(Lc 8, 41-56)

Quand le soleil éclatant illumine la pierre, la pierre se met à briller.

Quand la bougie non allumée effleure la flamme, elle aussi se met à brûler.

Quand un aimant touche un objet, cet objet se trouve lui aussi aimanté.

Quand un fil électrique touche un fil ordinaire, celui-ci se trouve électrisé.

Tout cela est une expérience physique qui n’est que l’image ou le récit d’une expérience spirituelle. Tout ce qui se passe au dehors n’est que le reflet de ce qui se passe à l’intérieur. Toute la nature éphémère est comme le rêve d’une situation intérieure et le conte d’une réalité permanente. Quand Dieu effleure l’âme, l’âme revit et ouvre les yeux; quand l’âme effleure le corps, le corps revit et ouvre les yeux. De l’âme, le corps reçoit la lumière et la chaleur, le magnétisme et l’électricité, la vue, l’ouïe et le mouvement. Tout cela se trouve perdu pour le corps lorsque l’âme se détache de lui. C’est de Dieu que l’âme reçoit une lumière particulière, une chaleur particulière, le magnétisme, l’électricité, la vue, l’ouïe et le mouvement. Tout cela se trouve perdu pour l’âme lorsque l’âme se détache de Dieu. Un corps mort reflète une âme morte, c’est-à-dire une âme détachée de Dieu.

Existe-t-il quelqu’un dans ce vaste monde qui soit capable, en effleurant les âmes mortes, de leur redonner vie, de les illuminer, de les enflammer, de les magnétiser et de les électriser d’une force vitale ?

Existe-t-il quelqu’un dans le cimetière très étendu et très profond de l’histoire des hommes, qui soit capable, en effleurant les corps des morts, de les redresser, de les faire remarcher et de leur redonner la parole ?

Cela doit exister; autrement, le soleil et la terre, l’hiver et le printemps, l’aimant et l’électricité et tout ce qui existe dans cette nature, ne seraient que l’image de quelque chose qui n’existe pas, une ombre dépourvue de réalité, un rêve sans apparition.

En vérité, cela doit exister; autrement le Seigneur Jésus-Christ ne serait pas venu sur terre. Il est venu sur terre afin de montrer aux hommes la réalité dont la nature, avec tous ses éléments et ses caractéristiques, ne donne qu’une image, comme un rêve ou un conte. Le Seigneur est venu montrer aux hommes l’authenticité des leçons du soleil et de la terre, de l’hiver et du printemps, du magnétisme et de l’électricité et de tous les phénomènes naturels créés par Dieu et présentés à l’homme comme un livre ouvert, mais non encore lu par l’homme.

Le Seigneur est comme une colonne de feu dans l’histoire de l’univers, dont les âmes mortes reçoivent la lumière, la chaleur, le mouvement et l’attirance. Il est aussi cet Arbre de vie qui, à peine effleuré, fait revivre les corps défunts, les redresse, les fait marcher et les fait parler. Il est aussi le baume pur et parfumé porteur de la santé ; dès qu’ils l’effleurent, les aveugles ouvrent les yeux, les sourds entendent de nouveau, les muets reparlent, les insensés retrouvent la raison, les lépreux sont purifiés et les malades, même gravement, sont guéris.

L’évangile de ce jour évoque un cas supplémentaire où, par un simple contact avec le Christ, des malades sont guéris et des morts sont ressuscités.

Et voici qu’arriva un homme du nom de Jaïre, qui était chef de la synagogue. Tombant aux pieds de Jésus, il Le priait de venir chez lui, parce qu’il avait une fille unique, âgée d’environ douze ans, qui se mourait (Lc 8,41-42). À quel moment cet épisode se situe-t-il ? À l’époque où le Seigneur était revenu en barque de la région de Gadara de l’autre côté du lac, où II avait auparavant libéré deux possédés des mauvais esprits, puis apaisé une tempête sur le lac. Après avoir réalisé ces deux miracles très célèbres, Il était maintenant appelé à en accomplir un troisième : ressusciter un mort, et tout cela dans un temps très court, comme pressé de réaliser le plus possible de bonnes actions pour les hommes pendant Sa vie terrestre, nous donnant ainsi un exemple à suivre pour faire le bien, pour agir tant que nous avons de la lumière. Bien que les trois miracles cités soient très divers, ils possèdent une caractéristique commune : ils montrent tous la puissance souveraine du Christ Sauveur: sa souveraineté sur la nature, sa souveraineté sur les démons et sa souveraineté sur la mort, c’est-à-dire sur les âmes humaines. Il est difficile de dire laquelle de ces trois actions est la plus redoutable, la plus glorieuse et la plus prodigieuse. Qu’est-ce qui est le plus difficile : apaiser les éléments déchaînés de l’eau et des airs, guérir des déments inguérissables, ou ressusciter un mort? Chacun de ces trois actes est tout aussi difficile pour un homme mortel et pécheur, tandis que les trois sont tout aussi faciles pour le Christ Seigneur. Quand on se plonge dans chacun de ces trois miracles en particulier, on ressent la grandeur et le souffle de cette toute-puissance qui a, au début, créé le monde : Dieu dit: « Que la lumière soit», et la lumière fut (Gn 1, 3).

