(Mt 8, 5-13)

Si l’homme ne s’imprègne pas profondément d’humilité, de douceur et d’obéissance à Dieu, comment sera-t-il sauvé ? Comment sera sauvé l’athée et le pécheur, si le juste est à peine sauvé (1 P 4, 18)? L’eau ne s’attarde pas sur les hautes parois de montagne, mais sur les endroits situés en contrebas, plats ou enfoncés. De même la grâce de Dieu ne s’attarde pas sur les hommes orgueilleux, qui se dressent et défient Dieu, mais sur les êtres humbles et doux qui ont approfondi leur âme par l’humilité et la douceur, et l’obéissance à la volonté de Dieu.

Quand la tendre vigne, dont son maître prend soin avec minutie et depuis longtemps, se trouve asséchée par la maladie, le maître l’arrache et la jette au feu, puis il repique une nouvelle vigne à sa place.

Quand des fils oublient tout l’amour paternel et se révoltent contre leur père, que fait alors le père ? Il expulse ses fils de sa maison et installe à leur place des mercenaires.

Ce qui se produit dans la nature, se produit aussi chez les hommes. Les incroyants affirment qu’il en est ainsi conformément aux lois naturelles et aux lois humaines. Mais les croyants ne parlent pas ainsi. Ceux qui ont écarté les rideaux des lois naturelles et humaines, puis observé le regard de feu du mystère de la liberté éternelle, parlent différemment. Ils affirment en effet qu’il en est ainsi conformément à la volonté de Dieu et afin de nous servir d’enseignement. Dieu écrit ainsi avec Son doigt, et ceux qui savent lire Son manuscrit, écrit par le feu et l’Esprit sur les choses et les événements naturels ainsi que sur les choses et les événements survenus parmi les hommes, sont seuls à comprendre le sens de tout. Ceux, en revanche, aux yeux desquels la nature frémit ainsi que la vie des hommes, comme un énorme amas de lettres, sans esprit ni sens, ceux-là parlent de hasard et disent que tout ce qui nous arrive et survient autour de nous, se produit par hasard. Ils veulent dire que tout cet énorme amas de lettres bouge et se mélange de lui-même et qu’il en découle tantôt tel événement, tantôt tel autre. Si Dieu n’est pas un Dieu de miséricorde et de compassion, Il sourirait devant une telle folie des exégètes terrestres du monde et de la vie. Mais il y a quelqu’un qui prend un malin plaisir à sourire devant cette folie : c’est l’esprit malin, l’ennemi du genre humain, qui n’éprouve ni miséricorde ni compassion pour les hommes. Quand l’oie piétine le tapis bariolé étendu sur l’herbe, elle peut penser que tous les dessins et les couleurs du tapis ont été disposés par hasard et que le tapis a peut-être jailli par hasard du sol; de même que l’herbe, dans l’esprit de l’oie, pousse par hasard sur le sol. Mais la femme qui a tissé le tapis et l’a décoré de dessins sait, elle, que le tapis n’est pas apparu par hasard de quelque part; elle connait aussi le sens de chaque dessin et de chaque couleur et pourquoi tous les dessins et les couleurs sont disposés selon un certain ordre. Seule cette femme est en mesure de lire et de comprendre le sens du tapis, de même que ceux à qui elle en a fait part. Ainsi c’est en vain que les incroyants piétinent le tapis extraordinaire de ce monde et parlent de hasard. Seul Dieu, qui a tissé ce monde, sait ce que signifie chaque fil contenu dans le tissu de ce monde; Il sait aussi qui s’est rendu digne que Dieu le lui dise. Isaïe le visionnaire a écrit: Ainsi parle Celui qui est haut et élevé, dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint: «Je suis haut et saint dans ma demeure, mais je suis avec l’homme humilié et désemparé, pour ranimer les esprits désemparés, pour ranimer les cœurs humiliés» (Is 57, 15). Dieu est donc sur terre seulement aux côtés des cœurs humiliés et des esprits désemparés. À ceux avec lesquels II se tient, Dieu révèle les mystères du monde et de la vie ainsi que le sens spirituel profond de Son écriture à travers les choses et les événements. Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse et David étaient des cœurs humiliés et des esprits désemparés ; c’est pourquoi Dieu était à leurs côtés et leur avait promis de l’être aussi avec leurs descendants tant que ces derniers seraient des cœurs humiliés et des esprits désemparés. Mais quand les hommes s’enorgueillissent de leurs contacts fréquents avec Dieu, alors ils tombent dans une déchéance pire que ceux qui n’ont aucune connaissance ni aucun rapport avec le Dieu véritable. L’exemple le plus évident nous est fourni par le peuple d’Israël, c’est-à-dire la descendance des grands ancêtres agréables à Dieu que nous venons d’évoquer. Rendu orgueilleux par sa fréquentation du Dieu véritable, ce peuple a commencé à mépriser tous les autres peuples comme s’ils étaient des meules sur l’aire de Dieu. Mais il s’est ainsi perdu lui-même, car son orgueil l’a aveuglé au point que de tout ce que Dieu avait révélé à ses ancêtres, il n’avait retenu qu’une seule chose: qu’il avait été le peuple choisi par Dieu. L’esprit et le sens de l’ancienne révélation divine avaient totalement disparu pour lui, et l’Écriture Sainte n’apparaissait plus aux yeux de ce peuple que comme un amas de mots incompréhensibles. Et quand le Seigneur Jésus est apparu dans le monde avec la nouvelle révélation, le peuple hébreu non seulement est tombé, du fait de son aveuglement et de son ignorance de la volonté divine, au niveau des peuples athées, mais l’obscurcissement de sa vision spirituelle et l’engourdissement de son cœur l’a placé même à bien des égards au-dessous de ces peuples. L’évangile de ce jour nous donne le jugement que le Seigneur Lui-même porte là-dessus. Ce texte nous décrit un événement servant de révélateur pour la santé des gens malades et la maladie des bien-portants, la foi chez les athées et l’incroyance de ceux qui se qualifiaient orgueilleusement d’élus et ayant la juste foi. Cet évangile a été écrit pour servir d’exemple pour tous les siècles et toutes les générations, et donc aussi pour notre siècle et notre génération. Telle l’épée des chérubins, cet enseignement est tranchant, clair comme le soleil, rafraichissant et inattendu comme les fleurs des montagnes. Il est destiné à nous frapper par sa sévérité, nous éduquer par sa clarté et nous surprendre au milieu de notre nonchalance spirituelle et notre indolence actuelles. Il doit surtout nous mettre en garde, nous chrétiens, de ne pas être négligents et ne pas nous enorgueillir parce nous allons à l’église, que nous prions Dieu et confessons le Christ, et nous faire savoir que ne se retrouvent pas face au jugement de Dieu, ceux qui sont hors de l’Église avec plus de foi véritable et davantage de bonnes actions.

