(Jn 12,1-18)

Qui apporte une joie encore plus grande dans une maison ? Un ami de cette maison.

Qui apporte la plus grande joie dans une maison ? Le maître de maison quand il revient après une longue absence.

Bénies soient les mains qui accueillirent le Christ Seigneur comme un bon invité et L’hébergèrent !

Bénie soit la bouche qui Le salua comme un ami !

Bénies soient les âmes qui Le vénérèrent avec un chant de louange comme pour le maître de maison !

Mais certains ne Le reconnurent pas et ne L’accueillirent ni comme un invité, ni comme un ami, ni comme le maître de maison, mais avec leurs mains levèrent la pierre sur Lui et avec leurs âmes mortelles, préparèrent la mort pour Son corps.

Le caractère divin du Seigneur Jésus était tel que, partout où II allait, Dieu dans un corps d’homme, les hommes se divisaient à droite et à gauche de Lui, comme ils se diviseront lors de Sa dernière apparition au dernier jour de ‘l’Histoire terrestre. De nos jours encore, dans une discussion menée dans le monde au sujet du Seigneur Jésus, les hommes se divisent, les uns à droite et les autres à gauche. Comme cette division devait être tranchante à l’époque de Sa vie physique sur la terre !

L’évangile de ce jour décrit deux cas de discorde sévère entre les hommes à ‘propos de notre Seigneur. Dans le premier cas, lors d’un repas dans le village de Béthanie, les assistants étaient si divisés, que d’un côté se retrouvèrent les apôtres, Lazare le ressuscité et ses sœurs Marthe et Marie qui avaient accueilli le Seigneur, et de l’autre Judas le traître, qui protesta parce que Marie avait versé de l’huile parfumée sur la tête du Seigneur.

Dans le deuxième cas, on trouvait d’un côté le peuple qui avait accueilli solennellement le Seigneur lors de Son entrée à Jérusalem, et de l’autre côté les pharisiens, les scribes et les grands prêtres, qui se concertaient en vue de tuer non seulement le Christ mais aussi Son ami Lazare.

Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare, que Jésus avait ressuscité d’entre les morts (Jn 12, 1). Où était le Seigneur auparavant? L’évangile précédent montre qu’aussitôt après la résurrection de Lazare II s’était retiré dans une région voisine du désert, dans une ville appelée Ephraïm (Jn 11, 53). Il s’était éloigné afin que les chefs hébreux ne L’arrêtent pas et ne Le tuent pas, car la résurrection de Lazare avait impressionné ces hommes insensés plus que tous Ses autres miracles. On voit que Lazare était un homme connu et éminent, comme en témoignent les très nombreuses visites faites à son domicile, aussi bien lors de sa mort qu’après sa résurrection.

Beaucoup d’entre les Juifs étaient venus auprès de Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère (Jn 11,19) et Beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient et croyaient en Jésus (Jn 12, 11). Mais comme Son temps n’était pas encore venu, le Seigneur s’éloigna de Jérusalem et se mit à l’abri de Ses ennemis malveillants. Cela aussi, Il le fit pour nous. Tout d’abord, pour que Sa mort n’eût pas lieu dans le secret mais devant des centaines de milliers de témoins, réunis pour la Pâque à Jérusalem, afin que le monde entier sût qu’il était mort sans aucun doute, et que par la suite le miracle de Sa résurrection fut évident et indubitable. Et en second lieu, pour nous enseigner la soumission parfaite à la volonté de Dieu, afin que nous ne nous précipitions pas à tout prix dans la mort, selon nos propres conceptions, mais que nous nous interrogions sur la volonté de Dieu et soyons prêts à souffrir à l’heure où cela nous sera révélé. Car si nous nous abandonnons complètement à la volonté de Dieu, pas un cheveu de notre tête ne se perdra (Lc 21,18) et tout se produira pour nous à l’heure où cela doit se produire, ni avant, ni après. Si nous sommes dignes de mourir en martyr pour le Christ Seigneur, et si nous sommes totalement soumis à la volonté de Dieu, en quête de la gloire de Dieu et non de la nôtre, alors notre mort en martyr se produira au moment voulu et de la manière la plus utile pour nous et nos proches. Il ne faut donc pas s’imaginer que le Seigneur Jésus cherchait à échapper à la mort et se mettre à l’abri de Ses bourreaux : Il ne cherchait pas à y échapper, mais voulait la retarder jusqu’à l’heure déterminée par Son Père, où Sa mort serait la plus utile pour le monde. Le fait que le Seigneur n’avait pas de crainte du martyre et de la mort, apparait dans l’Évangile aussi clairement que la lumière du soleil. Un jour, Il était en train de prédire Son martyre et Sa mort, quand Pierre s’efforça de repousser de telles pensées en essayant de Le convaincre que cela ne Lui arriverait pas ; le Seigneur l’admonesta en lui disant ces paroles terribles : « Passe derrière moi, Satan, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! (Mc 8, 33).

