(Mt 9,1-8)

Ne pas se réjouir pour les autres est l’une des caractéristiques les plus indignes de l’âme humaine durcie par le péché.

Qu’est-ce que le soleil enseigne aux hommes de l’aube au crépuscule ? « Hommes, réjouissez-vous devant le bien et cette joie fera de vous des dieux ! »

Le rossignol affamé chante à l’aube parfois pendant deux heures, avant de trouver deux miettes de nourriture pour son petit-déjeuner. Qu’est-ce qu’enseigne ainsi le rossignol aux hommes, aux riches dans leur lit qui commencent leur journée en ouvrant la bouche non pour chanter mais pour manger? «Hommes, réjouissez-vous devant le bien et chantez le bien ! Ne vous demandez pas : à qui est-ce ? Le bien n’a pas de maître sur cette terre. C’est un hôte venu de loin : nous qui avons été créés et sommes mortels, nous ne possédons pas le bien, mais nous le chantons.»

Se lamenter de la tristesse d’autrui, c’est ce que peuvent faire des vieillards pécheurs. Mais se réjouir de la joie d’autrui, seulement des enfants le peuvent, ainsi que ceux qui sont aussi innocents que des enfants. En vérité je vous le dis: quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant ny entrera pas (Mc 10,15 ; Mt 18,3). Et qu’est-ce que le Royaume de Dieu sinon l’ensemble de tout ce qui est bien et l’absence de tout ce qui est mal? L’enfant innocent se réjouit plus devant le bien d’autrui que le vieillard malveillant de son propre bien. Car un enfant n’envie pas la joie d’autrui ; il partage le sourire de tous les visages, il prend même la moquerie pour un sourire. Nul sur terre n’est aussi semblable à Dieu qu’un enfant innocent. Lajoie de Dieu devant notre bonheur, même infime, est indicible et parfaite.
Quand le Seigneur Jésus est venu parmi les hommes; Il a révélé la richesse infinie des bontés divines. Ces bontés ont réjoui les enfants, comme tous les hommes dont la candeur les rapprochait des enfants. Mais ces bontés non seulement n’ont pas réjoui les hommes à l’esprit tordu et au cœur endurci, mais elles les ont au contraire, rendu tristes et amers.

Le Christ rappelle aux hommes leur patrie originelle, dans l’éclat divin et la société des anges; les enfants s’en réjouissent, mais les vieillards méchants s’en moquent.

Le Christ enlève la peur aux hommes et fait d’eux des maîtres sans crainte du monde — les enfants accueillent cela avec reconnaissance et les princes le refusent.

Le Christ montre de façon évidente, comment l’homme, uni au Dieu vivant, peut se vaincre lui-même, ainsi que la nature qui l’entoure, les esprits maléfiques, la maladie et la mort ; les enfants se pressent autour du Seigneur avec joie afin de se délecter le plus possible de ces victoires, tandis que les scribes se pressent autour du Seigneur avec amertume, afin de trouver des prétextes pour L’humilier, L’emprisonner et Le martyriser.

Les enfants demandent la bénédiction du Christ, tandis que les responsables publics profèrent des malédictions contre Lui.

Si les gens étaient normaux et sains, ils se réjouiraient avec une joie enfantine devant chaque parole du Christ et chacune de Ses actions. Car Il ne montre aux hommes que le bien, l’éclat et la beauté du bien, les délices, la durée et la solidité du bien. Mais de nombreux hommes — à cette époque comme aujourd’hui — ne se sont pas réjouis en voyant le bien que le Christ a révélé et montré. Pourquoi cela? Parce que les hommes se sont accommodés du mal, se sont habitués à lui, se sont ralliés à lui, de sorte que le mal est devenu comme une réalité et le bien comme une illusion. Comme la poule qui avait tenté longuement et en vain de picorer des grains qui avaient été dessinés et qui, quand des grains véritables furent déposés à côté des faux, ne voulut plus picorer du tout en pensant que les vrais grains étaient faux. Ils raisonnent comme cette poule, ceux qui pensent que des mains du Christ ne peut venir que la tromperie, comme des autres mains impures! Si de Ses mains et de Sa bouche n’émanait que de l’imposture pour les hommes, alors la vie humaine serait en vérité pire que le néant, plus terrible que le rêve le plus effrayant et plus effrénée que le tourbillon le plus fou. Cent fois pitoyables sont ceux qui, à la main tendue du Christ, ne tendent pas leur main ; mais de quelque autre côté qu’ils tendent leur main, ils la tendront vers le feu ou dans la gueule du loup. Mais soyez cent fois bénis, vous les fidèles, qui vous réjouissez à la seule mention du Nom du Christ, comme quand l’enfant mentionne sa mère. Armez-vous de force et de ténacité afin de persévérer jusqu’au bout dans la foi et la joie. Car celui qui a suivi le Christ, puis se ravise, sera dans un état pire que celui qui ne s’est jamais mis en route. Et si le Seigneur l’a libéré d’un seul esprit maléfique et que lui-même renie ensuite le Seigneur, il sera assailli et capturé par sept autres esprits mauvais, pires que le premier (Lc 11,24-26).