Cet homme du nom de Jaïre est qualifié de chef par l’évangéliste Matthieu (Mt 9, 18-26). De leur côté, les évangélistes Marc et Luc précisent que Jaïre était chef de la synagogue ou se traitaient les affaires religieuses et populaires. Sa fille unique était sur le point de mourir. Quelle horreur pour lui qui, comme tout le peuple juif, avait une foi faible et indécise dans la vie après la mort. Pour cet homme de pouvoir, c’était un choc double : d’abord le chagrin paternel, puis un sentiment de honte et d’humiliation devant le peuple, car une perte aussi terrible était considérée comme une punition divine. Dans ce cas, Jaïre se jette aux pieds de Jésus et lui dit: Ma fille est morte à l’instant; mais viens lui imposer ta main et elle vivra (Mt 9,18). Pourquoi l’évangéliste Luc écrit-il que la fille de Jaïre se mourait, tandis que l’évangéliste Matthieu dit quelle est déjà morte ? Luc décrit les choses comme elles se sont passées, et Matthieu rapporte les mots du père. N’est-ce pas l’habitude des gens d’exagérer les choses ? Une telle exagération vient d’abord du fait qu’un malheur, qui survient de façon inattendue, semble beaucoup plus grand qu’il n’est ; par ailleurs, celui qui réclame de l’aide représente habituellement le malheur comme plus important qu’il n’est afin d’obtenir de l’aide le plus tôt possible. N’entend-on pas souvent crier, lors de l’incendie d’une maison : «Au secours, ma maison a brûlé!» En fait, la maison n’a pas brûlé, elle brûle. Le fait que la fille de Jaïre n’était pas morte au moment où celui-ci s’est adressé au Seigneur sera confirmé plus tard par les serviteurs de Jaïre. Mais la foi que Jaïre avait dans le Christ n’était pas aussi forte que celle du centurion romain à Capharnaüm. Tandis que celui-ci empêchait le Christ d’entrer dans sa maison, estimant qu’il était indigne d’un tel honneur, et ne Lui demandait que de dire un seul mot: dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri (Mt 8, 8), Jaïre invite le Seigneur à entrer chez lui, et même à poser Sa main sur sa fille morte. Une telle foi possède quand même quelque chose de matériel en elle. Viens lui imposer ta main ! Jaïre demande au Christ un geste palpable pour guérir. Comme si la parole du Christ était moins capable de thaumaturgie que la main du Christ ! Comme si la voix qui avait apaisé la tempête et les vents et expulsé les démons des hommes possédés puis, plus tard, avait ramené à la vie Lazare qui était mort depuis quatre jours et inhumé, n’était pas capable de ressusciter la fille de Jaïre ! Mais le Seigneur est très miséricordieux; Il ne repousse pas le père plongé dans le chagrin parce que sa foi n’est pas parfaite ; Il vient tout de suite à son secours. Mais au cours de ce déplacement, se produit un miracle concernant une femme dont la foi était plus grande que celle de Jaïre, afin que ce dignitaire du peuple se rende compte que c’est le Christ tout entier qui est porteur de salut, et non seulement Ses mains. Sur la Croix, le Christ a étendu Ses mains saintes de manière à embrasser tous ceux qui viennent à Lui, de quelque côté que ce soit. Voici maintenant ce qui s’est passé au moment où le Christ était en train de marcher avec la foule en direction de la maison de Jaïre : Et comme 11 s’y rendait, les foules Le serraient à L’étouffer. Or une femme, atteinte d’un flux de sang depuis douze ans, et que nul n’avait pu guérir, s’approcha par derrière et toucha la frange de Son manteau; et à l’instant même son flux de sang s’arrêta (Lc 8,42-44). Des foules immenses accompagnaient le Christ dès qu’il eut accosté sur le rivage au retour de Gadara. Tous L’attendaient et se pressaient autour de Lui; tous voulaient se retrouver à côté de Lui, afin d’entendre des paroles extraordinaires et de voir des actes extraordinaires, poussés par une faim spirituelle et aussi, pour certains, par la curiosité. Parmi eux se trouvait cette femme malade, qui souffrait d’une maladie impure. L’écoulement du sang chez une femme, même naturel, est comme un fouet qui limite les plaisirs et pousse la femme à l’apaisement. Un écoulement ininterrompu de sang, depuis douze ans, se présente comme un enfer de souffrances, de honte et d’impureté. Cette femme avait essayé de se soigner et y avait consacré tout ce qu’elle possédait. Mais il n’y eut pas de remède, car aucun médecin n’avait pu la guérir. Imaginez les contraintes quotidiennes quelle subissait pour faire sa toilette et s’habiller, ses soucis permanents et son sentiment de honte ! Il semblait que Dieu l’avait créée uniquement pour cela, pour que du sang s’écoule d’elle et quelle passe ses journées sur terre à essayer d’arrêter l’hémorragie qui ne cessait pas, dans une souffrance sans remède et dans un sentiment de honte indescriptible. Nous avons cette même impression lors de toute maladie de longue durée. Mais en fait, Dieu songeait à elle comme II se penche sur chacune de Ses créatures. Sa maladie était destinée à assurer son salut spirituel, pour la plus grande gloire de Dieu.