Six jours avant la Pâque, le Seigneur revint à Béthanie, où vivait Son ami Lazare (Jn 11, 11) qu’il avait ressuscité d’entre les morts. Un repas y avait été préparé pour Lui : On Lui fit là un repas. Marthe servait. Lazare était l’un des convives (Jn 12, 2). L’évangéliste Jean ne précise pas la maison où ce repas a eu lieu. On pourrait penser à première vue que c’était la maison de Lazare lui-même. Mais selon les évangélistes Matthieu (Mt 26, 6) et Marc (Mc 14, 3), il semble évident que cela se passait dans la maison de Simon le lépreux, puisque tous deux décrivent le même événement que Jean. Autrement, il faudrait s’imaginer qu’un même événement s’est produit à deux reprises à Béthanie, en un laps de temps très court : une fois dans la maison de Lazare et une autre fois dans celle de Simon le lépreux, ce qui est peu vraisemblable. Ce Simon avait accueilli le Seigneur chez lui, sans doute parce que le Seigneur l’avait guéri de la lèpre. On ne peut imaginer, compte tenu de la sévérité de la loi de Moïse, qu’un lépreux pût préparer des repas et recevoir autant d’invités, alors que ses parents les plus proches n’osaient pas avoir de contact avec lui. Or, Lazare était l’un des convives. L’évangéliste insiste particulièrement là-dessus, pour prouver la réalité de la résurrection de Lazare. Le mort ressuscité menait la vie ordinaire des hommes charnels : il se déplaçait, il allait chez des amis, il mangeait et buvait. Il n’était pas une ombre fugitive, apparaissant soudain devant les hommes puis s’évanouissant rapidement, mais un homme normal, vivant et en bonne santé, tel qu’il était avant sa mort et sa maladie. Le Seigneur l’avait ressuscité, puis s’était éloigné de Béthanie pour se rendre dans la cité d’Éphraïm. En présence comme en absence du Christ, Lazare le ressuscité était tout autant un homme vivant ; il n’est donc pas vrai que Lazare n’apparaissait vivant aux hommes qu’en présence et sous la «suggestion» du Christ. Maintenant que le Seigneur était revenu à Béthanie, Lazare était assis avec Lui, à la table de son voisin et peut-être parent, Simon. Quelle scène magnifique ! Le Seigneur était assis à table avec deux hommes auxquels Il avait donné plus que tout l’univers pouvait leur donner: l’un, Il l’avait ressuscité d’entre les morts, et l’autre, Il l’avait guéri de la lèpre. Le corps de l’un avait commencé à pourrir dans la tombe, alors que le corps de l’autre était rongé par la lèpre. Il avait, avec Sa puissance de thaumaturge, redonné la vie à l’un et la santé à l’autre. Et maintenant, sur le point de se mettre en route vers la Croix vénérable, Il s’est réfugié chez eux et a trouvé en eux des amis reconnaissants. Ah, si nous savions tous combien le Christ nous sauve chaque jour de la pourriture de cette terre et de la lèpre de cette vie brûlante, nous Lui donnerions l’hospitalité sans cesse dans notre cœur et L’empêcherions de quitter notre âme !

