(Lc 17,12-20)[1]

Instruisons-nous à partir de petites choses, s’il nous est impossible de comprendre tout de suite les grandes choses.

Si nous ne pouvons comprendre comment Dieu observe et voit tous les hommes, regardons comment le soleil brille et illumine tout ce qui se trouve sur la terre.

Si nous ne pouvons comprendre comment l’âme humaine ne peut vivre une minute sans Dieu, regardons comment le corps humain ne peut vivre une minute sans oxygène.

Si nous ne savons pas pourquoi Dieu demande l’obéissance aux hommes, demandons-nous pourquoi le maître de maison demande l’obéissance aux domestiques, comme le monarque à ses sujets, le chef militaire à ses soldats et l’architecte aux maçons.

Si nous ne savons pas pourquoi Dieu demande de la reconnaissance aux hommes, essayons de comprendre pourquoi les parents demandent de la reconnaissance à leurs enfants. Mais arrêtons-nous là-dessus : pourquoi les parents demandent-ils de la reconnaissance à leurs enfants ?

Pourquoi les parents demandent-ils à leur fils de se présenter tête nue, de s’incliner devant eux et de les remercier pour toutes les choses, grandes ou petites, qu’ils ont reçues deux? En quoi est-ce nécessaire aux parents ? Les remerciements de leurs enfants rendent-ils les parents plus riches, plus forts, plus éminents et plus influents dans la société ? Non, rien de tout cela. Si les parents ne tirent aucun avantage personnel de la reconnaissance de leurs enfants, n’est-il pas dérisoire qu’ils instruisent les enfants à ce sujet et les y exercent, ce que font non seulement les parents pieux mais aussi ceux ‘qui n’ont pas la foi ?

Non, cela n’est pas du tout dérisoire ; cela est sublime. C’est l’amour très altruiste des parents qui les pousse à enseigner la reconnaissance à leurs enfants. Pourquoi ? Pour le bien des enfants ; pour qu’ils se développent comme des fruits doux et non comme des épines sauvages ; pour que les enfants se sentent bien au cours de leur vie parmi les hommes, parmi les amis et les ennemis, dans le village et en ville, au pouvoir et dans le commerce. Car partout un homme reconnaissant est estimé, aimé, invité, aidé et entouré d’affection. Celui qui apprend à être reconnaissant, apprend aussi à être miséricordieux. Et l’homme miséricordieux évolue plus librement dans ce monde.

Demandons-nous maintenant pourquoi Dieu réclame de la reconnaissance aux hommes ? Pourquoi a-t-Il demandé à Noé, Moïse, Abraham et aux autres ancêtres de Lui apporter des sacrifices de reconnaissance (Gn 8,20 ; 12,7-8 ; 35,1 ; Lv 3,1) ? Pourquoi le Seigneur Jésus montrait-il quotidiennement au monde comment il faut rendre grâces à Dieu (Mt 11,25 ; 14,19 ; 26,26-27) ? Pourquoi les saints apôtres agissaient-ils de même (Ac 2, 47 ; 27, 35) en ordonnant à tous les fidèles de rendre grâces à Dieu en tout et pour tout (Ep 5, 20, Col 3, 17)? Est-il déraisonnable que le grand Isaïe s’écrie : Je vais célébrer les grâces du Seigneur, les louanges du Seigneur, pour tout ce que le Seigneur a accompli pour nous, pour l’abondance de Ses grâces (Is 63, 7)? Ou ce que le tendre Psalmiste conseille à sa propre âme : Bénis le Seigneur, mon âme, et n’oublie aucun de Ses bienfaits (Ps 103, 2) ? Pourquoi donc le Seigneur demande-t-Il de la reconnaissance aux hommes? Et pourquoi les hommes Lui rendent-ils grâces? C’est à cause de Son amour infini envers les hommes que Dieu leur demande de la reconnaissance. La reconnaissance des hommes ne rendra Dieu ni plus grand, ni plus fort, ni plus glorieux, ni plus riche, ni plus vivant, mais elle rendra les hommes plus grands, plus forts, plus glorieux, plus riches et plus vivants. La reconnaissance humaine n’apportera rien à la paix et à la joie de Dieu, mais elle apportera beaucoup à la paix et à la joie des hommes. La reconnaissance envers Dieu ne changera en rien la situation et la personne de Dieu, mais elle changera la situation et la personne humaine. Dieu n’a pas besoin personnellement de notre reconnaissance, de même qu’il n’a pas besoin de notre prière. Mais c’est le même Seigneur qui a dit : votre Père sait bien ce qu’il vous faut, avant que vous Le lui demandiez (Mt 6, 8), qui a aussi recommandé qu’il fallait prier sans cesse et ne pas se décourager (Lc 18, 1). Ainsi, même si Dieu n’a pas besoin de nos prières, Il nous ordonne néanmoins de Lui adresser nos prières. Il exige de notre part de la reconnaissance, qui n’est qu’une forme de prière, de prière de remerciement. Car la reconnaissance envers Dieu élève les mortels que nous sommes au-dessus de la pourriture de la mort, nous délie de ce dont nous devons tous nous libérer, que nous le voulions ou non, et nous rattache au Dieu vivant et immortel, ‘dans le voisinage duquel nous ne serons jamais dans l’éternité si nous ne nous lions pas à Lui dans cette vie. La reconnaissance donne de l’élan à la miséricorde dans le monde et rafraîchit toute vertu. D’ailleurs le langage humain ne peut, même de loin, représenter ni la beauté de la reconnaissance ni la laideur de l’ingratitude aussi clairement que cela est représenté dans l’évangile de ce jour.

