(Lc 12,16-21)

Le Seigneur Jésus-Christ est venu parmi les hommes afin de guérir l’âme humaine de la tentation de voler. Car le vol constitue une grave maladie de l’âme humaine.

Est-ce que le fils vole le père? Non; mais le serviteur vole son maître. Au moment où l’esprit filial d’Adam s’est transformé en esprit de serviteur, sa main s’est approchée d’un fruit défendu.

Pourquoi l’homme vole-t-il le bien d’autrui — est-ce que c’est parce qu’il en a besoin ? Adam disposait de tout et ne manquait de rien, et il se mit néanmoins à voler.

Pourquoi un homme vole-t-il un autre homme, un serviteur vole-t-il un autre serviteur? Parce qu’auparavant il avait osé voler son maître. L’homme vole d’abord Dieu, puis les autres hommes. Le prototype humain avança d’abord une main de voleur pour s’emparer de ce qui était à Dieu, à la suite de quoi et à cause de quoi ses descendants devinrent des voleurs les uns pour les autres.

L’homme vole Dieu, les hommes, la nature et lui-même. L’homme vole non seulement avec tous ses sens, mais aussi avec son cœur, son âme et ses pensées. Mais il n’y a pas de vol où le diable n’est pas le complice de l’homme. Il chuchote et suggère tous les vols ; Il est le chef et le commandant de tous les plans de vol. Il n’y a pas de voleur solitaire dans le vaste monde. Au moins deux prennent part au vol, et un troisième les observe. L’homme et le diable participent au vol, et Dieu les regarde. De même qu’Ève n’a pas exécuté son vol toute seule, mais en compagnie du diable, de même personne n’a jamais exécuté un vol tout seul, mais toujours en compagnie du diable. Mais le diable n’est pas seulement le chef et le coparticipant au vol, il est aussi le dénonciateur du vol. Car il n’a nul besoin des objets volés, mais son but est de détruire l’âme humaine, de susciter les querelles et les haines parmi les hommes, jusqu’à l’anéantissement de tout le genre humain. Il ne vole pas pour voler, mais comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer (1 P 5, 8). C’est le diable qui incite l’âme à faire le mal et qui y sème l’ivraie, comme l’a dit le Seigneur Jésus (Mt 13,39).

Lors de tout vol commis par un homme, le diable lui vole une partie de son âme. L’âme d’un voleur habitué à voler ne cesse de se réduire, de s’assécher et de se décomposer comme les poumons rongés par la tuberculose.

Pour se sauver de son addiction au vol, l’homme doit considérer que la propriété de ses biens appartient à Dieu et non à lui-même. Quand il se sert de ses biens, il doit considérer qu’il se sert de ce qui est à Dieu, et non à lui-même. En mangeant du pain à table, il doit rendre grâce à Dieu, car le pain n’est pas à lui mais à Dieu.

Afin de se guérir de la maladie qu’est la cleptomanie, l’homme doit considérer que tous les biens d’autrui appartiennent en fait à Dieu ; il doit savoir qu’en volant les autres, il vole Dieu. Et peut-on voler Celui dont l’œil ne se ferme jamais ?

Afin de chasser de lui celui qui participe à tous les vols et qui sème le mal en lui, l’homme doit veiller sur son âme afin que le diable ne puisse y semer des envies de vol et des pensées qui s’y rapportent. Et quand il s’aperçoit que de telles idées y ont été semées, il doit veiller à les brûler rapidement dans le feu de la prière.

N’est-il pas fou celui qui court vers le pire, alors qu’il a connu le meilleur ? N’est-il pas fou et ridicule celui qui la nuit vole des guenilles en coton dans la boutique d’autrui, tout en voyant un ami venu lui offrir une voiture pleine de soies et de velours ?

Le Seigneur Jésus ami-des-hommes a apporté avec Lui et dévoilé aux hommes des trésors célestes innombrables et inestimables, et II les a appelés à en jouir publiquement et librement, à une seule condition : qu’ils détachent leur âme des trésors terrestres périssables. Certains hommes L’ont écouté, se sont approchés de Ses dons et se sont enrichis; mais certains ne L’ont pas écouté, restant à côté de leurs richesses périssables et volées. En guise d’avertissement adressé à ces derniers, le Seigneur a raconté le récit qui se trouve dans l’évangile de ce jour.

