(Mt 22, 2-14)

Dieu souhaite que l’homme croie en Lui plus qu’en quiconque et en quoi que ce soit dans le monde.

Dieu souhaite que l’homme ait plus d’espoir en Lui qu’en quiconque et en quoi que ce soit dans le monde.

Mais il y a plus : Dieu souhaite que l’homme soit, dans son amour, exclusivement lié à Lui, et qu’il ne soit attaché aux créatures de Dieu qu’à travers les rayons de cet amour.

On appelle cela l’union de l’homme avec Dieu. Cela s’appelle l’union de l’âme avec le Christ. Tout le reste est tromperie et vagabondage. Seule une union très étroite de l’âme avec le Christ, dont la meilleure représentation sur terre est le mariage, rend l’âme riche et fertile. De toute autre union, l’âme génère des épines et des mauvaises herbes, restant stérile pour toute bonne action. Si cela est inconnu et impossible à connaître pour des gens placés en dehors du cercle de l’Eglise du Christ, cela doit être connu par les chrétiens, notamment par vous, Orthodoxes, qui êtes spirituellement et traditionnellement en mesure de comprendre toute la profondeur, l’élévation et l’étendue de la Révélation divine à travers le Seigneur Jésus, de vous pénétrer de l’éternité de façon plus juste que les peuples d’Orient et de vous imprégner du temps de façon plus juste que les peuples d’Occident.

Si l’âme humaine s’attache très étroitement à quelque chose, elle est unie à cette chose, qu’il s’agisse d’un être vivant ou d’un objet mort, d’un corps ou d’un vêtement, d’argent et d’or ou d’un patrimoine terrestre, de la gloire terrestre ou des honneurs, ou de la passion éprouvée envers quelque chose dans le monde créé: bijoux, nourriture, boisson, jeux, nature ou quelque bien dans la nature. Toute union de ce type de l’âme humaine est illégitime et entraîne un malheur infini pour l’âme dans ce monde et dans l’autre, similaire mais incommensurablement plus grande que l’union illégitime de l’homme et de la femme, qui entraîne douleur et chagrin non seulement pour eux deux, mais aussi pour leur famille éventuelle. Il ne faut pas dissimuler ce que les Saintes Ecritures annoncent, qui est que le Dieu vivant est un Dieu jaloux (Ex 20,5 ; 4,24). La jalousie de Dieu ne se rapporte à rien d’autre qu’à l’âme humaine. Dieu souhaite que l’âme humaine soit exclusivement à Lui, dans une fidélité intacte et dénuée d’ambigüité, Dieu le souhaite pour le bien de l’âme elle-même. Car grâce à Sa sagesse absolue, Il sait — comme à la suite du Christ nous devrions tous savoir — que si l’âme se relâche dans sa fidélité envers Lui, son Créateur, et se lie d’amour avec quelqu’un ou quelque chose d’autre dans le monde créé, elle devient progressivement la servante, puis l’esclave, puis une ombre ténébreuse et désespérée, enfin une image triste de pleurs et de grincements de dents.

Seul l’amour enflammé de l’âme envers Dieu constitue l’union légitime de l’âme. Tout autre amour, en dehors de Dieu, en évitant Dieu ou contre Dieu, est idolâtre. Ainsi, par l’amour envers son corps, l’homme fait du corps un faux dieu, une idole ; par l’amour envers les biens terrestres ou les bijoux, l’homme fait de ces biens et des bijoux, des idoles ; en adorant qui que ce soit ou quoi que ce soit, l’homme se fabrique des idoles. Cela signifie que l’amour, qui est dû exclusivement à Dieu, est orienté par l’homme dans une autre direction, vers quelque chose d’inférieur à Dieu et indigne d’être aimé. Quel que soit l’objet auquel l’homme croit plus qu’en Dieu, quel que soit l’objet en qui l’homme espère plus qu’en Dieu, quel que soit l’objet que l’homme chérit plus que Dieu, cet objet occupe la place de Dieu et devient une idole pour l’homme, une fausse divinité pour une âme fausse. Les grands prophètes ont appelé toute idolâtrie « adultère » et « débauche » (Jr 3 ; Ez 23,37).

