(Jn 4,5-42)

Comme languit une biche après les eaux vives, ainsi languit mon âme vers toi, mon Dieu! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant (Ps 41, 1-2) ! Cela n’est pas un cri poussé par un pauvre ou un rustre, qui n’a pas eu la possibilité de nourrir son âme de sagesse humaine, de culture et de connaissance du monde, de philosophie et de savoir artistique, de connaissance de toutes ces petites choses qui forment le tissu de l’existence humaine et de la vie de la nature. Non, il s’agit du cri passionné et douloureux d’un roi, couvert de richesses terrestres, doté d’un esprit génial, plein de sentiments nobles et disposant d’un pouvoir fort. Ayant abreuvé son âme de tout ce qu’une âme non libre recherche en ce monde, le roi David a senti soudain que sa soif spirituelle non seulement n’était pas rassasiée mais quelle s’était accrue au point que tout cet univers matériel n’était nullement en mesure de la satisfaire. Il se sentit alors dans ce monde comme au milieu d’une terre aride, altérée, sans eau (Ps 62, 2) et se mit à implorer Dieu, comme seule source d’un breuvage éternel auquel toute âme raisonnable et éveillée aspire. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant!

Il n’est pas nécessaire de prouver qu’une nourriture terrestre ne peut rassasier l’âme humaine, de même qu’une boisson terrestre ne peut l’abreuver. Même l’esprit vivifiant, qui étincelle à travers toutes les créatures, leur donnant vie et harmonie, n’est pas en mesure de rassasier et d’abreuver l’âme.

Le corps absorbe immédiatement la nourriture qui est en substance identique au corps. Le corps vient de la terre, et la nourriture vient de la terre. C’est pourquoi le corps se sent chez lui dans ce monde, au milieu des siens. Mais l’âme souffre, elle est tiraillée, elle est dégoûtée et proteste d’être alimentée, indirectement, par une nourriture non conforme à elle mais seulement semblable. C’est pourquoi l’âme se sent dans ce monde comme en pays étranger, au milieu d’étrangers.

Le caractère immortel de l’âme et son appartenance par essence à un monde immortel, se vérifient dans le fait que, dans ce monde terrestre, elle se sent comme un voyageur insatisfait en pays étranger et que rien dans ce monde ne peut la nourrir et l’abreuver complètement. Même si l’âme pouvait déverser en elle tout l’univers comme un verie d’eau, sa soif non seulement ne serait pas atténuée mais serait même certainement accrue. Car il ne lui resterait plus alors aucun faux espoir de découvrir derrière la montagne la plus proche une source d’eau inattendue.

L’âme humaine est vivante, vivante et toujours assoiffée de vie ; et rien ne peut l’abreuver sinon la vie, la vie essentielle et sans ambages. Or la vie essentielle et sans ambages ne se trouve qu’en Dieu, le Dieu vivant. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant! Cela n’est pas un chant, mais un fait sec, à l’instar de la gorge sèche d’un lion assoiffé qui crie dans le désert, ce que les oiseaux dans une oasis peuvent prendre pour un chant alors que pour le lion il s’agit non d’un chant mais d’un cri de douleur et d’un appel au secours. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant! Ce n’est pas un poète qui s’exprime ainsi, mais un voyageur assoiffé dans une terre aride, altérée, sans eau; ce n’est pas un chanteur qui parle, mais l’un des analystes et connaisseurs les plus avisés et expérimentés de l’âme humaine dans l’histoire du monde.

Homme, s’il t’arrive de songer que la nourriture terrestre et la boisson terrestre peuvent nourrir et abreuver ton âme, alors tu te trouves au niveau où se situent les animaux domestiques et les bêtes sauvages des montagnes. Si tu as dépassé ce niveau et espères que ton âme peut être nourrie et abreuvée par la sagesse humaine et la beauté de ce monde, alors tu te situes au niveau de ceux qui sont partiellement expérimentés et mûrs. De même que la première pensée est folle, cet espoir est stérile. Car dans ce deuxième stade, tu reçois le rugissement et le cri de douleur d’un monde assoiffé de chant et de réjouissance, en faisant en sorte d’assouvir ta soif avec la soif d’autrui. Mais si tu as dépassé aussi ce deuxième échelon, et ressenti une soif inexprimable qu’aucun étang dans le monde ne peut apaiser, que tous les océans de l’univers ne peuvent rassasier, alors tu es en vérité un homme expérimenté et mûr, un homme véritable. Ce n’est qu’à ce niveau de soif spirituelle insatiable, de soif insatiable de David, que tu comprendras l’évangile de ce jour dans tout son sens.

Jésus arrive donc à une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph (Jn 4, 5). Toute la région située entre la Judée et la Galilée porte le nom de Samarie, d’après la montagne du même nom. La route qui mène de Jérusalem en Galilée, traverse encore de nos jours la ville de Sychar, qui s’appelle aujourd’hui Askar, non loin de Sychem, qui porte le nom de Naplouse. Il y avait là un terrain que Jacob avait acheté aux fils de Hamor et où il érigea un autel qu’il nomma «El, Dieu d’Israël» (Gn 33, 19-20). Jacques légua ensuite cette terre à son fils Joseph, qui y fut ensuite enseveli (Jos 24, 32). Généralement, c’est une ville qui donne de l’importance à un village voisin, mais ici c’est l’inverse ; le village de Joseph était plus connu que la ville de Sychar, ce qui a conduit l’évangéliste à préciser l’emplacement de la ville d’après le village — près de la terre.