Le Christ est comme une ligne de partage des eaux. Là où II apparaît, les hommes se divisent aussitôt en deux camps : ceux qui se réjouissent devant le bien et ceux qui ne se réjouissent pas devant le bien. Il en est encore ainsi aujourd’hui; il en était de même à l’époque où le Seigneur foulait cette terre, incarné dans le corps d’un homme. L’évangile de ce jour décrit cette terrible division entre les hommes en présence du Révélateur du bien, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

Jésus monta donc dans la barque, retraversa la mer et vint dans Sa ville (Mt 9, 1). Cela se produisait après Sa visite remarquable aux païens sur la rive est du lac de Génésareth (Tibériade), après sa puissante guérison de deux possédés et après la riposte terrible pour les païens lancée par les démons eux-mêmes, proclamant que le Christ était le Fils de Dieu. Il monta donc dans la barque ; c’était celle dans laquelle il avait auparavant traversé le lac avec les apôtres, la même où II avait accompli un miracle aussi grand que l’expulsion des démons des hommes, quand 11 menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme (Mt 8, 26). L’évangile de ce jour nous apprend que le Seigneur, au retour de ce voyage, a guéri un paralytique, après lui avoir pardonné ses péchés. Ainsi dans le délai le plus bref, le Christ a accompli trois actions fortes, trois miracles prodigieux qui témoignaient clairement de la venue de Dieu parmi les hommes. En très peu de temps, le Seigneur a révélé trois bienfaits inestimables aux hommes : Son pouvoir sur la nature, Son pouvoir sur les démons et Son pouvoir sur les péchés et les maladies. Trois grandes raisons pour les hommes d’être joyeux ! Comme sont terribles les entraves avec lesquelles la nature nous tient enfermés ! Qui ne se réjouirait pas de la libération de telles chaînes? Encore plus effrayantes sont les chaînes avec lesquelles les démons nous tiennent prisonniers et nous fouettent après nous avoir fait perdre la raison. Qui ne se réjouirait pas de la victoire sur les pires ennemis du genre humain ? Quant aux chaînes avec lesquelles nos péché nous enferment dans la soumission à la nature, aux démons et aux maladies, il s’agit des chaînes originelles où l’homme s’est laissé emprisonner volontairement, au tout début, en renonçant à l’obéissance et à l’humilité à l’égard de son Créateur; ô mortels, qui parmi vous ne se réjouirait pas de la rupture de ces premières chaînes, qui ont servi de fondements à la trame et à la fabrication de vos autres chaînes d’esclaves ?

Ce dernier bienfait fut annoncé par le Seigneur aux hommes, quand venant des territoires romains, Il vint dans Sa ville. Capharnaüm était la localité où II s’était établi après avoir été rejeté et presque tué par les habitants de Nazareth, qui avait été Sa patrie de longues années durant (Lc 5,17-20; Mc 2,1-12).

Et voici qu’on Lui apportait un paralytique étendu sur un lit (Mt 9,2). Cet événement est décrit par les évangélistes Marc et Luc. Ils le décrivent en apportant des précisions que l’évangéliste Matthieu ne mentionne pas. Ce paralytique était si malade que non seulement il avait été incapable de venir seul jusqu’au Christ, mais qu’il était impossible de le toucher et de le faire descendre de son lit; c’est pourquoi ses parents et amis avaient été contraints de le transporter dans son lit jusqu’au Seigneur. La faiblesse extrême de ce malade se remarque aussi dans le fait que quatre hommes avaient été obligés de porter le lit, dans le seul but de le transporter en toute sécurité et de le secouer le moins possible pendant la marche. A leur arrivée devant la maison où le Christ se trouvait, ils virent que la multitude de gens qui se pressait aux portes rendait tout à fait impossible de faire entrer le malade. Ils se résolurent alors à ouvrir le toit de cette maison, puis firent descendre le lit avec le malade devant le Christ. À cet instant, le Christ dispensait Son enseignement au peuple. Puis II dit un mot. Il ne traînait pas : après avoir accompli une action, Il parlait et après avoir parlé, Il agissait. Il ne cessait de parler et d’agir, dans le seul but d’aider les gens à se réjouir des bonnes actions, d’avoir foi dans les bonnes actions et en Lui comme détenteur suprême et révélateur du bien.

Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique: «Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis » (Mt 9, 2). Le Seigneur Jésus avait vu la foi de ces gens, non quand ils avaient descendu le malade devant Lui, mais dès le moment où, chez lui, ils avaient levé le lit où il reposait et s’étaient mis en route pour venir Le voir. Car Celui qui était capable de discerner les pensées dans le cœur humain, était encore plus en mesure de voir les événements de loin aussi bien que de près. Il avait vu Nathanaël sous le

 

figuier avant que celui-ci fût conduit près de Lui (Jn 1,48). Nous voulons dire qu’il voyait non seulement les événements qui se produisaient mais aussi ceux qui se produiront jusqu’à la fin des temps. On ne dit pas ici : «en les voyant, Jésus…», mais: en voyant leur foi…, ce qui signifie que le Christ voit aussi ce qui est encore plus difficile à voir, ce qui est le plus profondément caché dans l’homme. Cela a été ainsi conçu pour nous, afin que nous sachions que le Seigneur regarde, aujourd’hui comme hier, et que nous sachions aussi que nous ne pouvons attendre l’aide de Dieu dans les souffrances que si nous avons la foi. Quand Dieu voit notre foi, Il ne tarde pas avec Son aide.

Voyant leur foi… Mais la foi de qui? S’agit-il seulement de la foi de ceux qui avaient transporté le malade, ou s’agit-il aussi de celle du malade ? D’abord, la foi de ceux qui ont transporté le malade est évidente. Le Seigneur aurait pu guérir le paralytique en s’en tenant à leur seule foi. En plusieurs circonstances, le Christ a accompli des miracles sans même connaître la foi du malade. Les morts qu’il a ressuscités ne pouvaient avoir la foi et donc le miracle ne se produisait pas conformément à leur foi. L’entourage même des personnes décédées ne montrait pas toujours une foi particulière. Pour la veuve de Nain, on ne dit pas quelle avait la foi, mais seulement quelle pleurait son fils mort. Mais au moment même où le Seigneur s’approcha d’elle et, plein de pitié, dit: Ne pleure pas (Lc 7,13), peut-être la foi de cette femme en Sa puissance s’était-elle éveillée. Ni Marthe ni Marie, sœurs de Lazare, ne croyaient vraiment que le Christ ressusciterait leur frère défunt, et cela au bout de quatre jours. Seul le notable Jaïre avait une grande foi en Christ, en Lui disant : Ma fille est morte à l’instant; mais viens lui imposer ta main et elle vivra (Mt 9, 18). C’est ainsi que le Christ guérissait de nombreux malades graves non selon leur foi, mais surtout selon la foi de leurs parents ou amis. C’est ainsi qu’il a guéri le serviteur d’un centurion à Capharnaüm (Mt 8), non selon la foi de cet homme gravement malade, mais selon la foi du centurion ; de même a-t-Il guéri la fille d’une Cananéenne selon la foi de sa mère (Mt 15, 22), comme II a guéri de nombreux épileptiques, possédés, sourds-muets, selon la foi de leurs parents ou amis qui les avaient transportés jusqu’à Lui (Mt 9, 32; 15, 30; 17, 14; etc.) Les possédés de Gadara avaient été affranchis des démons et guéris sans tenir compte de leur propre absence de foi ni de celle de leur entourage, mais selon l’économie du salut des hommes, afin d’éveiller la foi dans les âmes engourdies et encourager ceux qui avaient peu de foi (Mt 8,26).