Mais le plus terrible tient au fait que les idolâtres ne font qu’un avec leurs idoles. Car dans tout amour, l’homme se perd progressivement dans l’objet de son amour. L’essentiel des pensées de l’homme, ce qu’il aime le plus et ce qu’il souhaite obtenir avec le plus de zèle — devient peu à peu l’être véritable de son être, qu’il s’agisse de nourriture ou de boisson, d’argent ou d’or, de bijoux ou de vêtements, de maison ou de champs, d’honneurs ou de pouvoir. Comme le dit l’Écriture Sainte : À la poursuite de la vanité, ils sont devenus vanité (2 R 17, 15). Bien entendu, ni la concupiscence de l’homme envers la femme, ni la concupiscence de la femme envers l’homme ne sauraient en être exclues. Car il s’agit d’une forme de déchéance par rapport à Dieu — et de façon très explicite — et d’anéantissement de soi, comme l’exprime fougueusement l’apôtre Paul en disant: Ou bien ne savez-vous pas que celui qui s’unit à la prostituée n’est avec elle qu’un seul corps ? (1 Co 6, 16). L’homme devient ce à quoi son amour se rapporte: si c’est Dieu, Dieu, si c’est la poussière, poussière. L’homme est sauvé ou perdu dans cette vie par son amour. Mais un seul amour sauve : c’est l’amour de Dieu. Tout autre amour perd. Il existe une seule union légitime et salvatrice de l’âme, celle avec Dieu. Toute autre union, qui n’est pas issue de cette union, tel le rayon émanant du soleil, est malédiction et destruction.

L’évangile de ce jour représente de façon très imagée un mystère merveilleux, qui nous montre comment l’âme humaine s’unit en fiancée fidèle à Dieu puis comment, en traîtresse aveuglée et infidèle, elle sombre dans la déchéance des ténèbres, des mauvaises herbes et de la malveillance de l’idolâtrie.

Il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils (Mt 22,2). Comme d’habitude dans d’autres récits du Christ, celui-ci recouvre toute l’histoire humaine, du commencement à la fin. Des hommes érudits peinent à écrire de grands livres, difficilement compréhensibles, pour expliquer l’histoire de l’humanité; et au lieu de réussir dans ces entreprises, souvent ils embrouillent encore plus la trame de l’histoire, enchevêtrent les fils et perturbent les idées. Or, en une histoire simple et brève, le Christ dit tout en termes clairs et compréhensibles. En vérité. Jamais homme n’a parlé comme cela! (Jn 7,46).

