(Mt 25, 31-46)

Ceux qui ont aligné des chiffres et fait des calculs affirment qu’il y a sur terre un milliard et demi d’êtres vivants[1]. Dans ce milliard et demi d’êtres vivants, il n’y en a pas un seul capable de dire ce qui se passera avec le monde à la fin des temps, ni ce que nous allons devenir après la mort. De même, les milliards d’êtres vivants qui ont vécu avant nous sur la terre ne savaient rien dire de façon précise et définitive sur la fin du monde ni sur ce qui nous attend après la mort, en tout cas rien à quoi nous pourrions, avec notre esprit, notre cœur et notre âme, adhérer comme étant la vérité. Notre vie est courte et se mesure en jours, alors que le temps est long et se mesure en centaines et en milliers d’années. Qui parmi nous serait capable de s’extraire de son cadre étroit et de se projeter jusqu’aux extrémités du temps, de voir ainsi les événements ultimes et nous en informer en disant : «voici ce qui va se passer à la dernière extrémité du temps, telle chose avec le monde et telle chose avec vous, les humains » ? Personne. En vérité, aucun être vivant, sinon celui qui serait capable de nous convaincre qu’il est entré dans l’esprit du Créateur du monde et des hommes et qu’il a vu tout le plan du salut, qu’il était vivant et conscient avant la création du monde et qu’il est en mesure de voir avec netteté la fin des temps et tous les événements qui vont marquer cette fin. Existe-t-il un homme pareil au milieu du milliard et demi d’hommes vivants ? Et y en a-t-il eu depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours ? Non, il n’y en a pas et il n’y en a pas eu. Il y a eu des visionnaires et des prophètes qui, non de leur fait mais à la suite d’une révélation divine, ont émis quelques prophéties, brèves et discontinues, sur ce qui arrivera à la fin; ils l’ont fait moins dans l’intention de décrire précisément la fin du monde que dans le but que leurs visions, conformément à une prescription divine, poussent les hommes à quitter la voie de l’anarchie, à se repentir et à réfléchir davantage sur l’issue fatale qui va intervenir, plutôt qu’aux choses infimes et éphémères qui, tel un nuage, leur dissimulent l’événement plein de feu et de terreur, par lequel va s’achever toute la vie humaine sur la terre, ainsi que l’existence du monde, la marche des étoiles, des jours et des nuits et tout ce qui se déploie dans l’espace et tout ce qui se passe dans le temps.