A Son entrée dans un village, dix lépreux vinrent à Sa rencontre et s’arrêtèrent à distance; ils élevèrent la voix et dirent: «Jésus, Maître, aie pitié de nous» (Lc 17,12-13) ! Dix lépreux! Voir un lépreux est terrible, que dire de dix d’entre eux ! Leur corps était recouvert de la tête aux pieds, d’abord de boutons blancs, puis de croûtes blanches purulentes, qui commencent par démanger avant de brûler comme le feu! Le corps finissait par se décomposer! Un corps où le pus était plus important que le sang! Un corps où la puanteur était à l’extérieur comme à l’intérieur! Tel était le lépreux. Quand la lèpre envahit le nez, la bouche et les yeux, on ne peut que s’interroger sur l’air qu’on respire à travers le pus et la nourriture qu’on absorbe avec le pus, et le monde qu’on aperçoit à travers le pus.

Selon la loi de Moïse, il était interdit à un lépreux d’avoir quelque contact que ce soit avec les autres hommes. D’ailleurs, de nos jours, il en est encore ainsi dans les contrées où la lèpre existe. Afin que nul n’entre en contact avec un lépreux, celui-ci devait crier de loin : « Impur ! Impur ! » Mot à mot, voici ce qui est écrit dans la loi : Le lépreux atteint de ce mal portera ses vêtements déchirés et ses cheveux dénoués ; il se couvrira la moustache et il criera: «Impur! Impur!» (Lv 13, 45). Les vêtements déchirés — afin que la lèpre se voie sur le corps ; Les cheveux dénoués — afin qu’on voit qu’il est lépreux, car avec cette maladie les cheveux deviennent blancs et tombent; la bouche couverte, ce qui était un signe de reconnaissance pour les passants; et par-dessus tout, ils devaient encore crier: «Impur! Impur!» Ils étaient chassés des villes et des villages, vivant plus misérablement que le bétail, repoussés, méprisés, oubliés. L’impur, dit la loi, demeurera à part; sa demeure sera hors du camp (Lv 13, 46). Les impurs étaient considérés comme morts, bien que leur destin fût plus terrible que la mort.

