(Mt 22, 35-46)

Quiconque veut faire honte à Dieu, se fait honte à lui-même et donne l’occasion à Dieu d’être glorifié encore davantage.

Quiconque s’efforce d’humilier un juste, finit par s’humilier lui-même et élève le juste encore davantage.

Quiconque dresse une pierre sur le chemin d’un juste, heurte lui- même cette pierre, forçant ainsi le juste à suivre une pente raide jusqu’à un monticule d’où on le voit encore davantage.

Quiconque souffle pour éteindre le feu du juste, le fait flamber davantage et éteint le sien.

Sur la mer tumultueuse du monde, Dieu est un rocher où le juste se sauve et contre lequel le païen brise son canot.

Sur la mer tumultueuse de la vie, le juste est une pierre d’achoppement pour le pécheur. Le pécheur renverse cette pierre et tombe dans le trou où se trouvait la pierre.

Celui qui jette de la poussière contre le vent, sera aveuglé. Celui qui comble un lac avec des rochers, se noiera.

Dieu a laissé la justice sans armes et sans protection dans ce monde, afin de montrer Sa force et que les agresseurs aient une pierre d’achoppement. C’est pourquoi le fil de la justice est plus solide que la chaîne de l’injustice. L’agresseur se rue pour rompre le fil de la justice, mais il s’y empêtre et meurt.

Satan a voulu détruire Job le juste, et l’a élevé dans les deux. C’est quand Job paraissait impuissant qu’il a vaincu. Satan a voulu détruire le roi Hérode et celui-ci, dans sa malveillance, ne s’y opposa pas. Et quand Hérode semblait tout-puissant, il sombra.

Tout ce qui, dans cette vie, vient de Dieu, paraît impuissant, tout en étant plus puissant que les étoiles et les océans en furie.

Réfléchis et instruis-toi à partir des exemples opposés que Dieu nous a laissés pour notre enseignement: Moïse et le Pharaon, David et Goliath, Job et Satan, Jérusalem et Babylone, les trois jeunes gens et le roi Nabuchodonosor, Daniel et Darius, les Apôtres et Rome. Et si tu comprends l’enseignement que Dieu t’a laissé dans ces exemples aussi éclatants que le soleil, tu t’écrieras joyeusement avec le merveilleux David : Aux uns les chars, aux autres les chevaux, à nous d’invoquer le Nom du Seigneur notre Dieu (Ps 20, 8). Et alors tu comprendras merveilleusement avec ta raison et adopteras avec ton cœur les paroles de l’apôtre Paul : ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages: ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort (1 Co 1,27).

Quant au sort réservé au bien dans ce monde, son évolution, son apparente faiblesse et sa force irrésistible, nul dans l’histoire du monde ne l’illustre mieux que le Seigneur Jésus. Lui qui est le plus connu, est apparu inconnu. Lui qui est le plus juste, fut condamné comme un injuste; Lui qui est le plus puissant, s’est laissé tuer comme un impuissant. Et qu’arriva-t-il à la fin? La victoire et la gloire. Sa victoire et Sa gloire, et la défaite et l’infamie pour ceux qui ne L’ont pas accueilli, ni reconnu et qui L’ont torturé. Mais la fin véritable ne s’est pas encore produite ; quand elle viendra, alors seulement on verra toute la grandeur de Sa victoire et tout l’éclat de Sa gloire ; et alors seulement on verra toute l’horreur de la défaite et de la honte de Ses persécuteurs et de Ses bourreaux.

Chaque fois que les ennemis du bien, les ennemis de Dieu, ont tissé un filet destiné au Christ, ils sont eux-mêmes tombés dedans; chaque fois qu’ils ont voulu l’humilier, ce sont eux-mêmes qui ont été humiliés, et chaque fois qu’ils ont voulu Le faire taire, ce sont eux-mêmes qui ont dû se taire. En fait, tout ce qu’ils ont fait pour Lui faire honte a tourné à Sa gloire et à leur honte. Il en a été ainsi alors, il en est ainsi aujourd’hui. Quiconque s’oppose aujourd’hui au Christ sombrera dans la déchéance, donnant ainsi au Christ l’occasion de briller encore plus dans Sa puissance et Sa gloire. Il en est ainsi aujourd’hui, il en sera ainsi demain, jusqu’à la fin des temps. L’évangile de ce jour montre merveilleusement ce qu’il advient des hommes qui essaient d’embarrasser Dieu, en préparant des honneurs pour eux-mêmes et le déshonneur pour Dieu.