Seul l’Unique nous a présenté clairement et précisément la plupart des événements qui se produiront à la fin des temps. C’est le Seigneur Jésus-Christ. Quiconque aurait dit ce qu’il a dit sur la fin du monde, nous ne l’aurions pas cru, fut-il le plus grand sage du monde. S’il avait parlé selon sa propre intelligence humaine, et non selon la révélation éprouvée de Dieu, nous ne l’aurions pas cru. Car la raison humaine et la logique humaine, aussi grandes soient-elles, sont trop minuscules pour pouvoir atteindre le commencement et la fin du monde. Mais notre raison est vaine là où la vision est nécessaire. Il nous faut un homme visionnaire, capable de voir — aussi clairement qu’on voit le soleil — le monde entier dans toute son évolution, du début à la fin, y compris le début et la fin proprement dits. Un tel homme, il n’y en a eu qu’un seul, et ce fut le Seigneur Jésus-Christ. Il est le seul en qui nous pouvons et devons croire, quand II nous dit ce qui va se passer à la dernière heure. Car tout ce qu’il avait prédit, a eu lieu; ce qu’il avait prédit à certaines personnes comme Pierre et Judas ainsi que d’autres apôtres, a eu lieu; il en a été de même pour certains peuples comme les Juifs ainsi que pour des localités comme Jérusalem, Capharnaüm, Bethsaïda et Chorazin; de même pour l’Eglise de Dieu, fondée sur Son sang. Ne se sont pas encore accomplies Ses prophéties sur les événements prévus juste avant la fin du monde, ni Sa prophétie sur la fin du monde elle-même et le Jugement dernier. Mais quiconque a des yeux pour voir, peut voir clairement que dès notre époque ont commencé à se produire des événements qui ont été prédits par Lui comme symbolisant la proximité de la fin du monde. N’a-t-on pas assisté à l’apparition d’hommes qui souhaitent prendre la place du Christ et substituer leur enseignement à celui du Christ ? N’a-t-on pas vu un peuple se dresser contre l’autre et les royaumes les uns contre les autres ? La terre ne tremble-t-elle pas, comme nos cœurs, devant les nombreuses guerres et révolutions sur toute notre planète ? Ne voit-on pas un grand nombre de personnes trahir le Christ et fuir Son Église ? L’anarchie n’a-t-elle pas proliféré et l’amour d’un grand nombre ne s’est-il pas refroidi ? N’a-t-on pas déjà prophétisé l’Evangile du Royaume du Christ dans le monde entier, en témoignage à la face de toutes lès nations (Mt 24,14) ? Il est vrai que le pire n’a pas encore eu lieu, mais il est en train d’arriver de façon irrépressible et rapide. Il est vrai que l’antéchrist ne s’est pas encore annoncé, mais ses prophètes et précurseurs se déplacent déjà au milieu de tous les peuples. Il est vrai qu’on n’a pas encore atteint le comble du malheur, comme il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde, ni le râle impossible à supporter, mais ce comble du malheur se profile déjà sous le regard de tous les hommes spirituels, qui attendent la venue du Seigneur. Il est vrai que le soleil ne s’est pas encore obscurci, que la lune n’a pas encore perdu sa lumière, que les étoiles ne sont pas encore tombées du ciel, mais quand cela se produira, il ne sera plus possible d’écrire ou de parler à ce sujet. Les cœurs des hommes seront remplis de crainte et de tremblements, la langue des hommes sera gelée et les yeux des hommes fixeront les terribles ténèbres, la terre sans jour et le ciel sans étoiles. Soudain, dans ces ténèbres apparaîtra un signe, du nord au sud, ayant un éclat comme jamais le soleil au-dessus de nos têtes n’a pu étinceler. Alors tous les hommes sur terre verront le Seigneur Jésus-Christ venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire (Mt 24, 30). Les armées des anges trompetteront et se rassembleront devant Lui tous les peuples de la terre ; elles appelleront à un rassemblement comme il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde, et au Jugement.

Mais tous les signes et événements qui se produiront avant la fin du monde et à la fin des temps, sont évoqués ailleurs dans le Saint Évangile. L’Evangile d’aujourd’hui décrit le dernier affrontement entre le temps et l’éternité, entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes. Il nous décrit le Jugement dernier et son déroulement, le jour de la colère du Seigneur (So 2,2). Il nous décrit ce moment terrible — le plus joyeux pour les justes — où la miséricorde divine aura cédé la place à la justice de Dieu ; quand il sera trop tard pour faire de bonnes actions, trop tard pour se repentir! Quand le cri de douleur ne rencontrera plus d’écho et quand la larme ne tombera plus sur la main d’un ange.

Quand le Fils de l’homme viendra dans Sa gloire, escorté de tous les anges, alors 11 prendra place sur Son trône de gloire (Mt 25,31). De même que dans la parabole du fils prodigue, Dieu est appelé homme, de même le Christ est appelé ici le Fils de l’homme. C’est Lui et nul autre que Lui. Quand II apparaîtra pour la seconde fois dans le monde, Il ne viendra pas sans faire de bruit et dans l’humiliation, comme quand II est venu la première fois, mais publiquement et en grande gloire. Cette gloire correspond d’abord à celle que le Christ avait dans l’éternité avant que fût le monde (Jn 17,5), puis à celle de Celui qui a vaincu Satan, le monde ancien et la mort. Mais Il ne viendra pas seul, mais en compagnie de tous les saints anges dont le nombre est infini ; Il viendra avec eux car ils ont eux aussi, comme Ses serviteurs et soldats, pris part à la lutte contre le mal et à la victoire seule mal. Sa joie est de partager Sa gloire avec eux. Le caractère éminent d’un tel événement est souligné par le fait que le Seigneur viendra en compagnie de tous les anges. Il n’existe nul autre événement auquel participent tous les anges de Dieu. Ils sont toujours apparus en plus ou moins grand nombre, mais c’est au Jugement dernier qu’ils apparaîtront tous, rassemblés autour du Roi de gloire.

