs douleurs dans des remèdes naturels et des eaux thermales. Mais les hommes doivent quand même savoir que tous les remèdes naturels et toutes les eaux thermales sont des serviteurs de la puissance divine. Sans cette force divine, tous les remèdes ne sont que du néant, et toutes les sources thermales des eaux mortes. Combien d’aveugles se sont-ils baignés dans la piscine de Siloé jusqu’à cette époque, sans obtenir le résultat espéré ! Combien de fois cet aveugle-né s’y est-il lui-même baigné, sans succès ! C’est la puissance du Christ qui a guéri cet aveugle, non la piscine de Siloé ; sans cette force, il aurait pu se baigner chaque jour dans cette piscine, et néanmoins rentrer aveugle chez lui. Siloé veut dire l’Envoyé, explique l’évangéliste. Est-ce que le nom mystérieux de cette eau vivifiante ne symbolise pas l’Envoyé miraculeux et Médecin céleste, le Seigneur Jésus ? Si l’on voulait considérer plus largement la portée spirituelle de tout cet événement, on pourrait dire que l’aveugle-né représente le genre humain tandis que la piscine de Siloé correspond au Seigneur Lui-même, envoyé du ciel afin que par l’eau vive du Saint-Esprit et à travers le mystère du baptême, il ramène la vue spirituelle au genre humain rendu aveugle par le péché.

Comme cet aveugle-né est docile et obéissant! Non seulement il accepte que le Seigneur lui enduise les yeux avec la boue mais, dans cet état, il obéit aussitôt à Son ordre et se rend à la piscine de Siloé pour s’y laver. En disant en sa présence qu’il est la lumière du monde, le Seigneur réveille et ouvre l’esprit de cet aveugle, afin de faire naître la foi dans son esprit. Il lui enseigne aussi l’obéissance et c’est pourquoi II l’envoie à Siloé. Car la foi est indissociable de l’obéissance. Celui qui croit en Dieu, se soumet rapidement et de bon gré à la volonté divine. Frères, la foi ne nous est pas d’un grand secours si nous accomplissons la volonté de Dieu sans obéissance et en bougonnant ! Regardez donc cet aveugle : c’est avec foi et obéissance qu’il se rendit aussitôt à Siloé, se lava et revint en voyant clair ! « Si quelqu’un s’interroge pour savoir comment il a pu voir après avoir eu les yeux enduits avec de la boue, il n’aura pas de réponse autre que: nous ne savons pas comment cela s’est produit. Et en quoi est-ce étonnant si nous ne le savons pas ? L’évangéliste ne le savait pas, ni celui qui a été guéri», remarque saint Jean Chrysostome. D’ailleurs, pourquoi faut-il poser une telle question dans ce cas-là seulement? Si quelqu’un s’interroge à ce sujet, il peut le faire à propos de centaines, de milliers d’autres cas de guérisons du Christ. Qu’il interroge le monde entier, qu’il interroge tous les siècles de l’histoire humaine, pour savoir comment tout cela s’est passé — il n’obtiendra aucune réponse. C’est le mystère du Créateur. L’apôtre Paul lui-même, qui était infiniment plus érudit et plus sage que cet aveugle, fut incapable de trouver les mots pour expliquer comment il fut frappé de cécité lorsqu’il était Saül, ni comment il recouvrit la vue quand Ananie lui imposa les mains au nom du Christ (Ac 9, 9-12) et fit de lui Paul.

Le fait que cet aveugle-né ne sache pas lui-même comment il a ouvert les yeux, se voit dans ses propres paroles. Quand il revint de Siloé en voyant clair, nombreux furent ceux qui se demandèrent si c’était vraiment lui ou un autre qui lui ressemblait] ? Mais quand il leur dit : C’est moi, ils se demandèrent comment ses yeux s’étaient ouverts. Il leur fit alors un bref récit de ce qui était arrivé, mais ne trouva pas de mots pour dire comment il avait ouvert les yeux. Je suis parti, je me suis lavé et j’ai recouvré la vue (Jn 9, 11). On le conduisit alors auprès des pharisiens qui lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur répondit : Il (Jésus) m’a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois (Jn 9,15). C’est tout ce qu’il sut exprimer, décrivant précisément et sans crainte cet événement tel qu’il s’était déroulé.