Un légiste demanda à Jésus pour Lui tendre un piège: Maître, quel est le plus grand commandement dans la Loi ? (Mt 22, 35-36). C’était la dernière d’une série de questions embarrassantes par lesquelles les Juifs essayaient de trouver un point leur permettant de condamner le Christ à mort. Comme les hommes sont empoisonnés par le mal ! Tandis que Dieu essaie de trouver au moins une bonne action chez le plus grand des pécheurs afin de le sauver, les hommes s’efforcent de trouver au moins un péché chez le plus grand des justes, afin de Le tuer!

Le Christ fut d’abord soumis aux questions des grands prêtres : En vertu de quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité (Mt 21, 23)? Le Christ répondit en les interrogeant sur le baptême de Jean le Baptiste et leur demanda si ce baptême avait été l’œuvre du ciel ou des hommes. Cette question troubla ceux qui cherchaient à L’embarrasser et ils se mirent à réfléchir: si nous disons: du ciel’, il nous dira: pourquoi donc n’avez-vous pas cru en lui ? Et si nous disons: des hommes, nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète (Mt 21, 25-26). Cette mise à l’épreuve tourna à la gloire du Christ et à la confusion de ceux qui Le mettaient à l’épreuve. Car ainsi fut dévoilée la lâcheté des pécheurs pour dire la vérité ; en même temps, nous fut enseigné le fait que Jean était un émissaire de Dieu, et ce d’autant plus que le Seigneur Jésus est le détenteur du pouvoir céleste. Lors de cette mise à l’épreuve, les prêtres et les notables s’étaient dressés contre le Christ, eux qui d’habitude s’opposaient entre eux.

Puis les Pharisiens, accompagnés des Hérodiens, vinrent devant le Christ pour Le mettre à l’épreuve en Lui demandant si on devait ou non payer l’impôt à César. Dis-nous donc ton avis : Est-il permis ou non de payer l’impôt à César ? (Mt 22,17) Le Seigneur regarda la pièce de monnaie où figurait l’effigie de César et répondit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 21). Cette mise à l’épreuve tourna elle aussi à la gloire du Christ et à la confusion de ceux qui Le mettaient à l’épreuve. Car avec les paroles qu’il venait de prononcer, le Seigneur inséra encore une autre brique indispensable dans la construction de Son enseignement, nous laissant en outre un récit indispensable et admirable, tout en humiliant Ses accusateurs, en dévoilant et en brisant leurs complots. Au cours de cette mise à l’épreuve, de vieux ennemis réciproques avaient uni leurs efforts : des Pharisiens et des Hérodiens ; les premiers voulaient se signaler comme des patriotes et des amis du peuple alors que les seconds se tenaient aux côtés des Romains, les maîtres de la Palestine.

Puis les Sadducéens s’approchèrent du Christ, avec une mise à l’épreuve particulière : quand sept frères meurent les uns après les autres, chacun d’eux laissant, selon la loi de Moïse, sa femme en héritage au suivant, à la résurrection, duquel des sept sera-t-elle la femme ? (Mt 22,28) A cette question stupide, que ses auteurs pensaient être un piège très habile pour le Christ, le Seigneur Jésus répondit ainsi : A la résurrection, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel (Mt 22,30). Mais comme les Sadducéens étaient des gens qui, du fait d’une érudition terrestre excessive, ne croyaient ni dans les Saintes Ecritures ni dans la vie après la mort, le Seigneur très doux se servit de cette circonstance pour justifier la foi dans la vie après la mort et la résurrection, en disant: Quant à ce qui est de la résurrection des morts, ri avez-vous pas lu l’oracle dans lequel Dieu vous dit: «Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ?» Ce n’est pas de morts mais de vivants qu’il est le Dieu (Mt 22,31-32). Ainsi cette mise à l’épreuve tourna également en faveur du Christ et au détriment de Ses adversaires. Car furent ainsi démontrées l’ignorance et la stupidité de Ses accusateurs; en leur répondant, le Seigneur donna aussi à nous tous la réponse à une question difficile à laquelle nul autre n’aurait su répondre.