Là se trouvait la source de Jacob. Jésus, fatigué par la marche, se tenait donc assis tout contre la source. C’était environ la sixième heure (Jn 4, 6). Il en était ainsi parce que l’aïeul Abraham avait vécu avec son troupeau près de cette source, peut-être parce qu’il l’avait lui-même aménagée et construite, ce qui lui avait donné son nom. Fatigué par le chemin escarpé et aride emprunté depuis Jérusalem, le Seigneur s’était assis près de ce puits pour se reposer. La sixième heure, selon le calcul oriental, correspond à l’heure de midi. C’est donc au moment de la plus grande chaleur que le Seigneur fatigué était arrivé à cet endroit. Il était fatigué par la marche faite pour notre salut, de même que plus tard sur la croix, Il était couvert de plaies ensanglantées et courbé de douleurs, de nouveau pour notre salut. Mais pourquoi n’avait-il pas cheminé de nuit, quand il faisait plus frais ? La nuit lui servait pour la prière. Par ailleurs, toutes les nuits ne sont pas faites pour voyager. S’il s’était en cette circonstance déplacé de nuit, l’Evangile aurait été privé d’un événement unique et d’une révélation extrêmement instructive et salutaire. Il avait voyagé de jour, marchant sur un chemin escarpé et brûlant, fatigué et assoiffé, car II se dépêchait pour que chaque instant de Son temps terrestre, jour et nuit, soit utilisé pour notre bien et notre salut.

Une femme de Samarie vient pour puiser de l’eau. Jésus lui dit: « Donne-moi à boire» (Jn 4, 7). On insiste tout particulièrement sur le fait que cette femme était de Samarie, car les Juifs considéraient les Samaritains comme des païens. «Donne-moi à boire «ï lui dit le Seigneur. Il était fatigué et avait soif, ce qui montre clairement que Son corps était un véritable corps humain, et non en apparence comme certains hérétiques l’ont enseigné.

De même que Son corps a versé des larmes en signe de tristesse pour les hommes et qu’il a enduré des souffrances sur la Croix, de même II a éprouvé le besoin de se nourrir et de boire. Il aurait pu, quand II l’aurait voulu, triompher et conjurer de tels besoins grâce à Sa puissance divine pour une longue période, voire pour tout Son temps passé sur terre, mais alors comment aurait-Il été reconnu comme un homme véritable, comment aurait-Il pu devenir en tout semblable à Ses frères, et comment aurait-Il pu nommer les hommes, frères (He 2, 11-17) ? Comment aurait-il pu nous enseigner à endurer et à supporter avec patience, si Lui-même n’avait pas souffert et enduré ? Enfin, est-ce que Sa victoire finale aurait cet éclat qui nous fortifie et nous illumine dans les souffrances de la vie, si Lui-même n’avait pas connu toutes ces souffrances, et à un degré extrême? Quelqu’un se demandera pourquoi Lui, qui a pu procéder à la multiplication des pains, marcher sur l’eau comme si c’était le sol, n’a pas pu durant ce long voyage, d’une parole forte et même d’une simple pensée, ouvrir une source d’eau dans la pierre ou le sable et apaiser Sa soif? En vérité, Il le pouvait. Moïse a fait ainsi dans le désert; c’est ce qu’ont fait en Son nom, de nombreux saints à travers l’histoire de Son église ; comment n’a-t-Il pas pu faire ainsi ? En fait, Il ne l’a pas voulu. Il n’a accompli aucun miracle pour Lui-même — pour se nourrir, s’abreuver ou se vêtir. Tous Ses miracles ont été accomplis pour les hommes. Dans Sa vie, il n’y a pas une once d’égoïsme. Même tout petit, Il a échappé à l’épée d’Hérode, non pour Lui-même mais pour les hommes. Car le temps n’était pas encore venu; mais quand il eût achevé Sa tâche parmi les hommes, Il ne s’est pas enfui devant la mort mais elle est allée à sa rencontre. Un amour infini des hommes, indissociable d’une sagesse infinie, a animé et inspiré toutes les paroles du Seigneur Jésus, tous Ses agissements et tous les événements de Sa vie sur terre. Donne-moi à boire! C’est ce que le Créateur demande à Sa créature. Ces paroles bourdonnent tout au long de vingt siècles ; car ces paroles ne sont pas adressées seulement à cette femme de Samarie mais à toutes les générations humaines jusqu’à la fin des temps. Donne-moi à boire! dit-Il aujourd’hui encore à chacun de nous. Il ne parle pas ainsi parce qu’il a soif d’eau — Lui qui est le Créateur des eaux et l’ordonnateur des mers et des océans, des rivières et des sources — mais parce qu’il a soif de notre bonne volonté et de notre amour. En donnant à Lui, nous ne donnons pas ce qui est à nous, mais ce qui est à Lui. Chaque verre d’eau sur terre est à Lui, parce que c’est Lui qui l’a créé; et chaque verre d’eau fraîche que nous donnons à l’un de ces plus petits de Ses frères (Mt 25, 40), Il l’a payé de Son sang très précieux. Mais dans Son humilité incomparable, Il ne demande pas de l’eau à cette femme comme le Créateur à Sa créature, mais comme un homme le ferait à un autre homme. Afin de montrer ainsi Son humilité, afin de témoigner ainsi de Sa véritable nature humaine, limitée et dans le besoin, et enfin, afin de nous enseigner aussi la prévenance et la miséricorde, car l’homme a le devoir d’être prévenant et miséricordieux envers l’homme.

Ses disciples en effet s’en étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger (Jn 4, 8). Le Seigneur était donc non seulement fatigué et assoiffé mais aussi affamé, comme Ses disciples, ce qui était encore une preuve de Sa véritable nature humaine et de Sa sage retenue devant les miracles, là où le miracle ne revêt pas d’utilité pour l’œuvre du salut. L’évangéliste mentionne l’absence des disciples afin d’expliquer pourquoi le Seigneur a demandé de l’eau à cette femme. Car si les disciples avaient été là, ils auraient pris de l’eau et cette femme n’aurait pas été mentionnée. Mais la Providence a voulu que cette circonstance eût lieu, pour nous enseigner que quand nous voyons un adversaire dans le malheur, nous devons l’aider. De même que quand notre peuple est en conflit avec un peuple voisin, nous ne devons pas comme hommes transférer cette hostilité sur chaque homme issu de ce peuple et notre devoir en pareil cas est d’aider tout homme dans le besoin sans nous préoccuper de savoir s’il appartient à notre peuple ou non.

