(Lc 8, 5-15)

Le monde entier est un long récit, composé de récits innombrables.

Comme un récit déjà raconté, ce monde revêt un caractère passager, ainsi que tout ce qu’il contient. Mais la substance spirituelle, qui se cache dans l’enveloppe de ces récits, demeure durablement et ne meurt pas.

Ceux dont ces récits nourrissent seulement les yeux et les oreilles, continuent à avoir faim spirituellement. Car l’esprit se nourrit de la substance de ces récits ; or eux ne sont pas capables de parvenir à ce noyau.

Un être charnel et sensible se nourrit des feuillages verts de très nombreux récits et reste toujours affamé et harcelé par la faim. Un être spirituel recherche la substance de ces très nombreux récits et, ne se nourrissant que de la substance, il est rassasié et rempli de paix.

Ces récits correspondent aussi à toutes les choses existantes car, comme les feuillages verts ou comme les écorces, ils enveloppent une substance cachée. Ces récits, ce sont aussi tous les événements qui se produisent, car ils ne sont que le revêtement d’une substance spirituelle, d’un noyau spirituel, d’une nourriture spirituelle. Placé dans ce monde, l’homme est comme immergé dans la mer de la sagesse divine énoncée dans les récits. Or celui qui ne regarde cette sagesse qu’avec ses yeux, ne voit rien d’autre que la robe dans laquelle cette sagesse est enveloppée ; il regarde et voit la toilette de la nature, mais ne voit pas l’esprit et la substance de la nature ; il écoute et entend la nature, mais n’écoute et n’entend que de simples voix, sans comprendre le sens. De même que la substance de la nature ne se donne pas à voir à l’œil nu, de même son sens ne se donne pas à entendre à l’oreille.

En vérité, ce monde est pitoyable et lugubre dans sa précarité fugace, et celui qui s’accrochera à lui comme à quelque chose de substantiel en soi, devra déchoir et se lamenter de douleur et de honte. Mais ce monde constitue un riche trésor d’enseignements sous forme de récits et celui qui aura ainsi compris le monde et tiré profit de lui, ne tombera pas dans la déchéance et n’aura pas honte.

Pour instruire les hommes, le Seigneur Jésus Lui-même a souvent eu recours à des récits observés dans la nature, c’est-à-dire des choses et des événements ayant eu lieu dans ce monde. Souvent, Il prenait pour exemples des choses et des événements ordinaires, afin de montrer la substantifique moelle et le contenu profond qui se cachent au fond de ces récits. Les hommes ordinaires cherchent une signification spirituelle dans des événements extraordinaires et rares, comme des chutes d’étoiles, des tremblements de terre, de grandes guerres, etc. Seuls des hommes extraordinaires cherchent et trouvent un sens spirituel dans des événements ordinaires, très fréquents, quotidiens. Le plus extraordinaire parmi les êtres extraordinaires ayant foulé cette terre, le Seigneur Jésus, a considéré des faits très ordinaires de la vie quotidienne pour révéler aux hommes le mystère de la vie éternelle. Qu’y a-t-il de plus ordinaire que le sel, le levain, le soleil, un moineau, l’herbe et les lis des champs, le blé et l’ivraie, la pierre et le sable ? Aucun de ceux qui regardent chaque jour tout cela avec leurs yeux, ne songerait à y chercher des mystères cachés du royaume de Dieu. Le Christ s’est justement arrêté sur ces objets, attirant l’attention des gens sur eux, afin de révéler des mystères célestes incommensurables, cachés sous leur apparence extérieure. Tout aussi simples et ordinaires sont les événements dont le Seigneur s’est servi afin de présenter et d’expliquer la vie spirituelle de l’homme, toute l’histoire de la déchéance et du salut des hommes, la fin du monde et le Jugement Dernier, ou la miséricorde divine à l’égard des pécheurs. Pendant des siècles, les hommes ont observé des événements ordinaires semblables à ceux décrits dans les récits sur le semeur et la semence, le bon grain et l’ivraie, les talents, le fils prodigue, les injustes vignerons, mais nul n’imaginait que, sous les feuillages de ces récits, se cachait une substance aussi nourrissante pour l’âme humaine, avant que le Seigneur n’en fît Lui-même le récit, interprétant leur signification et dévoilant leur substance.