Le trône de gloire avait été aperçu par de nombreux visionnaires, antérieurs et postérieurs (Is 6,1 ; Dn 7, 9 ; Ap 20, 4). Les puissances célestes sont rassemblées autour de ce trône, sur lequel est assis le Seigneur. C’est le trône de gloire et de victoire, sur lequel est assis le Père céleste et sur lequel s’est assis le Christ Seigneur après Sa victoire (Ap 3, 21). Ah, comme l’arrivée du Seigneur sera majestueuse et de quelles étranges et terribles apparitions elle sera concomitante ! Le prophète visionnaire Isaïe prédit : Car voici que le Seigneur arrive dam le feu, et Ses chars sont comme l’ouragan (Is 66,15) ; Le prophète Daniel décrit sa vision : un fleuve de feu coulait, issu de devant Lui. Mille myriades Le servaient, myriade de myriades, debout devant Lui. Le tribunal était assis, les livres étaient ouverts (Dn 7,10).

Et quand le Seigneur viendra dans Sa gloire s’asseoir sur le trône, devant Lui seront rassemblées toutes les nations, et 11 séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à Sa droite, et les boucs à Sa gauche (Mt 25, 32-33). De nombreux Saints Pères se sont interrogés sur le lieu où le Christ jugera les nations. Faisant allusion au prophète Joël, ils ont affirmé que le Jugement aura lieu dans la vallée de Josaphat, là où jadis le roi Josaphat, sans combat ni armes, a vaincu les Moabites et les Ammonites, d’une manière telle que pas un seul adversaire n’a pu s’échapper vivant. Le prophète Joël dit: Que les nations s’ébranlent et quelles montent à la vallée de Josaphat! Car là je siégerai pour juger toutes les nations à la ronde (J1 4, 12). C’est peut-être dans cette vallée que se dressera le trône du Roi de gloire ; mais il n’existe pas de vallée sur terre, où peuvent se rassembler toutes les nations et tous les hommes, vivants et morts, du commencement à la fin du monde, des milliards et des milliards et des milliards. Toute la surface de la terre, ainsi que toutes les mers, ne seraient pas suffisantes pour accueillir, les uns à côté des autres, tous les êtres humains ayant vécu sur terre. S’il ne s’agissait que d’un rassemblement des âmes, il serait concevable que toutes soient rassemblées dans la vallée de Josaphat, mais comme il s’agit d’hommes de chair — car les morts se dresseront dans leurs corps — les paroles du prophète doivent être interprétées dans un sens figuré. La vallée de Josaphat est la terre entière, d’est en ouest ; de même que Dieu a montré jadis Sa force et Son jugement dans la vallée de Josaphat, de même le dernier jour, Il montrera cette même force et ce même jugement sur l’ensemble du genre humain.

Il séparera les gens les uns des autres. En un instant, tous les hommes rassemblés seront séparés des deux côtés, à gauche et à droite, comme par une force magnétique irrésistible. Ainsi, aucun de ceux se trouvant à gauche ne pourra se déplacer à droite et aucun de ceux se trouvant à droite ne pourra se déplacer à gauche. Comme quand le berger s’écrie et que les brebis partent d’un côté et les boucs de l’autre.

Alors le Roi dira à ceux de droite: Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde (Mt 25, 34). Au début, le Christ porte le nom de Fils de l’homme, c’est-à-dire Fils de Dieu ; ici, Il porte le titre de Roi. Car c’est à Lui qu’appartiennent le royaume, la puissance et la gloire. Venez, les bénis de mon Père. Heureux sont ceux que le Christ appelle bénis ! Car la bénédiction divine contient en elle-même tous les trésors, toutes les joies et douceurs célestes. Pourquoi le Seigneur ne dit-il pas : mes bénis, mais les bénis de mon Père} Car II est le Fils Unique de Dieu, Unique engendré et incréé, d’éternité en éternité, alors que les justes ont été adoptés grâce à la bénédiction divine, devenant ainsi les frères du Christ. Le Seigneur appelle les justes à recevoir le Royaume qui leur a été préparé depuis la fondation du monde. Cela signifie que Dieu, avant même la création de l’homme, avait préparé le royaume pour l’homme. Avant même la conception d’Adam, tout avait été préparé pour sa vie au paradis. Un royaume étincelait de tout son éclat et n’attendait que son roi. C’est alors que Dieu a introduit Adam dans ce royaume et le royaume était plein. C’est ainsi que pour tous les justes, Dieu a dès l’origine préparé un royaume qui n’attend que l’arrivée de rois, à la tête desquels se tiendra le Christ-Roi Lui-même.

