(Lc 7,11-16)

Nombre d’individus se sont proclamés sauveurs de l’humanité, mais qui parmi eux a jamais songé à sauver l’homme de la mort?

L’histoire a connu beaucoup de vainqueurs, mais qui parmi eux a vaincu la mort ?

De nombreux monarques ont régné sur la terre ; ils ont eu des millions d’êtres vivants comme sujets, mais qui parmi eux a jamais inclus les morts au nombre de leurs sujets vivants ? Personne, sauf l’unique et incomparable Seigneur Jésus-Christ. Il n’est pas seulement l’homme nouveau, Il est le nouveau monde et le Créateur du nouveau monde. Il a détruit aussi bien le champ des vivants que le champ des morts, et a semé la nouvelle semence de la vie. Pour Lui, les morts étaient comme des vivants, et les vivants comme des morts. La mort ne marquait pas la frontière de Son royaume. Il a aboli cette frontière et étendu Son royaume à partir d’Adam et Eve et jusqu’au dernier homme né sur terre. Il a considéré la vie et la mort des hommes différemment de n’importe quel mortel. Il a regardé et vu que la vie ne se terminait pas dans la puanteur du corps, mais aussi qu’une véritable mort s’était emparée de certains hommes avant même leur mort physique. Il a vu de nombreux vivants dans les tombeaux et de nombreux morts dans des corps vivants. Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme a-t-Il dit à Ses apôtres (Mt 10,28). La puanteur du corps ne s’accompagne donc pas de la mort de l’âme ; celle-ci peut intervenir à la suite des péchés mortels, avant ou après, sans rapport avec la mort physique.

Par son exemple spirituel, le Seigneur Jésus a déchiré le temps comme la foudre les nuages, et devant Lui sont apparues des âmes vivantes, aussi bien de ceux qui sont morts depuis longtemps que de ceux qui ne sont pas encore nés. Le prophète Ezéchiel avait eu la vision d’une vallée pleine d’ossements de défunts, sans pouvoir savoir, avant que Dieu le lui révèle, que ces ossements allaient revivre. Fils d’homme, ces ossements vivront-ils ? lui demanda le Seigneur. Je dis: Seigneur, Seigneur, c’est toi qui le sais (Ez 37, 3). Le Christ ne regardait pas les os morts, mais les âmes vivantes qui avaient habité et qui allaient habiter dans ces os. Le corps et les ossements humains ne sont que le vêtement et les instruments de l’âme. Ce vêtement vieillit et s’effrite comme une robe élimée. Mais Dieu régénérera cette tenue et la fera revêtir aux âmes des défunts.

Le Christ est venu chasser une très ancienne crainte des hommes, mais aussi apporter une peur nouvelle pour ceux qui commettent des péchés. La crainte ancienne des hommes est la crainte devant la mort physique ; la peur nouvelle doit être celle de la mort spirituelle, peur que le Christ a consolidée. Dans la crainte de la mort physique, les hommes appellent le monde entier à l’aide ; ils s’incrustent dans ce monde, ils se propagent dans ce monde ; ils s’emparent de ce monde à la seule fin de s’assurer le plus long séjour de leur corps, le plus long et le plus indolore possible. Insensé, dira le Seigneur à un homme riche matériellement mais pauvre spirituellement, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura (Lc 12, 20) ? Insensé, voilà comment le Seigneur appelle celui qui a peur pour son corps, mais n’a pas peur pour son âme. Le Seigneur ajoute : Attention, gardez-vous de toute cupidité, car au sein même de l’abondance, la vie d’un homme n’est pas assurée par ses biens (Lc 12, 15). Mais de quoi donc vit l’homme? Il vit par le Dieu vivant, qui par Sa parole, fait renaître l’âme, laquelle fait revivre le corps. Par Sa parole, le Seigneur Jésus a ressuscité et continue à ressusciter les âmes pécheresses, les âmes mortes avant même la mort physique. Il a en outre promis qu’il ressusciterait aussi les dépouilles mortelles des hommes défunts. Par la rémission des péchés, par Son enseignement vivifiant et Son corps et Son sang très purs, Il a ressuscité et continue à ressusciter des âmes mortes. Le fait que, a la fin des temps, Il allait ressusciter aussi des corps défunts, Il l’a confirmé autant par Ses paroles qu’en accomplissant la résurrection de plusieurs morts durant Sa vie terrestre ainsi que par Sa propre résurrection. En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient — et c’est maintenant — où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront (Jn 5,25). Un grand nombre de grands pécheurs et pécheresses ont entendu la voix du Fils de Dieu et ont revécu spirituellement. Mais de nombreux morts physiques ont aussi entendu la voix du Fils de Dieu et se sont remis à vivre. Un de ces cas est décrit dans l’évangile de ce jour.