Le Royaume céleste ne peut se décrire par des mots ; on ne peut que le comparer à certains événements ayant lieu dans ce monde. Entre autres, on peut le comparer à une noce, c’est-à-dire un événement joyeux parmi les hommes ; le Royaume céleste est toute joie. C’est pourquoi le Royaume peut se comparer à une noce. Le roi cité dans cet extrait de l’Évangile, c’est Dieu Lui-même, tandis que Son fils, c’est Jésus-Christ. Le fait qu’il soit l’époux a été annoncé par Jean le Baptiste (Jn 3, 29) et confirmé par Jésus-Christ Lui-même (Mt 9, 15). Toute l’histoire humaine depuis l’expulsion d’Adam du paradis jusqu’à l’arrivée du Christ, correspond à la préparation de l’âme humaine aux noces du Fils de Dieu ; l’arrivée du Christ dans le monde représente le véritable début des noces, le véritable début des réjouissances nuptiales ; et toute la période allant de Son arrivée à la fin du temps correspond à la durée de ces noces dans le monde. Mais la joie nuptiale n’atteint son apogée que dans la deuxième vie. L’arrivée du Christ dans ce monde est l’événement le plus joyeux pour l’humanité en général et pour chaque âme humaine en particulier, comme l’arrivée de son fiancé pour la fiancée. De tous les peuples de la terre, c’est le peuple juif qui aurait dû accueillir le plus joyeusement l’arrivée du Christ le Fiancé, puisque c’est ce peuple qui avait été le plus préparé par Dieu pour L’accueillir. Ce peuple avait pour devoir de rencontrer le premier le Christ, d’être le premier à Le connaître et à L’accueillir, puis d’annoncer à tous les peuples et tribus de la terre la joie et le salut. C’est pourquoi le texte original de l’Evangile évoque au pluriel des festins de noces pour son fils. En effet, c’est l’époux attendu qui est arrivé pour l’église vétérotestamentaire juive, mais aussi l’époux de toute âme humaine en quête du salut, de la vie et de la joie ainsi que l’époux de tout le genre humain créé, de tous les peuples et tribus. Mais face à l’immensité de l’amour de Dieu pour les hommes, il y a l’immensité de l’aveuglement et de la malveillance des pécheurs sur cette terre. Comme le dit l’évangéliste Jean : Il est venu chez lui et les siens ne Vont pas accueilli (Jn 1,11). Il vint donc parmi ceux qu’il avait préparés le plus longuement pour Ses noces — le peuple juif. Mais ce peuple ne Le reconnut pas, Le méprisa et Le rejeta, comme l’indique ce récit : Il envoya ses serviteurs convier les invités aux noces, mais eux ne voulaient pas venir (Mt 22,3).

En préparant la cérémonie nuptiale de Son Fils, Dieu envoya d’abord Ses prophètes au cours des siècles, qui annonçaient l’approche de cette cérémonie et conviaient le peuple juif à se tenir prêt pour l’arrivée du Christ, l’Époux. Ce furent les premiers serviteurs que Dieu envoya pour convier les invités. Quand le Christ apparut dans le monde, Jean le Précurseur fut envoyé en messager pour annoncer, crier et appeler. Mais de même qu’un petit nombre d’élus écouta les anciens prophètes, de même un petit nombre écouta le clairon du désert, Jean le Précurseur. Ils ne voulaient pas venir.

De nouveau il envoya d’autres serviteurs avec ces mots: Dites aux invités: Voici, j’ai apprêté mon banquet, mes taureaux et mes bêtes grasses ont été égorgés, tout est prêt, venez aux noces (Mt 22, 4). Ces autres serviteurs, ce sont les apôtres et les aides des apôtres. Quant aux invités, ce sont encore pour quelque temps les mêmes — les Juifs. Car le Seigneur Lui-même a dit d’abord: Je nai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 15, 24), commençant aussi par donner un tel ordre à Ses apôtres: allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 10, 6). Il en fut ainsi avant Sa passion et Sa glorification. Mais quand II fut rejeté par les Juifs, chassé par les mauvais vignerons en dehors de la clôture du peuple juif et tué, alors et seulement alors, après Sa résurrection, Il donna un autre ordre : Allez donc, de toutes les nations faites des disciples (Mt 28,19). Dieu est resté fidèle à Son vœu, mais les Juifs Font transgressé. Dieu est resté fidèle à Sa fiancée, Son élue, l’église vétérotestamentaire, fidèle jusqu’au bout, mais celle-ci a trompé son Fiancé, nouant d’innombrables unions illégitimes avec des idoles et de faux dieux dont elle ne voulut pas se séparer pour revenir à son fiancé légitime.