Jésus entrait dans Capharnaüm quand un centurion s’approcha de Lui et Le supplia en ces termes: «Seigneur», dit-il, «mon serviteur est couché dans la maison, atteint de paralysie et souffrant terriblement» (Mt 8, 5). Ce centurion était certainement le responsable de la garnison stationnée à Capharnaüm, la ville principale au bord de la mer de Galilée. Le fait de savoir s’il était directement assujetti au pouvoir de Rome ou s’il était sous le commandement d’Hérode Antipas, est d’un intérêt secondaire, bien qu’il fut probablement un officier romain; l’essentiel est qu’il était incroyant et qu’il n’était pas juif. Il fut le premier officier romain mentionné dans l’Évangile qui ait cru en Christ. Le second fut le centurion placé au pied de la croix du Christ, qui ayant vu les terribles manifestations survenues dans la nature après que le Seigneur ait expiré, s’écria : Vraiment celui-ci était fils de Dieu! (Mt 27,54)

Puis on trouve mention du centurion nommé Corneille, dans la ville de Césarée, qui fut baptisé par l’apôtre Pierre (Ac 10, 1). Bien que lui- même et ses compagnons aient été incroyants, ils avaient deviné la vérité et la vie en Christ et crurent en Lui avant les scribes hébreux, très érudits mais devenus aveugles.