Il leur dit alors une parabole: «Il y avait un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté. Et il se demandait en lui-même: Que vais-je faire ? Car je n’ai pas où recueillir ma récolte ?» (Lc 12,16-17). Cet homme déjà riche venait de connaître une récolte telle qu’il ne savait pas où la recueillir. En voyant ses champs recouverts d’une grande quantité de blé, ses vergers et ses vignes aux branches ployant sous le poids des fruits, ses hangars débordants de légumes divers et ses ruches pleines de miel, cet homme riche ne regarda pas vers le ciel et ne s’écria pas joyeusement: « Gloire et merci à Toi, Dieu tout-puissant et très-miséricordieux ! Toi qui as su, avec Ta force et Ta sagesse, extirper une telle abondance de cette terre noire ! Toi qui avec Ton soleil, as su insuffler tant de délices dans tous ces fruits terrestres ! Toi qui as su donner à chaque fruit un aspect admirable et un goût particulier! Toi qui as récompensé au centuple le peu d’effort que j’y ai consacré! Comme Tu as eu pitié de ton serviteur, en versant à pleines mains tant de richesses dans son sein ! O, Seigneur très extraordinaire, apprends-moi à donner moi aussi de la joie, avec tes richesses, à mes frères et à mes proches, afin qu’ils puissent eux aussi se réjouir avec moi et Te glorifier avec gratitude, célébrer Ton saint Nom et Ta bonté indicible ! » Mais non : au lieu de se souvenir du donateur de tant de dons, cet homme riche se soucie d’abord de savoir où il va accumuler tous ces dons et comment il va les conserver. Comme le voleur qui, ayant trouvé sur sa route un sac plein d’argent, ne se demande pas d’où provient ce sac ni à qui il appartient, mais il ne se soucie que de savoir comment il va le cacher ! En fait, cet homme riche est aussi un véritable voleur. Il ne peut pas dire que toute cette récolte abondante est le fruit de son effort propre. Le voleur lui aussi fait des efforts au moment de voler. Le voleur utilise souvent beaucoup plus d’habileté qu’un laboureur ou un semeur. L’homme riche n’a fait aucun effort, ni n’a pu en faire en ce qui concerne le soleil, la pluie, les vents et le sol. Or ce sont les quatre principaux éléments qui, par la volonté de Dieu, rendent possible la production des plantes et des arbres. Par conséquent, une récolte abondante ne découle ni de son travail, ni de ses piètres efforts, car cet homme n’est le maître ni du soleil, ni de la pluie, ni des vents, ni du sol. Cette récolte abondante est un don de Dieu. Comme est méprisable aux yeux des hommes, celui qui au moment de recevoir un cadeau de quelqu’un, ne dit pas merci, ni ne montre d’égards pour son donateur, ne se préoccupant que de trouver au plus vite un endroit sûr pour y cacher son cadeau ! Quand il reçoit un morceau de pain noir, un mendiant honnête remercie son donateur. Cet homme riche, lui, n’a adressé à Dieu aucune pensée, aucune parole de reconnaissance pour une récolte aussi abondante ; il n’a même pas eu un sourire de joie devant un tel prodige et un tel bienfait de Dieu. Au lieu de prier, de manifester sa reconnaissance, de chanter les louanges de Dieu le cœur joyeux, il est aussitôt tiraillé par le souci de savoir comment il va rassembler toute cette richesse et l’emmagasiner de façon telle qu’aucun grain ne reste pour les oiseaux du ciel et qu’aucune pomme ne tombe chez ses pauvres voisins.