Voici, fai apprêté mon banquet. Tout ce qui est nécessaire pour le repas et la réjouissance de l’âme a été préparé. La vérité nourrit l’âme — la vérité était entièrement découverte, comme la table somptueuse d’un festin royal. La victoire sur les esprits maléfiques, la victoire sur les maladies et les soucis, la victoire sur la nature — toutes ces victoires, qui nourrissent et réjouissent l’âme humaine désespérée — ont été remportées. Venez donc ! Le ciel ressemblait auparavant à du plomb fermé aux hommes, et les âmes humaines étaient comme des tristes fiancées emprisonnées dans un cachot froid; maintenant le ciel est largement ouvert: Dieu Lui-même est venu sur la terre, les anges sont descendus sur terre, les morts sont apparus comme des vivants, la dignité de l’homme a été élevée jusqu’à Dieu. Ah, que ces nourritures sont douces ! Que la table est luxueuse ! Venez ! Mais au lieu de répondre à cette invitation aux noces, les âmes aveuglées dans les ténèbres de la prison commirent le crime terrifiant de tuer leur Sauveur, leur époux. Mais même alors, la patience de Dieu ne fut pas épuisée. Le plus grand crime, Dieu en fit la source la plus profonde de douceur et de joie. Le corps et le sang du Seigneur crucifié fut apporté sur la table royale, infiniment plus doux que les taureaux et les bêtes grasses. Venez et communiez à cette douceur, que même les anges pourraient envier! Les ondes bienfaisantes du Saint-Esprit, Esprit Tout- puissant et vivifiant, sont complètement disponibles. Tout est prêt — tout ! Tout ce qui est nécessaire pour que la fiancée souillée soit purifiée, que l’affamée soit nourrie, que la malade soit guérie, que la dénudée soit vêtue, que l’ensorcelée soit désensorcelée, que l’enivrée soit dégrisée et que la paralysée soit libre de ses mouvements. Là, il y a le baptême dans l’eau, et il y a aussi le baptême dans le feu et dans l’eau. Là est le soulagement dans le jeûne ; là est l’élévation dans la prière ; là se trouve l’huile sainte ; là se trouvent le pain et le vin ; là se trouve le clergé royal pour la direction spirituelle ; là est l’Église de la sainteté et de l’amour. Tous ces dons ont été apportés par le Fiancé à son élue et ils ont tous été déposés sur la table royale. Venez donc i Venez aux noces !

Mais eux, tien ayant cure, s’en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce; et les autres, s’emparant des serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent (Mt 22, 5-6). 11 est vain d’inviter une prostituée impénitente à une union légitime ! Elle ne se soucie pas de son fiancé légitime. Elle s’est trop habituée à ses idoles pour être capable de s’en détacher. Certaines âmes impures idolâtrent le champ, d’autres le commerce, d’autres quelque chose d’autre. Le champ correspond au corps avec ses passions charnelles ; le commerce désigne l’amour de l’argent, l’acquisition et l’enrichissement de biens corruptibles dans ce monde. Chacun partit donc vers son idole et nul ne voulut entendre parler du fiancé. D’autres s’insurgèrent contre l’invitation elle-même, se saisirent des serviteurs du roi, les maltraitèrent et les tuèrent. C’est ainsi que, peu après le Golgotha, on maltraita et on tortura les apôtres Pierre et Jean (Ac 4, 2-3), puis on tua l’archidiacre Etienne et l’apôtre Jacques, puis beaucoup d’autres.