Mon serviteur est couché dans la maison, atteint de paralysie et souffrant terriblement. Ce n’était pas un serviteur, mais un jeune homme ou un employé, selon le terme grec employé dans l’Evangile; il est probable que ce jeune homme était un soldat, car celui qui fait la demande est un officier. La maladie considérée était terrible, c’était la paralysie et le jeune homme était sur le point de mourir, comme le raconte l’évangéliste Luc ; or cet homme était cher au centurion (Lc 7,2). C’est pourquoi le centurion, aussitôt après avoir appris que le Christ était arrivé à Capharnaüm, s’était dépêché de se présenter en personne devant Lui afin de Le prier de venir au secours de son serviteur bien-aimé.

Le lecteur du récit de cet événement relaté par les deux évangélistes Matthieu et Luc peut avoir l’impression, à première vue, qu’une grande différence existe entre eux. En effet Matthieu écrit que le centurion s’est approché personnellement du Christ en Le suppliant, alors que Luc écrit qu’il a d’abord envoyé quelques anciens juifs en leur demandant de faire part de sa requête; puis comme le Seigneur s’approchait de sa maison, il envoya des amis à Sa rencontre car lui-même — le centurion — n’en était pas digne; mais dis un mot et que mon enfant soit guéri (Lc 7, 7). En fait, il existe des différences entre ces deux descriptions mais pas de contradiction. La différence tient au fait que Matthieu ne fait pas mention des deux groupes d’émissaires que le centurion a fait envoyer auprès du Seigneur, tandis que Luc ne mentionne pas que le centurion, malgré toute sa modestie et son humilité devant la majesté du Christ, a fini par se présenter devant Lui. Cette sublime complémentarité entre les deux évangélistes ne suscite chez un homme spirituel que joie et émerveillement. Car si tous les événements avaient été décrits de façon identique, on aurait considéré que les évangélistes avaient copié les uns sur les autres. Pourquoi aurait-il alors fallu qu’il y ait quatre évangélistes et quatre évangiles ? Devant tout tribunal terrestre, il est nécessaire que deux témoins donnent un témoignage identique pour qu’on donne crédit à leur récit; Dieu nous a donné à deux reprises deux témoins, avec les quatre évangélistes, afin que ceux qui cherchent le salut puissent croire le plus facilement et le plus rapidement et que ceux qui sont tombés dans la déchéance n’aient pas d’excuse. En outre, Dieu nous a donné quatre évangélistes — alors qu’il aurait pu exprimer toute Sa sagesse à travers un seul — afin que nous prenions exemple sur leur complémentarité mutuelle et que cela nous apprenne à nous compléter entre nous dans cette vie, en tenant compte des dons spirituels divers reçus de Dieu (1 Co 12, 1) comme les parties d’un corps qui se portent assistance mutuellement, chacune selon ses moyens, opérant ainsi la croissance du corps (Ep 4,16).

Ayant ainsi deux descriptions de cet événement, nous sommes en mesure de nous représenter clairement ce qui s’est passé. Ayant entendu parler de la gloire et de la puissance du Seigneur Jésus et conscient de sa propre situation d’homme pécheur et indigne, le centurion demanda d’abord aux anciens d’aller voir le Seigneur et de L’inviter. Lui-même n’était pas du tout sûr que le Seigneur serait prêt à venir. Il pouvait se dire : moi, idolâtre et pécheur, me voici devant Jésus, qui est visionnaire et en mesure de discerner mes péchés ; dès qu’il saura mon nom, qui sait, acceptera-t-Il de venir chez moi? Il vaut mieux que j’envoie des anciens juifs auprès de Lui et s’il refuse, c’est à eux qu’il le dira, mais s’il accepte de venir… je verrai bien. Quand il apprit que le Seigneur était d’accord pour venir, il fut tout ému et troublé ; il envoya alors des amis demander au Christ de ne pas entrer chez lui, pécheur et indigne, mais de prononcer seulement quelques mots et le jeune homme serait guéri. Or dès que ses amis se présentèrent devant le Seigneur pour lui faire part de cette requête du centurion, ce dernier apparut en personne. Son émotion était telle qu’il ne pouvait rester chez lui. En effet, Il allait venir sous son toit! Ses amis ne savaient pas encore qui était cet II et ils seraient incapables de lui dire ce qu’il fallait. Or le centurion savait que les anciens juifs n’aimaient pas le Christ et n’avaient pas foi en Lui. Aussi fallait-il qu’il aille lui-même à Sa rencontre, et cela d’autant plus qu’il savait maintenant qu’il ne refusait pas de venir et donc de l’humilier devant le peuple, lui qui était un officier.