Un jour, c’est à côté de dix de ces êtres déguenillés et puants que passa le Seigneur Jésus, source de la santé, de la beauté et de la puissance. Quand les lépreux apprirent qu’il s’agissait de Lui, ils s’écrièrent : «Jésus, Maître, aie pitié de nous!» Comment ces malheureux pouvaient-ils connaître le Christ et savoir qu’il pouvait les aider, s’ils n’avaient pas de contact avec les hommes ? Assurément quelqu’un en leur jetant du pain de la route, a pu leur annoncer cette nouvelle. De même ont-ils pu entendre parler, de loin, de la seule nouvelle au monde qui pût les intéresser. Tout ce qui se passait dans le monde — changements de monarques et batailles entre les peuples, constructions de villes et leurs destructions, fêtes populaires, incendies et tremblements de terre -, tout cela leur était indifférent. Tout couverts de pus, ils ne pouvaient songer qu’à leur tenue maudite et à celui qui leur permettrait de l’enlever et de revêtir une tenue propre. Ayant entendu parler du Seigneur Jésus comme Guérisseur tout-puissant, ils avaient certainement entendu parler des cas de guérisons de lépreux comme eux (Lc 5, 12-13). Aussi étaient-ils impatients d’avoir la bonne fortune de rencontrer le Seigneur. Quelque part au bord de la plaine de Galilée, où la route commence à s’élever le long des monts de la Samarie, ils attendaient Sa venue. Il passa par là en allant à Jérusalem. Une heureuse occasion se présenta ainsi, non par hasard, mais voulue par Dieu ! Ils le regardaient marchant avec Ses disciples. Et Le voyant, ils s’écrièrent: «Jésus, Maître, aie pitié de nous». Pourquoi l’appellent-ils Maître? Parce que ce terme revêt plus de dignité et de portée que celui d’instructeur. Le Maître est un terme qui s’applique non seulement à un instructeur mais aussi à un directeur spirituel qui, par la parole, l’exemple et l’attention, conduit les hommes sur la voie du salut. Mais pourquoi ne L’appellent-ils pas «Seigneur», nom qui revêt encore plus de dignité et de signification que celui de Maître ? Certainement parce qu’ils n’ont pas encore reconnu cette dignité du Christ.

A cette vue, Il leur dit: «Allez vous montrer aux prêtres». Et il advint, comme ils y allaient, qu’ils furent purifiés (Lc 17, 14). Lors d’une guérison précédente d’un lépreux, le Seigneur toucha de la main un lépreux et lui dit: «Je le veux, sois purifié.» Et aussitôt la lèpre le quitta (Lc 5, 13). Or dans le cas de l’évangile de ce jour, non seulement II ne toucha pas les lépreux, mais ne se trouva même pas à côté d’eux. Car ils se tenaient au loin et criaient vers Lui. Pourquoi le Seigneur les adresse-t-Il aux prêtres ?

Parce que les prêtres avaient le devoir d’annoncer les lépreux comme impurs et de les expulser de la société ; de même qu’ils proclamaient que ceux qui étaient guéris étaient purs et en bonne santé, leur permettant de revenir dans la société des hommes (Lv 13, 34-44). Le Seigneur ne va pas à l’encontre de la loi, et ce d’autant plus que la loi n’a pas contrarié Son œuvre, mais au contraire y a contribué, puisque les prêtres ont l’occasion de se rendre compte que les dix lépreux ont retrouvé la santé, et en portent témoignage. Après avoir entendu ce que le Seigneur leur disait, les dix lépreux se mirent en route vers leur village. Mais voilà qu’en marchant, ils s’aperçurent qu’ils n’avaient plus la lèpre. Et il advint, comme ils y allaient, qu’ils furent purifiés. Leurs corps étaient blancs et propres ; ils se regardèrent les uns les autres et virent que tous étaient en bonne santé. Les croûtes, le pus et la puanteur — tout avait disparu, de sorte qu’il n’y avait plus de marque sur eux.

Qui pourrait dire que ce miracle du Christ n’est pas plus grand que la résurrection des morts ? Réfléchissons un peu là-dessus : grâce à une seule parole forte, dix corps humains ostracisés, ravagés par la lèpre, se retrouvent soudain en bonne santé et propres ! Et en y réfléchissant, on découvrira facilement qu’en vérité une telle parole ne pouvait venir d’un homme mortel ! Cette parole a dû être prononcée par Dieu, par l’intermédiaire du corps charnel d’un mortel ! Une bouche humaine a, il est vrai, prononcé cette parole, mais celle-ci provenait de la même profondeur d’où est issu le commandement de créer le monde, ce qui a entraîné la création du monde. Mais il y a parole et parole. Il y a des paroles pures et sans péché, qui sont de ce fait puissantes. Ces paroles proviennent de Celui qui est la source de l’amour éternel. Devant ces paroles s’ouvrent les portes de tout : les choses, les hommes, les maladies et les esprits leur sont soumis. Mais il y a aussi des paroles abruties et paralysées par le péché, qui n’ont pas plus d’effet que le sifflement du vent dans les roseaux creux; et quelle que soit l’ampleur de ces invocations verbales, elles restent aussi efficaces que le contact de la fumée sur une porte de fer. Mais songez seulement au réconfort incomparable que nous avons, nous qui savons dans quel Seigneur puissant et philanthrope nous croyons ! Tout ce qu’a voulu le Seigneur, Il l’a fait dans les deux et sur la terre (Ps 134, 6). Il est le maître de la vie, Il a autorité sur les maladies, Il commande la nature, Il a vaincu la mort. Nous n’avons pas été créés par une nature sans pensée ni conscience, mais par Lui, le Très-sage. Nous ne sommes pas esclaves des lois naturelles, mais les serviteurs du Dieu vivant et ami-des-hommes.