Le roi fut pris de colère et envoya ses troupes qui firent périr ces meurtriers et incendièrent leur ville. (Mt 22,7). Ce roi, c’est Dieu ; Sa colère correspond à Sa patience finalement épuisée et la transformation de Sa miséricorde en justice ; les troupes, ce sont les troupes romaines ; les meurtriers, ce sont les Juifs, et leur ville, c’est Jérusalem. La patience de Dieu est infinie. Dieu n’avait pas voulu châtier les Juifs aussitôt après le meurtre du Seigneur Jésus; Il a encore attendu quarante ans. De même que jadis le Seigneur s’imposa un jeûne de quarante jours, de même le Créateur de l’humanité s’inflige après le Golgotha un jeûne correspondant à quarante ans de patience. Il ne s’etait pas dépêché de punir un crime contre Sa propre personne, de façon que les gens ne disent pas : Dieu est rancunier, soyons- le nous aussi ! Non, ce n’est qu’au bout de quarante ans que Dieu a fait tomber Son châtiment sur le peuple juif, cela à cause du crime commis par les chefs de ce peuple contre Ses serviteurs. Afin que nous aussi, nous en retirions une leçon, ne cherchions pas à nous venger pour des injustices commises contre nous-mêmes et soyons pleins de zèle dans le redressement de ceux qui ont été injustes. Pourquoi Dieu appelle-t-Il les troupes romaines Ses troupes ? Parce que ce sont ces troupes que Dieu utilise pour punir Son élue tombée dans la débauche. De même que jadis, Dieu avait utilisé des forces païennes, assyriennes, égyptiennes et babyloniennes, pour punir et ramener à la raison le peuple d’Israël, de même II finit par utiliser l’armée païenne romaine pour exécuter le châtiment ultime sur ce peuple ingrat. Les empereurs romains, Vespasien et Titus, l’un après l’autre, s’emparèrent de Jérusalem et l’incendièrent, massacrant un grand nombre de Juifs et dispersant, les autres à travers le monde. Quand un empereur [Frédéric II de Prusse] demanda à des théologiens chrétiens de lui donner un exemple très fort de l’authenticité de la foi chrétienne, ils répondirent: le destin du peuple juif! Ce que le Seigneur Jésus avait prédit au sujet des Juifs à travers ce récit sur les noces d’un fils de roi s’est réalisé complètement. Mais voyons ce que le roi fit, après avoir châtié et rejeté les Juifs.

Alors il dit à ses serviteurs: «La noce est prête, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver» (Mt 2,8-9). C’est ce que Dieu dit à Ses nouveaux serviteurs. La noce est prête, ce qui signifie: pour ma part, j’ai fait tout ce qui était nécessaire. Mais les anciens invités n’en étaient pas dignes, et ne furent donc pas en mesure de venir. Ils avaient regardé mais n’avaient pas vu et ne s’étaient donc pas réjouis ; ils avaient écouté mais n’avaient pas entendu et n’avaient donc pas donc répondu à l’invitation. Ils aimaient plus les idoles du corps et de la richesse, et ne répondirent donc pas à l’appel. Attachés par des chaînes d’esclaves à ce qui leur était inférieur, ils levèrent la main contre Celui qui leur était supérieur. Aussi vous faut-il aller aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver. Israël avait été un vignoble clos: mais comme il ‘s’est montré stérile, il vous faut aller en dehors de cette vigne, dans les vignobles sans clôtures des païens, et inviter ceux-ci. Israël avait été un vivier fermé, mais voici que des serpents y avaient fait souche; allez donc en haute mer et jetez vos filets sur toute la mer de l’humanité. Israël avait été une pépinière à l’extrémité du champ de Dieu, où des plants de beaux fruits devaient être semés sur tout le champ de l’humanité ; mais la pépinière s’avéra stérile ; aussi vous faut-il parcourir tout le champ et y planter de belles récoltes. C’est ce que signifie le dernier commandement du Christ : Allez donc, de toutes les nations faites des disciples (Mt 28,19). Les départs des chemins correspondent au monde païen où se croisent et s’entremêlent les chemins du bien et du mal, des pentes à pic et des sentiers escarpés, des broussailles et des chemins pierreux, où la semence divine était exposée à tous les dangers. Dieu observait ce monde vaste et très peuplé avec la même vigilance paternelle qu’il avait eue pour Israël et réfléchissait à son sujet, mais d’une façon différente. En effet, s’il avait dirigé le peuple d’Israël par des révélations, des prophéties et des signes, Il dirigeait les autres peuples en leur insufflant la force intérieure de la conscience et de la raison. Nombreux furent ceux qui furent sauvés au sein du peuple juif : c’étaient ceux qui avaient été fidèles et obéissants; et nombreux furent ceux qui furent sauvés parmi les peuples païens : c’étaient ceux qui furent conscients et raisonnables. Et maintenant que le Fils de Dieu est venu sur terre et qu’il a été rejeté par le premier peuple, Dieu a ouvert largement un seul et même accès à Lui, à tous et à chacun.