Quand les Sadducéens furent ainsi défaits, eux qui se jugeaient eux-mêmes et étaient considérés par les autres comme des hommes particulièrement sages, alors se rassemblèrent des adversaires jusque- là irréductibles, les Pharisiens et les Sadducéens, pour se livrer à une agression commune et l’un deux, au nom de tous, demanda au Christ : quel est le plus grand commandement de la Loi ? (Mt 22, 36). En posant cette question, ces serviteurs des ténèbres croyaient assurément pouvoir prendre le Christ en faute, puis Le traduire ensuite devant le tribunal. Ils avaient transgressé tous les principaux commandements de la Loi divine, qui leur avait été donnée par l’intermédiaire de Moïse, et n’en avaient gardé que deux maigres survivances : la circoncision et la célébration du sabbat. Il s’agissait aussi, il est vrai, de commandements divins, mais non essentiels et sans portée réelle, comme c’était devenu le cas à cette époque. Ils songeaient que le Christ allait mettre en avant un des commandements : soit la circoncision, soit le sabbat, soit quelque commandement nouveau. Leur calcul était le suivant : si le Christ disait que la circoncision était le principal commandement de Dieu, ils L’accuseraient de sous-estimer le sabbat; s’il mettait en avant la célébration du sabbat comme principal commandement, ils L’accuseraient de sous-estimer la circoncision; s’il faisait état d’un nouveau commandement, ils comptaient L’accuser de sous-estimer l’ancienne Loi de Dieu. Étroits d’esprit, ils ne pouvaient

imaginer que le Christ allait énoncer quelque chose dont ils étaient particulièrement démunis, et qu’avec une vieille sentence II dirait quelque chose de nouveau.