Elle se disait: Si je touche au moins Ses vêtements, je serai sauvée (Mc 5,28), en essayant de se pousser au milieu de la foule et de s’approcher du Christ. Telle était la foi de cette femme. Auparavant, elle avait eu foi dans les médecins, mais cela ne lui avait rien apporté. Car la foi seule ne suffit pas si celui en qui on a confiance n’a pas le pouvoir d’aider. Afin que se taisent ainsi tous ceux qui, dans leur ignorance et incrédulité, parlent de suggestion et d’autosuggestion à propos des miracles évangéliques. Cette femme humble et souffrante n’a ni assez d’audace ni assez d’espoir pour se présenter devant le Christ, Lui expliquer ses souffrances et demander de l’aide. Comment pourrait-elle, pleine de honte, le faire devant une telle foule ? Sa maudite maladie est d’une telle nature que si elle en parlait en public, cela susciterait du dégoût, de l’opprobre et des railleries. C’est pourquoi elle s’approcha du Seigneur par derrière et toucha Son manteau.

Et à l’instant même son flux de sang s’arrêta. Comment pouvait-elle savoir que le flux de sang s’était arrêté ? Car elle sentit dans son corps quelle était guérie de son infirmité (Mc 5,29). Comme un vers vivant qui grouille sans cesse dans une blessure pleine de pus, cette femme n’a cessé jusqu’à ce moment de ressentir le mouvement turbulent de son sang. Mais en touchant le manteau du Christ, elle sentit que son sang s’était apaisé ; en fait, elle ne ressentait plus le sang qui était en elle, de même qu’un homme en bonne santé ne le sent pas. La santé était entrée en elle, comme le magnétisme avec l’aimant, comme la lumière dans une pièce sombre. Ce ‘ne fut pas le seul cas de guérison de malades par le seul contact avec le manteau du Seigneur Jésus. Dans un autre épisode, on rapporte que de nombreuses personnes voulaient simplement toucher la frange de Son manteau, et tous ceux qui touchèrent furent sauvés (Mt 14, 36). Combien de tels miracles silencieux et non transcrits le Seigneur accomplit-il sur les hommes ? Et cela non seulement à partir de Sa trentième année quand Il se mit à annoncer l’Évangile porteur du salut aux hommes, mais à partir du jour et de l’heure où II fut conçu dans le sein très pur de Sa Mère! Le Chrysostome dit: «Ses miracles, par leur multitude, dépassent même le nombre des gouttes de pluie!» Comme toutes choses se sont mystérieusement modifiées à la suite de Sa présence charnelle dans le monde ! Et combien, aujourd’hui encore, y a-t-il de miracles mystérieux et de changements merveilleux dans la personne de tous les fidèles qui approchent, en communiant, leurs lèvres de Son corps et de Son sang ! Tout cela est incommensurable, infini et inexprimable. Cette femme n’avait pas touché Son corps mais seulement Son manteau, et elle fut aussitôt guérie d’une longue maladie, dont tant de médecins réputés avaient essayé depuis si longtemps de la guérir. Elle avait donné tous ses biens afin que ces médecins la guérissent. Ses biens lui avaient été enlevés, mais sa santé ne lui avait pas été rendue. Mais voilà que le Seigneur, le Médecin bénévole, qui ne lui avait rien pris, lui a donné tout ce qu’elle voulait ; et cela sans effort, sans douleur, sans délai. Car tout don excellent, toute donation parfaite, vient d’en haut et descend du Père des lumières (Je 1,17).