L’évangile de ce jour concerne le célèbre récit du Christ sur le semeur, qui relate en apparence un événement très ordinaire mais qui dans sa substance profonde, recèle le Seigneur Jésus Lui-même et l’âme humaine, l’enseignement évangélique et l’origine de la chute et le chemin du salut des âmes humaines — tout cela à la fois.

Le semeur est sorti pour semer sa semence (Lc 8, S). Comme ce début est simple et solennel à la fois ! Le temps est venu de semer, les gelées et les neiges ont préparé la terre, le sol a été labouré, le printemps est arrivé, et le semeur est sorti pour semer. Le semeur est sorti de chez lui, pour aller dans son champ afin de semer sa semence — non celle d’autrui mais la sienne. Telle est la simplicité apparente de ce récit. Mais voici sa profondeur interne : le semeur, c’est le Christ, la semence, c’est l’enseignement vivifiant de l’Évangile. Le genre humain a été secoué et préparé au milieu de douleurs et de souffrances millénaires, d’errances et de lamentations, afin de recevoir la semence divine de l’enseignement divin ; des prophètes avaient labouré le champ des âmes humaines et le Christ a brillé comme le printemps après un hiver très long et glacé et, tel un semeur, Il est sorti pour semer. Les prophètes étaient des laboureurs, Lui est le semeur. Si les prophètes ont semé des semences ça et là, ce n’étaient pas leurs semences, elles avaient été prêtées par Dieu. Le Christ est venu semer Sa semence. Le semeur est sorti — mais d’où est-Il sorti et pour aller où ? Le Fils de Dieu est sorti de l’aile éternelle de Son Père, mais II ne s’en sépare pas. Il est apparu dans le corps d’un homme, afin de servir en homme aux hommes. Il est apparu comme la lumière qui émane du soleil, mais sans se séparer du soleil. Il est apparu comme un arbre issu de sa racine, sans se séparer de sa racine. Les âmes humaines, ce sont Ses champs ; Il est sorti sur Ses champs. Il est le semeur véritable, entouré de toutes parts par la paix à cause de sa propriété indiscutable ainsi que de la pureté et de la rectitude de ses chemins, à l’inverse de serviteurs venus de maisons étrangères pour semer leurs semences sur des champs ne leur appartenant pas, qui s’oublient parfois dans leurs forfaits, s’approprient ce qui n’est pas à eux et le présentent comme étant à eux, ce qui les conduit à vivre entourés par l’inquiétude et la peur.

Et comme il semait, une partie du grain est tombée au bord du chemin ; elle a été foulée aux pieds et les oiseaux du ciel ont tout mangé. Une autre est tombée sur le roc et, après avoir poussé, elle s’est desséchée faute d’humidité. Une autre est tombée au milieu des épines et, poussant avec elle, les épines l’ont étouffée. Une autre est tombée dans la bonne terre, a poussé et produit du fruit au centuple. Et, ce disant, il s’écriait: «Entende, qui a des oreilles pour entendre!» (Lc 8,5-8). Ces derniers mots montrent que ce récit contient un sens caché. En effet, si tous les hommes ont des oreilles et peuvent facilement entendre les mots de ce récit, tous ne possèdent pas l’oreille spirituelle nécessaire pour entendre l’esprit qui respire dans ce récit. C’est pourquoi le Seigneur dit: Entende, qui a des oreilles pour entendre!

Tout ce récit est clair et authentique même quand on n’y voit que la description d’un événement ordinaire. Tout agriculteur peut à partir de sa propre expérience confirmer que tout se passe bien ainsi avec une semence semée dans un champ. Chacun d’eux vous expliquera ses efforts et ses difficultés autour de ce travail : empêcher que des routes traversent le champ, enlever les pierres qui encombrent, défricher les broussailles et les brûler, afin de rendre ainsi tout le champ parfaitement exploitable. Mais ce récit n’a pas été raconté pour décrire ce que chacun peut y voir, mais à cause du sens caché dont nul auparavant n’était au courant. Ce récit a donc été raconté à cause de la vérité profonde, durable et spirituelle qui s’y cache.