Il advint ensuite que Jésus se rendit dans une ville appelée Nain. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec Lui (Lc 7, 11). Cela se passait peu après la guérison miraculeuse du fils du centurion romain à Capharnaüm. Se hâtant d’accomplir le plus possible de bonnes actions, et de donner ainsi un exemple merveilleux à tous Ses fidèles, le Seigneur était parti de Capharnaüm en passant par le mont Thabor. C’est près de cette montagne, sur la pente du mont Hermon, que se trouve encore aujourd’hui le village de Nain, qui fut jadis une cité entourée de murs. Le Seigneur était accompagné d’un groupe important de disciples et de gens des environs. Ils avaient tous assisté aux nombreux miracles du Christ à Capharnaüm, mais ils voulaient voir et entendre encore plus. Car les miracles du Christ étaient quelque chose qu’on n’avait jamais entendu ni vu auparavant en Israël, et Ses paroles étaient comme des flots de miel et de lait.

Quand II fut près de la porte de la ville, voilà qu’on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve; et il y avait avec elle une foule considérable de la ville (Lc 7, 12). A peine le Seigneur fut-il arrivé à la porte de la ville avec la foule qui Le suivait, Lui le vivant, que vint à leur rencontre une procession, qui sortait de la ville et accompagnait un mort. C’est ainsi que se rencontrèrent le Maître et le serviteur, Celui qui donne la vie et celui qui était mort. Le mort était un adolescent, comme on le voit d’après les mots que lui adresse le Christ: Jeune homme! et dans le fait que le Seigneur le rend à sa mère, après l’avoir ressuscité. Sa mère devait être issue d’une famille aisée et connue, comme ‘l’indique la foule considérable de la ville qui l’accompagnait.

En la voyant, le Seigneur eut pitié d’elle et lui dit: «Ne pleure pas» (Lc 7,13). C’est à cause de cette mère que la foule était si considérable, parce qu’elle venait d’une famille honorable et aussi à cause du choc terrible que représentait pour elle la perte de son fils unique. La tristesse devait être grande dans toute l’assistance et cette tristesse était accrue par les pleurs désespérés et les lamentations de la mère. Car si nous nous attendons tous à être soutenus dans notre chagrin, quand la mort nous enlève un être très cher, la présence des autres peut à peine diminuer notre peine et notre désespoir. Il existe un sentiment secret, qui se saisit de tous ceux qui se tiennent autour du mort, un sentiment qu’on manifeste rarement : c’est la honte des hommes devant la mort. Non seulement les hommes ont peur de la mort, ils ont aussi honte devant la mort. Cette honte est la preuve, une preuve plus forte que la peur, que la mort est la conséquence du péché humain. De même que le malade a honte de montrer sa blessure secrète au médecin, de même tous les hommes conscients ont honte de faire état de leur mortalité. Cette honte devant la mort prouve notre origine immortelle et notre vocation immortelle. Les animaux se cachent pour mourir, comme si eux aussi éprouvaient de la honte devant leur mortalité. Et quelle honte observe-t-on chez de très éminents hommes spirituels ! A quoi nous servent tout notre bruit et vacarme, toute notre vanité, tous les honneurs et titres de gloire au moment où nous sentons que se brise le réceptacle terrestre où notre vie a habité ? La honte se saisit de nous, autant pour la faiblesse de ce réceptacle qu’à cause de la vérité insensée avec laquelle nous avons rempli ce réceptacle tout au long de notre vie. Pourquoi le cacher: la honte s’empare de nous à cause de la puanteur avec laquelle nous avons rempli ce récipient et qui se dégagera de lui après la mort, non seulement sur la terre mais aussi dans le ciel. Car le contenu de notre esprit procure soit un parfum soit une puanteur aussi bien à l’âme qu’au corps humain, reflétant la manière dont l’esprit a été rempli pendant la vie : par le parfum du ciel ou la puanteur du péché.