Mais Jésus dit: « Qui est-ce qui m’a touché?» Comme tous s’en défendaient, Pierre dit: «Maître, ce sont les foules qui te serrent et te pressent». Mais Jésus dit: «Quelqu’un m’a touché; car j’ai senti qu’une force était sortie de moi» (Lc 8,45-46).

Pourquoi le Seigneur pose-t-Il la question, s’il sait qui L’a touché et ‘que ceux qu’il interroge ne Je savent pas? Pour que la foi de la femme qui a été guérie soit proclamée, confortant ainsi pour toujours la sienne et celle des autres, et pour que Sa puissance divine soit affirmée aux yeux de tous les présents et aussi de nous tous. Cette femme doit annoncer elle- même ce que Dieu a accompli pour elle. Il n’est pas bon que quelqu’un se serve furtivement d’une chose sainte, car même si son corps a été utilisé temporairement, son âme reste sans utilité et peut ainsi tomber dans la déchéance. L’homme doit accueillir avec pureté et reconnaissance tout don qui lui vient de Dieu. Le Seigneur a voulu distinguer la foi de cette femme afin de nous enseigner que la foi est un contrat au titre duquel Dieu apporte tous les biens aux hommes. Dans Son infinie miséricorde, Dieu fait souvent du bien aux hommes, même si ceux-ci n’ont pas la foi ; mais en recherchant la foi chez les hommes, Dieu élève la dignité de ceux-ci en tant qu’êtres libres et raisonnables. Pourquoi l’homme est-il libre et raisonnable, s’il n’est pas prêt de son côté à contribuer à son salut ? Dieu demande à l’homme la contribution la plus petite qu’on puisse demander : avoir foi dans le Dieu vivant, en Son amour pour l’homme et Son aptitude permanente à donner et à accomplir pour l’homme tout ce qui contribue à son bien-être. En annonçant la foi de cette femme, le Seigneur veut aussi conforter Jaïre dans sa foi, et lui montrer qu’il n’était pas nécessaire d’insister pour qu’il entre dans sa maison et pose la main sur la jeune fille morte. Lui est capable de guérir de bien des façons, et non seulement par l’imposition des mains : Il peut aider grâce à la frange de Son manteau comme par l’imposition de Sa main, de loin comme de près, dans la rue ou dans une maison. Le Seigneur veut faire connaître Sa puissance divine aux hommes, non pas pour être loué — toutes les louanges des hommes n’avaient aucune valeur pour lui — mais pour que les hommes sachent la vérité, et y aient recours. En fait, tout bien reçu par les hommes provient sciemment de Dieu Lui-même. Le manteau du Christ n’a pas apporté la guérison à la femme hémorroïsse sans que le Christ soit au courant et sans la puissance émanant directement de Lui. Toute aussi consciente et vivante est la force divine qui descend aider les fidèles à travers les reliques des saints et les icônes. La foi chrétienne ne connaît ni la magie ni la cartomancie. Nulle créature dans la nature ne peut, avec sa propre force, être de quelque utilité à l’homme sans que le Dieu vivant soit conscient que c’est bien Sa force bienfaisante qui est à l’œuvre. Cela vaut pour toutes les médecines terrestres comme pour les eaux thermales. Dieu n’est pas plus éloigné des remèdes et des eaux thermales que le Christ Seigneur était éloigné de Son manteau. Celui qui touche aux remèdes et aux eaux thermales avec la même foi et le même respect craintif, timide et pur, avec lequel cette femme malade avait effleuré le manteau du Christ, sera guéri. Celui qui, en revanche, touche aux remèdes et aux eaux minérales en dehors de Dieu, ou même en opposition à Dieu, obtient rarement la guérison. Et s’il l’obtient, il l’obtient à la suite d’une très grande miséricorde divine, afin qu’il reconnaisse cette miséricorde et qu’il glorifie Dieu. Le Seigneur a guéri un possédé à Gadara, alors que ce dernier n’avait pas la foi et n’avait pas conscience de ce qui lui arrivait ; comme ce dément ne pouvait pas savoir ni croire, afin de montrer pourquoi II l’avait guéri et pourquoi, en général, Dieu accorde la guérison à des malades incroyants, Il lui dit : « Va chez toi, auprès des tiens, et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans Sa miséricorde» (Mc 5,19). De nombreuses personnes avaient touché le Christ, mais n’avaient pas ressenti le bienfait qu’avait ressenti cette femme malade qui L’avait effleuré avec foi et crainte. Il en est de même aujourd’hui pour un grand nombre de gens qui vénèrent les icônes, ou des reliques de saints, ou la Croix glorieuse et l’Évangile, comme cela avait été le cas pour d’innombrables personnes, à l’esprit curieux mais au cœur gelé, qui avaient touché le Christ. Mais à ceux qui ont une foi véritable, il arrive ce qui est arrivé à cette malade, qui fut guérie. Qui a des yeux voie et qui a des oreilles entende !