Le champ représente les âmes humaines, des parties diverses du champ symbolisent la diversité des âmes humaines. Certaines âmes ressemblent au terrain au bord du chemin ; d’autres au sol pierreux du champ ; d’autres sont comme le buisson d’épines, alors que d’autres encore sont comme la bonne terre, éloignée du chemin et dépourvue de pierres et d’épines. Pourquoi le semeur ne sème-t-il pas la semence seulement sur la bonne terre, mais aussi sur le chemin, sur la pierre et dans le buisson d’épines? Parce que la Bonne Nouvelle de l’Evangile est publique, non secrète ; elle n’est ni secrète ni réservée à un certain nombre de gens, comme cela fut le cas de nombreux enseignements autoproclamés, sombres et maléfiques, chez les Grecs et les Égyptiens, dont le but était d’étendre le pouvoir d’un homme ou d’un groupe d’hommes sur d’autres hommes, non le salut des âmes humaines. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour; et ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits (Mt 10, 27). C’est ce qu’ordonnait le Seigneur à Ses disciples — le Semeur principal aux autres semeurs. Il le faisait parce qu’il souhaite le salut de toutes les âmes humaines, car II veut que tous les hommes soient sauvés (1 Tm 2,4), voulant que personne ne périsse (2 P 3,9). Si le Seigneur n’avait semé Son enseignement divin que parmi les hommes bons, alors les mauvais auraient eu le prétexte de dire qu’ils n’avaient même pas entendu parler de l’Évangile. Ils auraient ainsi attribué leur déchéance à Dieu et non à leur état de pécheurs. Mais ils ne chuteront pas par la faute de Dieu, car Dieu est juste, et aucune culpabilité ne saurait même s’approcher de l’éclat de Sa justice.

Le fait que trois parties de la semence soient perdues n’est ni le fait du semeur, ni de la semence, mais de la terre elle-même. De même que ni le Christ ni Son saint enseignement ne sont coupables de la déchéance

de nombre de gens, mais ces gens eux-mêmes. Car ils ne consacreront pas d’efforts ni d’amour pour que le grain qui a été semé se développe, c’est-à-dire le protéger des mauvaises herbes et le préserver jusqu’au moment de donner des fruits. Mais même si trois parties du champ restent infertiles, Dieu aura une récolte abondante de Sa parole. Comme Il avait dit à travers le prophète : Ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission (Is 55,11). Le fait que certains hommes n’ont pas utilisé la parole de Dieu, ne signifie pas que cette parole a été semée en vain. Tout est possible à Dieu: Il peut faire en sorte que Sa récolte soit plus abondante dans la bonne terre. Dans le pire des cas, Sa parole reviendra vers Lui, sous la forme du talent enterré par le mauvais serviteur, ou comme la paix apportée à une maison et non accueillie par cette maison. Comme le Seigneur a dit aux Apôtres d’invoquer la paix pour toute maison où ils entrent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle; si elle ne l’est pas, que votre paix vous soit retournée (Mt 10, 13).