La femme samaritaine Lui dit: « Comment! toi qui es Juif tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ?» Les Juifs en effet n’ont pas de relations avec les Samaritains (Jn 4, 9). Cette Samaritaine pensait, comme la plupart des gens de cette époque, qu’un homme devait haïr non seulement un peuple ennemi mais aussi tout individu faisant partie de ce peuple. Dans l’épisode du bon Samaritain, le Seigneur avait souligné la haine des Juifs envers les Samaritains, tandis que ce récit fait état de la haine des Samaritains pour les Juifs. Pour briser les murs de la haine entre les peuples, il est d’abord nécessaire de briser les murs de haine entre les hommes. C’est la seule méthode raisonnable pour guérir le genre humain de la maladie terrible de la haine réciproque.

Jésus lui répondit: «Si tu savais le don de Dieu et qui est Celui qui te dit: Donne-moi à boire, c’est toi qui L’aurais prié et 11 t’aurait donné de l’eau vive (Jn 4, 10). Le don de Dieu peut être compris dans un sens matériel et un sens spirituel. Sous l’angle matériel, le don de Dieu peut être compris comme tout ce que Dieu a créé dans Sa bonté et donné à l’homme pour son profit et son usage. Femme, si tu avais su que cette eau n’est ni aux Samaritains ni aux Juifs mais à Dieu, et que lors de sa création cette eau n’était destinée ni aux Samaritains ni aux Juifs mais aux hommes, tu aurais puisé cette eau avec crainte, comme un don de Dieu, et en aurais donné à boire à l’homme assoiffé — avec encore plus de crainte — en tant que créature de Dieu. Sous l’angle spirituel, le don de Dieu correspond au Seigneur Jésus-Christ Lui-même. En faisant à l’homme le don de tout le monde visible, le Seigneur ami-des-hommes se donne Lui-même. Femme, si tu avais su quel don précieux Dieu avait fait aux Juifs, aux Samaritains et à tous les autres peuples, sans exception, ton âme aurait tressailli, tu aurais pleuré de joie, tu serais restée sans voix et n’aurais pas osé songer à la haine mutuelle entre Juifs et Samaritains. Et si on t’avait révélé tous les mystères intimes de Celui qui parle avec toi et que tu considères d’après son aspect comme un homme ordinaire et d’après sa tenue et son langage comme un Juif, c’est toi qui L’aurais prié et II t’aurait donné de l’eau vive. Sous cette expression d‘eau vive, le Seigneur considère la force bienfaisante et vivifiante du Saint-Esprit qu’il a promise aux croyants. Celui qui croit en moi, de son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en Lui (Jn 7, 38-39).

Sans se douter de tout cela, la femme lui répondit : Seigneur, tu n’as rien pour puiser et le puits est profond. D’où l’as-tu donc, l’eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes (Jn 4,11-12) ?Tu n’as pas de serviteurs, tu n’as pas de seau et le puits est profond, comment puiseras-tu l’eau ? Le Seigneur dissimulé donnait à cette femme l’impression d’être un homme impuissant. L’eau vive désignait, à cette époque comme aujourd’hui, l’eau de source, à l’inverse de l’eau de pluie recueillie dans les puits et les citernes. Le terme d’eau vive se référait aussi à l’eau dans les puits, issue d’une source et située uniquement au fond du puits, là où bouillonne l’eau dont le puits se remplit. Cette femme songe d’abord au fond du puits, là où l’eau bouillonne. Mais lui vient alors une seconde pensée, qui l’amène à demander : Serais-tu plus grand que notre père Jacob ?, ce qui signifie : serais-tu capable de créer une autre source d’eau, à côté de celle-ci? L’ancêtre Jacob n’avait pas créé ce puits, il l’avait seulement aménagé et construit. Si toi, tu étais capable de créer une autre source d’eau, entièrement vive, alors tu serais plus grand que l’ancêtre Jacob. Serais-tu plus grand que lui ? Ce puits de Jacob était tellement important que non seulement lui-même, mais se sfils et ses bêtes y buvaient, de même que nous tous qui sommes issus de cette vallée ainsi que tous les voyageurs et passants, à travers tant de siècles. Et l’eau dans le puits ne s’est jamais tarie. Es-tu capable d’accomplir quelque chose d’encore plus grand?

Dans ces paroles de la Samaritaine s’exprime d’une part la fierté devant l’ancêtre Jacob, et d’autre part plus que du doute, quasiment de la moquerie devant le Seigneur Jésus. Non pas la moquerie grossière et publique comme lors de la résurrection de la fille de Jaïre — et ils se moquaient de lui (Mt 9,24) — mais une moquerie détournée et habilement cachée. Mais le Seigneur, qui était décidé à extirper les hommes de la fange du péché, était aussi résolu à endurer toutes les moqueries des démons et des hommes. Il ne réprimanda donc pas cette femme pour cette moquerie mordante, mais persévéra à sauver son âme.

Jésus lui répondit: « Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau; mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle» (Jn 4, 13-14). Le Seigneur ne répondit pas à la femme comme elle s’y attendait. Il ne voulut pas lui parler de sa prééminence par rapport à Jacob. Il s’était rendu compte de l’origine du malentendu entre lui et cette femme, ce qu’elle n’avait pas compris. Ce malentendu provenait du fait qu’il se référait à une boisson spirituelle et vivifiante, alors que cette femme, habituée à réfléchir selon son entendement sensible terrestre, garde en mémoire une eau visible, donnée par Dieu pour apaiser momentanément la soif physique. L’eau vive évoquée par le Seigneur est un bienfait vivifiant de Dieu qui nourrit et abreuve l’âme, l’introduisant ainsi dans la vie éternelle dès à présent, sur la terre. Ce bienfait vivifiant, une fois entré dans l’homme qui en est digne, ouvre en lui une source intarissable de vie, de joie et de force.