En invitant les justes à venir dans le royaume, le Juge leur explique aussitôt pourquoi II leur confie le royaume : Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir (Mt 25,35-36). Devant cette merveilleuse explication, les justes, timides et dociles, demandent au Roi : quand L’avaient-ils vu, affamé et assoiffé, nu et malade, et quand ont-ils fait tout cela pour Lui ? A quoi le Roi répond à nouveau merveilleusement : En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25,40).

Toute cette explication revêt une double signification, l’une apparente, l’autre intérieure. La signification apparente est claire pour tout le monde. Celui qui donne à manger à un homme qui a faim, donne à manger au Christ. Qui donne à boire à celui qui a soif, donne à boire au Seigneur. Qui donne un vêtement à l’homme nu, donne un vêtement au Seigneur. Qui accueille un étranger, accueille le Seigneur. Qui rend visite au malade, au malheureux ou au prisonnier, rend visite au Seigneur. Car il a été dit dans l’Ancien Testament : Qui fait la charité au pauvre prête au Seigneur qui paiera le bienfait de retour (Pr 19,17). Car à travers ceux qui nous demandent de l’aide, le Seigneur éprouve nos cœurs. Dieu ne nous demande rien pour Lui-même ; Il n’a besoin de rien. Celui qui a créé le pain ne peut avoir faim ; ni avoir soif Celui qui a créé l’eau ; ni être nu Celui qui a vêtu toutes Ses créatures ; ni être malade Celui qui est la source de la santé; ni être prisonnier Celui qui est le Seigneur des seigneurs. Il nous demande de faire preuve de charité, afin que nos cœurs soient ainsi adoucis et purifiés. Dieu est en mesure, par Sa toute- puissance, de rendre soudain tous les hommes, riches, rassasiés, vêtus et satisfaits. Mais il permet que les hommes connaissent la faim, la soif, la maladie, la douleur et la misère, pour deux raisons : tout d’abord pour qu’à travers tout ce qu’ils endurent, ils adoucissent et purifient leurs cœurs, se souviennent de Dieu et s’approchent de Lui dans la foi et la prière ; puis, pour que ceux qui ne souffrent pas, les riches et les rassasiés, les vêtus et en bonne santé, les puissants et libres, voient la misère humaine et que, grâce à la charité, leurs cœurs soient adoucis et purifiés ; pour que dans les souffrances d’autrui ils ressentent leurs propres souffrances, dans l’humiliation d’autrui leur propre humiliation, et se rendent ainsi compte de la fraternité et de l’unité de tous les hommes sur terre à travers le Dieu vivant, Créateur et Concepteur de tous et de tout sur la terre.

Le Seigneur nous demande la miséricorde, la miséricorde au-dessus de tout : car II sait que la miséricorde est la voie et la méthode du retour de l’homme à la foi en Dieu, de l’espérance en Dieu et de l’amour envers Dieu.