Mais écoutons le Seigneur Lui-même révéler le sens profond de ce récit. En effet, ce récit est l’un des rares épisodes de l’Évangile dont le Christ Lui-même a donné le sens. Il l’a fait parce que les Apôtres eux- mêmes le lui ont demandé : Ses disciples lui demandaient ce que pouvait bien signifier cette parabole. Il dit: «A vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu ;pour les autres, c’est en paraboles, afin qu’ils voient sans voir et entendent sans comprendre» (Lc 8, 9-10). Pour les apôtres, ce récit paraissait, du fait même de sa simplicité, difficilement compréhensible et transposable à la vie spirituelle. Selon l’évangéliste Matthieu, les disciples demandèrent d’abord: Pourquoi leur parles-tu en paraboles} (Mt 13, 10) L’évangéliste Luc ignore cette question et en rapporte une autre: que signifie cette parabole ? Le Christ apporte une réponse aux deux questions. D’abord, Il fait une distinction entre Ses disciples en train de l’écouter et Ses autres auditeurs. Bien que les disciples fussent des hommes simples, la grâce de Dieu était avec eux ; bien qu’ils ne fussent pas à cette époque complètement initiés, leur vision spirituelle était suffisamment ouverte pour connaître les mystères du Royaume de Dieu. Il était donc possible de leur parler directement, sans le recours aux paraboles; en revanche, s’adresser aux autres était impossible sans paraboles. Mais même aux Apôtres, il n’était pas toujours possible de parler sans utiliser des paraboles, comme le montre le dernier discours du Christ: Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures (Jn 16, 25). Pourquoi le Christ s’adresse-t-Il au peuple en paraboles ? S’il leur parlait directement, sans avoir recours à des récits, les gens regarderaient avec leurs yeux charnels et ne verraient rien ; ils écouteraient avec leurs oreilles charnelles et n’entendraient rien. Car les questions spirituelles ne se voient pas avec des yeux de chair, ni ne s’entendent avec des oreilles de chair. Le sens de ces paroles est explicité dans le passage suivant de l’évangéliste Matthieu : C’est pour cela queje leur parle en paraboles :parce qu’ils voient sans voir et entendent sans entendre ni comprendre (Mt 13,13). Cela signifie que, quand le Seigneur leur parle de vérités spirituelles toutes nues, sans les habiller dans des récits ni les confronter à des événements observés dans le monde sensoriel, les gens ne voient pas ces vérités, ils ne les entendent pas ni ne les comprennent. Toutes les vérités spirituelles émanent de l’autre monde — du monde spirituel, céleste — et ce n’est qu’avec la vue, l’ouïe et l’entendement spirituels quelles peuvent être remarquées et comprises. Or ces vérités spirituelles se présentent dans ce monde-ci habillées en choses et en événements. De nombreuses personnes ont perdu la vue, l’ouïe et l’entendement nécessaires pour les vérités spirituelles. Nombre de gens ne regardent que la tenue, n’entendent que la voix extérieure et ne comprennent que les caractéristiques, les formes et la nature des objets et des événements. C’est la vision charnelle, l’ouïe charnelle et l’entendement charnel. Le Seigneur Jésus a reconnu la cécité des gens et c’est pourquoi, en Maître très sage, Il conduit les hommes des choses physiques vers les choses spirituelles et des constatations physiques vers les constatations spirituelles. C’est pourquoi II leur parle en paraboles, c’est-à-dire sous la forme de récits uniquement accessibles à leur vue, leur ouïe et leur entendement.

Ayant ainsi répondu à cette première question, le Seigneur aborde un second point: Voici donc ce que signifie la parabole: la semence, c’est la parole de Dieu. Ceux qui sont au bord du chemin sont ceux qui ont entendu, puis vient le diable qui enlève la Parole de leur cœur, de peur qu’ils ne croient et soient sauvés (Lc 8,11-12). Le Seigneur avait dit au peuple: une partie du grain est tombée au bord du chemin ; elle a été foulée aux pieds et les oiseaux du ciel ont tout mangé, tandis qu’il dit aux disciples : puis vient le diable qui enlève la Parole de leur cœur. Le premier extrait conduit au second extrait, qui explique le premier. De même que des passants foulent aux pieds une semence qui est ensuite mangée par des oiseaux, de même le diable piétine et mange la récolte de Dieu, la Parole divine dans le cœur des hommes. C’est pourquoi le propriétaire avisé clôture son champ et en repousse l’accès ; c’est pourquoi l’homme sage barre l’accès à son cœur, afin que l’esprit maléfique n’y vienne pas et n’y piétine pas tout ce qui a été semé par Dieu dans le cœur humain. Le chemin qui passe à travers notre cœur est emprunté par une foule de gens et de démons. La semence divine est alors détruite par la foule qui la piétine tout en semant des semences maléfiques. Un cœur ainsi décomposé et ouvert à tous, ressemble à une femme adultère qui trompe son mari et se transforme en dépôt fétide d’ordures où se précipitent volontiers des oiseaux rapaces, c’est-à-dire des démons. Nulle âme humaine n’est plus agréable pour eux que celle qui a fait d’elle-même une voie ouverte. Sur les pierres et dans les épines poussent quelques semences, tandis qu’elle ne peut pousser sur les routes fréquentées par les passants, où elle est aussitôt écrasée, puis emportée par le démon.