Le Seigneur Jésus eut pitié de ces gens désespérés. Il a souvent montré de la compassion devant l’impuissance humaine. A la vue des foules II en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n’ont pas de berger (Mt 9, 36). Quand les brebis voient leur berger, elles ne sont ni lasses ni prostrées. Si tous les hommes avaient sans cesse le Dieu vivant sous les yeux, ils ne seraient ni las ni prostrés. Mais certains Le voient, d’autres cherchent à Le voir, d’autres ne Le voient absolument pas, alors que d’autres se moquent de ceux qui Le voient ou Le cherchent. C’est pourquoi les hommes sont désemparés et prostrés, chacun devenant son propre berger et chacun suivant son propre chemin. Si les hommes avaient une peur de Dieu deux fois moins forte que celle qu’ils éprouvent devant la mort, ils n’auraient pas peur de la mort; et même plus que cela — la mort serait inconnue dans ce monde ! Dans ce cas-ci, le Seigneur a eu particulièrement pitié de la pauvre mère, lui disant: Ne pleure pas! Il a vu dans son âme et a lu tout ce qui s’y trouvait. Son mari était mort, elle se sentait seule ; et voilà que son fils unique vient de mourir et elle se sent absolument seule. Et où est le Dieu vivant? Quelqu’un peut-il se sentir seul en compagnie de Dieu ? Et un homme véritable peut-il avoir une compagnie aussi proche que celle de Dieu ? Dieu ne nous est-Il pas plus proche que le père et la mère, les frères et sœurs, les fils et les filles ? Il nous donne et nous reprend des proches, mais ne s’éloigne pas de nous ; Son regard sur nous ne vieillit pas et Son amour envers nous ne change pas. Toutes les morsures de la mort sont calculées pour que nous nous blottissions le plus possible auprès de notre Dieu, le Dieu vivant.

Ne pleure pas! dit le Seigneur à la mère très attristée. Celui qui s’exprime ainsi ne pense pas, comme nombre d’entre nous, que l’âme du garçon mort est descendue dans la tombe avant le départ du corps. Celui-ci sait où se trouve l’âme du défunt, Il tient précisément l’âme sous Son pouvoir. Quant à nous, nous essayons de réconforter avec les mêmes mots — « ne pleure pas ! » -, bien que notre cœur soit lui aussi rempli de larmes. Mais en dehors de cela et de la compassion, nous nous sentons impuissants à proposer quoi que ce soit d’autre aux personnes attristées. La puissance de la mort a tellement dépassé notre force que nous rampons comme des insectes dans son ombre; en enterrant un défunt, nous avons l’impression d’enterrer une partie de nous-mêmes dans les ténèbres tombales de la mort. Le Seigneur ne dit pas : Ne pleure pas! à cette femme, pour lui montrer qu’il ne faut surtout pas pleurer le mort. Lui-même a pleuré Lazare qui venait de mourir (Jn 11, 35), comme II a pleuré par avance ceux, très nombreux, qui périront lors de la déchéance de Jérusalem (Lc 19, 41) ; enfin, Il a loué ceux qui pleurent — car ils seront consolés (Mt 5, 4) ! Rien n’apaise ni ne purifie l’homme autant que les larmes. Dans la méthodologie orthodoxe du salut, les larmes figurent parmi les moyens les plus importants de purification de l’âme, du cœur et de l’esprit. Il nous faut non seulement pleurer les morts, mais aussi les vivants, et en particulier nous-mêmes, comme le Seigneur l’a recommandé aux femmes de Jérusalem : Ne pleurez pas sur moi! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants! (Lc 23, 28). Il y cependant une différence entre les larmes. L’apôtre Paul ordonne aux Thessaloniciens : il ne faut pas que vous vous désoliez comme les autres, qui n’ont pas d’espérance (1 Th 4, 13), tels des païens ou des athées. Car ceux-ci regrettent les défunts comme si ceux-ci étaient totalement perdus. Les chrétiens, eux, doivent regretter les morts non comme s’ils étaient perdus, mais comme des pécheurs, ce qui implique que leur tristesse doit toujours être reliée à une prière adressée à Dieu afin qu’il pardonne les péchés du défunt et lui accorde la grâce d’entrer dans Son royaume céleste. A cause de leurs propres péchés, les chrétiens doivent avoir de la tristesse et pleurer sur eux-mêmes, et plus ils le feront, mieux cela vaudra ; ils n’auront pas toutefois à le faire autant que ceux qui n’ont pas la foi ni l’espérance, mais au contraire, précisément parce qu’ils ont la foi dans le Dieu vivant et l’espérance dans la miséricorde divine et la vie éternelle.