La lumière du Christ avec laquelle II éclaire le monde et illumine les hommes, ne se montre à nos yeux dans son véritable éclat que quand nous la considérons par rapport aux ténèbres des hommes. Mais ce qui a suivi la guérison miraculeuse de cet aveugle représente en vérité la nuit la plus épaisse et la plus glacée du cœur et de l’esprit humains, une nuit qui gît dans l’évangile de ce jour comme une grande ombre sous la lumière chaude du Soleil — du Christ. C’est l’obscurité sinistre du cœur et de l’esprit aveugle des pharisiens. Non seulement les pharisiens ne se réjouirent pas que l’aveugle qui mendiait à côté de leur temple ait recouvré la vue, mais ils se sentirent même insultés et pleins d’amertume. Toute leur religion était déjà devenue un pur formalisme du sabbat et s’était transformée en un culte de la divinité du sabbat. Ils ne demandaient pas avec compassion à l’aveugle qui venait de guérir comment il avait pu vivre toutes ces années en étant aveugle. Ils se jettent sur lui avec une question formaliste : comment as-tu osé ouvrir les yeux un samedi ? Et celui qui t’a guéri, comment a-t-il osé le faire un samedi? Il ne vient pas de Dieu, cet homme-là, puisqu’il n’observe pas le sabbat (Jn 9,16). Pour eux, est un homme de Dieu celui qui passe le samedi à dormir, sans bouger de chez lui, afin que pas un de ses pas, actes ou contacts ne constituent une transgression, et non celui qui donne la vue à un aveugle-né un jour de sabbat ! Dans leur logique nocturne, le premier célèbre le sabbat, non le second !

Mais comme une discussion se développa parmi eux à propos du Christ, ils demandèrent à l’aveugle ce que lui-même en pensait. Il dit: « C’est un prophète» (Jn 9,17). Il est probable qu’ils ne s’étaient pas adressés à lui pour savoir la vérité, mais pour susciter de sa part une condamnation du Christ pour avoir transgressé le sabbat. Mais cet aveugle-né apporta courageusement son témoignage sur le Christ, en invoquant ce qu’il considérait comme les êtres les meilleurs et les plus puissants des hommes, c’est-à-dire les prophètes dont il avait dû entendre parler. C’est ainsi qu’il avait raisonné jusque-là et c’est pourquoi il répondit : C’est un prophète.

Après cette réponse de l’aveugle, inattendue et non souhaitée, il ne restait plus à l’impuissance enragée des Juifs qu’à nier le miracle et à déclarer qu’ils ne croyaient pas qu’il eût jamais été aveugle et eût recouvré la vue. Les Juifs ne crurent pas qu’il eût été aveugle (Jn 9, 18). Il n’était pas possible de ne pas croire à un fait aussi évident, mais ils firent semblant de ne pas croire afin de ne pas accorder de l’importance à cet événement et de diminuer autant que possible la propagation de la gloire du Christ le thaumaturge. Le fait qu’ils faisaient hypocritement et par calcul semblant de ne pas croire, se voit dans l’invitation qu’ils firent aux parents de l’aveugle de venir les voir afin de les interroger. Mais ils ne les invitèrent pas dans l’intention d’éclaircir cette affaire et d’établir la vérité indiscutable, mais dans l’espoir que ses parents nieraient d’une façon ou d’une autre le miracle, ou le mettraient en doute, ou atténueraient sa portée. Mais les parents, quoique très prudents par crainte de leurs supérieurs, confirmèrent que cet aveugle était bien leur fils et qu’il était né aveugle. Mais comment il y voit maintenant, nous ne le savons pas; ou bien qui lui a ouvert les yeux, nous, nous ne le savons pas. Interrogez-le, il a l’âge: lui-même s’expliquera sur son propre compte (Jn 9, 21). C’était une nouvelle déception pour ces chefs juifs blasphémateurs ! Qu’allaient-ils faire maintenant ? Celui qui marche dans des ténèbres souterraines et ne veut pas sortir au soleil, que peut-il faire sinon sauter d’un couloir sombre à un autre ?

Après avoir reçu des parents cette réponse inattendue et non souhaitée, ces pharisiens maléfiques eurent alors recours à un moyen extrême et très bas, consistant à détruire la conscience d’un homme. Ils convoquèrent de nouveau celui qui avait été aveugle et lui firent une proposition perfide et infâme: Rends gloire à Dieu! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur (Jn 9,24). Ils voulaient dire qu’ils avaient soi-disant examiné toute l’affaire et avaient trouvé qu’ils avaient tous raison, eux-mêmes comme lui. Tu as vraiment dit la vérité en affirmant que tu avais été aveugle et que tu avais recouvré la vue. Mais nous aussi, nous avions raison en émettant des doutes sur le fait que ce pécheur t’eût ouvert les yeux. Nous savons que c’est un pécheur et qu’il n’a pas pu accomplir cela. Mais comme cela a été fait, nous sommes arrivés à la conclusion que seul Dieu a pu le faire. C’est pourquoi: Rends gloire à Dieu!, renie ce pécheur et cesse tout contact avec lui.

