(Mt 14,14-22)

Tout ce que Dieu crée, Il le crée avec pertinence. Rien dans Ses œuvres n’est sans but, inutile et superflu.

Pourquoi certains hommes se lancent-ils sans but dans tant d’occupations sans objet? Parce qu’ils ne connaissent pas le but de cette vie, ni l’objectif de leur itinéraire.

Pourquoi certains hommes s’encombrent-ils de soucis inutiles et cheminent difficilement au milieu d’un amoncellement de choses superflues? Parce qu’ils ne sont pas conscients de ce qui est la seule chose nécessaire.

Afin de réunifier l’esprit humain dispersé, de rassembler le cœur humain divisé et d’unifier la force désorganisée de l’homme, le Seigneur Jésus n’a insisté, du début à la fin, que sur un seul but : le Royaume de Dieu. Mais l’homme qui louche en regardant des deux côtés n’en voit pas un seul. Ah, comme la vie d’un esprit aux buts innombrables, est dépourvue de but! Comme un cœur divisé est insensible! Comme la force éparpillée de la volonté est sans force !

Une chose seule est indispensable : le Royaume de Dieu ! C’est vers cette seule direction que le Christ Thaumaturge s’efforçait de ramener les regards de toute l’humanité. Celui qui regarde dans cette direction, ne possède qu’une pensée (car Dieu, n’éprouve qu’un seul sentiment): l’amour, et il n’obéit qu’à une aspiration : s’approcher de Dieu. Heureux soit celui qui s’est concentré dans ce sens : il est devenu semblable à une lentille de verre, qui attire une multitude de rayons de soleil, de nature à générer le feu.

Les mots que le Seigneur a dit à Marthe : Marthe, Marthe, tu te soucies et t’agites pour beaucoup de choses; pourtant il en faut peu, une seule même (Lc 10, 41-42), sonnent comme une remontrance et une mise en garde destinée à toute ’humanité. Cherchez d’abord. Son Royaume\ (Mt 6, 33). Tout ce que le Seigneur a dit et tout ce qu’il a accompli, est dirigé dans cette seule direction, vers un seul but. En ce point unique se trouve concentrée toute la flamme qui éclaire les voyageurs égarés dans les gorges et les tourbillons de la vie temporelle.

Tout est pertinent chez le Seigneur — tout est dirigé vers ce seul but élevé et unique — tout est pertinent et tout est absolument nécessaire, les mots prononcés comme les actions commises. Jamais un mot n’est inutile ; jamais une action n’est incohérente ! Et quelle fécondité dans les mots et les œuvres ! Pour la millionième fois, chacune de Ses paroles et chacune de Ses actions apportent encore aujourd’hui, des fruits multiples. Et que ces fruits sont savoureux, aromatiques et vivifiants !

Pourquoi le Seigneur Jésus n’a-t-Il pas transformé les pierres en pain au moment où Satan le lui demandait, mais plus tard, à deux reprises, quand le peuple assemblé autour de Lui était affamé. A partir de peu de pain, Il a créé de grandes quantités, de sorte qu’il y en avait plus qu’au début du repas. Pourquoi le premier miracle serait-il dénué de pertinence, inutile et superflu, alors que le second serait pertinent, utile et opportun ?

Pourquoi le Seigneur Jésus n’a-t-Il pas voulu envoyer du ciel un signe aux pharisiens quand ceux-ci le lui demandaient, alors qu’il a envoyé à maintes reprises de tels signes venus du ciel, des prodiges inconnus jusque-là, en direction de gens malades, fous, vivant dans la crainte ou morts? Parce que tout signe venu du ciel sous les yeux des pharisiens envieux et vaniteux aurait été dépourvu de pertinence, inutile et superflu, alors qu’il était pertinent, utile et opportun dans les autres cas.

Pourquoi le Seigneur Jésus n’a-t-Il pas déplacé des montagnes d’un endroit à l’autre, et pourquoi ne les a-t-U pas précipitées dans la mer? Il le pouvait, sans aucun doute ; mais pourquoi ne l’a-t-Il pas fait ? Lui qui pouvait ordonner à la mer déchaînée de se calmer et aux vents de ne plus souffler, Il était indubitablement capable de déplacer des montagnes et de les jeter dans la mer. Mais quel besoin y avait-il à cela? Aucun. C’est pourquoi le Seigneur ne l’a pas fait. En revanche, il était très nécessaire que la mer se calme et que les vents s’arrêtent, car les gens étaient en train de se noyer et ils imploraient de l’aide.