Ces serviteurs s’en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives (Mt 22, 10). C’est l’Église de Dieu sur la terre. C’est la nouvelle alliance de Dieu avec les hommes au nom de Son Fils, le Seigneur Jésus-Christ. Elle rassemble sous Son aile tous les enfants de Dieu, de l’est et de l’ouest, du nord et du sud, de tous les peuples et tribus terrestres, de toutes langues et de toutes classes. C’est le nouveau choix de Dieu, le nouvel Israël, la nouvelle tribu du juste Abraham. L’ancien Israël a trahi et abusé de son rôle d’élu dans l’histoire de l’humanité, et Dieu a créé un nouveau chemin pour le salut des hommes, le Nouvel Israël. En quittant le peuple juif pour se rendre parmi les païens, les apôtres Paul et Barnabé déclarèrent : « C’était à vous d’abord qu’il fallait annoncer la parole de Dieu. Puisque vous la repoussez et ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien nous nous tournons vers les païens» (Ac 13,46).

C’est ainsi que commença la nouvelle élection de la nouvelle humanité, de la nouvelle histoire, du nouveau salut par les apôtres et leurs disciples, de même que l’ancienne élection débuta et s’accomplit par les ancêtres, Moïse et les prophètes. Mais l’Église de Dieu se remplit de bons et de mauvais, car les uns et les autres avaient été conviés. L’église vétérotestamentaire avait divisé le monde en Juifs et non-Juifs, alors que celle du Nouveau Testament divise tous les hommes sur terre en bons et en mauvais. Les uns et les autres sont donc invités, mais tous ceux qui sont entrés par le baptême dans l’Église ne seront pas sauvés. Dans l’Église néotestamentaire, le Dieu très miséricordieux montre Son infinie patience comme dans celle de l’Ancien Testament. Le Maître de maison plein de sagesse ordonne à ses serviteurs de ne pas arracher tout de suite l’ivraie, mais de lui permettre comme au bon grain de pousser jusqu’à la moisson. Dans les filets très étendus de l’Église, entrent les bons et les mauvais poissons, mais le Pêcheur avisé ramasse patiemment les filets et les ramène sur le rivage et ce n’est qu’à ce moment-là qu’il sépare les bons des mauvais. L’évangéliste Luc précise en ces termes l’ordre donné par le roi à ses serviteurs : et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux (Ac 14, 21). C’est ainsi que tous les peuples de la terre étaient considérés par les Juifs, à l’exception d’eux-mêmes. En fait, tels étaient tous les hommes et peuples de la terre avant de connaître le Christ et de s’asseoir à la table très abondamment fournie en dons qu’il avait offerts et qu’il offre au monde. Nous aussi, nous sommes tous des pauvres sans le Christ, des estropiés, des aveugles et des boiteux. Seul le Christ Seigneur peut nous offrir la richesse véritable et secrète ; Lui seul peut nous guérir de tous nos méfaits, diriger nos mains vers les bonnes actions et orienter nos pas sur la voie de la vérité et de la justice. Lui seul peut nous ouvrir les yeux de l’esprit et nous donner la vue nous permettant de voir notre patrie éternelle, remplie de tous les dons et de toutes les joies des noces.