Juifs insensés! Dans leur aveuglement, ils furent incapables de comprendre qu’en reniant le Christ, ils L’avaient en fait reconnu comme Dieu. Rends gloire à Dieu! Seul Dieu a pu accomplir cela. Or le Seigneur Jésus l’avait accompli, ce qui signifie que le Seigneur Jésus est Dieu.

L’aveugle répond avec beaucoup de sagesse aux pharisiens hypocrites: Si c’est un pécheur, je ne sais pas; je ne sais qu’une chose : j’étais aveugle et à présent je vois (Jn 9,25). Il veut dire que lui-même est un homme simple et ignorant, tandis qu’eux sont érudits et expert en discussion sur le péché et l’absence de péché. Vous évaluez Celui qui m’a guéri à l’aune du sabbat, moi au miracle qu’il a accompli. A-t-Il péché et dans quelle mesure, par rapport à votre conception du sabbat, je ne le sais pas. Ce que je sais seulement, c’est le miracle qu’il a accompli sur moi et qui est pour moi aussi important que la création du monde. Car tant qu’il ne m’avait pas ouvert les yeux, ce monde n’existait pour ainsi dire pas pour moi.

Après avoir parcouru tous leurs méandres sombres et souterrains, les pharisiens n’eurent plus d’autre issue que de demander à l’aveugle: Que t’a-t-il fait? Comment t’a-t-il ouvert les yeux? (Jn 9, 26). Mais ces questions, ils les lui posèrent avec ruse et perfidie, dans l’espoir qu’ils entendraient de lui quelque parole nouvelle leur permettant d’atténuer le miracle ou d’accuser le Christ. Mais cet homme simple et sincère dans son jugement, finit par être écœuré par les basses intrigues de ces dirigeants populaires envers lesquels, faute de les connaître de près, il avait éprouvé un certain respect. Et c’est pourquoi il leur répondit avec lassitude: Je vous l’ai déjà dit et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous L’entendre à nouveau? Est-ce que vous aussi, vous voudriez devenir Ses disciples ? (Jn 9, 27) En vérité, il ne pouvait leur apporter de réponse plus tranchante et pertinente. Après cette réponse, ses agresseurs adoptèrent une position défensive: Ils l’injurièrent et lui dirent: «C’est toi qui es Son disciple; mais nous, c’est de Moïse que nous sommes disciples. Nous savons, nous, que Dieu a parlé à Moïse; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est» (Jn 9,28-29). Ils se justifient en faisant référence à Moïse ; ils se font gloire de Moïse. Il est soi-disant leur maître, et ils sont ses disciples. Mais le Seigneur s est suffisamment expliqué auparavant à leur sujet: Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les pharisiens… ils aiment à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues (Mt 23,2-6). Tels étaient ces disciples de Moïse ! Le Seigneur leur a encore dit : Moïse ne vous a-t-il pas donné la Loi ? Et aucun de vous ne la pratique, la Loi! (Jn 7, 19) Ne respectant pas la loi de Moïse et la détruisant par leur hypocrisie et leur cupidité, ils ont non seulement cessé d’être des disciples de Moïse mais sont même devenus des parjures et des transgresseurs. C’est pourquoi Moïse a cessé d’être leur maître, devenant leur accusateur devant Dieu : Ne pensez pas que je vous accuserai auprès du Père, votre accusateur c’est Moïse, en qui vous avez mis votre espoir (Jn 5, 45). Cest en vain que vous placez votre espoir en Moïse, tout en détruisant sa loi dans ses fondements. Mais même votre espoir en Moïse est mensonger, car vous ne mettez votre espoir que dans votre pouvoir et votre richesse, et en rien d’autre. Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c’est de moi qu’il a écrit (Jn 5, 46; Dt 18,15-19). Mais comme les âmes terrestres des pharisiens ne pouvaient plus croire Moïse, elles pouvaient encore moins croire le Seigneur Jésus. Voyez comment ces pharisiens, soi-disant disciples de Moïse, utilisent le mensonge. À un mendiant simple et naïf, ils parlent ainsi du Seigneur : mais celui-là, nous ne savons pas d’où II est. Or ils savaient très bien d’où venait le Seigneur. Si les autres habitants de Jérusalem savaient d’où venait le Seigneur, a priori Ses persécuteurs, dignitaires et chefs nationaux, devaient le savoir. Les habitants de Jérusalem disaient: Lui, nous savons d’où il est, tandis que le Christ, à Sa venue, personne ne saura d’où II est (Jn 7,27). Par conséquent, soit les pharisiens savaient d’où venait le Seigneur, soit ils ne le savaient pas. S’ils le savaient — comme d’autres habitants de Jérusalem le savaient — ils ont menti à l’aveugle-né en lui disant : mais Celui-là, nous ne savons pas d’où il est. A l’inverse, s’ils ne le savaient pas, et si après tant d’espionnage, tant de polémiques, tant de persécutions, tant de tintamarre autour de Lui, Son origine, Ses paroles et Ses actes, ils étaient quand même incapables d’apprendre d’où II venait, cela signifie qu’il était le Christ. Car une croyance existait quelque part : Lorsque viendra le Christ, nul ne saura d’où II est (Jn 7,27) ; voyez comme la parole du prophète se vérifie de nouveau : qu’ils tombent, les impies, chacun dans son filet (Ps 140,10).