Puis il se dit : Voici ce que je vais faire: j’abattrai mes greniers, j’en construirai de plus grands, j’y recueillerai tout mon blé et mes biens (Lc 12, 18). Tel est le souci principal de cet homme déraisonnable! Au lieu de s’efforcer de détruire le vieil homme en lui et d’en élever un nouveau, il consacre tous ses efforts à démolir de vieux hangars et à construire de nouveaux hangars, de nouvelles granges et métairies. Si une nouvelle fois, l’année prochaine, la récolte est aussi abondante, il devra aussi s’affairer à élargir des hangars ou à en construire de nouveaux. Ainsi, année après année, ses hangars deviendront de plus en plus vastes et neufs, alors que son âme sera de plus en plus rabougrie et vieille. Son ancienne récolte sera de plus en plus moisie, comme son âme. Il sera encerclé par l’envie, et les malédictions se déverseront sur lui. Car les pauvres regarderont sa richesse avec envie, tandis que les affamés le maudiront à cause de son avarice et de son égoïsme. Ainsi sa richesse contribuera à la ruine, la sienne et celle de ses voisins. Son âme dépérira à cause de son avarice et de son égoïsme, et les âmes de ses voisins dépériront à cause de leur envie et de leurs malédictions. Voyez comment un homme insensé peut utiliser un don de Dieu, à la fois pour sa propre ruine et celle d’autrui! Dieu lui avait accordé la richesse comme un bienfait pour son salut et celui de ses voisins, et il s’en sert pour son propre malheur et celui des autres. Saint Jean Chrysostome adresse ce conseil à ceux qui y sont accessibles : « Si tu es rassasié, souviens-toi de celui qui a faim. Si tu as étanché ta soif, souviens-toi de celui qui a soif. Si tu t’es réchauffé, souviens-toi de celui qui est frigorifié. Si tu habites une grande demeure richement décorée, fais-y entrer celui qui n’a pas de foyer. Si tu as pris plaisir à un festin, redonne de la joie à celui qui est triste et affligé. Si on t’a rendu hommage pour ta richesse, souviens-toi des indigents. Si tu es sorti joyeux d’une entrevue avec ton maître, rends aussi heureux tous tes serviteurs. Si tu te montres miséricordieux et condescendant à leur égard, tu seras aussi objet de miséricorde quand ton âme sortira de ton corps.» On raconte que deux grands ascètes qui vivaient dans le désert d’Egypte, priaient Dieu de leur révéler s’il y avait de par le monde quelqu’un qui Le Servait mieux qu’eux. Et cela leur fut révélé : on leur donna l’ordre de se rendre à tel endroit, auprès d’un homme qui leur révélerait ce qu’ils voulaient savoir. Ils s’y rendirent et y trouvèrent un homme simple, dénommé Euchariste, qui s’occupait exclusivement d’élevage. Comme les ascètes ne remarquaient rien d’exceptionnel chez cet homme, ils lui demandèrent comment il faisait pour accomplir la volonté de Dieu. Après beaucoup d’hésitation, Euchariste leur dit qu’il divisait en trois parts tous ses revenus d’élevage : une partie était donnée aux pauvres et aux indigents, une autre était affectée à l’accueil réservé à ses visiteurs, et une troisième partie était conservée pour lui-même et son épouse très chaste. Ayant entendu ce récit, ces ascètes louèrent ces bonnes actions et s’en retournèrent chez eux.