Jésus lui dit :Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 22, 37-39). Ces deux commandements se trouvent dans l’Ancien Testament, non l’un à côté de l’autre, mais dans deux livres de Moïse (Dt 6,5 ; Lv 19,18). Ils ne figurent pas dans les dix commandements de Dieu, qui constituent la base de toute la loi transmise par Moïse et n’ont été mentionnés qu’incidemment, ce qui fait que peu de gens y ont fait attention. Ce n’est pas par hasard que ces commandements ont été placés parmi les commandements annexes, mais à la suite d’une intention particulière de Dieu, car le genre humain n’était pas prêt à cette époque pour recevoir ces deux commandements. Avant d’entrer dans une grande école, il faut être passé par une petite école. Le Décalogue de Moïse constitue une petite école d’entraînement et de préparation à la grande école de l’amour.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu. C’est le premier et le plus important des commandements. Le second en dépend et en découle. Mais l’amour obéit-il à un commandement ? Non. Mais malheureusement, le commandement sur l’amour devait exister, puisque le cœur obscurci de l’homme avait oublié l’amour naturel de l’homme envers Celui qui aime le plus l’homme. Une mère ne rappelle pas à l’ordre son enfant pour ce qui est de son amour envers elle, à moins que l’enfant ne vienne à l’oublier au point de la mépriser et de lui vouloir du mal, en suivant le chemin glissant de l’amour des choses terrestres. Alors l’amour envers la mère devient un commandement, non pas tant à cause de la mère que de l’enfant. Dieu ne donne aucun ordre sur l’amour aux anges, puisque ceux-ci ne sont pas éloignés de Lui et qu’ils aiment naturellement Dieu. D’ailleurs le genre humain devrait avoir honte d’avoir suscité ce commandement sur l’amour. Car le commandement sur l’amour envers Dieu est autant un commandement qu’une réprimande du genre humain. Et quiconque est un peu au courant de tout ce que Dieu fait pour lui et tout ce qu’il doit à Dieu, doit en vérité éprouver un sentiment de très grande honte devant le fait que l’homme intoxiqué par le péché a fourni le prétexte pour un tel commandement. L’amour de l’homme envers Dieu est plus naturel que l’amour de l’enfant pour sa mère. C’est pourquoi l’amour de l’homme pour Dieu doit, sans aucun commandement, être plus évident que l’amour de l’enfant pour sa mère. Pourquoi l’enfant aime-t-il sa mère? Parce qu’il ressent l’amour de sa mère pour lui. Et pourquoi l’homme ne ressent pas l’amour de Dieu pour lui ? Parce que son cœur s’est empâté et que sa vue spirituelle a été assombrie par le péché. Le Christ est venu au monde pour que le cœur humain éprouve un sentiment d’amour envers Dieu et que la vue spirituelle de l’humanité assombrie lui permette de voir. Le Christ Seigneur est venu, comme l’expression de l’amour inchangé de Dieu envers l’homme, afin de rallumer le feu éteint de l’amour dans le cœur des enfants de Dieu et pour que ce qui avait paru tellement naturel dans le cœur des hommes, comme parmi les anges, mais était devenu factice au fil du temps, puisse devenir de nouveau naturel. Si une mère n’embrassait pas son enfant, l’enfant pourrait-il embrasser sa mère? Si Dieu n’aimait pas l’homme, l’homme pourrait-il aimer Dieu ? Mais Dieu depuis le commencement — et même avant le commencement — aime l’homme ; de là découle le caractère naturel de l’amour de l’homme envers Dieu. Dans Sa prière divine dite au seuil de Son supplice, le Seigneur Jésus demande au Père céleste que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé (Jn 17, 23). Quelle déclaration sublime et consolatrice ! Dieu éprouve de l’amour paternel envers nous, pécheurs et hommes impurs, de même que pour Son Fils Unique ! Ceux qui sont incapables de reconnaître et ressentir la profondeur et la flamme inextinguible de cet amour divin, n’ont besoin d’aucun commandement sur l’amour. Au contraire, ils éprouveraient de la honte si on leur donnait l’ordre d’aimer Dieu, c’est-à-dire de répondre à l’amour par l’amour. L’apôtre Jean qui avait posé sa tête sur la poitrine du Seigneur son Dieu, et qui a le mieux ressenti la profondeur et la douceur de l’amour divin à sa source intarissable, a dit : Quant à nous, aimons, puisque lui nous a aimés le premier (1 Jn 4, 19). Voyez comme il écrit! Il ne s’agit pas de mots choisis et rassemblés par des sages de ce monde, mais de battements de cœur de celui qui s’est abreuvé pleinement d’amour à sa source même et qui, dans son enthousiasme joyeux, utilise les mots les plus simples pour exprimer l’amour indescriptible de Dieu. Ecoutez comment un autre apôtre, qui avait d’abord méprisé et persécuté le Christ, parle de l’amour : Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive? Et il ajoute: Oui, j’en ai l’assurance, ni mort, ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur (Rm 8, 35-39). Je pense que, depuis que le monde existe, aucun homme n’a manifesté par des mots une expression plus forte de son amour. Et il ne s’agit pas d’un amour selon un commandement ou à cause d’un commandement, mais d’un amour provoqué naturellement par amour, une flamme allumée par une flamme plus grande. Ce commandement a été donné à ceux qui dans les temps anciens ont mérité un châtiment à cause de leur engourdissement devant l’amour, de leur manquement à l’amour et de leur ingratitude criante envers Dieu. Ni le Christ ni les Apôtres ni toutes les armées des amoureux de Dieu au ciel et sur terre, n’ont pu expliciter le commandement de l’amour envers Dieu, ni donner une incitation plus forte pour accomplir ce commandement mieux que le simple rappel que Dieu nous a aimés le premier et que c’est Lui qui a le premier montré Son amour envers nous. On pourrait écrire — et on a déjà écrit — des livres entiers sur les preuves de l’amour de Dieu pour nous et sur les raisons de notre amour pour Dieu. Tout le monde créé, visible et invisible, est une preuve de l’amour de Dieu pour nous ; toute la nature et son organisation, le soleil et les étoiles, les saisons dans l’année, le déroulement de la vie humaine sous le regard de la Providence, la longue patience de Dieu à l’égard des pécheurs, le soutien silencieux mais puissant apporté aux justes, et le reste, tout le reste, impossible à dénombrer et à nommer, prouvent l’amour de Dieu envers nous. Mais à quoi bon tout énumérer et nommer, quand il suffit de dire que Dieu nous aime, qu’il nous a aimés le premier La descente du Fils de Dieu parmi les hommes, Son œuvre et Son martyre pour le genre humain dépassent par leur grandeur et leur éclat toutes les autres preuves de l’amour de Dieu. Sa bouche nous a dit que Dieu nous aime comme Lui-même ; Son enseignement l’a démontré ; Son œuvre en a porté témoignage ; Sa passion en constitue le sceau final. C’est pourquoi Son commandement sur l’amour doit le plus tôt possible devenir dans nos cœurs un sentiment naturel irrésistible, à l’image du sentiment d’amour d’un enfant pour sa mère, mais encore plus fort.