Mais tout cela devait révéler au mendiant la terrible faiblesse morale et le néant de ces tristes chefs populaires. C’est pourquoi il devient de plus en plus détaché par rapport à eux et de plus en plus libre dans sa confession du Seigneur. À leurs derniers mots, il répond ainsi : C’est bien là l’étonnant: que vous ne sachiez pas d’où II est, et qu’il m’ait ouvert les yeux (Jn 9,30). Quels chefs populaires êtes-vous donc, si vous connaissez tous les détails rituels mais ne connaissez pas l’homme qui a accompli sur moi un miracle aussi fort ? Qui doit le savoir, sinon vous qui êtes assis sur la chaire de Moïse ? Qui peut expliquer au peuple l’apparition de cet homme, sinon vous qui chaque samedi interprétez Moïse et les prophètes devant le peuple ?

Puis cet homme simple continue à instruire ces maîtres mensongers du peuple en disant: Nous savons que Dieu n’écoute pas les pécheurs, mais si quelqu’un est religieux et fait sa volonté, celui-là II l’écoute (Jn 9, 31). C’est par ces mots que cet homme simple répond aux paroles des pharisiens : Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. Cet homme leur dit maintenant : Nous savons que Dieu n’écoute pas les pécheurs. Dans l’Ecriture Sainte, il n’existe pas d’exemple où Dieu ait écouté un pécheur, puis fait à sa demande un infime miracle. Quand vous étendez les mains, dit Dieu à travers le prophète, je détourne les yeux; vous avez beau multiplier les prières, moi je n’écoute pas. Vos mains sont pleines de sang (Is 1,15). C’est en vain que Saül priait Dieu à l’époque de ses péchés ; Dieu ne voulait pas l’entendre. Dieu n’écoute pas les pécheurs, et fait encore moins de miracles en ce qui les concerne, sauf si ces pécheurs se repentent en vérité, lavent leurs péchés dans les larmes, prennent en horreur leurs iniquités et se décident à accomplir la volonté de Dieu et, ainsi repentis, se mettent à prier Dieu avec ferveur. Dieu leur accorde alors Son pardon — comme II a pardonné à la femme pécheresse, au publicain Zachée et au larron sur la Croix — et ils cessent alors d’être pécheurs. Mais même alors, Dieu ne les écoute pas comme des pécheurs, mais comme des repentis. Quant aux pécheurs qui prient Dieu tout en restant dans leurs péchés, Dieu ne les écoute pas. Le Seigneur s’éloigne des méchants, mais 11 entend la prière des justes (Pr 15,29).

Après que cet homme simple eût enseigné à ces faux maîtres, qui Dieu écoute et qui II n’écoute pas, il met maintenant en évidence le Christ comme le plus grand thaumaturge de l’histoire du monde : Jamais on n’a ouï dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. Si cet homme ne venait pas de Dieu, Il ne pourrait rien faire (Jn 9, 32-33). C’est ainsi que cet homme guéri sublime son Guérisseur. Il se montre ainsi résolument comme Son disciple. Et il montre aux pharisiens la vanité de leurs tentatives de manigances en vue de nier ou de diminuer le miracle et de lui faire admettre que le Seigneur est pécheur.