La femme lui dit: « Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif et ne vienne plus ici pour puiser» (Jn 4,15). La femme reste toujours rivée à sa conception, pensant toujours à une eau de source, terrestre. Dans le meilleur des cas, elle pouvait concevoir le Christ comme un magicien, dont les tours de magie pouvaient aboutir à une sorte de miracle. Mais afin de détruire complètement ces pensées folles, le Seigneur change brusquement de thème de conversation.

Jésus lui dit: « Va, appelle ton mari et reviens ici. » La femme Lui répondit: «Je n’ai pas de mari ». Jésus lui dit: « Tu as bienfait de dire fie n’ai pas de mari, car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari: en cela tu dis vrai» (Jn 4, 17-18). Afin d’apprendre à cette femme à réfléchir spirituellement et non charnellement, le Seigneur trouve sage de ne pas accomplir quelque miracle devant elle, mais d’apparaître comme prophète et voyant dans les cœurs, ce qui revêt autant de force que le fait d’accomplir des miracles. Va, appelle ton mari! Le Seigneur sait quelle n’a pas de mari, mais souhaite entendre sa réponse, tout en l’amenant à exprimer sa stupéfaction inattendue devant Son omniscience et Son discernement. Tu as eu cinq maris — c’était déjà une surprise suffisante pour cette femme, mais quand elle entendit en outre la révélation de sa transgression secrète, quelle voulait tenir cachée, qui était que celui que tu as maintenant n’est pas ton mari — cela agit sur elle comme un coup de tonnerre inattendu.

Ame chrétienne, ne blâme pas cette femme de Samarie, ne la blâme pas mais pose-toi la question: qui est ton mari? Est-ce que toi aussi, tu nas pas eu cinq maris ? Et est-ce que ton conjoint actuel n’est pas illégitime ? L’âme, c’est l’Église, et le Seigneur Jésus est la tête de l’Église ; en d’autres termes, l’époux de l’âme chrétienne est le Seigneur Lui-même. Quant à toi, si tu ne t’es préoccupée que de ce monde sensible, ne t’attachant qu’à lui et vagabondant avec lui à travers tes cinq sens, alors tu te trouves dans la même position non enviable de péché où se trouvait cette Samaritaine. Mais si tu as été déçue dans tes sens, dans tes plaisirs sensoriels, tu as en vérité méprisé ces sens et t’es détachée d’eux, de sorte qu’ils sont devenus semblables à cinq maris défunts; mais tu as quand même continué à vivoter avec ton sixième conjoint illégitime, héritier des cinq premiers : c’est ta raison sensible, c’est tout le mensonge et tout le dégoût que tes sens ont accumulés avec le temps en toi, comme dans un dépôt d’ordures. Car rien en toi ne contient plus la mémoire de ce que tu as éprouvé avec tes cinq sens, tels cinq maris, et à quoi tu as survécu. L’entretien entre le Seigneur et la Samaritaine, c’est un entretien entre Dieu qui est fidèle et l’âme qui est infidèle. Cet entretien te concerne aussi. C’est l’entretien entre l’époux céleste et Sa fiancée, l’âme humaine. Ne vois-tu pas que c’est précisément pour cela que le Seigneur Jésus a entamé l’entretien avec la Samaritaine à propos de son époux? Il aurait pu initier un autre entretien avec cette femme, et se montrer tout autant et d’une autre façon comme prophète et voyant dans les cœurs. Il aurait pu révéler d’autres secrets de cette femme, ou des secrets de ses parents, ou de ses voisins à Sychar, qui auraient tout autant surpris et stupéfié cette femme. C’est à dessein qu’il a commencé à évoquer son époux, et un tel entretien te concerne toi aussi, âme chrétienne, toi comme toutes les âmes que Dieu a créées depuis l’origine et qu’il créera jusqu’à la fin. La question de ton époux, âme, est la question la plus importante pour toi, la plus importante et la plus fatidique. Tu es l’épouse de celui avec qui tu es mariée. Si tu es mariée avec le monde, tu connaîtras la déchéance de ce monde. Si tu es mariée avec le péché, tu mourras avec le péché. Si tu es mariée avec le démon, tu demeureras dans l’éternité avec le démon. Dans chacun de ces cas, tu bois jour et nuit une eau dont tu seras de plus en plus assoiffée. Ce n’est que si tu reconnais le Christ Seigneur comme ton fiancé légitime, et si tu L’épouses avec foi et amour, que tu boiras l’eau vive qui ne donne pas soif et qui permet de naviguer vers le royaume céleste et la vie éternelle.