Dans le cas de ce paralytique, on voit la grande foi qui animait ceux qui l’ont conduit jusqu’au Christ. Le Seigneur n’avait pas besoin d’évaluer leur foi selon des signes extérieurs; Il regardait directement dans leurs cœurs et voyait leur foi. Mais nous, qui ne voyons pas dans les cœurs, nous sommes en mesure à partir de signes extérieurs de voir que leur foi était réellement grande. Que quatre hommes décident de transporter un malade dans un état désespéré jusqu’au Christ, n’est-ce pas là une grande marque de foi ? Monter sur le toit, l’ouvrir et descendre le malade à travers le toit jusqu’au Christ, n’est-ce pas là le signe évident d’une grande foi? Songez seulement au risque auquel ces quatre hommes s’étaient exposés et aux moqueries dont ils auraient été l’objet de la part de leurs voisins, s’ils avaient dû, après tant d’efforts et après avoir ouvert le toit de cette maison, ramener le malade chez lui sans qu’il ait été guéri ! A cette époque comme aujourd’hui, les gens ont peur des moqueries et craignent l’échec. Seuls ceux qui ont une grande foi n’ont pas peur de la moquerie et ne craignent pas l’échec, ils ne songent même pas à la moquerie et ne doutent pas du succès.

Le Seigneur aurait donc pu guérir ce malade, à la seule vue de ceux qui l’avaient transporté. Mais il y a des signes qui montrent que le malade lui- même avait la foi. Tout d’abord, un homme tant soit peu conscient, s’il n’avait pas eu la foi, aurait-il permis que des hommes le traînent dans son lit dans les rues, et, chose plus importante, aurait-il permis qu’on le hisse sur un toit puis qu’on le fasse descendre à travers le toit dans une maison ? Mais il y a un autre signe intérieur de la foi de ce malade. Le Seigneur s’adresse à lui en disant : mon enfant, tes péchés sont remis. Le Seigneur aurait-il dit mon enfant à un païen ? Aurait-on pu dire à quelqu’un qui ne se repent pas : tes péchés sont remis? Quand le Christ a voulu ressusciter le fils de la veuve de Naïn, Il ne lui pas dit mon enfant, mais: Jeune homme (Lc 7,14). Car un mort ne peut avoir la foi, ni se repentir. Ici, cependant, Il dit au malade : mon enfant. D’ailleurs le Seigneur n’a-t-Il pas dit: si un homme se repent, remets-lui (Lc 17, 3) ? Le repentir est donc la condition du pardon. Or il n’y a pas de repentir sans honte et sans crainte de Dieu ni sans foi en Dieu.

Et voici que quelques scribes se dirent par-devers eux : « Celui-là blasphème» (Mt 9, 3). Ainsi songèrent ceux qui ne se réjouissent pas devant le bien, étant les alliés et les esclaves du mal, ou bien ceux qui disaient : « Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu ? » Ces pauvres âmes qui se considèrent comme de très grands sages et cherchent à faire descendre le Christ à

leur niveau — sinon encore plus bas —, ne peuvent concevoir dans leur esprit étroit et obscurci que Dieu pouvait apparaître en homme et que cela s’était produit sous les traits du Seigneur Jésus-Christ Lui-même. Ils ne tiennent pas compte des souffrances du malade et encore moins de sa guérison ; ils guettent seulement une parole du Christ, afin de pouvoir L’humilier et L’éloigner de leur route et de leur conscience. Car II les dominait trop.

Et Jésus, connaissant leurs sentiments, dit: «Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs?» (Mt 9, 4). Or les scribes qui étaient là n’avaient pas ouvert la bouche; ils n’avaient exprimé ces pensées que «dans leur cœur» ; on ne dit pas dans leur esprit mais dans leur cœur, ce qui signifie que ces pensées étaient pleines d’amertume et de haine. Ils ne venaient pas entendre le Christ comme des croyants ni comme des observateurs objectifs, mais comme des espions et des persécuteurs. S’ils avaient été des croyants, ils se seraient réjoui des paroles et des actes du Christ comme les autres hommes qui voyaient et louaient le Christ. S’ils avaient été des observateurs objectifs, ils auraient cru en Christ, comme le centurion placé sous la Croix au Golgotha. Celui-ci observait de façon objective et désintéressée ce qui était en train de se produire, et quand il vit la crainte, le choc et la terreur avec lesquels la nature avait accompagné la mort du Christ, il s’écria : Vraiment celui-ci était Fils de Dieu! (Mt 27,54).