Ayant entendu ces derniers mots du mendiant guéri, les pharisiens lui dirent: «De naissance tu n’es que péché et tu nous fais la leçon!» Et ils le jetèrent dehors (Jn 9,34). Dans leur impuissance furieuse, l’hypocrisie et le mensonge ont toujours recours à la violence. Voyant qu’ils étaient défaits de tous côtés et que toutes leurs tentatives sont restées sans succès, les pharisiens, tout enragés et honteux, sermonnent cet homme très simple et authentique, l’accusent d’être un grand pécheur et le jettent dehors.

L’évangéliste décrit ici l’ombre épaisse et très noire apparue rapidement sur le visage des pharisiens après la révélation de la lumière merveilleuse du Christ Sauveur et de Son œuvre divine. La lumière est vérité, l’ombre est ténèbres ; la lumière est philanthropie, l’ombre est haine ; la lumière est puissance, l’ombre est impuissance.

Ayant débuté l’évangile de ce jour dans la lumière, l’évangéliste l’achève aussi dans la lumière, la lumière et non l’ombre. Le Seigneur Jésus qui s’était éloigné après avoir accompli le miracle, laissant celui qui venait d’être guéri tenir tête seul aux tentateurs pharisiens et soutenir la vérité contre le mensonge, apparait maintenant de nouveau et va à la rencontre de celui qu’il souhaite sauver jusqu’au bout.

Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Le rencontrant, Il lui dit: « Crois-tu au Fils de l’homme ?» (Jn 9,35) L’aveugle qui venait d’être guéri avait bien passé son premier examen, car il s’était montré docile et obéissant quand le Seigneur, après lui avoir enduit les yeux, l’envoya se laver dans la piscine de Siloé. C’était un examen d’obéissance. Puis il avait passé un deuxième examen, en se montrant persévérant face aux tentations et en refusant de trahir le Seigneur devant les mensonges des pharisiens. C’était l’examen devant les tentations. Maintenant le Seigneur le place devant le troisième et dernier examen, l’examen suprême de la foi véritable. Crois-tu au Fils de l’homme ?

Il répondit: «Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? (Jn 9, 35) Il connaissait le Christ comme thaumaturge. Il L’avait appelé prophète devant les pharisiens, car il ne connaissait pas de nom plus élevé qu’il aurait pu Lui donner. Il ne sait pas encore L’appeler Fils de Dieu. Obéissant au Seigneur en tout, en tant que son plus grand bienfaiteur sous le soleil, il souhaite entendre de Sa bouche qui est ce Fils de Dieu, puis croire en Lui.

Jésus lui dit: «Tu le vois: Celui qui te parle, c’est lui. » Alors il déclara: «Je crois, Seigneur!» et il se prosterna devant Lui. (Jn 9, 37-38). Le Seigneur parle doucement et tendrement à ceux qu’il sauve, comme un bon médecin avec le malade en train de guérir. C’est pourquoi II ne lui ordonne pas : crois en moi ! ni ne cherche à s’imposer avec les mots : Je suis le Fils de Dieu ! Mais il lui dit : Tu le vois : celui qui te parle, c’est lui. A l’être humain libre et intelligent, le Seigneur donne l’occasion de réfléchir et de faire son propre choix. Mais dès que cet homme qui venait d’être guéri eût appris cette dignité de Son guérisseur, une dignité supérieure à celle des prophètes, il s’écria aussitôt tout joyeux: Je crois, Seigneur ! Non seulement il s’écria de vive voix mais il se prosterna, comme pour témoigner ainsi encore plus de sa foi. Et de même que ses yeux de chair s’étaient ouverts auparavant, ses yeux spirituels s’ouvrirent également. Il regardait maintenant à la fois avec ses yeux de chair et ses yeux spirituels, voyant devant lui le Dieu-homme, Dieu dans un corps d’homme.

En vérité, grand est notre Dieu et II accomplit des miracles et il n’y a jamais de terme au récit de Ses miracles. Nous aussi, nous croyons, Seigneur Jésus-Christ, notre Sauveur; nous croyons que tu es le Fils du Dieu vivant et la lumière du monde. Et nous nous prosternons devant Toi, Seigneur très doux, aux côtés des chœurs des anges et des saints dans les deux, et avec toute Ton Église sur terre, devant Toi, Ton Père et le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.