Alors Marie, prenant une livre d’un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux; et la maison s’emplit de la senteur du parfum (Jn 12, 3). Les évangélistes Matthieu et Marc disent que cette femme a versé du parfum sur la tête du Christ, et saint Marc précise même : Brisant le flacon, elle le Lui versa sur la tête (Mc 14, 3). Les parfums les plus précieux étaient conservés dans des flacons bien soudés et solidement cachetés. Cette femme brisa d’abord le col du flacon, puis versa le parfum d’abord sur Sa tête — en signe de respect infini envers Lui et en guise d’humilité — puis sur Ses pieds. Elle n’avait pas essayé d’ouvrir lentement le flacon, mais le brisa dans l’intention de verser tout le parfum sur le Seigneur, sans rien laisser. Ainsi, tandis que Marthe servait dans la maison et autour de la table, comme toujours, Marie rendait à sa façon hommage au Maître prodigieux. Deux sœurs exprimaient leur respect envers le Seigneur, de deux façons différentes. En une autre circonstance, alors que Marthe était en train de servir et que Marie était assise aux pieds du Christ et écoutait Ses saintes paroles, le Seigneur avait rendu un plus grand hommage à Marie qu’à Marthe en disant : C’est Marie qui a choisi la meilleure part (Lc 10,42), en voulant ainsi distinguer l’importance primordiale de l’ardeur spirituelle par rapport à l’ardeur physique. Et maintenant, Marie s’était procuré un parfum précieux de nard pur et, conformément à la coutume orientale, l’avait versé sur la tête puis sur les pieds de Celui dont la pureté surnaturelle avait nettoyé et parfumé son âme. Lors de cet événement, les assistants avaient exprimé des sentiments différents ; tous se taisaient et avaient tacitement approuvé le geste de Marie, mais un seul d’entre eux ne s’était pas tu et n’avait pas approuvé ce geste.

Voici comment l’évangéliste Jean, lui-même présent lors de cet événement, décrit le mécontentement de cet homme : Mais Judas l’Iscariote, l’un de Ses disciples, celui qui allait Le livrer, dit : «Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers qu’on aurait donnés à des pauvresMais il ne dit pas cela par souci des pauvres, mais parce qu’il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu’on y mettait (Jn 12, 4-6). Selon les évangélistes Matthieu et Marc, Judas n’avait pas été le seul à exprimer son mécontentement; les autres disciples l’auraient fait (Matthieu), voire certains autres assistants (Marc). Le fait que d’autres aient marqué leur mécontentement, soit en secret dans leur âme, soit à mi-voix, apparaît clairement dans la réponse du Christ, dans l’évangile de ce jour : «Laissez-la [..]; les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous; mais moi, vous ne ni aurez pas toujours (Jn 12,7-8). Le Seigneur répond ainsi au pluriel, à plusieurs personnes. Mais quel qu’ait été leur mécontentement et aussi notables qu’ils fussent, le fait principal est que Judas a exprimé son mécontentement avec beaucoup de véhémence, de bruit et de vivacité. Pourquoi est-il le seul que l’évangéliste Jean mentionne, et cela à dessein avec son nom complet et en le désignant comme traître ? Afin que les lecteurs ne le confondent pas avec un autre apôtre nommé Judas. Judas proteste donc parce que ce parfum précieux est versé pour rien, qu’il n’a pas été mis en vente et le produit de la vente distribué aux pauvres. Il précise même la valeur élevée de cette huile parfumée : trois cents deniers. C’est effectivement un prix élevé, l’équivalent de plusieurs ducats en or. Mais cela montre précisément le très grand respect plein de crainte que Marie avait à l’égard du Seigneur Jésus. Qui sait combien de temps il lui a fallu pour épargner tout l’argent nécessaire pour acheter ce flacon, qui allait immortaliser cet instant ? Judas, lui, avait été profondément perturbé parce que quelques ducats en or n’avaient pas tinté dans sa poche. L’évangéliste Jean dit ouvertement qu’il était voleur. Bien entendu, Jésus le savait, Il savait que Judas avait volé dans la cassette où étaient rassemblés les dons destinés aux pauvres. Mais tout en le sachant, Il n’avait jamais réprimandé Judas pour ce vol, peut-être parce que Lui-même méprisait profondément l’argent et qu’il ne voulait pas en parler, peut-être parce qu’il attendait le moment où en une phrase, Il dirait tout ce qu’on pouvait dire sur Judas. Voici ces paroles terribles que le Seigneur a prononcées devant Ses disciples : N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les Douze ? Et l’un d’entre vous est un diable (Jn 6, 70-71). Pourquoi donc n’appeler Judas que voleur, quand il mérite d’être appelé diable ?