Telle est la signification apparente. La signification intérieure, elle, concerne le Christ en nous-mêmes. Dans toute pensée lumineuse de notre esprit, dans tout sentiment généreux de notre cœur, dans toute aspiration noble de notre âme en vue de l’accomplissement du bien, apparaît le Christ en nous, par la force du Saint-Esprit. Toutes ces pensées lumineuses, sentiments généreux et aspirations nobles, Il leur donne le nom de plus petits de Ses frères. Il les appelle ainsi parce qu’ils constituent en nous une minorité infime par rapport à la masse énorme de boue terrestre et de méchanceté qui est en nous. Si notre esprit a faim de Dieu et que nous lui permettons de se nourrir, nous avons nourri le Christ en nous ; si notre cœur est dépourvu de toute bonté et générosité divine, et que nous lui permettons de se vêtir, nous avons revêtu le Christ en nous ; si notre âme est malade et emprisonnée par notre propre méchanceté et nos mauvaises actions, et que nous nous souvenons des autres et leur rendons visite, nous avons visité le Christ en nous. En un mot, si nous donnons protection à l’autre homme qui est en nous, celui qui a occupé jadis le premier rôle et qui représente le juste, écrasé et humilié par l’homme mauvais, le pécheur, qui est aussi en nous, nous donnons protection au Christ en nous-mêmes. Petit, tout petit, est le juste qui est en nous ; énorme, immense, est le pécheur qui est en nous. Mais le juste qui est en nous est le petit frère du Christ, alors que le pécheur qui est en nous est un adversaire du Christ de la taille de Goliath. Par conséquent, si nous protégeons le juste qui est en nous, si nous le rendons libre, si nous lui donnons des forces et l’amenons vers la lumière, si nous l’élevons au-dessus du pécheur afin qu’il puisse régner totalement sur le pécheur, alors nous pourrions dire comme l’apôtre Paul : Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi (Ga 2, 20) ; alors nous aussi, nous serons appelés bénis et entendrons les paroles du Roi au Jugement dernier : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde.

Quant à ceux placés à Sa gauche, le Juge leur dira: Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges (Mt 25, 41). Un tribunal terrible, mais un tribunal juste ! Pendant que le Roi invite les justes à venir à Lui et leur donne la royauté, Il repousse les pécheurs loin de Lui et les envoie dans le feu éternel, dans le voisinage effrayant du diable et de ses serviteurs. Il est très important de noter ce que Dieu ne dit pas, qui est que le feu éternel a été préparé pour les pécheurs depuis la fondation du monde, alors qu’il a dit aux justes que le royaume a été préparé pour eux depuis la fondation du monde. Qu’est-ce que cela signifie? Il est tout à fait évident que Dieu n’a préparé le feu éternel que pour le diable et ses anges et que pour tous les hommes, il a préparé le royaume dès la fondation du monde. Car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (1 Tm 2, 4 et Mt 18, 14; Jn 3, 16; 2 P 3, 9; Is 45, 22) et que pas un seul ne périsse. Par conséquent, Dieu n’a pas ordonné que les hommes soient voués à périr mais à être sauvés, pas plus qu’il ne les a destinés par avance au feu éternel mais à Son royaume et seulement à Son royaume. Il apparaît donc clairement que ceux qui pensent que le pécheur est condamné à être pécheur, se trompent. Car si ce dernier était condamné à être pécheur, cela ne résulte vraiment pas d’un jugement de Dieu, mais de lui-même. La preuve qu’une telle issue n’est pas le fait de Dieu, se voit dans le fait que Dieu n’a prévu aucun lieu de supplice pour les hommes, mais seulement pour le diable. C’est pourquoi, au Jugement dernier, le Juge juste ne disposera d’aucun lieu pour y envoyer les pécheurs, sinon dans les demeures obscures du diable. Le caractère juste de la décision du Juge de les y envoyer, découle à l’évidence du fait que, pendant leur vie terrestre, ces pécheurs se sont tout à fait détachés de Dieu et mis au service du diable.

Ayant prononcé le jugement aux pécheurs placés à Sa gauche, le Roi leur explique aussitôt pourquoi ils sont maudits et pourquoi II les envoie dans le feu éternel: Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger; j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire; j’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli, nu et vous ne m’avez pas vêtu, malade et prisonnier et vous ne m’avez pas visité (Mt 25, 42-43). Vous n’avez donc rien fait de ce que les justes placés à droite ont fait. Ayant entendu ces paroles prononcées par le Roi, les pécheurs demandent, comme l’ont fait les justes : Seigneur, quand nous est-il arrivé de te secourir? Alors II leur répondra: En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pasfait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait (Mt 25,44-45).

Toute cette explication, que le Roi donne aux pécheurs, revêt également une double signification, apparente et intérieure, comme dans le premier cas, avec les justes. Les pécheurs avaient l’esprit enténébré, le cœur dur et l’âme pleine de mauvaises pensées par rapport à leurs frères terrestres qui étaient affamés, assoiffés, nus, malades et prisonniers.

