Le Christ au Golgotha ! Le Sauveur sur la Croix ! Le Juste au milieu des souffrances! L’Ami-des-hommes tué par des hommes! Que celui qui a une conscience, ait honte ! Que celui qui a du cœur, pleure ! Que celui qui a une intelligence, réfléchisse ! Parmi les millions d’événements survenant quotidiennement dans le vaste univers que nos yeux regardent et que nos oreilles entendent, avec lequel de ces événements pourrait-on comparer ce crime sans nom sur le Golgotha ? À la scène d’un agneau au milieu de loups affamés? Ou d’un enfant innocent tombé entre les griffes d’un roi pervers? Ou d’un inventeur tombé dans la machine qu’il a construite lui-même, torturé à mort dans ses roues? Ou à Abel, tué par son frère ? Dans ce cas, un pécheur plus grand a tué un pécheur moindre, tandis qu’ici, il s’agit d’un crime commis sur un homme exempt de péché. Ou peut-être à Joseph, vendu par ses frères en Egypte ? Il s’agit d’un péché commis contre un frère, non contre un bienfaiteur; ici, c’est un péché contre le Bienfaiteur. Ou peut-être à Job le juste, dont Satan transforma le corps en pus fétide et en repas pour les vers ? Là, Satan le maléfique se dresse contre une créature de Dieu ; ici c’est la créature qui se dresse contre son Créateur. Ou peut-être avec l’admirable David, contre qui son fils Absalom se rebella ? Mais il s’agit d’un châtiment mineur de Dieu pour le grand péché de David ; ici, c’est le Juste, le plus grand des grands justes, qui est soumis au plus grand des martyres !

Le Samaritain miséricordieux, qui avait sauvé l’humanité des blessures infligées par des brigands, est Lui-même tombé aux mains de brigands. Sept sortes de brigands se trouvaient autour de Lui. La première sorte de brigands est représentée par Satan, la seconde par les chefs et les dirigeants du peuple juif, la troisième par Judas, la quatrième par Pilate, la cinquième par Barabbas, le brigand non repenti sur la croix, et la septième, par le brigand repenti sur la croix. Arrêtons-nous un instant pour examiner cette bande de brigands au milieu desquels le Fils de Dieu est suspendu crucifié, ensanglanté et couvert de blessures.

La première place est occupée par Satan, l’être le plus malveillant pour le genre humain. Il est le père du mensonge (Jn 8, 44) et le brigand des brigands. Il a soumis le genre humain à deux sortes de mise à l’épreuve, afin de le détruire : dans la volupté et dans la souffrance. Au début, il avait mis le Seigneur à l’épreuve en ayant recours aux délices, au pouvoir et à la richesse ; maintenant à la fin, il Le met à l’épreuve dans la souffrance. Après avoir été défait et humilié lors de la première mise à l’épreuve, Il avait quitté le Seigneur et s’était éloigné de Lui. En fait, il ne L’avait pas complètement abandonné, il s’éloigna de Lui jusqu’au moment favorable (Lc 4, 13). Et le voilà qui se manifeste de nouveau. Maintenant, il ne lui est pas utile d’apparaître de façon ouverte et visible ; il agit par l’intermédiaire des hommes, à travers les fils des ténèbres, aveuglés par la grande lumière du Christ, qui se sont abandonnés dans les mains de Satan, devenant ses instruments contre le Seigneur Christ. Mais Lui est là, tout près de toute langue qui blasphème le Christ, de toute bouche qui crache sur Son visage très pur, de toute main qui Le fouette et Le blesse avec la couronne d’épines et de tout cœur qui brûle du feu de l’envie ou de la haine pour Lui.