Devant le mécontentement exprimé par Judas, voici ce que Jésus répond: Laisse-la: c’est pour le jour de ma sépulture quelle devait garder ce parfum. Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours (Jn 12, 7-8). Quelle réponse admirable et touchante ! Cette même bouche qui a dit: C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice (Mt 12, 7) et qui a dit au jeune homme riche : Vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres (Mt 19, 21) — cette bouche justifie maintenant Marie pour avoir versé un parfum précieux. N’y a-t-il pas là une contradiction? Non, nullement car ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme (Mt 4, 4) ; ce geste de Marie représente autant un sacrifice qu’un geste de miséricorde, un acte de miséricorde envers le plus grand Pauvre qui ait jamais foulé cette terre. En effet, un pauvre qui a toujours été pauvre et dont les grands-pères et les aïeux ont été pauvres, n’est pas si pauvre ; en revanche, un roi qui se met au niveau des pauvres est un véritable pauvre, et que dire du Roi des rois qui a régné depuis l’origine sur les armées immortelles des anges, avant de devenir homme par philanthropie, en naissant dans une grotte et devenir le serviteur de tous? Les bœufs et les moutons ont offert une étable à ce nouveau-né; et à Sa mort, qui allait oindre Son corps, au moins autant qu’on avait l’habitude de le faire même pour les pauvres venant de mourir? C’était Marie. Comme instruite par l’Esprit, elle accomplit d’avance son action d’onction du corps du Christ, Le préparant ainsi pour la sépulture. Pour elle, ce repas est le dernier repas, où elle accomplit un mystère non sur un vivant, mais sur le Seigneur mort. Comme si elle savait que le thaumaturge puissant qui avait fait revenir son frère parmi les vivants et ramené le maître de maison lépreux parmi les gens en bonne santé, se retrouverait dans deux-trois jours aux mains de criminels qui Le feraient ensuite mourir en criminel. C’est pourquoi — ne la touchez pas ; laissez- la accomplir son rite funéraire sur moi. Alors que les pauvres, vous les aurez toujours avec vous, et prenez donc soin de respecter avec eux mon commandement de miséricorde. Ce que vous avez fait aux pauvres, vous l’avez fait à moi ; de même, ce que vous avez fait à moi, vous l’avez fait aux pauvres. Ce que vous avez fait à moi, je vous le rendrai au centuple, à vous et à vos pauvres. Le Seigneur a dit encore : En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l’Evangile, au monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce quelle (Marie) vient de faire (Mc 14, 9). Voyez comme notre Seigneur et roi, récompense royalement l’attention qui vient de Lui être faite ! Il récompense l’amour par un amour au centuple ; quant aux trois cents deniers dépensés, que Judas regrettait tellement, Il les rembourse à Marie par une gloire immortelle. Pour trois cents deniers, que Judas le voleur aurait cachés dans l’ombre avec le nom de Marie, Marie avait acheté un joyau impossible à payer, en fait une leçon utile à des millions et des milliards de chrétiens, montrant comment le Seigneur récompense royalement ceux qui Le servent.