Pourquoi le Seigneur Jésus n’a-t-Il pas changé la terre en or et les corbeaux en pigeons ? S’il a pu changer l’eau en vin, Il est hors de doute qu’il aurait pu le faire. Mais pourquoi ne l’a-t-Il pas fait? Le besoin n’a jamais existé qu’il transforme la terre en or et les corbeaux en pigeons. Un jour cependant, lors d’un repas de noces, il y a eu un grand besoin de trouver du vin pour les invités. Afin de répondre à ce besoin et d’éviter l’humiliation au maître de maison, le Seigneur a changé l’eau en vin.

Seuls des démons et des pécheurs ont réclamé au Christ des miracles sans objet, inutiles et superflus. Songez seulement aux stupidités que Satan exige du Christ: transformer dans le désert des pierres en pain ou sauter du haut d’une montagne! Et voyez comment des pécheurs impénitents, des pharisiens et des scribes, qui avaient été des témoins oculaires de nombreux miracles utiles du Christ, exigent de Lui des signes supplémentaires, de nouveaux miracles sans objet et superflus, tels que : précipiter des montagnes dans la mer, changer la terre en or et des corbeaux en pigeons ! C’est pourquoi le Seigneur a refusé les demandes des démons et des pécheurs. Mais II n’a jamais refusé d’accomplir un miracle, quand ce miracle était pertinent et nécessaire au salut des hommes.

L’évangile d’aujourd’hui décrit un tel miracle pertinent et utile, qui est la multiplication des pains dans le désert, non dans un désert sans hommes ou dans un désert où ne se trouverait que le diable, mais dans un désert où il y avait peut-être plus de dix mille êtres humains affamés (car on dit qu’il y avait cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants).

Jésus vit une foule nombreuse et II en eut pitié; et II guérit leurs infirmes (Mt 14, 14). Cela se passait à l’époque où le roi Hérode fit tuer saint Jean le Baptiste. L’ayant appris, Jésus se retira en barque dans un lieu désert (Mt 14,13). Les quatre évangélistes décrivent cet événement, les uns avec plus de détails, les autres avec moins. Selon Jean, le Seigneur est monté en barque près de Tibériade puis a traversé la mer de Galilée ; selon Luc, Il a débarqué sur la rive nord-ouest de la mer de Galilée, avant de monter dans la montagne où II se retira à l’écart, vers une ville appelée Bethsaïde (Lc 9,10).

Le Seigneur avait souvent l’habitude de se retirer dans un lieu solitaire ou dans la montagne. Il le faisait pour trois raisons : d’abord pour marquer une courte pause au milieu de ses nombreuses activités, afin de laisser aux gens le temps d’assimiler l’enseignement qu’il leur prodiguait et les miracles qu’il leur avait montrés. Puis pour montrer l’exemple aux apôtres et à nous, en insistant sur la nécessité de se retirer dans la solitude afin de rester en prière dans la seule compagnie de Dieu. Car la solitude et le silence purifient, apprivoisent, rassérènent et fortifient. Enfin, pour nous montrer qu’un homme bon et utile ne peut se cacher nulle part — une ville ne se peut cacher; qui est sise au sommet d’un mont (Mt 5,14) — afin de justifier ainsi la vie dans le désert et le monachisme. L’histoire de l’Eglise a montré mille fois que jamais aucun grand ermite, homme de prière ou thaumaturge, n’a pu se cacher du peuple. Nombreux sont ceux qui demanderont, sans réfléchir: que va faire un moine dans le désert? Ne vaudrait-il pas mieux qu’il vive au milieu du peuple et qu’il le serve? Mais comment un cierge non allumé peut-il brûler? Le moine apporte au désert son âme comme un cierge non allumé, afin que le jeûne, la réflexion dans la prière et son labeur permettent de l’allumer. S’il réussit à l’allumer, cette lumière sera visible par le monde entier; le monde ira à sa rencontre et le découvrira, même s’il se cache dans des déserts sablonneux, des montagnes jamais foulées ou des grottes inaccessibles. Le moine n’est pas sans utilité, mais il peut devenir l’homme le plus utile pour le peuple. C’est ce que montre cet épisode avec le Seigneur Jésus. En vain s’était-U caché dans le désert : une foule considérable grouillait autour de Lui.