La deuxième place de brigand est occupée par les chefs du peuple juif, les dirigeants politiques, religieux et intellectuels de ce peuple. Il s’agit des scribes, des pharisiens, des saducéens et des prêtres. À leur tête se trouvait le roi Hérode. L’action criminelle contre le Seigneur fut suscitée par la jalousie et la peur, la jalousie envers plus puissant, plus évolué et meilleur qu’eux, et la peur de perdre la position, le pouvoir, les honneurs et la richesse au cas où tout le peuple se rangerait aux côtés du Christ. Vous voyez que vous ne gagnez rien; voilà le monde parti après Lui! (Jn 12,19), se lamentaient-ils dans leur impuissance, leur jalousie et leur peur. En quoi leur action est-elle criminelle ? Elle réside dans le fait qu’ils L’ont arrêté et tué sans L’avoir interrogé ni condamné selon une procédure judiciaire. Dans l’Évangile, il est écrit que les grands prêtres et les anciens du peuple s’assemblèrent dans le palais du Grand-prêtre, qui s’appelait Caïphe, et se concertèrent en vue d’arrêter Jésus par ruse et de Le tuer (Mt 26,3-4). Ils ne se sont donc pas concertés afin de L’accuser devant un tribunal et d’y faire état de Sa prétendue culpabilité, afin que le tribunal puisse Le juger, mais en vue d’arrêter Jésus par ruse et de Le tuer! Quand Nicodème, qui était épris de justice, proposa que le Seigneur soit d’abord entendu devant un tribunal, afin de savoir ce qu’ilfait, ils rejetèrent cette proposition avec des récriminations et des railleries (Jn 7, 50-52).

Le troisième brigand est Judas, triste et pitoyable apôtre. Satan ‘avait médité de verser le sang du Christ par haine de Dieu et haine de l’homme ; les grands-prêtres et les anciens avaient fait de même par jalousie et peur ; Judas s’était joint à Satan et aux chefs du peuple par amour de l’argent. Son crime était d’avoir, pour trente sales deniers, trahi son Maître et Bienfaiteur. Lui-même a reconnu son forfait devant ces mêmes chefs du peuple, qui l’avaient embauché pour commettre cet acte de trahison. J’ai péché, dit-il, en livrant un sang innocent […]. Jetant alors les pièces dans le sanctuaire, il se retira et s’en alla se pendre (Mt 27,4-5). Sa mort répugnante témoigne contre lui, car il a été écrit à son sujet que cet homme est tombé la tête la première et a éclaté par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues (Ac 1,18).

Le quatrième brigand est Pilate, représentant de l’empereur à Jérusalem ; il est aussi le représentant énigmatique du monde païen, athée, dans la condamnation du Dieu-homme. Il méprisait les Juifs autant qu’il était méprisé par eux. Au début, il ne voulut pas intervenir dans le procès fait au Christ. Il dit à ceux qui L’accusaient: «Prenez-Le, vous, et jugez-Le selon votre Loi» (Jn 18, 31). Puis il se rangea du côté du Christ et, après L’avoir interrogé, il déclara aux Juifs : «Je ne trouve en Lui aucun motif de condamnation» (Jn 18,38). Enfin, effrayé par la menace: «Si tu Le relâches, tu n’es pas ami de César» (Jn 19,12), Pilate demanda qu’il fût fait droit à leur requête (Lc 23, 24) et donna l’ordre que le Christ fut fouetté et crucifié. Le crime de Pilate tient au fait qu’il aurait pu, mais n’a pas voulu prendre la défense du Juste. Il avait d’ailleurs dit au Seigneur: Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier (Jn 19,10) ? Avec cet aveu, Pilate a pris sur lui pour l’éternité le poids de la responsabilité d’avoir tué le Christ. Qu’est-ce qui a incité Pilate à commettre ce crime et qu’est-ce qui l’a fait tomber dans le groupe des autres brigands? La pusillanimité et la peur : la pusillanimité dans la défense de la justice et la peur de perdre sa position et la bienveillance de César.

Le cinquième brigand est Barabbas. Il était à cette époque en prison pour une sédition survenue dans la ville et pour meurtre (Lc 23, 19). Pour ces forfaits, la loi juive comme la loi romaine prévoyaient la mort. Personnellement et consciemment, il n’avait commis aucun péché contre le Christ. Ceux qui ont péché, ce sont ceux qui l’ont préféré au Christ.