Le Seigneur Jésus avait vu leurs pensées. Qui peut voir des pensées sinon Dieu ? Toi qui sondes les cœurs et les reins, ô Dieu le juste! s’écrie David (Ps 7, 10). Moi, Seigneur, je scrute le cœur, je sonde les reins, pour rendre à chacun d’après sa conduite, dit le Seigneur Lui-même à travers le prophète Jérémie (Jr 17, 10). Salomon dans sa prière, dit à Dieu: Tu es le seul à connaître le cœur des hommes (2 Ch 6, 30). Et voilà que le Seigneur Jésus voit dans les cœurs les pensées qui s’y trouvent. De même que la terre ne peut voir un œil, alors qu’un œil peut voir la terre, de même toutes les créatures terrestres, recouvertes par le temps, ne peuvent percer les mystères de l’éternité, tandis que l’œil de l’éternité peut discerner et voir tout ce qui est sur terre et dans le temps. Avec le regard de l’éternité, le Seigneur Jésus a été capable de discerner et de voir tout ce qui se dissimule dans les profondeurs des mers, dans les profondeurs du cœur humain, comme dans toutes les profondeurs du temps et de l’espace.

Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs ? demande le bienveillant Seigneur à ceux qui l’espionnent et le persécutent. Ah, quelle pureté infinie dans les pensées de Jésus ! Quelle beauté indescriptible dans Son cœur ! Et quelle douceur d’agneau ! Pourquoi avoir de mauvaises pensées ? Pourquoi ne pas avoir de bonnes pensées ? Pourquoi s’attendre au mal ? Pourquoi ne pas s’attendre au bien? Pourquoi se réjouir devant le mal? Pourquoi ne pas se réjouir devant le bien? Pourquoi se tenir près d’une source d’eau claire et attendre que de l’eau trouble s’en écoule ? Pourquoi regarder le soleil et attendre l’éclipse ? Débarrassez-vous de ces mauvaises habitudes et réjouissez-vous de la limpidité de l’eau et de l’éclat du soleil! Le Seigneur ne se moque pas, Il n’agresse pas, Il ne persifle pas, comme le ferait un simple mortel envers ses ennemis, s’il avait réussi à rendre santé et force à un homme paralysé. En vérité, même le médecin le plus attentionné ne pourrait pas s’adresser de façon plus délicate à ses malades les plus graves que le doux et tendre Seigneur quand II demande à ceux qui le persécutent : Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs quand il vous est possible d’avoir de bonnes pensées, de s’attendre au bien et de se réjouir devant le bien ?

Quel est donc le plus facile, de dire: Tes péchés sont remis, ou de dire: Lève-toi et marche ? Eh bien, pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés: «Lève-toi», dit-il alors au paralytique, «prends ton lit et va-t’en chez toi». Et se levant, il s’en alla chez lui (Mt 9, 5-7). Dire un mot équivaut pour le Seigneur à accomplir un acte. Dans le langage ordinaire des mortels, il est aussi facile de dire: «tes péchés sont remis » et « lève-toi et marche », car l’une et l’autre expression n’entraînent aucune conséquence. Mais pour le Seigneur exempt de péché, la parole est la même chose qu’une action. C’est pourquoi Lui-même pose la question : qu’est-ce qui est plus facile, pardonner ses péchés à un homme ou le relever de son lit en bonne santé ? L’un et l’autre sont tout aussi impossibles à accomplir pour un mortel ordinaire. Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible (Mt 19, 26). Qu’est-ce qui est donc plus facile: guérir l’âme ou guérir le corps? L’âme ne peut pas être guérie autrement qu’à la suite de la rémission des péchés. Quand les péchés sont pardonnés, l’âme est assainie, et pour une âme saine, il est facile de guérir le corps. Par conséquent, il est infiniment plus important de pardonner ses péchés au malade que de le mettre sur pied, de même qu’il importe plus d’extirper les vers des racines de l’arbre que de le nettoyer des vers de l’extérieur. Car tant que les vers sont dans l’arbre, leur présence reste forte à l’extérieur. Le péché est cause de maladie, spirituelle et physique, et cela pratiquement toujours. Les exceptions sont fournies par des cas où Dieu, dans Sa douce Providence, laisse des maladies physiques atteindre même des justes, comme le montre parfaitement l’exemple du juste Job. Mais la règle vaut depuis la création du monde, selon laquelle le péché est la cause de la maladie. Et Celui qui peut anéantir le péché chez le malade est encore plus en mesure de rendre la santé à son corps. Celui qui peut temporairement offrir la santé au corps, sans être capable de remettre les péchés, serait dans la position d’un agriculteur qui aurait nettoyé son arbre des vers qui le recouvrent, sans être capable d’extirper les vers des racines de l’arbre.