Le roi entra alors pour examiner les convives, et il aperçut là un homme qui ne portait pas la tenue de noces. Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir la tenue de noces ? L’autre resta muet (Mt 22, 11-12). Quelle est cette tenue de noces? La tenue nuptiale de l’âme est tout d’abord la pureté. L’apôtre Paul a écrit aux fidèles : je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ (2 Co 11, 2). La chasteté d’une jeune fille et la pureté de son âme — tel est son premier et principal vêtement. Puis le même apôtre s’adresse ainsi à d’autres fidèles sur la manière de se vêtir : revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience,et puis, par-dessus tout, la charité en laquelle se noue la perfection (Col 3,12-14). Telle est la tenue nuptiale de l’âme qui épouse le Christ immortel. De tous les natifs de la terre, la plus grande perfection de pureté spirituelle fut montrée par la Très pure et Très sainte Vierge Mère de Dieu, dont le corps a donné naissance à notre Seigneur et Sauveur. Nul d’entre nous ne peut porter le Christ dans son cœur sans une très grande pureté du corps, sans un cœur entièrement consacré au Christ. Car de même qu’une jeune fille pure n’éprouve de l’amour que pour son fiancé, de même l’âme humaine, qui comprend le chemin du salut, ne connaît qu’un seul amour — l’amour pour le Seigneur. C’est une tenue nuptiale tissée d’or. Mais la pureté et l’amour sont fertiles dans toutes les autres vertus, que l’apôtre mentionne ou non. C’est en particulier le cas pour les bonnes actions. Les bonnes actions correspondent aux parures et bijoux, aux tenues blanches de pureté et aux tenues tissées d’or de l’amour.

Mais quand le roi vint pour voir les invités, il aperçut un homme qui ne portait pas la tenue de noces. Mon ami, lui dit le roi. Pourquoi le roi l’appelle -1-il, mon ami? D’abord pour montrer la haute estime qu’il a pour la dignité humaine, puis parce que Lui-même, Dieu, est en vérité l’ami de tout homme sans distinction tant que l’homme lui-même, par son inconduite, ne L’éloigne pas complètement de lui. Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande (Jn 15, 14) a dit le Seigneur à Ses apôtres. Ah, que la condescendance et la miséricorde de Dieu pour les hommes sont indicibles ! Lui, le Créateur tout-puissant et Maître de tous les univers, appelle les faibles hommes Ses amis ! Mais à la condition qu’ils fassent ce que Dieu commande. Or, l’homme qui ne portait pas la tenue de noces n’avait pas agi selon la volonté de Dieu ; autrement, il ne serait pas venu sans porter la tenue de noces. Pourquoi, alors, Dieu l’appelle-t-il aussi, son ami ? Parce qu’il a été baptisé et comme tel, inclus au nombre des fidèles et intégré parmi Ses amis ; c’est lui qui a trahi cette amitié, ce n’est pas Dieu qui l’a trahie. L’autre resta muet. En effet, que pouvait-il répondre? Qu’il ne pouvait pas acheter cette tenue, peut-être? Ou qu’il ne savait pas coudre une tenue pareille ? Tout cela aurait été en vain car Dieu, par Jésus-Christ, avait donné à chacun des invités une tenue toute prête. Il lui aurait suffi de faire preuve de bonne volonté, doter sa vieille et sale tenue de pécheur et de revêtir la tenue du salut, la tenue nuptiale tissée d’or. Mais il ne le fit pas et fut donc contraint de se taire.

Alors le roi dit aux valets: Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres: là seront les pleurs et les grincements de dents (Mt 22,13). Il s’était lui -même lié les mains par le péché en faisant de mauvaises actions, comme il s’était attaché les pieds en marchant sur les chemins de l’anarchie ; de lui -même, il avait choisi de vivre cette vie dans les ténèbres plutôt que dans la lumière, dans les pleurs et les grincements de dents plutôt que dans la joie éternelle. Il s’était pour ainsi dire lui-même condamné à la déchéance, et Dieu n’avait fait que prononcer la juste sentence. Le méchant est pris à ses propres méfaits, dans les liens de son péché il est capturé (Pr 5, 22). Pris dans ses propres méfaits, le pécheur sera encore plus captif dans l’autre monde. Là-bas, il n’y a pas de repentir; le fait d’avoir les poings et les pieds liés montre que là-bas il n’y a plus de repentir ni de possibilité pour l’homme de faire de bonnes actions en vue de son salut et de l’entrée dans le Royaume.