Pourquoi le Seigneur nous commande-t-Il d’aimer Dieu de tout notre cœur; de toute notre âme et de tout notre esprit D’abord pour donner encore plus de force à ce commandement et le graver encore plus dans la conscience humaine. Puis pour montrer que l’amour de Dieu exclut tout autre amour, tout partage de l’amour, tout service de deux maîtres — Dieu et Mammon. Mais il existe encore une autre raison, cachée. Dieu est la Trinité indivisible du Père, du Fils et du Saint-Esprit. De même, l’homme est la trinité du cœur, de l’âme et de l’esprit. Le Père aime l’homme, le Fils aime l’homme et le Saint-Esprit aime l’homme. Le Dieu entier aime l’homme. C’est pourquoi existe le commandement selon lequel c’est l’homme entier qui aime le Dieu entier. Quand l’homme aime de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, alors l’homme entier aime. Quand l’homme aime le Père, comme il aime le Fils et comme il aime le Saint-Esprit, alors l’homme aime le Dieu entier. Quand une partie de l’homme aime une partie de Dieu, l’amour n’est pas absolu ; non, dans ce cas, l’amour n’est absolument pas l’amour ; car un homme divisé n’est pas un homme, et le Dieu divisé n’est pas Dieu. Si quelqu’un dit qu’il aime le Père, sans connaître le Fils et le Saint-Esprit, il n’éprouve pas d’amour envers Dieu. Si quelqu’un dit qu’il aime le Fils, sans connaître le Père et le Saint-Esprit, il n’éprouve pas d’amour envers Dieu. Et si quelqu’un dit qu’il aime le Saint-Esprit, sans connaître le Père et le Fils, il n’éprouve pas d’amour envers Dieu. Car cet homme ne connaît pas Dieu dans sa totalité. De même, celui qui dit qu’il n’aime Dieu qu’avec son cœur, ou avec son âme ou avec son esprit, n’éprouve pas d’amour envers Dieu. Car cet homme ne se connaît pas lui-même en totalité, ni ne sait d’ailleurs ce qu’est l’amour. L’amour, l’amour véritable — non ce que le monde désigne sous ce terme — va d’un tout vers un tout. Voyez-vous avec quel sens profond et inépuisable ces simples commandements réfutent toutes les hérésies proférées contre le caractère trinitaire de Dieu dans l’unité ? Et aussi comment se disperse en poussière toute la psychologie bon marché et mesquine de certains savants contemporains qui met en pièces l’homme intérieur et le rend infiniment futile et malheureux ?