Grâce au brigand Barabbas, Pilate pensait sauver le Christ de la mort; mais les Juifs ont, grâce au Christ innocent, sauvé Barabbas. En fait, Pilate avait fait voter les Juifs en leur laissant la liberté de choisir entre le Christ et Barabbas. Et ils votèrent pour celui à qui ils étaient semblables. Entre Dieu et les brigands, les brigands choisirent de voter pour le brigand !

Les sixième et septième brigands furent ceux qui, au Golgotha, étaient pendus chacun sur sa croix, l’un à droite et l’autre à gauche du Christ, comme Isaïe le visionnaire l’avait prophétisé et annoncé : Il sera compté parmi les criminels (Is 53, 12). L’un de ces brigands, même au milieu de souffrances mortelles, proférait des blasphèmes, l’autre disait des prières. Voici deux hommes dans une position semblable : tous deux cloués sur la croix, tous deux n’attendant plus rien de ce monde au moment de le quitter! Mais quelle différence tout de même entre eux! Voilà une réponse à tous ceux qui crient : « Mettez des hommes dans la même situation matérielle, donnez-leur les mêmes honneurs et biens, et ils seront tous identiques spirituellement!» L’un des deux brigands sur le point de mourir, se moque du Fils de Dieu : N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi (Lc 23, 39) ! Alors que l’autre supplie le Seigneur: Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume (Lc 23, 42) ! Pour l’un, les souffrances sur la croix ont tué le corps et l’âme, tandis que pour l’autre elles ont tué le corps mais sauvé l’âme. La Croix du Christ provoqua l’indécence chez l’un et contribua au salut de l’autre.

Tels étaient les brigands autour du Christ. Mais, bénédiction divine ! aide-nous, avant que nous condamnions ces brigands qui ont cloué le Seigneur de l’amour sur la croix, à analyser notre propre vie et à nous demander si nous n’appartenons pas nous-mêmes à ce même groupe de brigands. Ah, si nous étions au moins comme ce septième brigand, qui s’est repenti sur la croix et qui au milieu de ses souffrances physiques a cherché et trouvé le salut pour son âme de pécheur !

Si quelqu’un respire la haine envers Dieu et les hommes, il est le compagnon le plus proche de Satan et son arme la plus tranchante.

Si quelqu’un est plein de jalousie envers les hommes agréables à Dieu et les serviteurs du Christ, il est aussi criminel et déicide qu’Hérode, Anne [le Grand-prêtre] et Caïphe (Ac 4) ainsi que tous les autres chefs et anciens du peuple juif.

Si quelqu’un est animé par l’amour de l’argent, il n’est pas loin de trahir Dieu, et son compagnon le plus proche, dans le groupe de brigands de ce monde, est Judas.

Si quelqu’un manque de force d’âme dans la défense des justes et se montre aussi craintif pour sa position et son confort, allant jusqu’à être d’accord pour tuer un juste, il est aussi criminel que Pilate.

Si quelqu’un suscite une révolte et fait verser le sang des hommes, et si un autre souffre à sa place, suite à une erreur judiciaire ou à une méchanceté des hommes, il est aussi criminel que Barabbas.

Si quelqu’un blasphème Dieu tout au long de sa vie, en actes ou en paroles, et continue à blasphémer même à l’heure de sa mort — il est, en vérité, le frère spirituel du brigand qui a blasphémé sur la croix.