Leur esprit empâté les rendait incapables de deviner que, à travers les malheureux et les misérables de ce monde, c’est le Christ Lui-même qui leur demandait de faire preuve de miséricorde. Les larmes d’autrui ne pouvaient ramollir leur cœur dur. L’exemple du Christ et de Ses saints ne pouvait faire que leur âme maléfique aspire à faire le bien. De même qu’ils étaient impitoyables envers le Christ dans leur comportement vis-à-vis de Ses frères, de même ils étaient impitoyables envers le Christ dans leur comportement vis-à-vis d’eux-mêmes. Ils étouffaient à dessein toute pensée lumineuse jaillie en eux et la remplaçaient par des pensées lubriques et blasphématoires ; tout sentiment généreux né en leur cœur était aussitôt arraché à la racine et remplacé par l’absence de pitié, la cupidité et l’égoïsme ; toute aspiration de l’âme à faire le bien, conformément à la loi divine, était réprimée rapidement et brutalement et, à sa place, était incitée et soutenue toute impulsion à faire le mal aux hommes, à pécher et à offenser Dieu. C’est ainsi que le plus petit des frères du Christ contenu en eux-mêmes, c’est-à-dire le juste qui s’y trouvait, était crucifié, tué et enterré, alors que le sombre Goliath, c’est-à-dire l’injuste qui était en eux-mêmes, y était cultivé ; le diable se retrouvait ainsi vainqueur sur le champ de bataille. Que peut faire Dieu avec ces gens ? Peut-il recevoir en Son royaume ceux qui ont tout à fait expulsé le Royaume de Dieu d’eux-mêmes ? Peut-il faire venir à Lui des gens qui ont déraciné en eux- mêmes tout lien avec Dieu, et qui se sont proclamés ouvertement devant le monde et secrètement dans leur cœur comme des adversaires du Christ et des serviteurs du diable? Non; de leur propre chef, ils sont devenus des serviteurs du diable, et le Juge, au Jugement dernier, les envoie vers le lieu où ils se sont, de leur vivant, ouvertement inscrits — vers le feu éternel préparé pour le diable et ses serviteurs. Aussitôt après s’achève le plus grand et le plus court procès de toute l’histoire du monde créé.

Et ils s’en iront, ceux-ci (les pécheurs) à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle (Mt 25, 46). La vie et la souffrance sont confrontées ici, l’une à l’autre. Là où est la vie, il n’y a pas de souffrance ; mais là où la souffrance existe, il n’y a pas de vie. En vérité, la plénitude de la vie exclut la souffrance. Le Royaume céleste représente la plénitude de la vie, alors que la demeure du diable représente la souffrance, et seulement la souffrance, sans vie qui vient de Dieu. Nous voyons dans cette vie terrestre que l’âme du pécheur, qui possède en lui un peu de vie, c’est-à-dire un peu de Dieu, est remplie de beaucoup plus de souffrance que celle d’un juste, qui possède en lui plus de vie, c’est-à-dire plus de Dieu. Comme le dit une vieille sagesse : La vie du méchant est un tourment continuel [..], le cri d’alarme résonne à ses oreilles [..], il ne croit plus échapper aux ténèbres car on le guette pour l’épée […], la détresse et l’angoisse l’envahissent, comme lorsqu’un roi s’apprête à l’assaut. Il levait la main contre Dieu ( Jb 15,20-25). C’est donc ainsi que le temps passé sur terre est une souffrance terrible pour le pécheur; la plus petite souffrance dans l’existence, le pécheur l’endure plus difficilement que le juste. Car seul celui qui possède la vie en lui-même est en mesure de supporter la souffrance et de la mépriser, de vaincre toute la méchanceté du monde et de se réjouir. La vie et la joie sont indissociables. C’est pourquoi le Christ dit aux justes, que le monde cherche à déshonorer, persécuter et calomnier : Soyez dans la joie et l’allégresse! (Mt 5,12).