Se voyant alors découverte, la femme vint toute tremblante et, se jetant à Ses pieds, raconta devant tout le peuple pour quel motif elle L’avait touché, et comment elle avait été guérie à l’instant même. Et 11 lui dit: «Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix» (Lc 8, 47-48). Cette femme avait senti, dans la voix et les paroles du Christ, qu’il connaissait son secret et quelle ne pouvait se cacher de Lui. Elle se mit debout, tremblante de peur, se tenant tout contre le visage de Celui qui connaît les secrets les plus intimes des hommes ainsi que les secrets les mieux gardés du cœur humain. Elle avait ressenti un pouvoir du Christ: la puissance miraculeuse de la guérison. C’est alors qu’elle avait tremblé de peur devant le Tout-Puissant. Mais quand elle sut que le Seigneur Jésus connaissait son secret le plus secret, elle se mit à frissonner deux fois plus devant Celui-qui-sait-tout. En plus de l’expérience de la toute-puissance du Seigneur Jésus, elle eut la révélation qu’il savait tout. Elle se présenta et confessa tout. Sa honte s’était muée en peur. La honte de cette maladie s’était évanouie, car elle avait été guérie ; mais la peur avait pris la place de la honte, à cause de la toute-puissance et de l’omniscience du Christ. En la voyant si effrayée, le doux Seigneur la réconforte avec des mots paternels : Ma fille, ta foi t’a sauvée. Y a-t-il plus douce consolation en ce monde que d’entendre ces paroles du Roi et Maître immortel ? Il la réconforte et l’appelle Ma fille. Il n’y a pas de courage véritable et durable tant que l’homme ne puise pas son courage en Dieu. L’homme ignore l’intrépidité tant qu’il ne connaît pas Dieu ; de même il ignore la consolation et la douceur tant qu’il ne reconnaît pas Dieu comme son Père et qu’il ne se reconnaît pas lui- même comme Son enfant. Ces deux mots, aucun homme ne les entend spirituellement tant qu’il ne s’est pas renouvelé et régénéré spirituellement. Or cette femme était pareille à un nouveau-né, physiquement et spirituellement; physiquement, car son corps impur et à demi-mort était devenu sain ; spirituellement, car elle avait reconnu la toute-puissance et l’omniscience du Seigneur Jésus.

Ta foi t’a sauvée. Cette parole est à la fois un mot d’enseignement et d’encouragement. Si le Seigneur Jésus n’était pas allé jusqu’à souffrir de la faim et laver les pieds d’hommes, s’il n’avait pas attribué Sa puissance à quelqu’un d’autre — à Son Père céleste -, s’il n’avait pas partagé Sa gloire avec des hommes, leur attribuant un peu de Lui-même, ne croyez-vous pas que la terre ne serait pas en proie à un tremblement de terre permanent à la suite de Ses pas divins ? Et le monde entier n’aurait-il pas été transformé en flammes à la suite de Ses paroles ? Qui oserait Le regarder en face ? Qui oserait se tenir près de Lui et Le toucher ? Qui pourrait écouter Ses paroles et ne pas se liquéfier? C’est pourquoi le Seigneur s’est incarné dans un corps humain, afin de pouvoir avoir des rapports fraternels avec tous les hommes ; c’est pourquoi II se fait aussi humble et s’abaisse autant; c’est pourquoi II encourage les hommes à tout instant; c’est pourquoi enfin II rapporte Ses œuvres à leur foi.