Béni soit en revanche celui qui, au milieu des souffrances endurées pour ses péchés, ne blasphème pas et ne condamne quiconque, mais se souvient de ses péchés et supplie Dieu de lui accorder Son pardon et le salut! Béni soit ce septième brigand, qui a compris que ses souffrances sur la croix étaient méritées du fait de ses péchés et que les souffrances du Sauveur innocent étaient des souffrances imméritées, pour les péchés des autres hommes ; il s’est repenti, a imploré la miséricorde de Dieu et s’est retrouvé le premier au paradis de la vie éternelle aux côtés du Sauveur! Trois révélations nous sont parvenues à travers lui : le caractère salutaire du repentir, même à l’heure de la mort, le caractère salutaire de la prière adressée à Dieu, et la rapidité de la miséricorde de Dieu. Ce brigand a laissé un exemple admirable pour nous tous, qui nous étions souillés dans le péché, éloignés de Dieu et intégrés aux criminels. Chaque péché est un crime envers Dieu, et quiconque commet même un seul péché fait partie des criminels, c’est-à-dire des serviteurs de Satan. Que nul donc ne fulmine au milieu des souffrances, afin que ces souffrances ne l’empêchent pas d’accéder au salut. Mais qu’il illumine les ténèbres des souffrances en réfléchissant sur ses péchés, le repentir et la prière. Ainsi ces souffrances ne le mèneront pas à la ruine, mais au salut.

Maintenant que nous avons vu tous les brigands autour du Christ Seigneur, arrêtons-nous un instant devant le Seigneur Lui-même et regardons comment II se place au milieu de ces criminels. D’abord faisons une halte au jardin de Gethsémani, où les disciples fatigués sont endormis et où le Seigneur est agenouillé en prière et en lutte: «Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse!» Sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre (Lc 22,43-44). La divinité du Christ est inséparable de Son humanité, et devant nos yeux, c’est tantôt l’une qui se manifeste et tantôt l’autre. En Le regardant comme un petit enfant chétif dans la grotte, nous voyons l’homme. En Le regardant dans la fuite en Égypte ou dans sa longue activité silencieuse à Nazareth, nous voyons de nouveau l’homme. En Le voyant assoiffé, affamé et épuisé par les déplacements, nous voyons l’homme. Mais quand nous Le voyons en train de ressusciter des morts, multiplier les pains, guérir les possédés et les lépreux, apaiser les tempêtes, arrêter les vents, marcher sur l’eau comme sur le sol, alors en vérité nous ne voyons pas un homme, mais Dieu. Dans le jardin de Gethsémani, nous Le voyons à la fois comme Dieu et comme homme. Comme Dieu, car pendant que les trois meilleurs hommes du monde, Ses trois premiers apôtres, se sont endormis de fatigue, Lui continue sans relâche à prier à genoux. Comme Dieu, car qui a jamais pu avoir l’audace de s’adresser à Dieu en disant : « mon Père », sinon Lui l’Unique, qui a, comme Fils, pris conscience de Son identité d’essence avec Dieu le Père ? Comme Dieu, car qui parmi les hommes mortels aurait osé dire qu’à Son appel se retrouveraient autour de Lui douze légions d’anges (Mt 26, 53)? Comme homme, car c’est en homme qu’il s’est agenouillé dans la poussière terrestre pour prier; c’est comme homme qu’il transpire de douleur; c’est comme homme qu’il lutte avec Lui-même, qu’il est effrayé par la souffrance et la mort; c’est comme homme qu’il prie pour que la coupe amère s’éloigne de Lui.