Le second lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Ce second commandement concerne aussi l’amour, non l’amour envers le Créateur mais envers Ses créatures. En aimant sa mère, l’enfant aime toutes les œuvres, les travaux et les faits et gestes de sa mère ; en particulier, en aimant sa mère, l’enfant aime ses frères et sœurs. L’amour envers la mère fortifie l’amour envers les frères et sœurs. Celui qui aime ses parents aimera tout naturellement ses frères et sœurs; mais celui qui n’a pas d’amour envers ses parents est rarement en mesure d’aimer ses frères et sœurs. De même, celui qui aime Dieu aimera facilement les hommes en tant que frères en Dieu; mais celui qui n’a pas d’amour envers Dieu ne peut que se tromper lui-même en prétendant aimer les hommes. Un tel homme ne peut avoir, au mieux, qu’une certaine compassion nébuleuse envers les autres, qui trouve de nouveau sa source dans l’auto-compassion. Bien que ce commandement ait été prononcé aussi dans l’Ancien Testament, il est tout à fait neuf dans la bouche du Christ. Car le Seigneur a déclaré dans une autre circonstance: Je vous donne un commandement nouveau: vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés (Jn 13, 34). Ce commandement est nouveau, d’abord parce qu’il est prononcé par Celui qui a montré le plus grand amour pour les hommes dans l’histoire ; puis parce que le concept de proches a été élargi bien au-delà des murailles du peuple juif et répandu sur tous les hommes de Dieu. Aimez vos ennemis, dit le Christ. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous? (Mt 5, 44-47) Dieu n’éclaire-t-Il pas vos ennemis aussi par le soleil? Et n’accorde-t-Il pas la pluie aussi à ceux qui ne vous aiment pas ? Il t’appartient d’aimer tous les hommes par amour de Dieu et c’est à Lui de séparer ensuite les justes des injustes.

Nos proches constituent le champ visible où nous montrons notre amour envers le Dieu invisible. Où pourrait-on lire notre amour de Dieu sinon sur les hommes vivant avec nous sur cette terre? Dieu est attendri par notre amour envers nos voisins comme une mère peut l’être par l’amour d’un étranger envers son enfant. Il est tellement nécessaire de montrer son amour envers Dieu sur les gens qui nous entourent, que l’apôtre de l’amour traite de menteur celui qui dit qu’il aime Dieu mais hait son frère : si quelqu’un dit: «J’aime Dieu» et qu’il déteste son frère, c’est un menteur (1 Jn 4,20).

Nos proches sont pour nous une école où nous nous formons à l’amour le plus accompli — l’amour de Dieu. Tout acte d’amour que nous faisons à l’égard de quelqu’un, enflamme davantage notre amour de Dieu. Le contenu de notre amour envers nos proches nous est clairement indiqué et montré par l’exemple, aussi bien par le Seigneur Lui-même et Ses saints apôtres que par des cohortes entières d’hommes agréables à Dieu, de Pères théophores et de martyrs. Mais les principaux actes d’amour sont: la charité, le pardon des offenses, la prière pour autrui, le soutien apporté aux faibles, l’apaisement des orgueilleux, la réprimande des injustes, l’instruction des ignorants, la dissimulation des imperfections des autres, l’éloge des vertus des autres, la défense des vaincus, le sacrifice de sa vie pour autrui. Nul n’a plus grand amour que celui-ci: déposer sa vie pour ses amis (Jn 15,13). Mais si quelqu’un fait même le plus grand sacrifice pour d’autres motifs, son sacrifice ne vaut rien (1 Co 13,3). Celui qui a l’amour possède tout ; il a accompli toute la loi.

Enfin, rappelons la conception profonde de l’Église du Christ proclamée par l’apôtre Paul, dont découle irrésistiblement et naturellement l’amour pour notre prochain. Nous tous fidèles, sommes des membres du Christ, parties vivantes du corps du Christ (Ep 4 et 5 ; 1 Co 6, 15). Nous nous développons tous au sein d’un grand organisme vivant, d’un corps céleste dont le Christ est la tête. Comme il en est ainsi, nous devons nous aider mutuellement à croître et à nous développer. Quand une partie du corps progresse, c’est pour le bien et le profit de tout le corps ; quand une partie du corps est malade, cette souffrance est nuisible pour tout le corps. C’est pourquoi l’amour pour nos proches contribue à la santé de nos proches comme de nous-mêmes. En vérité, l’amour est un signe de santé ; la haine, une maladie. L’amour c’est le salut, la haine c’est la déchéance.