Tout ce qu’il accomplit, le Seigneur Jésus le fait parfaitement, dans l’ordre et sans commettre d’erreur. Il a voulu rendre au malade toute sa santé, aussi bien spirituelle que physique. C’est pourquoi II a d’abord soigné l’âme, puis II attend que les scribes soient intervenus en disant : Celui-là blasphème, pour avoir l’occasion d’expliquer le lien entre le péché et la maladie, insister sur la prédominance de l’âme sur le corps et souligner Sa puissance divine encore plus fortement. Un malade grave se voit prescrire parfois une forte dose d’un remède. Ici, le Seigneur n’invoque pas le Père céleste, mais Son propre pouvoir éternel et Sa puissance. Il faut relever les mots suivants : le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés. C’est seulement pendant que l’homme mène cette vie sur terre que ses péchés peuvent être remis. Mais quand il a quitté la terre, les pardons cessent. Dans l’autre monde, il n’y a pas de pardon pour les pécheurs qui sont partis de ce monde-ci sans se repentir. D’où l’expression : sur la terre.

Lève-toi, prends ton lit et va-t’en chez toi! C’est très résolument que le Seigneur s’adresse au malade ; il ne parle pas comme le font les scribes, mais comme Celui qui détient le pouvoir. Et de même qu’il dispose du pouvoir de pardonner à l’âme les péchés commis, Il a aussi le pouvoir d’ordonner au corps d’être en bonne santé. Mais afin qu’il n’y ait aucun doute quant à la guérison du malade, le Seigneur lui ordonne de prendre tout seul son lit sur lequel quatre hommes l’avaient transporté, et de rentrer chez lui. Pourquoi lui ordonne-t-Il de rentrer chez lui ? D’abord parce que le Seigneur se réjouit devant le bonheur d’autrui et souhaite que celui qui vient d’être guéri rentre le plus vite possible chez lui et apporte, là où la tristesse a régné si longtemps, la joie à tous ses proches qui ont pris soin de lui pendant sa maladie. Ensuite, pour montrer aux scribes épris de gloire que ce que Lui-même accomplit, Il le fait uniquement par pur amour des hommes et non comme eux, qui agissent pour que les hommes chantent leurs louanges. De même que le berger ne cherche pas à ce que son troupeau le flatte, le Christ ne souhaite pas que les hommes le louent. De la gloire, je n’en reçois pas qui vienne des hommes, a-t-Il dit en une autre circonstance (Jn 5, 41), comme II a voulu le montrer dans cet épisode-ci.

A cette vue, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu d’avoir donné un tel pouvoir aux hommes (Mt 9, 8). Tandis que les scribes blasphémaient le Christ dans leurs cœurs, le reste du peuple dont la vanité sociale n’avait pas tout à fait obscurci l’esprit et empoisonné le cœur, s’émerveillait et glorifiait Dieu à la suite d’un acte encore jamais vu, que le Seigneur avait accompli sous les yeux de tous. Ce peuple qui s’émerveille ainsi et célèbre Dieu, est nettement meilleur que ses scribes obtus ; il est beaucoup plus proche du bien et de la vérité que les païens de Gadara qui avaient vu un miracle et n’avaient pas glorifié Dieu, s’affligeant du sort de leurs porcs, et qui avaient chassé le Christ ami-des-hommes de leur territoire. Cependant, même ce peuple-ci n’avait pas compris la puissance divine, issue de la source originelle, du Christ Sauveur. Ce peuple-ci glorifie Dieu d’avoir donné un tel pouvoir aux hommes, mais il ne voit pas et ne reconnaît pas le Seigneur Jésus comme Fils Unique de Dieu.

Mais ce que les hommes de cette époque ne furent pas tous capables de voir et de reconnaître, nous le voyons et le reconnaissons, nous, à qui à travers l’Eglise la grâce a été donnée de voir et de reconnaître la vérité. Apprenons donc à nous réjouir devant le bien, car tout bien vient de Dieu ; nous apprendrons ainsi à nous réjouir devant Dieu, source vivifiante de la joie éternelle. Comme le dit le prophète inspiré : J’exulte et me réjouis en Toi, je chante Ton nom, Très-Haut (Ps 9, 3). Cette joie nous ouvrira les yeux afin que nous voyions toute la plénitude de la vérité dans le Seigneur Jésus; et elle nous ouvrira la bouche afin que nous Le reconnaissions et Le célébrions comme Fils de Dieu, Sauveur unique des hommes et seul ami-des-hommes. Gloire et louanges à Lui, avec le Père et le Saint- Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.