En fait, les Juifs avaient dit du bien au Christ au sujet du centurion : Il est digne que tu lui accordes cela ; il aime en effet notre nation, et c’est lui qui nous a bâti notre synagogue (Lc 7, 4-5). Mais tout ce qu’ils avaient dit ne touchait pas à l’essentiel. Ils appréciaient la bonté du centurion à cause de l’intérêt qu’ils en tiraient : il aime en effet notre nation. Les autres officiers et fonctionnaires romains méprisaient les Juifs. Mais lui les aimait : c’est lui qui nous a bâti notre synagogue. Ils voulaient dire par là qu’il avait dépensé son argent, ce qui leur avait permis d’économiser le leur. Il avait en effet construit le lieu de culte dont ils avaient besoin, qu’ils auraient dû autrement bâtir et financer eux-mêmes. Ils s’expriment comme s’ils s’adressaient au Caïphe et non au Christ. Devant tout cela le Christ ne prononça pas un mot, se contentant de faire route avec eux (Lc 7, 6). Survinrent alors les amis du centurion, puis le centurion lui-même.

Voyant le Christ en face de lui, le centurion fut obligé de Lui refaire tout le récit, qui était déjà connu du Seigneur. Mais Jésus lui dit: «Je vais aller le guérir» (Mt 8, 7). Voyez comme s’exprime Celui qui dispose du pouvoir et de la force! Il ne dit pas: nous verrons! Il ne lui demande pas non plus : crois-tu que je sois capable de faire cela ? Car II voit déjà dans le cœur du centurion et connaît sa foi. Mais II lui dit avec autorité, comme jamais aucun médecin n’avait osé le faire : Je vais aller le guérir. Si le Seigneur s’exprime de façon aussi déterminée et claire, c’est pour susciter la réponse à venir du centurion devant les Juifs. Car quand Dieu accomplit une action, Il fait en sorte que celle-ci n’ait pas seulement une utilité mais s’avère utile à plusieurs égards. Le Christ voulait ainsi que cet événement ait une utilité multiple : guérir le malade mais aussi révéler la grande foi du centurion, réprimander les Juifs pour leur manque de foi et faire état d’une importante prophétie au sujet du Royaume : ceux qui se croient sûrs d’y accéder n’y entreront pas et ceux qui ne pensent pas y pénétrer, y entreront.