La femme Lui dit: «Je vois que tu es prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites: C’est à Jérusalem qu’est le lieu où il faut adorer. » Jésus lui dit: « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs (Jn 4, 19-22). C’est à dessein que le Seigneur cherchait à faire vibrer les cordes sensibles dans l’âme de la Samaritaine. En ayant deviné son passé, Il y réussit. En cette femme où ne se faisait sentir jusque-là que la raison sensible, terrestre, soudain commença à s’éveiller à sa raison spirituelle, jusque-là endormie par la narcose de la raison sensible. Elle reconnut d’abord le Christ comme prophète. Cela était suffisant pour commencer. Puis aussitôt après, son intérêt pour les questions spirituelles se mit à croître. Elle posa alors au Seigneur une question, très actuelle à cette époque. Les discussions sur le lieu où il fallait adorer Dieu se traduisaient par des polémiques incessantes entre Samaritains et Juifs. Qu’est-ce qui convient mieux à Dieu: que les hommes Le vénèrent sur la montagne de Samarie ou à Jérusalem ? Qui est le pèlerin véritable, le croyant authentique : celui qui Le vénère et Le prie ici ou celui qui Le vénère et Le prie là-bas ? Nos pères ont adoré sur cette montagne ! Cette femme ne dit pas : « nous », mais nos pères, afin de donner plus d’importance à cette montagne et de justifier davantage l’attitude des Samaritains de son temps, comme pour dire que ce ne sont pas eux qui ont choisi cette montagne pour y adorer Dieu, mais leurs ancêtres qui étaient plus éminents et plus proches de Dieu qu’eux- mêmes. Or, comme auparavant, le Seigneur ne répond pas à la question posée par cette femme, par un oui ou un non. Il continue à éveiller et à élever son âme de plus en plus haut. Crois-moi, femme ! Crois-moi et ne crois pas ceux qui te parlent d’adoration sur cette montagne, ni ceux qui te parlent d’adoration à Jérusalem. L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Le Seigneur utilise intentionnellement le mot Père, plutôt que Dieu ou les dieux (les Samaritains adoraient Dieu et les dieux), afin de faire connaître ainsi à cette femme qu’avec cette nouvelle conception de Dieu comme Père, viendra aussi une nouvelle adoration. Le fait d’adorer le Père ne sera pas lié au lieu, ce qui videra de tout sens les deux conceptions exclusives, celle des Samaritains comme celle des Juifs. Le Seigneur prophétise ainsi ce qui allait se produire bientôt à la suite de Son arrivée dans le monde. Mais même s’il accorde la même valeur à ces deux conceptions exclusives et prédit la disparition des deux, Il donne néanmoins une certaine prépondérance aux Juifs sur les Samaritains dans leur connaissance de Dieu. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons. Le Seigneur voit que cette femme Le considère comme Juif, et c’est conformément à sa conviction qu’il s’exprime, se rangeant parmi les Juifs sans vouloir s’entretenir avec elle sur un sujet insignifiant pour Lui. Vous, Samaritains, ne connaissez pas ce que vous vénérez, car vous vénérez de nombreuses divinités, de nombreuses idoles ; vous adorez soi-disant le Dieu d’Abraham et de Jacob, mais vous apportez aussi des offrandes aux idoles innombrables d’Assyrie et de Babylone. Les Juifs du moins ne connaissent qu’un Dieu unique, bien qu’eux aussi Le célèbrent avec un cœur de pierre, l’esprit enténébré et avec des coutumes mortes. Malgré tout, le salut vient des Juifs, ce qui signifie que le Messie naîtra parmi les Juifs et c’est à travers Lui que viendra le salut pour le monde entier. C’est ce qui a été promis aux prophètes, c’est ce qui a été prédit aux prophètes, c’est ce qui a été préparé par la Providence Divine — et c’est ce qui se produit.

Mais l’heure vientet c’est maintenantoù les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer (Jn 4, 23-24). Adorer Dieu en Samarie est mensonger, car les Samaritains ne connaissent pas ce qu’ils adorent. L’adoration à Jérusalem n’est qu’une image et l’ombre de l’adoration véritable de Dieu, l’ombre des biens à venir (He 10,1). Le mensonge et l’ombre s’évanouiront bientôt et l’adoration véritable de Dieu va triompher. Le Soleil du jour nouveau est né, et ce jour nouveau s’épanouit de plus en plus, dispersant les ténèbres et les ombres. Quand la lumière du jour nouveau s’établira tout à fait, les hommes reconnaîtront Dieu comme Père et ils L’adoreront en tant que fils et non en tant qu’esclaves: ils ne L’adoreront plus avec des paroles mortes et des sacrifices morts, mais en esprit et en vérité, avec l’âme et le corps, la foi et les actes, sagesse et amour. L’homme entier adore le Dieu entier. Constitué par l’âme et le corps, l’homme va consacrer l’une et l’autre à Dieu ; il servira Dieu avec l’une et l’autre. Les adorateurs véritables ne vénéreront pas des créatures mais le Créateur, ni des démons maléfiques sous le nom de divinités, mais le Père unique et très-miséricordieux de la lumière et de la vérité. Ce sont de tels adorateurs que cherche le Père céleste. Dieu est esprit, non un corps, une statue, une lettre morte, un lieu ou tel autre. C’est pourquoi ceux qui L’adorent doivent le faire en esprit, en esprit et en vérité. En s’adressant au monde mortel qui l’entoure, l’homme se présente en mortel devant des mortels; mais en s’adressant au Dieu immortel, l’homme doit se présenter devant l’Immortel avec ce qui est immortel en lui. Comme le dit l’apôtre Paul : Ce que je recherche, ce ne sont pas vos biens, mais vous (2 Co 12,14). Le monde ancien servait Dieu selon des formalités législatives, apportant des boucs et des moutons à Dieu en offrandes, célébrant le sabbat et accomplissant précisément les lavements et les purifications, mais en ayant oublié la miséricorde et l’amour. Le monde ancien avait lu les mots : Le sacrifice à Dieu, c’est un esprit brisé; d’un cœur brisé, broyé, Dieu, tu n’as point de mépris (Ps 50, 19), il les avait lus, mais sans les comprendre ni les mettre en œuvre. Dorénavant, Dieu sera célébré en esprit et en vérité, car le Seigneur Lui-même était descendu parmi les hommes pour montrer l’exemple d’un tel service et d’une telle adoration. Dieu avait été agacé par la puanteur des offrandes de boucs et de moutons, qui Lui avaient été apportés par des hommes à l’esprit sombre et au cœur de pierre. Jadis, ce n’était pas de la puanteur mais un parfum bienfaisant ; il en était ainsi quand des offrandes étaient apportées par Noé, Abraham, Isaac, Jacob et Moïse. Mais ce parfum ne provenait pas du sang et de la chair des animaux, mais de l’esprit craignant Dieu et du cœur aimant Dieu, des serviteurs fidèles de Dieu. Plus tard, quand l’esprit de ceux qui apportaient les offrandes fut dévitalisé et leur cœur endurci, il n’y eut plus de parfum devant Dieu, car Dieu ne recherche pas le goût du sang et de la chair, mais le parfum de l’esprit et du cœur de l’homme. Et tout le parfum ancien du lieu de sacrifice se transforma en puanteur devant le Seigneur; il en fut ainsi avec les lieux de sacrifice en Samarie comme à Jérusalem. C’est sur les ordures de ce monde, où régnaient la mort et la puanteur, que vint le Seigneur vivant, pour semer les fleurs de l’esprit et de la vérité qui détruiront la mort et disperseront la puanteur, de sorte que le monde nouveau apparaîtra comme une fiancée pure et toute ornée devant Dieu.