Si les larmes sont si utiles, au sens chrétien, pourquoi alors le Seigneur dit-Il à la mère de l’enfant mort: « Ne pleure pas » Il s’agit d’un cas très différent. Cette femme pleurait comme quelqu’un qui n’a pas d’espoir ; en outre, elle ne pleurait pas sur les péchés de son enfant, ni sur ses propres péchés, mais sur la perte physique de son enfant, sa soi-disant destruction et sa séparation éternelle avec lui. Cependant, le Fils de Dieu, le maître des vivants et des morts, était présent. En Sa présence, on ne devait pas pleurer, de même qu’on ne devait pas jeûner. Quand des pharisiens reprochèrent au Seigneur que Ses disciples ne jeûnaient pas comme le faisaient les disciples de Jean, le Seigneur répondit: Pouvez-vous faire jeûner les compagnons de l’époux pendant que l’époux est avec eux (Lc 5, 33-34) ? De même, doit-on verser des larmes en présence de Celui-qui-donne-la-vie et dans le Royaume duquel il n’y pas de morts mais seulement des vivants ? Mais cette veuve affligée ne connait pas le Christ ni la force de Dieu. Elle est déchirée par le chagrin désespéré d’avoir perdu son fils unique, le même chagrin qu’éprouvaient à cette époque tous les autres Juifs ainsi que les Grecs, qui n’avaient pas ou n’avaient plus la foi en la résurrection des morts. Devant le désespoir d’un tel chagrin né de l’ignorance, le Seigneur miséricordieux fut attristé et lui dit: Ne pleure pas ! Il ne lui dit pas de ne pas pleurer, dans le sens où nombre de gens disent aujourd’hui « ne pleurez pas ! » aux familles attristées par la mort d’un proche, parce que les larmes ne le feront pas revenir, car tel est le destin que nous suivrons tous un jour! C’est une consolation qui ne console pas que nous apportons aux autres, qui ne nous console d’ailleurs pas quand elle s’adresse à nous. Le Christ pense à autre chose quand II dit à cette femme: Ne pleure pas! Il lui dit cela en pensant: Je suis là! Je suis le berger de toutes les brebis et aucune d’elles ne peut se cacher de moi, sans que je sache où elle se trouve. Ton fils n’est pas mort comme tu l’imagines ; son âme s’est seulement séparée de son corps. Je possède le pouvoir sur son âme comme sur le corps. A cause de ton chagrin et à cause de ton ignorance et de ton incrédulité, comme de l’ignorance et de l’incrédulité de tout cela autour de toi. Je vais de nouveau réunir l’âme de cet enfant et son corps, et le ramener à la vie, non pas tant à cause de lui qu’à cause de toi et de ce peuple. Afin que tous croient que le Dieu vivant veille sur les hommes et que je suis celui qui devait venir comme Messie et Sauveur du monde.

C’est dans ce sens, par conséquent, que le Seigneur a dit à cette mère : Ne pleure pas ! Et après avoir dit cela, Il est passé à l’acte.