Nous ne sommes pas des fruits du hasard, mais les créatures de Celui qui a créé également nos frères aînés, les anges et les archanges, et toute l’armée céleste et immortelle. Si nous affrontons des souffrances en ce monde, Il sait le sens et le but de nos souffrances ; si nous sommes rongés par le péché, Sa parole est plus puissante que toute lèpre, physique ou spirituelle; si nous sommes en train de nous noyer, Sa main salvatrice est près de nous ; et si nous sommes en train de mourir, Il nous attend de l’autre côté de la tombe.

Mais revenons au récit évangélique sur la guérison de ces lépreux et regardons l’image de la reconnaissance et de l’ingratitude que cette scène nous fournit. Que firent donc ces lépreux quand ils s’aperçurent qu’ils avaient été guéris ? Un seul d’entre eux revint exprimer sa reconnaissance au Christ, mais les neuf autres poursuivirent leur chemin sans se préoccuper davantage de leur bienfaiteur et sauveur.

L’un d’entre eux, voyant qu’il avait été purifié, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à haute voix et se prosterna aux pieds de Jésus, en Le remerciant. Et c’était un Samaritain (Lc 17,15-16). Cet homme reconnaissant voyant qu’une grave maladie s’était détachée de lui, fut soulagé spirituellement comme si un nœud de vipères était tombé de lui ; sa première pensée fut de remercier son sauveur qui l’avait sorti d’une misère indicible. Et de même qu’il avait tout à l’heure élevé sa voix étouffée et crié de sa bouche couverte de pus: «Jésus, Maître, aie pitié de nous», le voilà maintenant élevant sa voix forte, surgie de sa poitrine saine et de sa bouche en bonne santé, pour remercier Dieu de toutes ses forces. Mais cela ne lui suffit pas ; il revient en arrière en quête de son bienfaiteur, afin de Lui exprimer sa reconnaissance. Arrivé devant le Christ, il se prosterne devant Lui, non plus sur des genoux blessés et douloureux, mais sur des genoux sains, et se met à Le remercier. Le corps en bonne santé, le cœur plein de joie, les yeux en larmes ! Voilà un homme véritable. Tout à l’heure, c’était un amas puant, le voilà maintenant de nouveau un homme ! Tout à l’heure, déchet refoulé de la vie humaine, le voilà de nouveau membre digne de la société des hommes ! Tout à l’heure, une trompette triste d’où ne sortait qu’un seul mot: «Impur! Impur!», et maintenant une trompette joyeuse louant et glorifiant Dieu !