On voit ainsi que la miséricorde est même plus agréable à Dieu que le jeûne le plus sévère. Mais, cet homme riche et cupide évoqué dans l’Évangile ne songeait pas seulement à agrandir ses hangars et à la façon de rassembler toutes les récoltes de sa propriété. Que ferait-il après avoir réalisé tout cela? Voici ce que lui-même dit à ce propos: je dirai à mon âme: Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années; repose-toi, mange, bois, fais la fête! (Lc 12, 19). Comment l’âme peut-elle manger et boire? C’est le corps qui mange et boit ce qui a été cueilli dans les champs, pas l’âme. Cet homme riche pense au corps, en parlant de l’âme. Son âme s’est tellement incrustée dans son corps, s’identifiant tellement au corps, que lui-même ne la connaît plus que de nom. Le triomphe fatal du corps sur l’âme ne peut s’exprimer plus clairement. Imaginez un agneau dans un trou de chien, oublié dans un trou de chien. Le chien court de tous côtés et ramène, dans le trou, de la nourriture pour lui-même. Et après avoir rempli tout le trou de viande, de tripes et d’os de diverses charognes, il crie alors à l’agneau affamé : mon petit agneau, mange maintenant, bois et réjouis-toi, tu as de la nourriture pour de nombreux jours ! Ayant dit ces paroles, le chien va se mettre à manger tout seul, tandis que l’agneau continuera à avoir faim et en mourra. Cet homme riche a agi avec son âme comme ce chien avec l’agneau affamé. L’âme ne se nourrit pas de nourriture périssable; or c’est ce qu’il lui propose. L’âme aspire à sa demeure céleste, où se trouvent ses sources et ses demeures, tandis qu’il la cloue à cette terre et lui promet même de la tenir ainsi clouée pendant de nombreuses années. L’âme se réjouit de Dieu, alors que lui ne met même pas dans sa bouche le nom de Dieu. L’âme s’épanouit dans la justice et la miséricorde, lui ne songe même pas à se servir de sa richesse pour se rendre juste et charitable à l’égard des pauvres, misérables et difformes autour de sa demeure. L’âme veut un amour pur et céleste, lui verse de l’huile sur le feu des passions et encense l’âme avec cette fumée nauséabonde. L’âme aspire à ses joyaux qui sont: charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi (Ga 5, 22-23) ; l’homme riche, lui, l’étouffe sous l’ivrognerie, la frénésie des passions et la vanité. Comment l’agneau herbivore ne crèverait-il pas à côté du chien carnivore? Comment l’âme écrasée par le poids du cadavre ne mourrait-elle pas ? Mais toute la folie de cet homme riche ne réside pas seulement dans le fait qu’il offre de la viande à un agneau, c’est-à-dire une nourriture charnelle à l’âme ; elle se trouve aussi dans le fait qu’il se comporte comme s’il était le maître du temps et de la vie. Voilà qu’il se prépare à manger et à boire pendant de nombreuses années. Mais écoutez ce que Dieu lui répond à ce sujet: Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura ? (Lc 12, 20). Ainsi lui répondit le Seigneur de la vie et du monde, qui commande au temps et à la mort, qui tient en son pouvoir l’âme de tout vivant et le souffle de toute chair d’homme (Jb 12, 10). Insensé, pourquoi ne réfléchis-tu pas avec ton esprit, et non avec ton ventre ? De même que le jour de ta naissance n’était pas en ton pouvoir, celui de ta mort n’en dépend pas non plus. Le Seigneur a allumé les bougies de la vie terrestre quand II l’a voulu, le Seigneur les éteindra quand II le voudra. De même que ta richesse n’a pas pu avancer l’heure de ton arrivée dans le monde, de même elle ne pourra pas retarder l’heure de ton départ du monde. Est-ce que la pointe du jour et la tombée du jour dépendent de toi ? Est-ce que le moment où le vent va se mettre à souffler et celui où il va se calmer dépendent de toi? Il en est de même en ce qui concerne la durée de ton séjour sur la terre ! Aussi peu dépendants de toi sont tes greniers et tes brasseries, tes bergeries et tes porcheries. Tout cela appartient à Dieu, tout autant que ton âme. Chaque jour et à toute heure, Dieu peut te prendre ce qui Lui appartient et le donner à quelqu’un d’autre. Tout est à Lui de ton vivant, et tout sera à Lui après ta mort. Entre Ses mains se trouvent et ta vie et ta mort. Pourquoi parles- tu alors de nombreuses années à l’avance ? Ta vie est comptée en minutes, et ta dernière minute peut sonner aujourd’hui même. Aussi ne dois-tu pas te soucier du lendemain, de ce que tu vas manger, de ce que tu vas boire et de quoi tu vas te vêtir, mais prendre beaucoup plus soin de l’âme avec laquelle tu vas te présenter devant Dieu, ton Créateur et ton Maître. Préoccupe-toi d’abord du Royaume de Dieu, car c’est la nourriture de ton âme (Mt 6,31-33).

Le Seigneur termine ce récit par ces mots : Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s’enrichir en vue de Dieu (Lc 12, 21). Que lui arrive-t-il donc? Soudain, il se sépare de sa richesse, et son âme quitte son corps. La richesse est accordée à autrui, le corps est confié à la terre, et l’âme se rend dans un lieu plus noir que le tombeau, où règnent les pleurs et les grincements de dents. Aucune bonne action ne lui sera imputée dans le Royaume céleste, qui aurait permis à son âme d’y trouver sa place. Son nom ne sera pas inscrit dans le Livre des vivants, il ne sera pas connu ni appelé parmi les bienheureux. Il a reçu son salaire sur la terre, et les richesses divines dans les deux ne seront pas montrées à son âme.