La grande foule des Juifs apprit qu’il était là et ils vinrent, pas seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu’il avait ressuscité d’entre les morts. Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient et croyaient en Jésus (Jn 12, 9-10). Voilà de nouveau les hommes divisés devant la puissance du Christ ! Les uns vont voir le thaumaturge et Lazare, le miracle des miracles ; d’autres complotent pour les tuer tous deux, c’est-à-dire le Christ mais aussi Lazare. Pourquoi Lazare ? Afin de détruire ainsi un témoin vivant du miracle accompli par le Christ. Mais pourquoi ne se décidèrent-ils pas alors à tuer tous les autres, hommes, femmes et enfants, devant lesquels le Seigneur avait montré Sa puissance divine, tous les aveugles qui avaient recouvré la vue, les sourds qui s’étaient mis à entendre, les muets qui s’étaient remis à parler, les possédés qui avaient recouvré la raison, les morts qui avaient ressuscité les lépreux qui avaient été purifiés, les paralysés qui avaient été guéris, ainsi que les handicapés, les boiteux, les insensés et tous les autres qui avaient été guéris par miracle ? Des témoins de la puissance thaumaturgique du Christ existaient dans les villes et les villages de toutes les terres d’Israël. Pourquoi les grands prêtres n’avaient pas décidé de les tuer tous, mais seulement Lazare? Ce n’était pas parce que tous ces êtres maléfiques avaient peur du sang et qu’ils éprouvaient de la compassion pour les autres, mais simplement parce que cela était irréalisable et même dangereux pour eux-mêmes. Ils voulaient tout particulièrement tuer Lazare parce que sa résurrection avait suscité semble-t-il, en Judée, une émotion plus forte que tout autre miracle du Sauveur; mais aussi parce que tout le monde brûlait d’envie de voir Lazare et, après l’avoir vu, se mettait à croire dans le Seigneur Jésus ; et peut-être aussi parce que la Pâque était toute proche, ce qui leur faisait craindre que tout le peuple rassemblé à Jérusalem pour la Pâque se mette en route vers Béthanie afin d’y voir le mort ressuscité et croie en Christ. Ainsi, tandis que le peuple cherchait le salut, ses chefs spirituels s’efforçaient de lui barrer la route vers le salut. Mais toutes ces tentatives de ces chefs maléfiques contre les actions de Dieu, restèrent vaines. Plus ils tentaient de contenir l’œuvre de Dieu, plus elle apparaissait au grand jour. Cela sera confirmé clairement plus tard en ce qui concerne l’Eglise du Christ, jusqu’à nos jours ; des armées entières d’ennemis du Christ l’ont attaquée, de l’extérieur comme de l’intérieur, mais toutes ces attaques non seulement n’ont pas réussi à la détruire, mais au contraire ont contribué à propager l’Église et à la consolider dans le monde. Les faibles mains d’hommes ne peuvent pas lutter contre le Créateur Tout-puissant et Son œuvre. Ce que Lui-même souhaite, se produit en dépit de toutes les forces contraires en enfer et sur terre.

L’événement décrit dans l’évangile de ce jour montre combien le peuple était plus ouvert à la vérité que ses chefs, et combien il était plus magnanime et reconnaissant. Cet événement, c’est l’entrée solennelle du Christ à Jérusalem.