Ce seul homme reconnaissant n’était pas un Juif, mais un Samaritain. Les Samaritains, qui n’étaient pas des Juifs, étaient soit de purs Assyriens soit un mélange d’Assyriens et de Juifs. C’étaient ces Assyriens que le roi d’Assyrie, Salmanasar, avait établi dans la Samarie soumise, après qu’il eût auparavant déporté en Assyrie les Juifs de cette région (2 R 17, 3-6, 24). Le fait que cet homme reconnaissant fut un pur Assyrien se reflète dans le terme d‘étranger utilisé par le Seigneur Jésus à son égard : Prenant la parole, Jésus dit: «Est-ce que les dix n’ont pas été purifiés? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger!» (Lc 17, 17-18). Entendez-vous comme le Seigneur réprimande gentiment ces ingrats ? Il s’inquiète seulement de savoir s’ils ont été eux aussi guéris et pourquoi ils ne sont pas revenus pour rendre grâce. Ce n’est pas pas parce qu’il ne sait pas qu’il demande s’ils ont tous été guéris ; Il savait qu’ils seraient guéris avant même de les rencontrer et de les voir. Il pose cette question comme une réprimande, mais comme une réprimande bienveillante. Quand l’un de nous donne une aumône à un pauvre, il proteste si ce dernier ne se montre pas reconnaissant. Songez seulement comme chacun de nous serait en colère s’il était en mesure de guérir neuf malades et que ceux-ci ne le remercient pas pour ce service inestimable ! Comme les journées regorgent de cris contre les ingrats ! Toute l’atmosphère terrestre est lourde de haines et de malédictions déversées du matin au soir par les hommes contre ceux qui se sont montrés ingrats à leur égard ! Mais que ces actions humaines sont infimes par rapport aux bienfaits que Dieu accorde aux hommes, sans se lasser et sans cesse, du berceau jusqu’au tombeau ! Pourtant Dieu ne crie pas, ne gronde pas, ne maudit pas les ingrats ; Il ne fait que les réprimander gentiment en demandant à ceux qui Le vénèrent chez eux ou à l’église : où sont mes autres enfants ? N’ai-je pas donné la santé à des milliers d’entre vous ? or vous n’êtes que quelques dizaines à prier… N’ai-je pas réchauffé des millions avec le soleil, et vous n’êtes que quelques centaines à en être reconnaissants ? N’ai-je pas couvert les champs de moissons et n’ai-je pas rempli toutes les bergeries? et vous n’êtes que quelques-uns à genoux devant moi pour me remercier… Où sont mes autres enfants? Où sont les puissants et les forts qui règnent sur les peuples avec ma force et mon aide ? Où sont ceux qui sont riches et ont réussi, qui se sont enrichis grâce à ma richesse et ont réussi grâce à ma miséricorde ? Où sont ceux qui sont en bonne santé et pleins de joie, qui se imprégnés de la santé et de la joie puisées à ma source ? Où sont les parents dont j’aide les enfants à grandir et à se fortifier? Où sont les maîtres dont je complète la sagesse et les connaissances? Où sont les nombreux malades que j’ai guéris? Où sont les nombreux pécheurs et pécheresses dont j’ai purifié l’âme comme s’ils avaient eu la lèpre ?

II ne s’est trouvé […] que cet étranger! Lui seul est revenu pour rendre grâce. Mais y a-t-il quelqu’un d’étranger pour le Christ ? N’est-Il pas venu pour sauver tous les hommes et pas seulement les Juifs ? Les Juifs s’étaient loués d’avoir été choisis par Dieu et de très bien connaître Dieu, devant tous les autres peuples de la terre. Mais voilà un exemple qui montre leur étroitesse d’esprit et l’endurcissement de leur cœur! Un Assyrien, un païen, possède un esprit plus éclairé et un cœur plus généreux que les Juifs fanfarons. Hélas, la même histoire se répète aujourd’hui, où il arrive que des païens possèdent un esprit plus ouvert et un cœur plus reconnaissant envers Dieu que de très nombreux chrétiens. De très nombreux musulmans, bouddhistes ou parsis, pourraient rendre honteux de nombreux chrétiens par la ferveur de leurs prières à Dieu et la chaleur de leur reconnaissance à Son égard.