Alors le centurion dit : Seigneur; je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit: dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri (Mt 8, 8). Quelle énorme différence entre cette foi ardente du cœur et les croyances légales froides des pharisiens! Cette différence n’est pas plus grande que celle existant entre le feu qui brûle et celui dessiné sur un papier. Quand un pharisien invita le Christ à venir prendre un repas chez lui, il crut dans son orgueil de légiste que cela représentait un honneur pour le Christ de venir chez lui, et non que c’était un honneur pour lui de recevoir le Christ. Dans son orgueil et son arrogance, ce pharisien avait même négligé les manifestations habituelles de l’hospitalité : il n’avait pas versé d’eau sur les pieds de son Hôte, il ne lui avait pas donné de baiser ni répandu d’huile sur la tête (Lc 7, 44-46). Comme il était apparu humble et modeste devant le Seigneur, cet « incroyant » à qui il n’avait pas été donné de connaître Moïse et les prophètes et qui ne disposait que de son esprit naturel pour lui permettre de discerner la vérité du mensonge, le bien du mal! Il sait que pour tout homme ordinaire à Capharnaüm, c’est un honneur d’entrer dans la maison du centurion; mais dans le Christ, il ne voit pas un homme ordinaire mais Dieu Lui-même. C’est pourquoi il dit : je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. Que sa foi en Christ et en Son pouvoir est forte ! Dis seulement un mot et la maladie s’enfuira, et mon serviteur se mettra debout. Longtemps, l’apôtre Pierre lui-même ne fut pas en mesure d’avoir une foi aussi puissante. Dans la présence du Christ, le centurion sent la présence du ciel lui-même, du feu céleste et de la lumière céleste. Pourquoi un tel feu entre-t-il dans sa maison, si une seule étincelle suffit ? Pourquoi tout le soleil pénètre-t-il chez lui, quand un seul rayon suffit? Si le centurion avait connu l’Ecriture Sainte comme nous la connaissons aujourd’hui, il aurait dit au Christ : Toi, qui as par Ta parole créé le monde et l’homme, Tu peux aussi par Ta parole relever un malade ! Ta parole la plus infime est suffisante, car elle est plus forte que le feu et plus lumineuse qu’un rayon de soleil. Dis seulement un mot! Que cette foi puissante d’un incroyant doit faire honte à nombre d’entre nous qui connaissons cent fois mieux l’Écriture Sainte mais avons aussi cent fois moins de foi !

Avec ces mots le centurion cherche à expliquer comment il croit dans la puissance du Christ -.Ainsi moi, je suis soumis à une autorité avec des soldats sous mes ordres, et je dis à l’un: « Va» et il va, à un autre :« Viens» et il vient, et à mon esclave: «Fais ceci» et il le fait (Mt 8, 9). Qu’est-ce qu’un centurion ? Il a autorité sur une centaine d’hommes, tandis qu’une centaine d’autres disposent de l’autorité au-dessus de lui. Ceux qui sont au-dessous de lui doivent l’écouter. Si lui-même, placé sous une autorité supérieure mais ayant un petit pouvoir personnel, est en mesure de commander à ses soldats et à ses esclaves, a fortiori le Christ peut-il le faire, Lui qui n’est soumis à aucune autorité et qui constitue Lui-même l’autorité suprême sur la nature et les hommes. Et si tant d’hommes obéissent à la faible parole du centurion, comment toutes les choses n’obéiraient-elles pas à la parole de Dieu, qui est forte comme la vie, tranchante comme le glaive et terrible comme le fouet (Dt 32, 47; Jn 12,50; Ep 6,17; Jn 5,21). Quels sont les soldats du Christ et Ses serviteurs ? Est-ce que la vie de tous les êtres ne constitue pas l’armée du Christ? Les anges et les saints ainsi que tous les hommes craignant Dieu ne sont-ils pas les soldats du Christ? Et toutes les forces existant dans la nature, la mort et la maladie ne sont-elles pas au service du Christ? Le Seigneur ordonne à la vie: «va dans cette direction», et il en est ainsi et la vie va; «reviens», lui ordonne-t-Il, et la vie revient. Il envoie la vie; Il relâche la mort et la maladie ; Il ressuscite et II guérit. Devant Ses paroles les armées célestes fléchissent comme le feu sous un vent violent. Il parle et cela est, Il commande, et cela existe (Ps 33, 9). Nul ne peut résister à Sa force et nul ne peut s’opposer à Sa parole. « Jamais homme n’a parlé comme cela» (Jn 7,46). Car II n’a pas parlé en subordonné mais en maître, en homme qui a autorité (Mt 7, 29). C’est en tant que tel que le centurion lui a demandé : dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri. Chasser la maladie d’un jeune homme paralysé, c’est un acte que ne peuvent accomplir tous les êtres mortels sur cette terre ; mais c’est une œuvre infime pour le Christ. Pour l’accomplir, Il n’a pas besoin de faire d’efforts et venir dans la maison du centurion ; il n’a même pas besoin de voir le malade ; Il n’a pas besoin de le prendre par la main et le relever. Il lui suffit de dire un mot et l’acte sera accompli. Voilà ce que pensait le centurion au sujet du Christ ; telle était la foi qu’il avait en Christ.