Ah, qu’une mort soudaine est terrible ! Quand l’homme pense que sa position est très solide sur la terre, la terre peut brusquement s’ouvrir et l’engloutir, comme elle a englouti Datân et Abiram (Nb 16, 32). Alors que le bon vivant oublieux de Dieu se prépare à continuer à faire la fête de longues années durant, le feu s’abat sur lui et le consume comme Sodome et Gomorrhe. Quand l’homme pense qu’il est bien assuré auprès de Dieu comme auprès des hommes, soudain il tombe mort, comme Ananie et Saphire (Ac 5, 1). En mourant soudainement, un pécheur inflige deux dommages à lui-même et à sa famille : à lui-même, car il meurt sans s’être repenti, et à sa famille, surprise par sa disparition inattendue et à qui il laisse ses affaires en désordre. Heureux soit celui qui tombe malade avant de mourir, et endure ainsi des tourments et des souffrances. L’occasion lui est alors offerte de se retourner encore une fois sur toute son existence, d’examiner et d’énumérer ses péchés, de se repentir pour tout le mal qu’il a commis, de pleurer à chaudes larmes devant Dieu, de purifier l’âme par ses larmes et d’implorer Dieu de lui pardonner; l’occasion lui est aussi offerte de pardonner lui-même à tous ceux qui l’ont insulté et lui ont fait du mal au cours de sa vie, d’accorder sa bénédiction à tous ses amis et ennemis, de rappeler aux enfants de craindre Dieu, de garder en mémoire l’heure de la mort et d’enrichir à temps leur âme par la foi, la prière et la miséricorde. Songez donc à la façon dont sont morts les hommes justes et agréables à Dieu de l’Ancien Testament : Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et David. Tous ont été malades avant de mourir et, durant leur maladie, le nom de Dieu n’a jamais quitté leurs lèvres. Tous ont laissé de bonnes instructions à leurs descendants et leur ont accordé leur bénédiction. Telle est la mort normale des justes. Mais, dira-t-on, de nombreux justes n’ont-ils pas connu des morts soudaines au cours de guerres ? Non, car les justes ne meurent jamais à l’improviste. Ils se préparent toujours à la mort et s’attendent chaque jour à quitter cette vie. En leur cœur, ils ne cessent de se repentir et de se confesser devant Dieu et de glorifier le Nom de Dieu. Les justes agissent ainsi en temps de paix et de bien-être ; mais ils le font encore plus en temps de guerre, d’agression et de mises à l’épreuve. Toute leur existence est une préparation ininterrompue à la mort. C’est pourquoi ils ne meurent jamais de façon soudaine.

Se préparer à la mort, signifie aussi s’enrichir en Dieu. Car seulement ceux qui croient véritablement en Dieu et à une autre vie se préparent à la mort, c’est-à-dire à cette autre vie. Ceux qui ne croient pas ne se préparent jamais à la mort: ils se préparent en effet à vivre le plus longtemps possible ici, sur terre. Aussi ont-ils peur de penser à la mort, et a fortiori à s’enrichir en Dieu. Celui qui se prépare à la mort se prépare aussi à la vie éternelle. Or, la préparation à la vie éternelle est connue par tout chrétien. L’homme sage consolide chaque jour sa foi en Dieu, et protège son cœur de l’incrédulité, du doute et de la malveillance, comme le propriétaire sage protège son vignoble des mouches malfaisantes et des sauterelles. L’homme sage veille chaque jour à obéir aux commandements de Dieu par des actes de pardon, miséricorde et amour. C’est ainsi qu’il s’enrichit en Dieu. Ce qui lui est le plus cher et le plus précieux, l’homme sage ne le conserve pas dans des hangars et des coffres, mais il le dépose dans les mains de Dieu: c’est son âme. C’est son plus grand trésor, le seul qui ne pourrit pas et ne meurt pas. Chaque jour, l’homme sage est prêt à régler ses comptes avec ce monde ; il est prêt à se coucher et à mourir en ayant la foi qu’il renaîtra à la vie et qu’il se présentera devant le visage de Dieu.

Rien n’est plus futile que de se dire : je vais mourir soudainement et ne sentirai même pas la mort! Ainsi s’expriment des insensés et des païens. Qui parmi les apôtres, les saints et tous ceux qui furent agréables à Dieu, est mort pendant le sommeil ? Qui parmi eux fut englouti par la terre ? Qui parmi eux a été consumé par le feu ? Qui parmi eux s’est suicidé ? C’est pourquoi les hommes spirituels et fidèles disent: que la volonté de Dieu soit faite ! Mieux vaut être malade pendant des années et souffrir de convulsions et de crispations que de mourir soudainement sans s’être repenti. Car les souffrances de ce monde disparaissent vite, de même que les joies. Dans l’autre monde, il n’y a rien de temporaire ni d’éphémère, car tout est éternel, qu’il s’agisse de souffrances ou de joies. Il vaut donc mieux souffrir un peu et être malade ici plutôt que là-bas. Car là-bas, la mesure des douleurs et des joies est infiniment plus longue. Qu’il en soit selon la volonté de Dieu ! Prions donc le Dieu Très-haut de ne pas nous infliger une mort soudaine au milieu de nos péchés et de nos iniquités, mais de nous épargner comme fut épargné le roi Ezéchias (Is 38,1) et de nous accorder du temps pour nous repentir. Et que dans Sa miséricorde II nous montre que notre mort approche, afin que nous puissions accomplir rapidement de bonnes actions et sauver ainsi notre âme du feu éternel. Afin que notre nom puisse ainsi se retrouver dans le Livre des vivants, et que notre visage puisse se voir parmi les justes au Royaume du Christ, notre Dieu. Gloire et louange à Lui, avec Son Père et avec le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.