La semence divine ne s’épanouit et ne porte des fruits que dans une âme chaste, qui n’est pas une route ouverte mais un champ clôturé et interdit d’accès. S’il fallait expliquer un récit par un autre récit, alors la parabole sur la semence pourrait être explicitée par la parabole de la femme de mauvaise vie.

Pourquoi le diable enlève-t-il la Parole divine du cœur des hommes ? Le Seigneur l’explique par ces mots : de peur qu’ils ne croient et soient sauvés. Cela montre de façon évidente que la foi dans la Parole divine est le fondement de notre salut. Celui qui ne conserve pas la Parole de Dieu dans son cœur longtemps, longtemps — exclusivement la Parole de Dieu — ne peut voir son cœur réchauffé par la foi et par conséquent son âme ne peut être sauvée non plus. Tant que le cœur n’a pas été réchauffé par la Parole de Dieu, le diable se dépêche de voler et d’enlever la Parole divine du cœur. Heureux soit celui qui préserve la Parole divine dans le cœur comme son plus grand trésor, ne permettant ni aux hommes ni aux démons de piétiner ce saint produit et le disperser.

Ceux qui sont sur le roc sont ceux qui accueillent la Parole avec joie quand ils l’ont entendue, mais ceux-là n’ont pas de racine, ils ne croient que pour un moment, et au moment de l’épreuve ils font défection (Lc 8, 13). Ils sont semblables à l’esclave qui a passé de longues années au cachot, au moment où il voit que quelqu’un lui a ouvert la porte en lui criant : sors, tu es libre ! Cet esclave se réjouit d’abord et commence à préparer ses affaires pour sortir; mais quand il réalise qu’il devra s’habituer à une nouvelle façon de vivre et de se conduire, il prend peur devant cette nouvelle situation, inconnue, et préfère revenir dans les ténèbres, refermant lui-même la porte du cachot derrière lui.

La Parole de Dieu s’épanouit le plus lors des périodes de tempêtes et de vents contraires. Mais l’homme peureux, qui avait accueilli avec joie la Parole divine, prend peur devant la tempête et le vent, s’éloigne de la Parole de Dieu, la rejette et adhère de nouveau à sa condition terrestre. Si la terre donne rapidement des fruits, il faut attendre le fruit de la Parole divine. L’homme peureux est tiraillé par le doute: si j’abandonne les produits terrestres que je tiens dans la main, qui sait si j’arriverai à goûter les fruits que la Parole divine me promet ? Ainsi le peureux se met-il à douter de Dieu et à croire dans la terre ; il doute de la vérité et a foi dans le mensonge. Et la foi qui n’a pas encore pris racine dans son cœur de pierre s’évanouit, tandis que la Parole divine semée dans la pierre retourne au Semeur.

Des êtres peureux de ce type existent en grand nombre aujourd’hui parmi nous. Si au sommet de leur cœur commence à verdir la foi en Dieu, le terreau est peu profond et une roche dure se trouve en dessous. Quand ils se voient illuminés par le grand soleil de la vérité divine et qu’ils voient que la Parole divine est en quête de profondeur et que ses racines plongent jusqu’au plus profond du cœur, de l’âme et de l’esprit, ils prennent peur. Ils sont prêts à laisser Dieu entrer dans leur antichambre, mais en gardant toutes les autres pièces pour eux-mêmes. Mais quand ils voient combien le soleil de Dieu est fort et que dans son voisinage, aucune pièce ne saurait être laissée dans la pénombre, ils sont saisis par la peur. Si de tels hommes se retrouvent au milieu de périls — comme des tempêtes ou des vents contraires — ils font aussitôt machine arrière. L’indécision dans la foi consiste à servir un maître, tout en promettant d’en servir un autre. Les indécis servent en fait le diable, en promettant de servir Dieu. Mais comment Dieu pourrait avoir foi dans leur promesse si eux-mêmes n’ont pas cru à Sa promesse, contenue dans Sa parole ?

Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui ont entendu mais en cours de route les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie les étouffent, et ils n’arrivent pas à maturité (Lc 8,14). Les soucis, ce sont les épines, l’amour de la richesse, ce sont les épines, les plaisirs de la vie, ce sont les épines. La Parole de Dieu jaillit en tombant dans de telles épines. Mais elle ne peut se développer et arriver à maturité car elle est étouffée par les épines. La Parole de Dieu ne peut s’épanouir dans l’ombre. Elle ne se développe que dans un champ où elle représente le produit le plus important, laissant dans l’ombre tout le reste. Les soucis correspondent aux soucis de la vie physique, la richesse à l’enrichissement apparent, les plaisirs de la vie aux plaisirs mondains, charnels, éphémères et périssables. Ce sont de mauvaises herbes où la plante divine, très pure et tendre ne pousse pas. L’apôtre Pierre a dit: De toute votre inquiétude, déchargez-vous sur Lui, car Il a soin de vous (1 P 5, 7). Notre Seigneur Jésus-Christ ne nous charge que d’une seule préoccupation, celle concernant l’âme, le salut de l’âme. Il s’agit du souci principal; une fois qu’on y a pourvu, le reste est réglé de lui-même. Tous les autres petits soucis étouffent la semence de ce souci principal ; en l’absence de cette préoccupation essentielle, les autres soucis paraissent insignifiants, même si l’homme doit vivre avec eux pendant mille ans. La richesse véritable, c’est le don de Dieu, non le fait d’enlever quelque chose aux hommes ou à la nature. Qui sefie en la richesse tombera, mais les justes pousseront comme le feuillage (Pr 11, 28). Un tel homme mourra mécontent et amer, comme un mendiant, et se présentera tout nu devant le Tribunal de Dieu. Quant aux plaisirs ? Ne s’agit-il pas de mauvaises herbes et d’épines qui étouffent la Parole de Dieu ? Et est-ce que les plaisirs terrestres sont vraiment tels que les imaginent ceux qui y aspirent? Écoutons donc quelqu’un qui s’est plongé tout entier dans les plaisirs terrestres, écoutons le roi Salomon confesser ce qui suit à son propre sujet: Je n’ai rien refusé à mes yeux de ce qu’ils désiraient, je n’ai privé mon cœur d’aucune joie, carje me réjouissais de tout mon travail […]. Alors je réfléchis à toutes les œuvres de mes mains et à toute la peine que j’y avais prise, eh bien, tout est vanité et poursuite de vent, il n’y a pas de profit sous le soleil ! (Qo 2, 10-11). Et voici ce que déclare le père de Salomon, plus sage que Salomon : La loi du Seigneur est parfaite, réconfort pour l’âme (Ps 19, 8) ; Ton témoignage est à jamais mon héritage, il est la joie de mon cœur (Ps 119,111) ; Joie pour moi dans ta promesse, comme à trouver grand butin (Ps 119,162). Le plaisir véritable et, par conséquent, la richesse et la joie se trouvent dans la Parole de Dieu. Toute la richesse de ce monde, les plaisirs et les joies ne sont que quelques feuilles de récit par rapport à la richesse des plaisirs et des joies dans le monde spirituel, au Royaume de Dieu.

Ceux qui sont placés dans la bonne terre sont ceux qui écoutent la Parole, la conservent dans un cœur bon et pur, et donnent des produits dans le labeur. Ayant dit cela, Jésus s’écria: «Entende, qui a des oreilles pour entendre!» Cette bonne terre, ce sont de bonnes âmes, qui ont soif de vérité et faim d’amour. De même que le cerf court à la recherche de l’eau, de même ces bonnes âmes courent dans la sécheresse désertique de ce monde afin d’étancher leur soif et de calmer leur faim grâce à la vérité éternelle et à l’amour impérissable. Et quand sur ces âmes tombent la rosée et la manne céleste venue de la bouche du Christ, elles nagent dans la joie, montent jusqu’au ciel et donnent une récolte infinie. Un seul chemin traverse ces âmes, et seul le Christ le parcourt; ce chemin est fermé pour tout autre passant et voyageur. Dans de telles âmes, il n’y a ni pierrailles ni épines, mais uniquement une bonne terre pure, fertile et moelleuse où ne pousse qu’une seule récolte, celle que Christ notre Seigneur a semée. On dit alors que la Parole du Christ est conservée dans un cœur bon et pur. Les hommes bons ne conservent pas la Parole du Christ écrite sur un papier, car une telle feuille est extérieure à l’homme et pourrait se perdre ; ils ne la conservent pas non plus dans leur mémoire, car la mémoire humaine est à la périphérie de l’homme et exposée à l’oubli. Les hommes la conservent donc au sein d’eux-mêmes, dans leur cœur, dans un cœur bon et pur, où il n’y a ni perte ni oubli, et elle déborde comme le levain et vient à maturité comme le grain de blé, en apportant, telle la vigne, la joie à l’homme, et arrosant, telle l’huile d’olive, toute l’existence humaine, aussi étincelante que le soleil.