Qui peut décrire et mesurer la douleur du Christ, lors de cette terrible nuit à la veille de la Crucifixion? Douleur de l’âme et du corps! Si sur la Croix la douleur physique était plus forte, ici la douleur spirituelle était plus forte. Car il est dit qu’il commença à ressentir effroi et angoisse (Mc 14, 33). Il s’agit d’une angoisse intérieure, spirituelle; c’est une explication avec le Père; c’est une consultation mystérieuse d’un homme avec la sainte et divine Trinité sur un sujet dont dépend tout le monde créé, de l’origine à la fin. D’un côté, la douleur épouvantable d’un homme dont la sueur de sang tombe sur le sol dans la nuit froide, et de l’autre, le plan de Dieu pour le salut des hommes. Ces deux parties étaient en lutte, et elles devaient se réconcilier. L’homme criait : si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! et le Dieu-homme (Lc Fils obéissant) ajoutait: Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui sefasse! Mais Dieu avait décidé que la coupe devait être bue. Et quand l’homme se fût réconcilié avec la décision de Dieu, la paix revint dans Son âme, une paix jamais vue sur terre, qui ne pouvait plus être ébranlée ni par la trahison, ni par les crachats, ni par les railleries, ni par les coups reçus, ni par la couronne d’épines, ni par le mensonge, ni par les calomnies, ni par l’ingratitude, ni par tout le tumulte démentiel fait tout autour, ni même par les souffrances sur la Croix. Le Seigneur Jésus a remporté la principale victoire sur Satan dans le jardin de Gethsémani, et II l’a remportée dans l’obéissance à Dieu le Père. C’est à la suite de sa désobéissance à Dieu qu’Adam fut vaincu par Satan ; c’est par Son obéissance à Dieu que le Christ a vaincu Satan et sauvé Adam et le genre humain. Dans le jardin du paradis, Satan a vaincu l’homme, dans le jardin de Gethsémani, l’homme a vaincu Satan. C’est cette angoisse qu’évoque l’évangéliste Marc. Il fallait précisément que l’homme triomphât, l’homme et non Dieu, afin que tous les hommes eussent ainsi devant eux un exemple de lutte et de victoire, un exemple humain qui pût les soutenir. C’est pourquoi Dieu a laissé l’homme Jésus lutter avec Satan et toute sa force, d’où la douleur épouvantable endurée par l’homme; d’où aussi le cri: éloigne de moi cette coupe! D’où aussi la sueurcomme de grosses gouttes de sang — tombant du visage de l’homme : si la chair est faible, l’esprit est ardent (Mt 26,41). Et l’esprit a remporté la victoire d’abord sur le corps, puis aussi sur Satan. Peut-être Satan n’a-t-il pas pu comprendre qu’il avait été totalement vaincu dans le jardin de Gethsémani; il a continué à jubiler en voyant le Seigneur raillé, crucifié et mis à mort. Mais quand le Seigneur, à travers la mort et le tombeau, est descendu comme la foudre au royaume de Satan, Satan a appris que sa prétendue victoire sur le Golgotha n’était que la conclusion de sa défaite dans le jardin de Gethsémani.

Le Seigneur Jésus a eu faim et soif comme un homme; Il a éprouvé de la fatigue comme un homme ; Il a mangé et bu comme un homme, Il a marché et parlé, Il a pleuré et s’est réjoui comme un homme, et c’est ainsi qu’il a souffert. Nul n’a donc le droit de dire que cela fut facile pour Lui de souffrir parce qu’il était Dieu; «mais moi, disent ces gens, comment puis-je supporter de telles souffrances?» Un tel discours n’est qu’un prétexte, qui découle de l’ignorance et de la paresse spirituelle. En fait, il n’était pas facile pour le Christ de souffrir, car II n’a pas souffert comme Dieu, mais comme homme. Et il Lui était d’autant plus difficile de souffrir qu’il était innocent et sans péché, alors que nous, nous sommes coupables et pécheurs. N’oublions jamais que, quand nous souffrons, nous souffrons pour nos péchés. Le Seigneur Jésus n’a pas souffert à cause de Lui et pour Lui-même, mais à cause des hommes et pour les hommes, à cause de multitudes d’hommes et pour tous les péchés des hommes. Si un péché a conduit Adam à la mort, si un péché a posé sur le front de Caïn la marque éternelle de la honte, si deux ou trois péchés ont entraîné tant de souffrances pour David, si de nombreux péchés ont provoqué la destruction de Jérusalem et conduit Israël à l’esclavage, alors vous pouvez imaginer quelles souffrances a dû endurer Celui sur qui se sont accumulés tous les péchés des hommes de tous les siècles et de toutes générations ! C’étaient des péchés terribles, menant la terre à se déchirer et à engloutir hommes et animaux ; c’étaient des péchés entraînant la ruine de villes et de peuples ; c’étaient des péchés provoquant des déluges, la faim et la sécheresse, des invasions de sauterelles et de chenilles ; c’étaient des péchés conduisant à des guerres entre les hommes, des dévastations et des destructions ; c’étaient des péchés qui ouvraient les portes de l’âme humaine et peuplaient les hommes d’esprits démoniaques; c’étaient des péchés devant lesquels le soleil s’assombrissait, les mers fluctuaient et les fleuves s’asséchaient. Que faut-il encore énumérer? Peut-on dénombrer le sable de la mer et les herbes dans les champs ? Tous ces péchés, dont chacun est aussi mortel que le poison du serpent le plus venimeux — car le salaire du péché, cest la mort (Rm 6,23) — tous ces péchés se sont déversés jusqu’au dernier sur un homme innocent, Jésus. Il a pris nos péchés sur Lui (2 P 2, 24). Qu’y a-t-il alors détonnant que de Son front la sueur tombait comme de grosses gouttes de sang! Quoi détonnant qu’il suppliait: éloigne de moi cette coupe! A peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste; mais le Christ est mort pour des impies (Rm 5, 6-7) ! Imaginez qu’on vous conduise au supplice pour un juste, et vous verrez combien c’est terrible. Mais imaginez-vous sur un Heu de supplice pour un criminel, et pour un criminel qui a commis des crimes contre vous ; imaginez que l’on vous conduise à la mort pour assurer son salut ! A cette seule pensée, vous seriez envahi par la sueur. Alors on aura une idée de la sueur de sang du Christ. Alors, effrayé, ébloui, désemparé, vous vous écrierez : voilà un homme qui est Dieu !