La femme Lui dit: «Je sais que le Messie doit venir, Celui qu’on appelle Christ. Quand 11 viendra, Il nous dévoilera tout. » Jésus lui dit: « C’est moi, celui qui te parle». Là-dessus arrivèrent Ses disciples, et ils s’étonnaient qu’il parlât à une femme. Pourtant pas un ne dit: « Que cherches-tu ?» ou «De quoi lui parles-tu? » La femme alors laissa là sa cruche et courut à la ville… (Jn 4, 25-28). Quel drame étrange! Quelle succession rapide de scènes et d’événements ! Provoquée par le sens spirituel des paroles du Seigneur Jésus, cette femme se met soudain à penser au Messie qui avait été promis, dont les Samaritains attendaient la venue de même que les Juifs. Quand II viendra, Il nous dévoilera tout, dit cette femme. Pour elle comme pour tous les autres, le Messie était quelque chose de lointain, encore plus distant qu’un soupçon de brouillard sur l’horizon lointain. A sa stupéfaction, le Seigneur annonce qu’il est le Messie attendu : C’est moi, Celui qui te parle. Restée sans voix, la femme ne Lui répond rien. C’est alors que les apôtres reviennent de la ville et sont étonnés que leur Maître parle à une femme incroyante, une Samaritaine. Eux aussi restent sans voix. La femme, ne sachant plus que demander ou dire, laisse là sa cruche et s’enfuit à la ville annoncer ce qu’elle vient d’apprendre. Voilà une scène silencieuse, mais plus explicite que toutes les paroles humaines! La femme va en se dépêchant à la ville et fait part à toute la ville de l’homme étrange rencontré près du puits de Jacob. Ne serait-il pas le Christ ? (Jn 4, 29) Elle n’ose pas dire que c’est le Christ, bien qu’elle eût reconnu Sa sagesse spirituelle exceptionnelle, se demandant dans le doute : Ne serait-il pas le Christ? comme si elle voulait dire : je suis de sexe féminin, je ne suis pas en mesure de juger, mais vous êtes des hommes, plus raisonnables et plus prudents que moi : venez donc et voyez ! Ainsi cette femme fait apparaître la modestie féminine naturelle, une qualité qu’on ne saurait jamais assez louer chez les femmes. Par cette nouvelle étrange comme par sa modestie, cette femme bouleversa tous les habitants de Sychar, qui sortirent de la ville et allèrent vers Lui (Jn 4, 30).

Pendant ce temps, une conversation s’était engagée entre le Maître et Ses disciples qui Le priaient en disant: «Rabbi, mange». Ils avaient en effet acheté de la nourriture en ville et la Lui avaient apportée. Il avait incontestablement faim, mais au lieu de prendre de la nourriture et de manger, Il poursuivit Sa mission divine pour laquelle II était venu sur terre, sans tenir compte de sa faim physique. Le moment était très important et II ne voulait pas le laisser passer. Il ne voulait pas sacrifier l’intérêt spirituel pour un bol de lentilles. C’est pourquoi II répondit aux disciples : J’ai à manger un aliment que vous ne connaissez pas. Les disciples se disaient entre eux: «Quelqu’un Lui aurait-il apporté à manger?» (Jn 4, 32-33). Lui parlait de nourriture spirituelle, les disciples de nourriture terrestre. Ainsi se répète quasiment la scène vécue peu auparavant avec la femme, quand Il lui parlait d’une eau spirituelle et la femme d’une eau de source. Alors comme maintenant, Il parle de nourriture spirituelle qui, quand l’homme en mange, fait qu’il n’a plus jamais faim, tandis que les disciples pensent à la nourriture terrestre.