Il regarda et eut pitié, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger (Mc 6, 34). En bas, dans les villes, les synagogues étaient pleines de pasteurs auto-proclamés, qui étaient en fait des loups vêtus de peaux de brebis. Le peuple le savait et le ressentait, tout comme il savait et ressentait la miséricorde infinie et l’amour du Christ pour ce peuple. Le peuple avait vu et compris que le Christ était le seul bon pasteur, qui se souciait sincèrement de lui. C’est pourquoi il s’était précipité à Sa rencontre, même dans le désert. Et le Seigneur guérit leurs malades. Le peuple sentait qu’il avait besoin du Christ ; il n’attendait pas de Lui qu’il fît des miracles pour satisfaire sa curiosité, mais à cause de leur caractère urgent et des souffrances endurées. Et II se mit à les enseigner longuement, écrit saint Marc (Mc 6, 34).

Le soir venu, les disciples s’approchèrent et Lui dirent: «L’endroit est désert et l’heure est déjà passée; renvoie donc les foules afin qu’elles aillent dans les villages s’acheter de la nourriture» (Mt 14, 15). L’évangéliste Matthieu ne précise pas ce que le Seigneur a fait au milieu du peuple ; il dit seulement qu’il a guéri des infirmes. C’est pourquoi l’évangéliste Marc complète le récit en disant : Et II se mit à les enseigner longuement. Voyez comme les évangélistes se complètent admirablement! Le Seigneur enseignait ainsi jusque tard dans la nuit. Cela pouvait durer plusieurs heures. Ce même temps, vous pouvez le consacrer à lire tout l’Evangile. En ces occasions, le Seigneur dispensait Son enseignement divin de façon à ce qu’il soit transcrit dans l’Évangile. L’évangéliste Jean a donc raison d’affirmer que si on mettait par écrit tout ce que le Seigneur a dit et accompli, le monde lui-même ne suffirait pas à contenir les livres qu’on en écrirait (Jn 21,25).

Comme Ses disciples sont miséricordieux! L’endroit est désert et l’heure est déjà passée, disent-ils. Les gens sont affamés et il est plus que temps de se disperser. Mais leurs maisons sont éloignées et ils ont très faim. Parmi eux, il y a d’ailleurs beaucoup de femmes et d’enfants. Ils doivent très vite trouver de la nourriture : qu’ils aillent donc dans les villages des environs afin de se procurer de la nourriture.

Mais le Seigneur serait-Il moins miséricordieux et compatissant que Ses disciples? N’aurait-Il pas remarqué avant Ses disciples que le peuple était affamé et que la nuit était tombée ? Bien entendu, le Christ est plus miséricordieux et compatissant que Ses disciples et II avait remarqué avant eux ce dont le peuple avait besoin. Au tout début, comme l’écrit l’évangéliste Jean, levant les yeux et voyant qu’une grande foule venait à Lui, Jésus dit à Philippe: D’où nous procurerons-nous des pains pour que mangent ces gens (Jn 6, 5)? Mais après cette remarque faite à Philippe, le peuple s’était assemblé autour du Seigneur, avec ses malades. Le Seigneur guérit d’abord tous les malades, puis II se mit à enseigner aux gens. Cela se prolongea ainsi jusqu’à la nuit. Et ce n’est qu’à ce moment que les apôtres prennent conscience que les gens ont faim et qu’il faut leur donner de la nourriture. Le Seigneur l’avait remarqué dès le début, mais II ne voulut plus en parler à dessein, dans l’attente que cette question fut soulevée par les apôtres eux-mêmes, et cela pour deux raisons : d’abord pour que leur miséricorde et leur compassion soient plus fortes, ensuite pour montrer qu’eux-mêmes étaient impuissants sans Lui. Le Christ leur dit: Il n’est pas besoin quelles (les foules) y aillent; donnez-leur vous-mêmes à manger (Mt 14, 16). Lui-même sait qu’ils ne peuvent pas le faire, mais II le dit afin qu’ils en prennent pleinement conscience et confessent leur impuissance. Mais, lui disent-ils, nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons (Mt 14,17). L’évangéliste Jean rapporte même que ce peu de nourriture n’était pas à eux, mais à un petit garçon qui se trouvait là. Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde? (Jn 6, 9). C’est ce que dit au Seigneur André, l’apôtre premier-appelé qui, bien qu’il ait été depuis longtemps avec le Christ, n’était pas encore parfait dans sa foi, puisqu’il se demandait: mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? Les pains étaient des pains d’orge, ce qui n’est pas non plus un hasard. Nous devons en tirer comme enseignement que, comme le dit le très sage Chrysostome, nous devons nous satisfaire d’une nourriture simple et non faire des tris, car dit-il «l’amour des saveurs est mère de tous les maux et de toutes les souffrances ». «Apportez-les moi ici » (Mt 14, 18), ordonna le Seigneur aux disciples. Ce n’est que maintenant qu’il intervient. Le peuple est impuissant à se procurer de la nourriture ; les apôtres ont également reconnu leur impuissance à aider le peuple. Ce n’est que maintenant que vient Son heure ; la situation est mûre pour un miracle.