Le lendemain, la foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem; ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à Sa rencontre et ils criaient: «Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël!» (Jn 12, 12-13). Au lendemain du repas de Béthanie, le Seigneur se mit en route vers Jérusalem, la ville où on tue les prophètes. Mais Jérusalem n’était pas seulement la demeure des pharisiens obtus, des scribes prétentieux et des grands prêtres adversaires de Dieu, mais aussi une fourmilière invraisemblable d’êtres inconnus, un camp énorme de pèlerins et de dévots. À l’époque de la Pâque, Jérusalem abritait quasiment autant de gens que Rome, qui était alors la capitale impériale. Cette immense masse humaine se rassemblait à Jérusalem, afin de se sentir plus près de Dieu. On ne peut pas dire que le cœur d’une masse populaire incontrôlée n’est pas quelque peu visionnaire. Dans ce cas, ce jour-là, il pressentit en vérité la proximité mystérieuse de Dieu et devina dans le Seigneur Jésus le roi tant espéré, issu de la lignée de David. C’est pourquoi, tandis que le Seigneur descendait du Mont des Oliviers, cette foule montait à Sa rencontre. Les uns avaient étendu leurs manteaux sur Son chemin, d’autres avaient coupé des branches d’oliviers et d’autres arbres, aménageant ainsi la voie devant Lui, d’autres encore avaient pris dans le même but des rameaux de palmiers, et tous ensemble, tout joyeux, Le saluaient en criant : Hosanna! Hosanna au fils de David! Hosanna au plus haut des cieux! Béni soit le roi d’Israël qui vient au nom du Seigneur! Nonobstant le régime de fer imposé par les Romains, nonobstant la perversion et la mesquinerie partisane de ses chefs, l’âme populaire croyait à la possibilité d’un miracle de Dieu qui changerait soudainement l’ensemble de leur condition insupportable. L’âme populaire sentait que ce miracle était personnifié par le Seigneur Jésus. C’est pourquoi II fut accueilli avec autant de joie. Le peuple ignorait comment II allait accomplir un changement aussi profond ; il avait été éduqué avec l’idée qu’il n’y aurait qu’une seule façon d’effectuer un tel changement, qui aurait lieu quand un roi issu de la lignée de David se mettrait à régner à Jérusalem, sur le trône de David. Le peuple voyait ce roi en Jésus, Le saluant avec joie et avec l’espoir qu’il allait régner à Jérusalem en dépit de Rome et en dépit de Jérusalem. Mais cet espoir populaire provoqua la peur chez les Pharisiens, et la joie populaire déclencha leur fureur. C’est pourquoi des Pharisiens dirent au Christ de réprimander ces cris populaires. Mais le doux Seigneur, conscient du caractère irrésistible de Sa puissance, leur répondit : Si eux se taisent, les pierres crieront (Lc 19, 40). Telle fut la réponse du Roi des rois, vêtu comme un pauvre et monté sur un âne. Car les évangélistes précisent que le Seigneur, lors de cette entrée majestueuse, était assis sur un âne.

Jésus, trouvant un petit âne, s’assit dessus selon qu’il est écrit: « Sois sans crainte, fille de Sion: voici que ton roi vient, monté sur un petit d’ânesse» (Jn 12, 14-15). Les autres évangélistes décrivent comment le pauvre Seigneur, n’ayant aucun bien nulle part, avait trouvé ce petit âne. Mais saint Jean passe sur cet épisode connu, et écrit seulement : trouvant un petit âne. C’est l’évangéliste Luc qui fournit le plus de détails sur la puissance visionnaire prodigieuse du Seigneur, qui lui a permis de trouver cet ânon. Il dit aux disciples : Allez au village qui est en face et, en y pénétrant, vous trouverez, à l’attache, un ânon que personne au monde n’a jamais monté; détachez-le et amenez-le» (Lc 19, 30). Ses disciples agirent ainsi et trouvèrent effectivement tout ce qu’il leur avait dit. Avec l’ânon se trouvait une ânesse, sa mère. Pourquoi le Seigneur n’est-Il pas monté sur l’ânesse, plutôt que sur l’ânon que personne jusque-là n’avait monté ? Parce que l’ânesse ne se laissait ni monter ni conduire. L’ânesse représente le peuple d’Israël, l’ânon les peuples païens. C’est l’interprétation des saints Pères et cette interprétation est incontestablement juste. Israël rejettera le Christ, et les païens L’accueilleront. Les païens porteront principalement le Christ à travers l’histoire, et entreront avec Lui dans la Jérusalem du Haut, dans le Royaume céleste.