Jésus leur dit: «Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et de mener Son œuvre à bonne fin » (Jn 4, 34). La volonté du Père est aussi celle du Fils, de même que la substance du père est celle du Fils. Pourquoi alors le Seigneur Jésus parle de la volonté du Père et non de la Sienne, et de l’œuvre du Père et non de la Sienne ? Mais n’est-il pas indifférent qu’il parle de la volonté du Père ou de la Sienne, et de l’œuvre du Père ou de la Sienne ? Ne s’agit-il pas d’une même volonté ? Et ne s’agit-il pas de la même œuvre ? Oui, en vérité, il en est ainsi ; mais, Il appelle la volonté avec laquelle II se dirige « la volonté du Père », et l’œuvre qu’il accomplit «l’œuvre du Père », à cause de nous-mêmes, afin de nous enseigner à nous, indisciplinés et orgueilleux, la discipline et l’humilité. Mais voyez comme la volonté du Père Lui est douce et chère : Il ne l’appelle pas Son devoir mais Sa nourriture ! Ma nourriture est de faire la volonté du Père! Ah, quel exemple sublime et quelle réprimande dénuée de malice pour nous tous qui parlons tous les jours de notre devoir comme d’un fardeau ! En vérité, en considérant le Seigneur et Sa manière d’accomplir volontairement Sa charge très lourde parmi les hommes, il faut dire à juste titre que nul au monde ne peut accomplir son devoir envers Dieu si cela ne lui est pas devenu agréable comme nourriture quotidienne. Quand le Seigneur Jésus dit qu’il accomplit la volonté du Père et non la Sienne — ou quand dans une autre circonstance, Il dit : Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé (Jn 6, 38) — tout cela ne montre pas que le Fils est inférieur au Père, mais illustre le très grand amour du Fils envers le Père. Le même évangéliste indique que le Père écoute toujours le Fils : Je savais que tu m’écoutes toujours (Jn 11,42). Ainsi, à l’obéissance parfaite du Fils correspond l’obéissance parfaite du Père, de même qu’à l’obéissance parfaite du Père et du Fils correspond l’obéissance parfaite du Saint-Esprit. Or l’obéissance parfaite ne règne que là où règne l’amour parfait. C’est pourquoi le fait d’accomplir la volonté du Père est la véritable nourriture pour le Fils ; accomplir la volonté du Fils est la nourriture véritable pour le Père ; et accomplir la volonté du Père ou du Fils est la nourriture véritable pour le Saint-Esprit.

Ne dites-vous pas : Encore quatre mois et vient la moisson ? Eh bien! je vous dis: Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson (Jn 4, 35). Peu avant II leur parlait de nourriture spirituelle, et maintenant Il leur parle de moisson spirituelle. La proximité de la moisson spirituelle se remarque comme celle de la moisson terrestre. Quand les épis jaunissent ou blanchissent, chacun sait que la moisson est proche. Quand des hommes seuls dans la foule s’approchent du Christ, n’est- il pas clair que la moisson spirituelle est arrivée? Aussitôt après avoir entendu parler du Christ par cette femme, les Samaritains ne lui dirent pas quelle était devenue folle, mais quittèrent immédiatement toutes leurs affaires et s’en allèrent en foule vers Lui. Levez les yeux et regardez cette multitude qui se hâte vers nous ! C’est le champ de Dieu. La récolte est mûre, qui n’attend que les moissonneurs. En vérité, la moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux (Lc 10, 2). Vous êtes ces ouvriers, vous êtes des moissonneurs sur le champ de Dieu. Pourquoi me proposer une nourriture terrestre, périssable, à la vue d’une moisson si merveilleuse et si abondante ? Un bon maître de maison n’oublie-t-il pas de déjeuner et de dîner quand, nourri par la joie de voir une telle moisson devant lui, tout ému et plein de reconnaissance à Dieu, il se hâte de moissonner et de remplir ses hangars avant qu’une tempête ne survienne et ne détruise la récolte ? Ne vous souciez pas trop de nourriture terrestre, ni pour vous ni pour moi, mais hâtez-vous de moissonner afin que votre salaire ne soit pas perdu, car le moissonneur reçoit son salaire et récolte du fruit pour la vie éternelle, en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur. Car ici se vérifie le dicton: autre est le semeur, autre le moissonneur ; je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués ; d’autres se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues (Jn 4, 36-38). Sur l’étendue des champs de Dieu, les mêmes ouvriers n’arrivent pas, du fait de la brièveté de la vie humaine, à semer et à moissonner. Les uns sèment et meurent sans voir le fruit de leurs efforts ; d’autres voient le jour quand le grain qui a été semé a mûri et a jauni pour la moisson; ils deviennent alors les moissonneurs et les collecteurs des récoltes qu’ils n’ont pas semées. Le champ de Dieu a été semé depuis le début de la vie sur la terre ; les semeurs ont été nos ancêtres et des hommes agréables à Dieu, des prophètes et des justes, notamment les prophètes. Ils ont été les semeurs, mais n’ont pas vu la récolte en train de croître et de mûrir. Ils vécurent tous dans la foi et c’est dans la foi qu’ils moururent, sans voir le fruit promis de leur vivant, mais ils L’ont vu et salué de loin (He 11,13) avec leurs yeux spirituels. Le Seigneur Jésus Lui-même a dit un jour à Ses disciples : Beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité voir ce que vous voyez et ne L’ont pas vu (Mt 13, 17). Les semeurs n’ont pas vu ce que les moissonneurs ont vu, c’est-à-dire des fruits et la moisson. Mais les uns et les autres recevront un salaire pour leurs efforts, car les uns et les autres ont été des ouvriers de Dieu sur le champ de Dieu, en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur. Ainsi le Seigneur récompense les efforts des prophètes et des justes de l’Ancien Testament et encourage en même temps les apôtres dans leur œuvre de moisson. Comme s’il voulait dire : ils ont enduré plus d’efforts que vous, tant il est vrai qu’il est plus difficile d’être semeur et ne pas voir de produits dans le champ que d’être moissonneur de blé mûr. Vous êtes entrés dans leur labeur. Eux, comme mercenaires et serviteurs, se sont donnés du mal et sont morts sans voir le Maître de maison vivant au milieu d’eux, tandis que vous, qui avez le Maître avec vous, vous travaillez non comme mercenaires ou serviteurs, mais comme des fils — en fait, le Maître travaille seul et vous collaborez seulement. Réjouissez-vous donc et hâtez-vous, tout joyeux, de moissonner le blé mûr.