Puis, s’approchant, Il toucha le cercueil et les porteurs s’arrêtèrent. Et II dit: «Jeune homme, je te le dis, lève-toi» (Lc 7, 14). Toucher le cercueil ou les affaires du mort était considéré chez les Juifs comme impur, et était interdit. Cette interdiction pouvait avoir un sens tant que Dieu était respecté en Israël et que la vie humaine était placée au-dessus de tout sur terre. Mais quand la vénération due à Dieu diminua ainsi que le respect de la vie humaine, alors de nombreux commandements, dont ceux-ci, devinrent des superstitions. Cela fut aussi le cas, par exemple, de la circoncision et du fait de ne pas travailler le jour du sabbat. L’esprit de tels commandements fut complètement perdu, et à l’esprit se substitua la vénération de la forme ou de la lettre des commandements. Le Christ restituait l’esprit et redonnait vie à ces commandements, mais les cœurs des chefs du peuple, gardiens de la Loi divine, s’étaient tellement obscurcis et endurcis qu’ils voulurent tuer le Christ parce qu’il s’était occupé de malades le jour du sabbat (Jn 5,16). Pour eux, le samedi était plus important que l’homme, même plus important que le Fils de Dieu. Mais le Seigneur ne se préoccupait pas de la colère de ces dirigeants ; Il continuait à souligner en toutes circonstances que la vie et le salut de l’âme humaine importaient plus que les anciennes traditions et habitudes engourdies. C’est ce qu’il souhaitait souligner aussi en cette circonstance, en touchant le cercueil du mort, contrairement à la Loi. Mais le miracle de la résurrection, accompli en l’occurrence par le Seigneur, était tellement écrasant que les responsables juifs, impuissants, ne se risquèrent pas à ouvrir la bouche pour faire la moindre observation.

Jeune homme, je te le dis, lève-toi! Le Seigneur Jésus donne cet ordre au mort en Son nom, et non comme les prophètes Moïse et Elisée, quand ils priaient Dieu de ressusciter des morts. Eux étaient des serviteurs du Dieu vivant, alors que Lui est Son Fils unique. Avec Son pouvoir divin, le Seigneur donne donc l’ordre à ce garçon de revivre et de se lever. Je te le dis! Avec ces mots que le Seigneur n’a jamais utilisés lors d’une autre résurrection des morts, Il veut montrer et affirmer qu’il accomplit cet acte exclusivement par Sa puissance divine. Il souhaite ainsi montrer qu’il dispose du pouvoir sur les morts comme sur les vivants. Car ce miracle n’est pas survenu à cause de la foi de la mère de ce garçon, comme dans le cas de la résurrection de la fille d’un notable nommé Jaïre; et personne, dans le cortège accompagnant le mort, ne s’attendait à un miracle aussi impressionnant, comme lors de la résurrection de Lazare. Non, ce miracle ne s’est pas produit à cause de la foi de quelqu’un, ni à la suite de l’attente de quelqu’un, mais exclusivement par la puissance de la parole du Seigneur Jésus.

Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et 11 le remit à sa mère (Lc 7, 15). La créature avait entendu son Créateur et avait obéi à Son commandement. La même puissance divine qui avait d’abord insufflé le souffle de vie à la poussière et de cette poussière créé un homme, agissait aussi maintenant, afin que la poussière morte revive, que le sang se remette à circuler, que les yeux se remettent à voir, que les oreilles se remettent à entendre, que la bouche se remette à parler et que les os avec la chair se remettent en mouvement. Où que se trouvât alors l’âme du jeune homme mort, elle entendit la voix de son Supérieur et revint aussitôt dans le corps, afin de répondre avec le corps à l’ordre qu’il lui avait donné. Son sujet entendit la voix de son Roi et obtempéra aussitôt. Le jeune homme se redressa, s’assit dans le cercueil et se mit à parler. Pourquoi se mit-il aussitôt à parler? Pour que les gens ne s’imaginent pas qu’il s’agissait d’une illusion et ne songent pas qu’un spectre était entré dans son corps et l’avait fait se dresser dans le cercueil. Tous doivent entendre la voix et les paroles de celui qui vient de revivre, afin qu’il n’y ait pas le moindre doute sur le fait que c’est bien lui, non un autre dans son corps. C’est pour la même raison que le Seigneur prend le garçon dans son cercueil et le remet à sa mère : Et 11 le remit à sa mère. Quand sa mère l’aura reconnu, accueilli et serré dans ses bras, alors s’évanouiront la peur et le soupçon chez les autres assistants. Le Seigneur le prend par la main et le remet à sa mère afin de montrer qu’il le lui remet comme un don, maintenant comme à l’époque où elle lui a donné naissance. La vie est un don de Dieu. La vie de tout homme est issue de la main de Dieu. Dieu n’hésite jamais à prendre toute créature humaine par la main et l’introduire dans cette vie terrestre, temporelle. C’est aussi pour cela que le Seigneur prend l’enfant ressuscité et le remet à sa mère, afin de lui montrer que ce n’est pas en vain qu’il lui a dit : Ne pleure pas! En lui disant ces mots, Il songeait déjà à lui apporter une consolation non seulement en paroles, que la malheureuse mère pouvait entendre en ces journées de la part de nombreux amis, mais en faisant un geste représentant un réconfort inattendu et parfait. Enfin, le Seigneur a accompli un tel acte aussi pour nous apprendre que, quand nous faisons une bonne action, nous devons la faire personnellement, délicatement et avec bienveillance, et non par l’intermédiaire d’autrui, sans délicatesse et avec ennui, comme si nous voulions nous débarrasser au plus vite de celui à l’égard de qui nous faisons preuve de miséricorde. Observez combien il y a de beauté et d’amour dans chaque parole et chaque mouvement de notre Seigneur et Sauveur! En cette circonstance, comme toujours auparavant et après cela, Il montre non seulement que chaque don de Dieu est parfait mais que la manière dont Dieu nous le donne l’est également.