Et ayant donné l’ordre de faire étendre les foules sur l’herbe, Il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, bénit, puis rompant les pains, Il les donna aux disciples qui les donnèrent aux foules (Mt 14,19). Pourquoi le Seigneur Jésus a-t-Il d’abord levé les yeux au ciel ? Il ne l’a pas fait lors des grands miracles qui ont consisté à ouvrir les yeux des aveugles, purifier les possédés, expulser les esprits maléfiques des hommes, dompter la mer et les vents, changer l’eau en vin, et même ressusciter des morts. Pourquoi donc, exceptionnellement dans cette circonstance-ci, a-t-Il levé les yeux au ciel, vers Son Père céleste ?

D’abord afin de montrer, en présence de cette foule immense, l’unité de Sa volonté et de celle de Son Père, et de réfuter ainsi les affirmations maléfiques des pharisiens selon lesquelles II accomplirait tous Ses miracles avec l’aide des forces démoniaques. Puis, afin de donner, en tant qu’homme, un exemple d’humilité devant Dieu et de gratitude pour toutes les bontés venues de Dieu. Il nous en a fourni un autre exemple lors de la Dernière Cène — Il prit du pain et, après avoir rendu grâce, Il le rompit (Lc 22, 17). Il rendit grâce à Son Père céleste et bénit le pain comme un don de Dieu. Nous devons, nous aussi, avant chaque repas, aussi modeste soit-il, rendre grâce à Dieu et Le remercier pour le don qu’il nous fait. Enfin, Il a levé les yeux au ciel afin de montrer, en tant que Dieu, lors de la multiplication des pains qui s’apparente à une nouvelle création, l’unité de la puissance de la Trinité unitaire du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Trinité unique et indivise, qui est seule capable d’être le Créateur de tout ce qui existe.

Le Seigneur Jésus Lui-même a rompu le pain avec Ses mains. Pourquoi ? Pourquoi n’a-t-Il pas ordonné aux disciples de le faire ? Il l’a fait Lui-même afin de montrer la bonne volonté qu’il avait pour donner l’hospitalité au peuple et Son très grand amour envers les hommes. Et de nous enseigner ainsi, quand nous faisons acte de charité, de le faire avec soin et amour, comme Lui-même l’a fait.

Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta le reste des morceaux: douze pleins couffins ! Or ceux qui mangèrent étaient environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants (Mt 14, 20-21). Voilà le miracle des miracles, la gloire des gloires ! Cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants : si chacun d’eux n’avait pris qu’un tout petit morceau, comme on prend de l‘antidoron à l’église, cinq pains auraient à peine suffi. Or tous mangèrent et furent rassasiés et il resta même cinq couffins pleins ! S’il s’était agi d’une illusion, on n’aurait pas pu dire : ils furent rassasiés. S’il s’était agi d’une obsession, comment expliquer la présence de douze couffins pleins ? Non, non : seuls des êtres endurcis dans le péché peuvent parler d’illusion. Or, c’était une réalité, tout comme le Dieu vivant est une réalité. Il faut aussi remarquer qu’au sujet de ce miracle, nul n’ose dire quelque chose contre ou donner à son propos des explications stupides, comme les pharisiens l’ont fait à la suite d’autres miracles. Non seulement personne ne dit rien contre, mais à la vue du signe qu’il venait de faire, les gens disaient: « C’est vraiment Lui le prophète qui doit venir dans le monde» Ils voulaient même s’emparer de Lui pour le faire roi (Jn 6,14-15), si forte était l’impression que ce miracle, cette œuvre puissante du Christ, avait laissée sur le peuple! A-t-on jamais vu un illusionniste devenir roi? Or telle était la réalité et la vérité, et le peuple, enthousiasmé par cette réalité et cette vérité, voulait forcer le Christ à devenir son roi. Cela se serait produit si le Christ ne s’était pas échappé, déjouant ainsi cette intention du peuple enthousiaste.