De cette ville, nombre de Samaritains crurent en Lui à cause de la parole de la femme, qui attestait: «Il m’a dit tout ce que j’ai fait» (Jn 4, 39). Voyez comme la moisson est mûre ! Voyez comme la moisson est abondante ! La terre assoiffée a rapidement absorbé l’eau. De nombreux Samaritains crurent en Christ avant même de Le voir, sur la simple parole de cette femme. Elle ne faisait pas de miracles, elle n’était pas un apôtre ; c’était, au contraire, une femme pécheresse, pourtant sa parole suscita une moisson abondante parmi ces païens. Quelle infamie, quelle honte pour les Juifs élus par Dieu qui, malgré tant de grands miracles du Christ parmi eux et tant de fortes paroles dites par Sa bouche dans leurs oreilles, restèrent sourds et aveugles, non repentis et fossilisés ! En revanche, cette Samaritaine est digne de tous les éloges, parce qu’elle n’a pas passé sous silence la bonne nouvelle quelle avait entendue du Seigneur et quelle s’est hâtée de l’annoncer aux autres. Elle est semblable à la femme qui, après avoir retrouvé une pièce de monnaie perdue, alla trouver ses amies et voisines et leur dit: Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue (Lc 15, 9) !

Quand donc ils furent arrivés près de Lui, les Samaritains Le prièrent de demeurer chez eux. Il y demeura deux jours et ils furent bien plus nombreux à croire, à cause de Sa parole (Jn 4,40).Tandis que les Nazaréens avaient voulu pousser le Seigneur du haut d’une montagne à cause de Son discours et que les Gadaréniens L’avaient supplié de les laisser seuls et de s’éloigner, ces Samaritains Le prièrent de demeurer chez eux. Le Seigneur accéda à leur demande et demeura chez eux durant deux jours. Et la moisson fut très abondante, car en dehors ‘de ceux qui avaient cru en Lui à cause du discours de cette femme, ils furent bien plus nombreux à croire en Lui à cause du discours prononcé par Sa bouche très pure.

Ils disaient à la femme: «Ce n’est plus sur tes dires que nous croyons; nous L’avons nous-mêmes entendu et nous savons que c’est vraiment Lui le sauveur du monde» (Jn 4, 42). Durant ces deux jours, ce que le Seigneur dit à ces hommes spirituellement assoiffés et affamés, n’est pas connu, car tout cela n’a pas été transcrit. Mais que Son discours fut une eau vive permettant de ne plus avoir soif et un pain vivant permettant de ne plus avoir faim, cela est indiscutable. Cela se voit d’abord au grand nombre de ceux qui crurent dans le Seigneur, puis à la confession correcte de leur foi en Lui : C’est vraiment Lui le sauveur du monde. Aux côtés des nombreuses divinités auxquelles les Samaritains croyaient, ils croyaient aussi dans une certaine mesure dans le Dieu d’Israël. Ils croyaient dans le Dieu d’Israël non parce qu’ils Le connaissaient mais par respect envers Israël, c’est-à-dire Jacob, qui avait vécu quelque part dans leur entourage. Mais voilà que la Samaritaine parle de notre père Jacob (Jn 4, 12)! Il est indubitable que les Samaritains avaient entendu la prophétie, liée au nom de Jacob, c’est-à-dire à un astre issu de Jacob (Nb 24, 17). Quand Balaq, roi de Moab, était en guerre avec le peuple d’Israël, il appela Balaam, un devin, lui demandant de prédire sa victoire sur Israël afin d’encourager ainsi son armée. Balaq promit de nombreux dons à Balaam pour ce service, et Balaam vint effectivement au camp de Balaq. Mais quand il voulut se livrer à ses tours et prédire à Balaq ce que le cœur de celui-ci souhaitait, soudain l’esprit de Dieu vint sur lui (Nb 24, 2) et il se mit à prédire non ce qu’il voulait, mais ce que Dieu voulait, disant: Que tes tentes sont belles, Jacob! et tes demeures, Israël! (Nb 24, 5). Quand Balaq entendit ces mots, il se mit à réprimander Balaam mais ce dernier ne fut pas effrayé et continua : Oracle de Balaam, fils de Béor [.. J. Il obtient la réponse divine et ses yeux s’ouvrent. Je le voismais non pour maintenant; je l’aperçois — mais non de près. Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël (Nb 24,15-17). Et voilà qu’est apparu Celui que Balaam apercevait de loin. L’astre issu de Jacob brillait, plus éclatant que le soleil et plus beau que le songe le plus beau. Et les Samaritains Le virent et se réjouirent. Ils virent et ils crurent. Ils s’enivrèrent de la boisson immortelle et furent ranimés par la vie éternelle.

Mais le Christ Sauveur n’a pas donné l’eau vive seulement aux Samaritains et aux Juifs. Il l’a donnée et continue à la donner à tous et à quiconque ressent une soif spirituelle dans le désert de cette vie. Un jour où II se trouvait à Jérusalem, le Seigneur Jésus, debout, s’écria: «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi (Jn 7, 37). Avez-vous entendu: Il s’écria? Le Bon Pasteur ne chuchote pas, Il crie en direction de son troupeau pour le faire venir à l’abreuvoir. Le chef ami-des-hommes se tient dans le désert brûlant de ce monde et crie en direction de tous les voyageurs épuisés par la soif. Heureux soit celui qui entend Sa voix et s’approche de Lui avec foi ! Le Seigneur né l’interrogera pas sur la langue dans laquelle il s’exprime ni sur le peuple dont il est issu, ni sur son âge ni sur sa richesse, mais II lui donnera l’eau vive qui fortifie et rajeunit, renouvelle et régénère, fait sortir du four incandescent de ce monde et conduit au jardin du Paradis. Boisson divine, comme tu es miraculeuse ! Doux Sauveur, puits de fraîcheur, comme Tu es transparent, abondant et vivifiant! Saint consolateur de l’âme, amène au Seigneur Jésus tous ceux dont l’âme aspire à la vie éternelle et qui supplient, assoiffés : mon âme est assoiffée de Dieu, du Dieu vivant! Gloire et louange au Seigneur Jésus avec le Père et le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.