Voici l’homme (Jn 19, 5) ! s’écria Pilate devant la populace juive en montrant le Christ portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Pourquoi Pilate a-t-il crié cela? Est-ce par admiration pour la dignité, le calme et le silence du Christ, ou dans l’intention de provoquer de la compassion chez les Juifs? Peut-être l’un et l’autre. Nous aussi, écrions- nous: Voici l’homme! Voici l’homme véritable, authentique, admirable, tel que Dieu l’avait imaginé quand II a conçu Adam. Voici l’homme modeste, humble et obéissant à la volonté de Dieu, comme Adam l’a été avant le péché et l’expulsion. Voici l’homme sans haine ni méchanceté, doté d’une paix inébranlable au milieu de la tempête de haine et de méchanceté humaine et démoniaque ! Son combat s’est achevé dans le jardin de Gethsémani, quand pour la troisième et dernière fois II a crié à Son Père : Que ta volonté soit faite (Mt 6, 10) ! ; la paix s’établit alors dans Son âme. Cette paix Lui donnait la dignité qui irritait les Juifs et suscitait l’admiration de Pilate. Il a soumis Son corps à la volonté de Son Père, de même que peu après II a remis Son esprit entre Ses mains. Il a complètement soumis Sa volonté d’homme à la volonté divine de Son Père céleste. Ne voulant de mal à personne, l’Agneau dénué de malice chancelait sous le poids de la Croix du Golgotha. Ce n’était pas tant le bois de la Croix qui était pesant pour Lui que les péchés du genre humain, ces péchés qui devaient être, avec Son corps, cloués sur ce bois.

Mais que disons-nous, en affirmant que le Christ, en ces heures terribles, ne voulait du mal à quiconque ? En disant cela, on ne dit que la moitié de la vérité. Il ne voulait en effet que du bien à chacun et à tous. Mais même en disant cela, on ne dit pas tout : non seulement, en effet, Il voulait du bien, mais jusqu’à Son dernier soupir II a œuvré pour le bien des hommes. Même sur la Croix II a œuvré pour le bien des hommes, pour le bien de ceux qui L’avaient fixé avec des clous sur le bois. Tout ce qu’il a pu faire pour eux au milieu des souffrances sur la Croix, Il l’a fait ; en fait, Il leur a pardonné leur péché.

Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font (Lc 23, 34). Ce n’est pas seulement un bon souhait, c’est une bonne œuvre. La plus grande bonne œuvre que les hommes pécheurs peuvent demander à Dieu. Sur la Croix, si près de la mort, tout recroquevillé de douleur, le Seigneur est entièrement préoccupé du salut des hommes. Il excuse les hommes à cause de leur ignorance. Il prie pour les brigands qui L’ont cloué avec des fers et L’ont transpercé avec leur lance. Même crucifié, Il accomplit les grands commandements qu’il a donnés aux hommes: le commandement de la prière continue, celui de la miséricorde, celui du pardon, celui de l’amour. Y a-t-il jamais eu quelqu’un qui, tombé aux mains de brigands, a prié pour le bien de ces brigands, pour leur salut, a pris soin d’eux et a trouvé des excuses à leur méfait ? Même les meilleurs des hommes, tombés entre les mains de bandits, ont prié pour Dieu uniquement pour leur salut, pensant à leur propre bien, ne se préoccupant que d’eux-mêmes, tout en se justifiant. Même les plus justes des hommes d’avant le Christ n’ont pu s’élever jusqu’à prier pour leurs ennemis. Chacun appelait Dieu et les hommes à la vengeance contre leurs ennemis. Et voilà le Seigneur en train d’excuser Ses ennemis, de se soucier d’eux, leur pardonnant et priant pour eux. Pour combien d’actes futiles gardons-nous de la rancune ! Pour combien d’actes futiles, nous sommes-nous mis en colère et avons-nous cherché vengeance, nous qui chaque jour provoquons la colère divine en transgressant Ses saints commandements par des pensées impures, des intentions impures ou des actes injustes ! Aucun d’entre nous ne peut être appelé homme s’il n’est pas philanthrope. Seule la philanthropie peut faire de nous des hommes, des hommes droits et véritables. C’est en vain que nous regardons le Seigneur sur la Croix, c’est en vain que nous écoutons Sa dernière prière pour les pécheurs si nous ne sommes pas philanthropes ; sinon nous aussi, nous nous retrouvons en compagnie des criminels qui L’ont condamné injustement et mis à mort. Nous ne devons donc pas être seulement pleins d’admiration envers le Seigneur ami-des-hommes, mais aussi remplis de honte si cette prière sur la Croix nous concerne également.

«Plus grand est l’amour, plus grande est la souffrance», dit saint Théodore Stoudite. Si nous ne sommes pas capables de mesurer l’immensité de l’amour du Seigneur Jésus envers nous, essayons de mesurer l’immensité de Son martyre pour nous. Son martyre pour nous a été si grand et si terrible que la terre elle-même l’a ressenti et en a été ébranlée ; le soleil l’a ressenti aussi et s’est obscurci ; et les pierres qui se sont fendues ; et le voile du sanctuaire qui s’est déchiré en deux ; et les tombeaux qui se sont ouverts ; et les morts qui se sont redressés, et le centurion au pied de la Croix qui a reconnu le Fils de Dieu, et le larron sur la croix qui s’est repenti. Que nos cœurs ne soient pas plus aveugles que la terre, plus durs que les pierres, plus insensibles que les tombeaux et plus morts que les morts. Repentons-nous plutôt comme le Larron sur la croix, et vénérons le Fils de Dieu comme le Centurion de Pilate au pied de la Croix. Afin que nous soyons, nous aussi, avec de nombreux saints frères et sœurs, rachetés de la mort par le martyre du Christ, purifiés par Son sang très pur, serrés entre Ses bras saints et déployés, et rendus dignes de Son Royaume immortel. Celui qui néglige cela, restera dans cette vie en compagnie des criminels de l’Antichrist, et se retrouvera dans l’autre vie aux côtés des criminels non repentis, loin, loin, très loin du visage de Dieu. Car si Dieu a été une fois aux côtés de criminels sur cette terre, Il ne peut en aucun cas être avec eux au ciel.

Prosternons-nous devant les souffrances du Seigneur crucifié pour nous, pécheurs. Confessons et glorifions Son saint nom. Gloire et louange à Lui, homme véritable et Dieu véritable, avec le Père et le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.