Combien de fruits apporte la Parole du Christ dans la bonne terre ? Il y a ceux qui ont été semés dans la bonne terre: ceux-là écoutent la Parole, l’accueillent et portent du fruit, l’un trente, l’autre soixante, l’autre cent (Mc 4, 20). Voilà ce que le Seigneur a dit dans Sa miséricorde infinie et Sa condescendance envers les hommes. Il ne recherche pas la même chose de tous, demandant plus à certains et moins à d’autres, afin que le plus grand nombre d’âmes soit sauvé et en mesure d’hériter le Royaume céleste. L’évangéliste Luc mentionne seulement qu’une autre partie du grain est tombée dans la bonne terre, a poussé et produit du fruit au centuple, afin de montrer de façon générale la quantité de récolte dans la bonne terre. Matthieu et Marc évoquent trois volumes différents de récolte, qui donnent satisfaction au Maître. Ainsi s’exprime la même pensée que dans la parabole des talents. Le serviteur qui a rapporté dix talents et celui qui en a apporté quatre, ont été accueillis par le Maître avec les mêmes mots et reçu la même récompense : C’est bien, serviteur bon et fidèleentre dans la joie de ton seigneur (Mt 25,21-23). Car le Royaume céleste contient aussi divers degrés de grandeur et de pouvoir et toutes les créatures sauvées ne sont pas placées au même degré, tout en se trouvant toutes dans un éclat indescriptible et une joie indicible. «Entende qui a des oreilles pour entendre!» C’est par ces mots que le Seigneur conclut l’interprétation de la parabole, comme II a précédemment terminé le récit lui-même par ces mêmes mots. Et, ce disant, il s’écriait! Il prononce les mêmes mots à deux reprises, et chaque fois, il est écrit qu’il s’écriait. Pourquoi ? Pour réveiller l’oreille intérieure des gens devenus sourds. Afin que résonne Sa sagesse vitale à travers les siècles et que toutes les générations humaines l’entendent jusqu’à la fin des temps. C’est pourquoi II s’écrie de nouveau et qu’il dit de nouveau : «Entende, qui a des oreilles pour entendre!» Ainsi s’exprime l’Ami des hommes, le seul ami de ceux sur qui des rapaces noirs se sont rués comme sur des charognes abandonnées; Il crie pour montrer le péril; Il crie pour montrer la seule voie étroite vers le salut et échapper ainsi au feu de la corruption et à la fumée de ce monde. Le doux Seigneur s’écrie car il s’agit ici du salut de la vie des hommes, non de vêtements, non de maisons, non de propriétés, mais de la vie. Son cri n’est pas un cri de colère contre les hommes, mais le cri d’une tendre mère qui voit ses enfants entourés de serpents, ce qui la fait crier! Les enfants jouent et ne voient pas les serpents, mais leur mère les voit. Quand les enfants remarquent les serpents, ils ne savent quel chemin prendre pour se sauver, mais leur mère le sait. C’est pourquoi la mère crie aux enfants. C’est pourquoi le Christ crie aux hommes, d’un bout à l’autre de l’histoire: «Entende, qui a des oreilles pour entendre ! » Gloire et louange au Seigneur vivant et vivifiant et notre Sauveur Jésus-Christ, avec Son Père et avec le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.