Tandis que le Seigneur s’occupait de cette femme, une mauvaise nouvelle parvint à Jaïre : Tandis qu’il parlait encore, arrive de chez le chef de la synagogue quelqu’un qui dit: «Ta fille est morte à présent; ne dérange plus le Maître». Mais Jésus qui avait entendu, lui répondit: «Sois sans crainte, crois seulement, et elle sera sauvée» (Lc 8, 49-50). On voit ainsi que la fille de Jaïre n’était pas encore morte quand Jaïre est venu inviter le Christ à venir chez lui. Mais elle était sur le point de rendre son dernier soupir, de sorte qu’on pouvait parler d’elle comme si elle était morte. Ne dérange plus le Maître. Le Christ est encore considéré comme un Maître, comme l’appellent ceux qui n’ont pas senti Sa force impossible à atteindre. Mais voyez comme le Seigneur est doux et miséricordieux ! Avant même que Jaïre ait éclaté en sanglots et exprimé sa douleur de père, Il prend les devants avec des paroles de réconfort et d’encouragement: Sois sans crainte! Que sa fille soit sur le point de mourir ou morte, peu importe, car la puissance de Dieu est impossible à supprimer. Il suffit au père de continuer à faire ce qu’on attend de lui, qui est la seule chose qu’il puisse faire : crois seulement ! Jaïre vient de voir, avec le cas de cette pauvre femme malade, tout ce qui est possible à Dieu. Celui qui par Sa seule pensée arrête l’écoulement du sang qui durait sans interruption depuis douze ans, est capable de réunir l’âme et le corps de la fille de Jaïre. Crois seulement, et elle sera sauvée!

Arrivé à la maison, Il ne laissa personne entrer avec lui, si ce n’est Pierre, Jean et Jacques, ainsi que le père et la mère de l’enfant (Lc 8, 51). Cinq témoins suffisaient. Deux ne suffisent-ils pas devant les tribunaux des hommes ? Il prit Ses trois disciples qui furent plus tard les témoins de Sa Transfiguration miraculeuse au Mont Thabor et de Son combat spirituel dans le jardin de Gethsémani; ces trois disciples étaient à cette époque-là plus mûrs spirituellement que les neuf autres, et en mesure de supporter et de comprendre les mystères plus profonds de Son pouvoir et de Sa personne. Ces trois-là allaient voir la première résurrection d’un mort accomplie par la force du Seigneur, qu’ils raconteraient ensuite à leurs neuf compagnons, ce qui leur permettrait à tous d’avoir confiance les uns dans les autres. Plus tard cependant, lors de la résurrection du fils de la veuve de Nain et de Lazare, tous les disciples seront présents. Quant à la présence des parents de la jeune fille, elle s’explique aisément : ce qui va arriver à leur fille décédée doit contribuer à la résurrection de leurs propres âmes. Qui, plus que les parents, a le droit de tirer un profit spirituel de ce qui va se produire avec leur enfant ?

En entrant dans la maison, le Seigneur remarqua ceux qui pleuraient et se lamentaient après la mort de la jeune fille. Tous pleuraient et se frappaient la poitrine à cause d’elle. Mais II dit: «Ne pleurez pas, elle n’est pas morte, mais elle dort. » Et ils se moquaient de Lui, sachant bien qu’elle était morte (Lc 8, 52-53). Matthieu et Marc complètent cette scène. Il y avait là des musiciens et notamment des joueurs de flûte (Mt 9, 23), embauchés dans le voisinage, comme c’était l’usage à l’époque chez les Juifs aisés comme chez les païens. Et il y avait du tumulte, des gens qui pleuraient et poussaient de grandes clameurs (Mc 5,38). Jaïre était un homme éminent, mais non la personnalité principale de cette localité. En dehors des musiciens et des joueurs de flûte, il y avait probablement beaucoup de ses proches, amis et voisins, qui étaient sincèrement affligés par la disparition prématurée de la jeune fille. Mais pourquoi le Seigneur dit-Il au peuple : elle n’est pas morte, mais elle dort, quand II sait bien qu’elle est morte ? Premièrement, afin que tous ceux qui sont présents confirment que la jeune fille était bien morte. Et ils ne pouvaient pas le confirmer mieux qu’en se moquant de Lui et de Son apparente ignorance quelle était bien morte. Deuxièmement, pour montrer que la mort, en Sa présence sur terre, avait perdu son aiguillon et son pouvoir sur les hommes, quelle était devenue pareille à un songe. La mort ne signifie pas la destruction de l’homme, de même que le sommeil ne signifie pas la destruction de l’homme. La mort est le passage de cette vie à l’autre. Mais le même Seigneur règne sur l’une et l’autre. Pour l’homme endurci par la vie charnelle, la cessation de cette vie signifie l’arrêt de la vie en général. Quand une voiture est endommagée dans un accident sur la route, le passager de la voiture est également endommagé et ne peut aller nulle part ! Telle est la conception stupide des gens rustres. Les êtres spirituels, eux voient que quand un véhicule est endommagé, le passager sort de la voiture, l’abandonne et poursuit son chemin même sans voiture. Le maître qui a été à l’origine de la création de la voiture et du passager ne peut-il pas réparer la voiture et faire en sorte que le passager revienne dans le véhicule ? Telle est la résurrection des morts : le corps affaibli se guérit et lame revient dans le corps. Le fait que le