En l’entendant, Jésus fut plein d’admiration et dit à ceux qui Le suivaient: «En vérité, je vous le dis, chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi» (Mt 8, 10). Pourquoi le Christ fut-il plein d’admiration, s’il savait à l’avance ce que le centurion allait lui répondre ? Lui-même ne l’avait-il pas incité à Lui répondre ainsi, en lui disant ces mots inhabituels : Je vais aller le guérir ? Pourquoi donc se montre-t-Il maintenant plein d’admiration ? Il se comporte ainsi pour l’édification de ceux qui Le suivaient. Il exprime son admiration pour leur montrer ce qu’ils doivent admirer dans ce monde. Il admire la grande foi d’un homme afin d’enseigner à Ses disciples qu’ils doivent eux aussi admirer une grande foi: en vérité, rien dans ce monde n’est digne d’être autant admiré que la grande foi d’un homme. Le Christ n’a pas exprimé Son admiration devant la beauté de la mer de Galilée ; qu’est-ce qu’en effet cette beauté à côté de la beauté céleste que Lui connaît? Il ne s’est jamais non plus émerveillé devant la grande sagesse des hommes, la richesse ou la puissance ; car tout cela n’est rien par rapport à la richesse, la sagesse et la puissance, que Lui connaît au Royaume de Dieu. Il ne s’est jamais émerveillé non plus devant la grande assemblée populaire lors d’une fête à Jérusalem, car un tel rassemblement est infime et misérable à côté de la réunion éclatante des anges dans le ciel, qu’il a observée depuis la création du monde. Quand d’autres s’extasiaient devant la beauté du temple de Salomon, Il décrivait la destruction de ce temple jusqu’à ses fondations. Seule la grande foi d’un homme est admirable. C’est la chose la plus importante et la plus belle sur terre.

Car à travers la foi, l’esclave devient libre, un serviteur devient fils de Dieu et un mortel devient immortel. Quand le juste Job gisait dans sa puanteur et ses blessures sur les cendres de toute sa richesse et de ses enfants, sa foi en Dieu était restée inébranlable. Dans sa puanteur et couvert de blessures, il criait: Une fois qu’ils m’auront arraché cette peau qui est mienne, hors de ma chair, je verrai Dieu; Celui que je verrai sera pour moi, celui que mes yeux regarderont ne sera pas un étranger (Jb 19,26-27).

A qui le Seigneur Jésus exprime Son admiration? A ceux qui Le suivaient. Ce sont Ses saints apôtres. C’est pour les instruire qu’il exprime Son admiration. Bien entendu, les autres Juifs qui étaient partis avec Lui en direction de la maison du centurion avaient entendu les mots par lesquels le Seigneur avait montré Son admiration : En vérité, je vous le dis, chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi. Il parlait ainsi du peuple juif qui aurait dû avoir une foi plus forte que n’importe quel autre peuple sur terre, car c’est à ce peuple que dès le commencement le Seigneur Dieu avait révélé Sa force et Sa puissance, Sa sollicitude et Son amour, à travers des miracles et des signes innombrables et à travers les paroles de feu de Ses prophètes. Mais en Israël la foi s’était quasiment asséchée et les fils élus s’étaient dressés contre le Père dont ils s’étaient éloignés par l’esprit et par le cœur au point que leur esprit avait été maintenant aveuglé et que leur cœur était devenu de pierre. Une foi aussi forte en Christ que celle de cet officier romain n’avait pas été exprimée, au début, même par Ses apôtres — même Pierre, sans parler de Judas — ni par les sœurs de Lazare dont le Christ visitait souvent la demeure, ni par Ses parents et amis de Nazareth parmi lesquels II avait grandi.