Ainsi les deux commandements sur l’amour sont les plus importants dans la loi divine ; il n’y en a pas eu de plus grand et il n’y en aura pas. C’est la Loi royale (Je 2, 8) à laquelle le ciel se tient et par laquelle la terre est sauvée. A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les prophètes (Mt 22, 40). Dieu a donné toute la loi de Moïse par amour et a réchauffé les prophètes par amour. On peut dire que les quatre premiers commandements de l’ancienne Loi concernent l’amour envers Dieu, alors que les six autres portent sur l’amour envers les proches ; mais ces dix commandements ne sont que l’esquisse de la loi du Christ sur l’amour. On peut dire encore que tout le bien que l’homme est capable de faire découle de l’amour envers Dieu et de l’amour envers les proches. On peut dire enfin que tous les péchés, passés et présents, sont des péchés commis contre l’amour envers Dieu ou contre l’amour envers les proches. Si on poursuit la réflexion sur la profondeur et l’étendue de ces deux commandements de Dieu, on peut affirmer librement que le ciel et la terre y sont suspendus, c’est-à-dire l’ensemble du monde créé : l’angélique et le matériel.

Voilà à quoi ont abouti, par leur mise à l’épreuve, les adversaires réunis du Christ! Voilà l’étincelle de feu qu’ils ont fait jaillir de la pierre par leur attaque maléfique ! Ils avaient eu l’intention d’humilier et de troubler le Christ, mais ils se sont humiliés eux-mêmes au point de devenir une poussière sale, alors que le Christ a été élevé jusqu’au trône du Législateur éternel. C’est ainsi que cette ultime mise à l’épreuve a donné l’occasion au Christ d’être glorifié éternellement, tout en nous apportant l’avantage immense de nous annoncer le commandement sur l’amour.

Après une telle réponse du Christ, Ses adversaires se turent. Et à partir de ce jour, personne n’osa plus L’interroger (Mt 22,46). En outre, selon le récit de l’évangéliste Marc, le scribe qui avait interrogé le Seigneur fut quasiment converti en disciple du Christ, qui lui dit : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu» (Mc 12, 34). En effet, après avoir entendu la réponse inattendue du Sauveur, ce scribe ne put se retenir de dire: «Fort bien, Maître, tu as eu raison!» (Mc 12, 32), ajoutant même que l’amour envers Dieu et ses proches vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices (Mc 12, 33). Celui qui pensait l’emporter s’avéra battu; et ceux qui pensaient L’humilier restèrent humiliés. Et à partir de ce jour, personne n’osa plus L’interroger.