Seigneur n’a nullement exagéré en mettant sur le même plan la mort et le songe, Il l’a prouvé Lui-même par Sa propre résurrection après une mort violente et un séjour de trois jours dans le tombeau, ainsi que par la résurrection de nombreux morts à l’heure de Sa mort sur la Croix, puis plus tard à travers toute l’histoire de l’Eglise quand des morts sont revenus à la vie à la suite des prières de saints et d’hommes agréables à Dieu. C’est ce que Lui-même a démontré ici, lors de la résurrection de la fille de Jaïre. Que fit donc le Seigneur, après avoir pris avec Lui un nombre suffisant de témoins choisis ?

Mais Lui, prenant sa main, l’appela en disant: «Enfant, lève-toi» (Lc 8, 54). La présence de ceux qui avaient rempli la chambre de la défiante, qui l’avaient vue morte et étaient convaincus, n’était plus nécessaire. Par la suite, ils entendraient parler du miracle et verraient la jeune fille vivante ; pour le moment, l’essentiel pour le Seigneur était de confirmer dans la foi une personnalité locale éminente locale (Jaïre) et trois apôtres importants. La façon d’agir du Seigneur lors de chaque miracle entraîne l’homme dans un grand état d’exaltation du fait de la préméditation pleine de sagesse et de délicatesse montrée dans chaque détail. Après qu’eurent été expulsés tous les autres de la chambre de la morte, ils n’étaient plus que sept dans cette pièce : cinq vivants, la morte et Celui qui donne la vie. Est-ce que dans cette circonstance ne se cache pas — ou plutôt ne se révèle pas — un grand mystère de lame humaine ? Quand meurt l’âme d’un pécheur, il continue à vivre avec ses cinq sens, menant une existence charnelle, vide, désespérée, où il tend les mains tout autour de lui pour avoir de l’aide. Tels sont les soi-disant matérialistes de notre époque : des ombres charnelles sans âme, des êtres désespérés qui s’agrippent à ce monde avec leurs sens — les yeux, les oreilles et le reste — afin de sauvegarder encore quelque temps leur corps et de l’empêcher d’aller dans la tombe à la suite de l’âme. Mais quand l’un d’entre eux, du fait de la Providence divine, rencontre le Christ, il implore le Christ de lui venir en aide, le Christ Seigneur s’approche de l’âme morte, l’effleure et la fait revenir à la vie, à la grande surprise et à l’émerveillement de l’homme superficiel, sensoriel. L’évangéliste Marc rapporte précisément les paroles que le Seigneur prononça en araméen en effleurant la jeune fille de la main : « Talitha koum », ce qui se traduit: Fillette, je te le dis, lève-toi (Mc 5, 41). Qu’arriva-t-il à la jeune fille à la suite de ces mots du Christ?

Son esprit revint, et elle se leva à l’instant même. Et II ordonna de lui donner à manger (Lc 8, 55). On voit donc que la mort est un songe!