Ce magnifique et prophétique récit est conclu par le Seigneur en ces termes : Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus (Mt 22, 14). Cela concerne les Juifs comme les chrétiens. Il y a eu peu d’élus parmi les Juifs et il y a peu d’élus parmi les chrétiens. Nous tous qui avons été baptisés sommes appelés au festin royal, mais Dieu seul sait qui sont Ses élus. Malheur à celui d’entre nous à qui le Roi Très-haut dira devant tous les anges et les saints : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir la tenue de noces ? Quelle honte, mais inutile ! Quelle horreur, mais impossible à corriger! Quelle déchéance, sans retour! En fait, ces paroles divines s’adressent aussi à nous, au moment de nous approcher du sanctuaire pour prendre la communion et de nous unir spirituellement au Christ ‘l’Epoux : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir la tenue de noces ? Ecoutons notre cœur et notre conscience quand nous nous approchons du calice vénérable et nous entendrons cette question et cette réprimande. Mais ces mots de Dieu n’entraînent pas avec eux des pleurs et des grincements de dents dans des ténèbres extrêmes, ce qui sera le cas quand Dieu nous les dira pour la dernière fois. Qui parmi vous peut garantir que ces paroles, Dieu ne les lui dit pas aujourd’hui pour la dernière fois dans cette vie terrestre ? Qui peut être sûr que, dès cette nuit, son âme ne se retrouvera pas vêtue de la tenue sale du péché, devant l’éclatante assemblée céleste réunie autour du festin royal ? Qui parmi les mortels, peut savoir si le jour d’aujourd’hui n’est pas fatal pour toute son éternité ? Quelques minutes ont suffi pour décider du sort de deux larrons sur la croix. Ces quelques minutes, l’un d’eux n’a pas su les utiliser et il est tombé dans les ténèbres extrêmes. Mais l’autre a utilisé ces quelques minutes avec discernement; il s’est repenti, a reconnu le Fils de Dieu et L’a prié de le sauver : Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume (Lc 23, 42). Et à ce moment même, sa vieille tenue de pécheur tomba de son âme et celle-ci fut revêtue de l’éclatante robe nuptiale. Et le larron repenti se présenta, avec la dignité de l’élu, dans le paradis, au festin royal.

Ne retardons donc pas notre repentir d’une heure. Car dans toute heure à venir, il se pourrait que nous ne fassions plus partie des habitants de ce monde. Nettoyons et lavons rapidement notre âme, au moins autant que nous nettoyons et lavons notre corps qui deviendra bientôt la nourriture des vers. Nettoyons notre âme dans le repentir et les larmes, nettoyons-la dans le jeûne et la prière, et revêtons-la d’une tenue tissée dans la pureté et l’amour, et ornée de toutes les bonnes œuvres, en particulier d’actes de repentir et de charité. Faisons le peu de chose que Dieu nous demande, Il fera le reste. Quand l’enfant se plaint à sa mère en lui disant que son corps est sale, sa mère le nettoie rapidement, le lave et le rhabille. Ah, que le Père céleste est plus miséricordieux qu’une mère avec ses enfants ! En fait, l’âme humaine est tellement impure quelle ne peut se laver d’elle-même et se rendre ainsi digne de la présence divine. C’est à chaque homme de voir son impureté spirituelle, de la mépriser de tout son cœur, de faire le peu de choses attendues de lui, et surtout d’implorer Dieu afin que Dieu le purifie dans le feu et dans l’esprit. Dieu attend de telles supplications de Ses enfants repentis, tenant dans Ses mains les tenues angéliques les plus somptueuses, toujours prêt à purifier, laver, fortifier, éclairer, parfumer et vêtir tous ceux qui, dans le repentir, L’implorent. Gloire et louange donc à notre Dieu Très-miséricordieux. Gloire et louange à l’époux céleste de notre âme, Seigneur Jésus-Christ, avec le Père et le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.