Le Seigneur Jésus, regardant par Son esprit jusqu’à la fin des temps, exprime une prophétie, triste pour les Juifs mais joyeuse pour les peuples incroyants :

Aussi, je vous le dis, beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux, tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures: là seront les pleurs et les grincements de dents (Mt 8,11-12). Cette prophétie s’est largement réalisée jusqu’à nos jours et continue à se réaliser. À l’est et à l’ouest du peuple juif vivaient des peuples incroyants. Un grand nombre d’entre eux ont complètement adopté la foi chrétienne, comme les Arméniens et les Abyssins, les Grecs et les Romains et tous les peuples européens; nombre d’autres peuples sont en partie devenus chrétiens, comme les Arabes et les Egyptiens, les Indiens et les Perses, les Chinois et les Japonais, les

Noirs et les Malais, alors que les fils du Royaume, les Juifs, à qui le royaume fut proposé en premier, ont persévéré dans leur absence de foi en Christ jusqu’à nos jours ; mais c’est pourquoi, à côté de tous les autres peuples, ils se trouvent dispersés dans le monde entier, chassés de leurs foyers, méprisés et haïs par les peuples au milieu desquels ils sont venus s’établir. Ainsi, leur vie sur cette terre est envahie de ténèbres où sont les pleurs et les grincements de dents. Mais dans l’autre monde, aux côtés de nombre de leurs propres ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob, qui seront assis autour des agapes éternelles, il y aura davantage d’hommes venus de toutes les contrées de la terre, de toutes races et de toutes langues. Dans cet autre monde, pour les incroyants fils du Royaume, il y aura des ténèbres, des pleurs et des grincements de dents. Le maître arrache la vigne asséchée et la jette dans le feu et à sa place II plante et greffe une vigne sauvage. Le Père céleste éloigne Ses fils rebelles de Lui pour l’éternité et installe à leur place Ses serviteurs qu’il a adoptés. Ainsi ceux qui avaient été élus deviennent des non-élus, alors que ceux qui n’avaient pas été élus deviennent élus. Les premiers deviennent les derniers et les derniers, les premiers.

Jésus dit au centurion : « Va ! Qu’il t’advienne selon ta foi!» Et le serviteur fut guéri sur l’heure (Mt 8,13). Après avoir fait une prophétie, Il accomplit un miracle. Comme s’il voulait par ce miracle, non seulement récompenser la foi du centurion mais aussi confirmer Sa grande prophétie. Il dit un mot et le serviteur fut guéri. De même que lors de la création Dieu dit […] et la lumière fut (Gn 1, 3), de même lors de la Nouvelle Création, le Seigneur dit seulement un mot, et il fut ainsi. Un homme paralysé, que tout l’empire romain n’aurait pu sauver, se redresse après que le Sauveur eut dit un seul mot, et se retrouve guéri. La maladie est une servante de Dieu, et quand le maître dit : « va-t’en », elle s’en va ; et quand II lui dit : «viens», elle vient. Sans remède ni onguent, le malade est guéri, car la servante a reconnu le commandement de son maître, et elle s’est enfuie. Les remèdes et les onguents ne guérissent pas, mais Dieu guérit. Dieu guérit, soit directement par Sa parole, soit indirectement par des remèdes et des onguents, selon la foi plus ou moins grande du malade. Il n’y a pas de remède, dans tout le vaste monde, qui en mesure de repousser la maladie et de faire recouvrer la santé sans la force divine, sans la présence de Dieu, sans la parole de Dieu.

Gloire soit au Dieu vivant, pour Ses innombrables guérisons de Ses fidèles par la puissance de Sa parole, dans le passé et aujourd’hui.

Vénérons Sa parole sainte et toute-puissante, avec laquelle II crée les choses nouvelles, guérit les malades, relève les déchus, glorifie les méprisés, fortifie les croyants et retourne les incroyants, toujours à travers Jésus- Christ, Son Fils Unique, notre Seigneur et Sauveur et par la puissance du Saint-Esprit. Vénérons, aux côtés des armées des anges et des saints, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.