Son esprit revint. Son esprit s’était détaché du corps et était parti là où vont les esprits des défunts. Avec Son toucher et Ses mots, le Seigneur a accompli ici deux miracles : Il a guéri le corps et II a ramené l’esprit du royaume des esprits dans un corps sain. Car s’il n’avait pas guéri le corps, à quoi aurait servi à la jeune fille que son esprit revienne en elle alors qu’elle était malade ? Elle serait simplement revenue à la vie, continuant à être malade pour mourir de nouveau ! Cette résurrection partielle n’aurait pas été une résurrection, mais une torture. Or le Seigneur ne fait pas de donations partielles mais totales, non imparfaites mais parfaites. Il ne rendait pas la vue aux aveugles pour un seul œil, mais pour les deux, de même qu’il ne rendait pas l’ouïe pour une seule oreille, mais pour les deux; Il ne rendait pas l’usage d’une seule jambe aux paralysés, mais des deux. Il en est de même ici. Il rend l’esprit à un corps sain, non à un corps malade, afin que l’homme tout entier soit en bonne santé et vivant. C’est pourquoi le Seigneur ordonna de lui donner à manger; afin de montrer ainsi tout de suite, que la jeune fille n’était pas seulement revenue à la vie, mais quelle était guérie. L’évangéliste Marc ajoute : aussitôt la fillette se leva et elle marchait (Mc 5, 42), afin que tous ceux qui étaient là puissent témoigner que la jeune fille était également guérie physiquement. Le fait quelle était réellement guérie, elle devait le montrer aussitôt et de la manière la plus évidente. C’est pourquoi la jeune fille se leva et se mit à marcher et à manger. Le Seigneur Jésus était conscient qu’il avait affaire à un peuple infidèle, ce qui L’amenait, lors de chaque miracle, à accumuler le plus possible de preuves évidentes et incontestables, afin de démontrer qu’un miracle était nécessaire et utile aux hommes; en outre, il fallait se rendre compte que Lui seul pouvait accomplir ce miracle. Lui et nul autre ; enfin, constater que ce miracle est incontestable, confirmé de façon évidente et établi comme une vérité indiscutable. Ah, comme le Seigneur connaissait bien le genre humain, corrompu et infidèle ! Ses parents furent saisis de stupeur, mais II leur prescrivit de ne dire à personne ce qui s’était passé (Lc 8, 56). Cela signifie que le Seigneur souhaite qu’avec cet ordre les parents de la jeune ressuscitée expriment avant tout leur reconnaissance à Dieu. ‘Ce qui est important n’est pas de se précipiter au-devant de la foule et de proclamer le miracle, mais de s’agenouiller devant le Dieu vivant en toute humilité et d’exprimer à Lui seul toute notre chaude reconnaissance. On entendra parler de ce miracle de par lui-même et sans notre concours. Ne vous souciez pas de cela! Il ne vous appartient pas, en ce moment solennel, de répondre d’abord à la curiosité du monde, mais de rendre grâces au Seigneur Dieu. En guérissant la femme hémorroïsse, en ressuscitant une jeune fille morte, le Seigneur poursuit Son travail, continuant à guérir les âmes humaines de la curiosité perverse. La curiosité est en vérité perverse, car elle sépare l’âme humaine de Dieu et la précipite dans la mer des préoccupations et des événements éphémères. La curiosité est perverse, très perverse, car elle fait souvent perdre leur corps aux hommes, et souvent même leur âme. De nombreux péchés physiques et de nombreuses passions spirituelles ont pour origine la curiosité. De même que la belle fleur du pavot cache un poison, de même la curiosité porte en elle-même un poison puissant qui détruit le corps et l’âme. Dieu n’a pas créé ce monde pour satisfaire la curiosité des hommes, mais pour sauver les âmes humaines. Le roi très sage a dit: l’œil n’est pas rassasie’ de ce qu’il voit et l’oreille n’est pas saturée de ce qu’elle entend (Qo 1, 8). Le Seigneur n’a pas guéri la femme hémorroïsse parce qu’elle avait effleuré Son manteau par curiosité, mais parce qu’au milieu de sa douleur et de son malheur, elle était accourue avec foi vers Lui. C’est en vain que les curieux demandent l’aide de Dieu; elle ne leur sera pas accordée; et même si c’était le cas du fait d’un besoin humain, les curieux n’en retireraient aucun profit. Les morts profiteront des miracles de Dieu plus que les curieux. Est-ce que le médecin se rend chez ceux qui pensent qu’ils sont en bonne santé, sont contents d’eux-mêmes et ne font pas appel à un médecin ? Le Seigneur serait-Il moins avisé que les médecins terrestres, pour aller dans les foires afin d’y montrer Sa force et Son habileté ? Ne te soucie donc pas, éminent Jaïre, de savoir qui va ébruiter le miracle de la résurrection de ta fille ! Ne te soucie pas, pécheur, de savoir qui va ébruiter le miracle de la résurrection de ton âme et de ton corps ! Dieu connaissait la télégraphie et la téléphonie avant que les hommes aient su ouvrir la bouche et communiquer des nouvelles les uns aux autres. Le Seigneur connait des moyens plus fiables et plus accomplis pour communiquer au monde des nouvelles utiles, avant même qu’on ait pu le faire par la télégraphie physique et la téléphonie. Le créateur de la voix, de la langue et de l’air, possède aussi Ses moyens propres pour communiquer avec toute matière créée, moyens qui remplissent tout l’espace et tout le temps. Souviens-toi de ton chemin vers Dieu, le Donateur de tous les dons bienfaisants, et dépêche-toi de Lui offrir une prière de reconnaissance en signe de profonde obéissance à Sa sainte volonté. Gloire et louange à notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, avec Son Père et avec le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.

[1] La péricope évangélique du vingt-troisième dimanche après la Pentecôte a été commentée pour le cinquième dimanche après la Pentecôte.