Cela, Ses disciples ne le comprirent pas tout d’abord; mais quand Jésus eut été glorifié, alors ils se souvinrent que cela était écrit de Lui et que c’était ce qu’on Lui avait fait (Jn 12,16). De façon générale, les disciples comprirent très peu ce qui se passait avec leur Maître jusqu’à ce qu’il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures (Lc 24, 45) et qu’ils fussent illuminés par l’Esprit de Dieu sous la forme de langues de feu. Ce n’est qu’alors qu’ils comprirent tout et se souvinrent de tout.

La foule qui était avec Lui, quand II avait appelé Lazare hors du tombeau et l’avait ressuscité d’entre les morts, rendait témoignage. C’est aussi pourquoi la foule vint à Sa rencontre : parce qu’ils avaient entendu dire qu’il avait fait ce signe (Jn 12, 17-18). Ici, il est question de deux sortes de gens: les premiers qui avaient été témoins directs de la résurrection de Lazare à Béthanie, et les seconds, rassemblés à Jérusalem, qui avaient entendu les premiers leur parler du miracle concernant Lazare. Les premiers avaient porté témoignage, les seconds étaient sortis à cause de ce témoignage pour Le rencontrer. Et tandis que la fumée des sacrifices s’élevait au-dessus du temple de Salomon, que les scribes débattaient de façon ennuyeuse de la lettre morte de la loi de Moïse, que les prêtres obtus déterminaient orgueilleusement l’ordonnancement des cérémonies, que les chefs populaires se glorifiaient en montrant au peuple, pleins de suffisance, que toute cette foule s’était rassemblée pour eux, et que les lévites mettaient à part, avec précision et arrogance, les parties des offrandes qui leur revenaient, le peuple attendait le miracle et le thaumaturge. C’est pourquoi des vagues immenses d’êtres humains, le dos tourné au temple de Salomon à Jérusalem, c’est-à-dire aux lieux de sacrifices et aux prêtres et à toute la machinerie impuissante de cette société citadine artificielle, dirigeaient leurs regards vers le Mont des Oliviers, dont le thaumaturge descendait les pentes. Car quelle est l’utilité des tours mortes de Jérusalem, avec des morts-vivants dedans, pour l’âme d’un peuple affamée et assoiffée, qui cherche une fenêtre dans le ciel fermé et la vision du Dieu vivant? Les deux orgueils dont Jérusalem était pleine et même saturée, étaient celui des romains et celui des pharisiens, qui n’étaient pas en mesure de faire le moindre petit prodige. Or voilà que du Mont des Oliviers descend Celui qui, par Sa voix a fait sortir du tombeau un homme mort depuis quatre jours, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant revenir de la pourriture sépulcrale !

Ah, si nous détournions notre esprit de la machinerie orgueilleuse mais impuissante de ce monde, pour le diriger vers les hauteurs célestes, à la suite du Christ Roi! Ah, si nous mettions toute notre espérance seulement en Lui ! Notre âme est en quête du vainqueur de la mort, que tout l’univers ne peut vaincre. Le Christ est ce Vainqueur. Notre âme a faim et soif du Roi humble et puissant, humble à cause de Sa puissance et puissant à cause de Son humilité, d’un Roi ami de chacun de nous individuellement, d’un Roi dont le pouvoir n’a pas de limites et dont la philanthropie n’a pas de mesure. Le Seigneur Christ est un tel Roi. Pour Lui, exclamons-nous tous: Hosanna, Hosanna! Gloire et louange à Lui, avec le Père et le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.