Mais toute notre vie terrestre est une ombre lointaine de la vie véritable et pleine au Royaume de Dieu, tout comme toute la souffrance terrestre n’est qu’une ombre lointaine de la souffrance atroce des pécheurs en enfer. La vie sur terre, aussi élevée soit-elle, est néanmoins mêlée à de la souffrance, car la plénitude de la vie n’existe pas ici, de même que la souffrance sur terre, aussi grande soit-elle, est néanmoins mêlée à la vie ! Mais au Jugement dernier, la vie se séparera de la souffrance, et la vie sera la vie et la souffrance sera la souffrance. L’une et l’autre seront pour l’éternité, chacune de son côté. Ce qu’est cette éternité, notre esprit humain ne peut le concevoir. Celui qui se réjouira en regardant pendant une minute le visage de Dieu, aura l’impression d’avoir une joie de mille ans ; mais celui qui aura une minute de souffrance avec le diable en enfer, aura l’impression d’une souffrance de mille ans. Car le temps n’existera plus, tel que nous le connaissons, ni de jour ni de nuit; et il y aura un jour uniquele Seigneur le connaît (Za 14, 7 ; Ap 22, 5). Il n’y aura pas d’autre soleil que Dieu. Il n’y aura ni lever ni coucher du soleil, et l’éternité ne pourra se calculer ainsi, comme on le fait avec le temps aujourd’hui. Mais les justes bienheureux calculeront l’éternité à l’aune de leur joie, tandis que les pécheurs le feront à l’aune de leur souffrance.

Voilà, c’est ainsi que le Seigneur Jésus-Christ a décrit l’événement ultime et le plus important, qui se produira dans le temps, à la frontière du temps et de l’éternité. Nous aussi, nous croyons que tout cela se produira exactement ainsi, parce que d’innombrables prédictions du Christ se sont accomplies exactement et parce qu’il est notre plus grand ami et le seul véritable ami-des-hommes, tout empli de Son amour pour les hommes. Et dans l’amour parfait, il n’y a ni mensonge ni égarement. L’amour parfait contient la vérité parfaite. Si tout cela ne devait pas arriver, Il ne nous l’aurait pas dit. Mais II l’a dit et tout cela se produira ainsi. Mais II ne l’a pas dit pour nous montrer Son savoir; non, Il ne recherchait pas la gloire qui vient des hommes (Jn 5, 41). Il a dit tout cela en vue de notre salut. Quiconque est doté de raison et confesse le Christ Seigneur, peut se rendre compte combien il est urgent pour lui de le savoir, afin de pouvoir être sauvé. Car le Seigneur n’a pas accompli une action, ni dit une parole, ni permis qu’un seul événement se produise dans Sa vie terrestre, qui ne contribue à notre salut.

Aussi nous faut-il être raisonnables et sobres, et avoir sans cesse devant notre regard spirituel l’image du Jugement dernier. Une telle image a déjà ramené de nombreux pécheurs de la voie de la déchéance sur le chemin du salut. Notre temps est bref, et à son expiration il n’y a plus de repentir. Par notre vie, au cours de ce temps bref, nous devons prendre une décision capitale pour notre éternité, à savoir si nous serons placés à la droite ou à la gauche de la gloire de Dieu. Dieu nous a donné un devoir facile et bref à exécuter, mais la récompense et le châtiment correspondants sont énormes et dépassent toute possibilité de description par un langage humain.

Aussi ne perdons pas un seul jour; car toute journée peut être la dernière et décisive ; toute journée peut apporter la ruine de ce monde et l’arrivée du Jour tant désiré. Afin que nous n’ayons honte, le Jour de la Colère du Seigneur [Ap 6, 17], ni devant le Seigneur, ni devant les armées de Ses saints anges, ni devant les nombreux milliards de justes et de saints ; afin que nous ne soyons pas séparés pour toujours du Seigneur, ni de Ses anges, ni de Ses justes, ni de nos parents et amis, qui seront placés du côté droit, mais qu’avec toute l’armée innombrable et étincelante de lumière des anges et des justes, nous entonnions le chant de joie et de victoire: Saint, Saint, Saint le Seigneur Sabaoth! [Is 6, 3] Alléluia! Et qu’avec toute l’armée céleste nous glorifiions notre Sauveur, Seigneur Fils, avec le Père et le Saint-Esprit, Trinité unique et indivise, à travers toute l’éternité. Amen.

 

[1] À l’époque où ce texte a été écrit. La population mondiale s’élève aujourd’hui à près de sept milliards quatre cents millions de personnes (NdE).