Ce fut alors au tour du Christ de les interroger. Il leur demanda: «Quelle est votre opinion au sujet du Christ? De qui est-il fis?» Ils lui disent: «De David». «Comment donc, dit-il, David parlant sous l’inspiration l’appelle-t-il Seigneur quand il dit: «Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Siège à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis dessous tes pieds.» Si donc David l’appelle Seigneur, comment est-il son fils ?» (Mt 22, 42-45). En posant cette question, le Seigneur a d’abord voulu dire qu’il était le Christ; puis, montrer que se trompent ceux qui attendent le Messie comme un roi terrestre issu de la lignée de David, destiné à chasser les Romains et à faire d’Israël un royaume terrestre puissant; ensuite, que ceux qui Le mettaient à l’épreuve étaient Ses ennemis et, enfin, qu’ils allaient, comme ennemis du Christ unique qui devait venir et qui est venu, être battus et châtiés. Ceux-ci lui répondirent: De David. C’était tout ce qu’ils savaient. Le Seigneur Jésus était aussi de la lignée de David, donc selon leur loi, fils de David. Mais le prophète David lui-même n’avait pas imaginé le Messie comme son fils uniquement par le sang, sinon il ne L’aurait pas appelé mon Seigneur. Comment se peut-il qu’un aïeul appelle son descendant « Dieu » ? Mais David avait dans son esprit vu et reconnu la double nature du Christ, humaine et divine, et L’a appelé mon Seigneur sous l’inspiration de l’Esprit. Le mystère de l’incarnation du Fils de Dieu, David l’avait depuis des temps immémoriaux beaucoup mieux compris grâce à son esprit prophétique que les Pharisiens et les Sadducéens qui regardaient le Christ dans les yeux. Le Christ devait naître au sein de sa lignée et II naquit charnellement de la Très Sainte Vierge Marie, qui appartenait à la lignée de David; mais II devait venir comme le Fils prééternel de Dieu conformément à Sa nature divine. Et c’est ainsi qu’il est venu. Le Seigneur mentionne les paroles de David, non pour les corriger mais pour les confirmer. Tout est exact dans ce que David a vu en esprit et qu’il a prédit. Tout a eu lieu comme il a été écrit. Promis par Dieu et attendu par les hommes, le Sauveur est venu sur terre, à la fois comme fils de David et Fils de Dieu. Après Sa résurrection et Son ascension, il a siégé à Sa droite, dans les deux, bien au-dessus de toute Autorité, Pouvoir, Puissance, Souveraineté, et de tout autre nom qui puisse être nommé, non seulement dans ce monde, mais encore dans le monde à venir (Ep 1,20-21). Il s’agit maintenant d’un secret de polichinelle, mais à l’époque c’était un mystère pour tout le monde. C’est pourquoi le Seigneur n’en parle pas directement, mais mentionne la prophétie de David qui devait être connue des Juifs. Bien entendu, les mots et les phrases étaient connus d’eux, mais le sens de ce qui avait été dit et écrit leur était lointain. Le Seigneur ne leur dit rien comme venant de Lui, mais les interroge sur le sens des mots de la Loi, car eux-mêmes L’avaient questionné à ce propos en Lui demandant quel était le commandement le plus important. Il avait bien répondu à leur question, mais eux furent incapables de Lui dire un mot. Nul ne fut capable de Lui répondre un mot (Mt 22, 46). La démonstration fut ainsi apportée que Lui connaissait la Loi, mais qu’eux ne la connaissaient pas, alors qu’ils pensaient tout savoir en matière législative. Le Seigneur connaissait non seulement les termes de la loi, mais également leur esprit et leur signification ; eux ne connaissaient que les termes, sans rien savoir de leur esprit et de leur signification; ils ne savaient donc rien. Et ce qu’ils savaient, ne menait qu’à leur déchéance et à la ruine du peuple qui les écoutait.

Et à partir de ce jour, personne n’osa plus L’interroger (Mt 22, 46). Ils furent saisis par la peur d’engager une discussion avec Lui, d’où II sortait toujours gagnant. Ils furent donc incapables de trouver un argument en discutant avec Lui, de nature à Le condamner. Ils résolurent alors d’avoir recours à l’argent et à l’or pour soudoyer Judas et des faux témoins. Ce qu’ils ne réussirent pas avec les mots, ils y parvinrent par l’argent et l’or. Mais leur succès temporaire sera plein d’amertume. Car ce recours ultime et très sale aboutira à un résultat opposé, comme toutes les mises à l’épreuve par des mots. Cela se traduira par la victoire ultime et totale du Christ, tout en leur infligeant un coup irrésistible et la ruine éternelle. Trois jours à peine se seront écoulés après qu’ils aient payé des mercenaires pour se saisir du Christ et porter de faux témoignages contre Lui qu’ils seront contraints de payer des gardes afin qu’ils ne propagent pas la nouvelle de la Résurrection du Christ.

Il vaut mille fois mieux ne jamais être né, plutôt que de naître et se dresser contre Dieu.

Quiconque essaie de faire honte à Dieu, se fera honte à lui-même, tout en donnant l’occasion à Dieu d’être glorifié davantage. Et cela est merveilleux pour notre regard. Gloire et louange à Jésus-Christ, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.