Tous furent saisis de crainte et ils glorifiaient Dieu en disant: « Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité Son peuple» (Lc 7,16). Par son comportement très prévenant avec cet enfant et sa mère, le Christ réussit à éliminer la crainte des chimères et des tours de magie, mais la peur ne disparut pas. Cette peur était bonne, parce que c’était la peur de Dieu et quelle suscitait les louanges et la célébration de Dieu. Le peuple parla du Christ comme d’un grand prophète. Le peuple attendait l’arrivée d’un grand prophète, dont Dieu avait déjà promis à Moïse qu’il l’enverrait au peuple d’Israël (Dt 18,18). Ce peuple ne pouvait s’élever au point de concevoir que le Christ était le Fils de Dieu. Mais l’esprit de ce peuple, tellement obscurci et écrasé par ses dirigeants, était néanmoins capable de s’élever au point de considérer le Christ Seigneur comme un grand prophète. Si les chefs du peuple de Jérusalem, qui observaient en même temps les miracles accomplis en très grand nombre par le Christ, avaient été capables de s’élever au moins jusqu’à la capacité de compréhension du peuple ordinaire, ils se seraient retenus de commettre le crime terrible de la condamnation et de l’exécution du Fils de Dieu. Mais chacun agissait selon son esprit et son cœur: le Christ rendait la vie aux morts, alors que les dignitaires juifs prenaient la vie aux vivants. Lui était ami- des-hommes, eux étaient des homicides et des déicides. Lui faisait des miracles pour le bien; eux faisaient des prodiges de méchanceté. Mais à la fin des fins, ces dignitaires malfaisants ne furent capables d’enlever la vie qu’à eux-mêmes. Tous les prophètes qu’ils avaient tués sont restés vivants à jamais près de Dieu et des hommes, alors que les autres sont restés cachés comme des serpents dans l’ombre de ces prophètes, se déplaçant de génération en génération et recevant de chaque génération condamnation et malédiction. De même, en tuant le Christ, ce n’est pas Lui qu’ils ont tué, mais eux-mêmes. Celui qui avait si facilement ressuscité les autres est ressuscité, Lui-même, apparaissant dans le ciel comme sur la terre comme la plus grande lumière, celle qui s’embrase au fur et à mesure qu’elle s’éteint et ne cesse de briller davantage. C’est grâce à cette lumière que nous vivons, respirons et nous réjouissons. Cette Lumière des lumières va se montrer encore une fois, et bientôt, à la terre et à tous les vivants et les morts. Cela se produira quand le Seigneur Jésus viendra clore l’histoire humaine, ressusciter les morts dans les tombeaux et juger tous les êtres humains ayant vécu sur terre, depuis Adam jusqu’à la fin des temps. Alors, une nouvelle fois et de la manière la plus imposante, s’accompliront les paroles du Sauveur: En vérité’, en vérité, je vous le dis, l’heure vientet c’est maintenantoù les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront» (Jn 5,25). Le miracle de la résurrection du fils de la veuve de Nain a eu lieu par compassion envers cette mère plongée dans le chagrin, et pour nous aider à avoir foi dans la résurrection ultime et générale, le miracle des miracles, dans la justice qui est au-dessus de toute justice, dans la joie qui est au-dessus de toute justice. Gloire et louange Au Seigneur Jésus, avec Son Père et avec le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.