Et aussitôt II obligea les disciples à monter dans la barque et à Le devancer sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules (Mt 14, 22). N’est-il pas étrange que le Christ oblige Ses disciples à monter sans Lui dans la barque et à Le devancer sur l’autre rive? Pourquoi agit-Il ainsi? D’abord à cause de ce qui a eu lieu ; ensuite à cause de ce qui va avoir lieu. Il souhaite les voir s’éloigner de la foule, afin qu’ils réfléchissent et discutent ensemble au sujet du grand miracle de la multiplication des pains, et qu’ils s’installent au bord de la mer d’où le Seigneur Jésus va bientôt se manifester avec un nouveau miracle incroyable : Il marchera sur l’eau comme s’il se trouvait sur la terre ferme. Le Seigneur a discerné à l’avance ce qui va se produire et le rôle qui sera le Sien. Ses disciples qui n’avaient rien deviné et s’étaient étonnés que le Seigneur les pousse à partir, Le laissèrent au milieu de la foule, descendirent vers le rivage et s’embarquèrent vers le large. Il est hors de doute qu’une raison supplémentaire pour Son empressement à les faire sortir de la masse populaire tenait au fait que le Seigneur souhaitait préserver Ses disciples d’être orgueilleux devant le peuple et de se flatter eux-mêmes, et cela d’autant plus qu’ils étaient prétendument des partisans de ce Thaumaturge jamais vu auparavant ! De même qu’il a voulu leur enseigner l’humilité, en leur disant : Donnez-leur vous-mêmes à manger (Lc 9,13), Il souhaite leur faire connaître Sa douceur infinie et Son humilité devant Dieu, en se retirant après un miracle aussi prodigieux dans un lieu solitaire pour prier. Il ne leur avait pas dit explicitement, mais ils étaient suffisamment au courant de l’habitude qu’il avait de se mettre à l’écart pour prier. D’ailleurs, ne s’était-Il pas, ce jour-là, éloigné à dessein dans le désert, pour être seul, après la nouvelle de l’exécution abominable de Jean le Baptiste ? Il voulait que Ses disciples voient qu’il n’avait pas oublié pourquoi II était parti dans le désert et, surtout, qu’ils voient et sachent que la grande œuvre qu’il venait d’accomplir à l’improviste ainsi que toutes les louanges et glorifications du peuple émerveillé n’avaient nullement perturbé Sa paix intérieure et Sa douceur et ne pouvaient donc pas L’empêcher de renoncer au projet de prier dans la solitude.

Tout cet événement de la distribution des pains et des poissons au peuple, ainsi que le nombre de pains, de poissons et de paniers contenant les restes de nourriture, revêt un sens plus profond, intérieur. Avant Sa mort, le Seigneur a appelé Son corps le pain qu’il a béni. Ici, Il n’agit pas, en vérité, par des mots, mais par le nombre de pains. Le chiffre cinq correspond aux cinq sens, qui représentent l’ensemble du corps. Le poisson symbolise la vie. Dans les premiers siècles de l’Église, le Christ était représenté sous la forme d’un poisson, ce qui est encore visible dans les catacombes et les anciens monuments chrétiens. Le Christ va donner Son corps et Sa vie aux hommes, comme nourriture. Mais pourquoi y avait-il deux poissons ? Parce que le Seigneur s’est offert en sacrifice dans Sa vie terrestre et continue à s’offrir dans Son Eglise, après Sa Résurrection et jusqu’à nos jours. Que signifie le fait qu’il ait rompu Lui-même le pain ? Cela signifie qu’il s’offre, selon Sa propre volonté, en sacrifice pour le salut des hommes. Pourquoi a-t-Il permis que les apôtres distribuassent eux-mêmes le pain et le poisson au peuple ? Parce que c’est eux, en vérité, qui vont propager le Christ dans le monde entier et Le distribuer aux gens comme nourriture source-de-vie. Que signifie le fait que précisément douze paniers de pains soient restés disponibles ? Cela correspond à l’abondance de la moisson des apôtres. La moisson de chaque apôtre sera incommensurablement plus importante que la semence qui a été semée, de même que chaque panier contenait plus de pains que ce que les gens affamés avaient mangé et dont ils s’étaient rassasiés.

Mais tous ces mystères sont très profonds et inépuisables. Qui oserait se pencher là-dessus ? Qui oserait, en ce siècle mortel, descendre au tréfonds de ces mystères ? Puisse ce que l’on vient d’ébaucher suffire à ceux pour qui il est doux de lire et d’entendre l’Évangile. Les anges eux-mêmes s’enivrent des délices de l’Évangile. Plus on lit l’Évangile, plus on y réfléchit dans la prière, plus on se dirige dans la vie conformément à Lui, plus ses profondeurs s’ouvrent davantage et plus ses délices sont enivrants. Gloire et louange donc au Seigneur Jésus-Christ, avec Son Père prééternel et avec le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.