Le récit de l’évangile de ce jour se termine par ces mots du Sauveur adressés au Samaritain miséricordieux: Et II lui dit: «Relève-toi, va; ta foi t’a sauvé» (Lcl7, 19). Voyez comme le Seigneur est grand dans Son humilité comme dans Sa douceur! C’est une joie pour Lui de dire que les hommes sont Ses compagnons dans Ses grandes et bonnes œuvres. Il souhaite ainsi relever la dignité du genre humain humilié et déchu. Placé au-dessus de la vanité et de l’orgueil des hommes, Il souhaite partager Ses mérites avec les autres, Sa richesse avec les pauvres, Sa gloire avec les misérables et les affligés. Ta foi t’a sauvé! En vérité, ce Samaritain avait la foi, comme les neuf autres lépreux ; car s’ils n’avaient pas cru dans la puissance du Seigneur, ils ne se seraient pas écriés : Jésus, aie pitié de nous! Mais à quoi leur servait leur foi? Ils auraient pu, avec cette même foi, crier aux milliers de médecins sur la terre : ayez pitié de nous et guérissez- nous! Mais tout cela aurait été vain. Supposons toutefois qu’un de ces médecins les ait guéris. Pensez-vous qu’il aurait imputé cette guérison à la foi du malade et non à lui-même, exclusivement à lui-même et à ses capacités? N’est-ce pas l’habitude des médecins mortels sur cette terre, de passer sous silence un quelconque mérite du malade dans sa guérison, afin de mettre en avant encore plus fortement et plus exclusivement leur rôle et leurs mérites propres ? C’est ainsi que les hommes se comportent entre eux. Mais le Christ Seigneur se comporte différemment envers les hommes. Le Christ a déposé Son chargement de blé, tandis que le Samaritain lépreux a jeté son propre grain dans ce chargement. Le chargement de blé du Christ, c’est Sa puissance et Son pouvoir divins, alors que le grain du lépreux, c’est sa foi en Christ. Le Christ véritable ami-des-hommes ne veut pas qu’un seul grain soit caché, au contraire II lui accorde plus d’égards qu’à Sa cargaison. C’est pourquoi II ne dit pas, comme tous les mortels l’auraient fait en pareil cas: mon chargement de blé va te nourrir, mais: ton grain va te nourrir! Il ne dit pas: «Je t’ai aidé ! » mais : « Tafoi t’a sauvé!» Quelle générosité dans ces mots ! Et quel enseignement pour nous tous ! Et quelle réprimande pour l’égoïsme et l’orgueil des hommes !

Que s’approchent tout honteux et s’instruisent auprès du Christ le Juste, tous ceux qui dissimulent le moindre mérite d’autrui et mettent en avant leur valeur. Ils ne sont pas moins cupides et voleurs que les riches qui annexent le petit lopin de terre d’un pauvre à leur grand domaine !

Que s’approchent tout honteux et s’instruisent auprès du Christ le Véritable, tous les généraux qui dissimulent les mérites de leurs soldats dans la victoire et font partout de grandes déclarations sur leurs mérites exclusifs !

Que s’approchent tout honteux et s’instruisent auprès du Christ l’Humble, tous les commerçants et industriels qui cachent les contributions de leurs ouvriers et collaborateurs à leur réussite, en les imputant exclusivement à leur propre valeur, sagesse et bonne fortune !

Que s’approche tout honteux et ‘s’instruise auprès du Christ TAmi-des-hommes, tout le genre humain qui, dans son aveuglement orgueilleux, attribue tout le bien, toute l’habileté, tous les succès exclusivement à lui-même, dissimulant ou oubliant la part du lion prise par Dieu dans tout cela ! Qu’il s’approche et s’instruise, car le Dieu véritable ne dissimule aucune once de mérite humain dans l’ensemble de Ses mérites, qu’il dissimule au contraire et passe sous silence, en soulignant les mérites des hommes !

Peut-il y avoir un choc plus grand et un blâme plus terrible pour les hommes à cause de leur rapacité, de leur cupidité, de leur brutalité, de leur orgueil, de leur absence de philanthropie et d’amour de Dieu ? En vérité, quiconque a de la pudeur, éprouvera de la honte devant une telle humilité du Christ. Quiconque a conservé une étincelle de conscience intacte, se repentira pour sa vantardise et son auto — promotion grossière et stupide et deviendra reconnaissant envers Dieu et envers les hommes, et la reconnaissance lui apprendra l’authenticité, le sens de la justice et l’humilité.

Ah si nous, chrétiens, savions de quelle lèpre spirituelle le Christ nous guérit chaque jour, nous reviendrions rapidement à Lui, tomberions à genoux devant Lui et Lui exprimerions notre reconnaissance à partir de ce jour et jusqu’à l’heure de la mort — l’heure de la mort dont aucun de nous n’est éloigné ! Gloire et louange à notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, avec Son Père et avec le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.

 

 

 

 

 

 

[1] La péricope évangélique du vingt-huitième dimanche après la Pentecôte a été commentée pour le quatorzième dimanche après la Pentecôte.