”Notre saint Père Nicéphore naquit à Constantinople, vers 758, pendant la persécution de Constantin Copronyme contre les saintes images. Son père, Théodore, était premier secrétaire du palais (protasécrétis). Comme il avait manifesté avec bravoure son attachement à l’Orthodoxie, il fut démis de sa charge et exilé à Nicée, où il finit ses jours, donnant à tous l’exemple de la piété. La mère du saint, Eudocie, sut cultiver les heureuses dispositions de son fils et, après l’avoir confié à un secrétaire de l’empereur comme disciple, elle se retira dans un monastère. Nicéphore, ayant franchi avec succès tous les degrés des études profanes, devint à son tour premier secrétaire du jeune empereur Constantin VI (780-797) et de la régente Irène, et il prit une part active au Septième Concile Œcuménique de Nicée (787), en tant que commissaire impérial. L’Orthodoxie ayant été provisoirement rétablie, Nicéphore, comptant pour peu de chose la gloire et les distinctions de ce monde, répondit à l’appel intérieur qui le pressait d’embrasser la vie monastique. Il se retira à l’extrémité du Bosphore, sur la rive asiatique, dans un faubourg dit d’Agathou, où il fonda un monastère.

Tout en restant dans la condition de laïc, il s’y adonna avec zèle, nuit et jour, à la prière et à l’étude. Il acquit ainsi non seulement une connaissance approfondie de la Parole de Dieu, mais savait de plus mettre à son service la philosophie et la rhétorique, qu’il maîtrisait avec un art consommé. Loin de devenir un sujet d’orgueil, la connaissance profane était pour Nicéphore une occasion de rendre grâces au Seigneur et de progresser dans les vertus évangéliques. Brillant aristocrate et savant estimé, il se montrait libre de tout attachement au monde, doux, tempérant, charitable envers tous, incapable d’agir par vaine démonstration. Saint Taraise (805) ayant quitté cette vie en le désignant pour successeur, Nicéphore fut élu unanimement au siège patriarcal, malgré ses résistances et bien qu’il fût encore laïc. L’empereur Nicéphore Ier , d’abord opposé à cette élection, s’en fit ensuite le fervent promoteur et usa de toute son autorité pour faire sortir le saint de sa solitude. Après avoir été tonsuré moine, Nicéphore reçut successivement, en quelques jours, tous les ordres sacerdotaux, pour finalement être consacré Patriarche le jour de Pâques 806. À l’issue de la cérémonie, le prélat déposa solennellement sur l’autel de Sainte-Sophie un livre qu’il avait composé sur la défense des saintes icônes. Cette élévation exceptionnelle d’un laïc au sommet de la hiérarchie ecclésiastique suscita l’opposition des moines du Studion, dirigés par saint Platon (cf. 4 av.) et saint Théodore (cf. 11 nov.). Cette tension ne fit que s’accroître lorsque le nouveau Patriarche réintégra dans les ordres le prêtre Joseph, déposé par Taraise pour avoir célébré le mariage illicite de Constantin VI. Les moines ayant rompu la communion avec le Patriarche, l’empereur prit des mesures de rigueur et les exila, sans que Nicéphore ne puisse s’y opposer. Cette tension ne s’apaisa qu’à l’avènement de Michel Ier (811). En recevant la couronne des mains du Patriarche, l’empereur s’engagea à défendre l’Orthodoxie, il rappela les exilés, et pour mettre fin à toute dissension, Nicéphore accepta de déposer à nouveau Joseph. Ferme défenseur de la vénération des saintes icônes le saint hiérarque se préoccupa, pendant cette période d’accalmie, de débarrasser l’Église, par sa parole et ses écrits, de toute influence des autres hérésies.

Il confirma la sainte institution du mariage, en interdisant aux nobles de répudier leurs épouses, et s’efforça de corriger certains abus qui étaient apparus dans les monastères en faisant supprimer les «monastères doubles» [C’est-à-dire les fondations monastiques où vivaient, séparément, mais à proximité les uns des autres, des moines et des moniales, avec souvent une même direction spirituelle et des biens communs. Déjà promulguée par Justinien, cette interdiction ne fut que partiellement observée, et de tels monastères continuèrent d’exister jusqu’au XIVe s.]. Dans toute l’Église, il fit régner la discipline canonique, source de grâce et d’harmonie. [Trente-sept de ses Canons sont conservés dans toutes les collections canoniques orthodoxes.] Cette situation favorable dura toutefois peu de temps : L’empereur Michel, malheureux dans sa guerre contre les Bulgares, ayant renoncé au trône pour revêtir l’Habit monastique, Léon l’Arménien lui succéda (813). Dès que ce dernier fit son entrée à Constantinople, saint Nicéphore lui proposa de souscrire à une profession de foi orthodoxe, avec la promesse de ne pas faire d’innovations en matière religieuse; mais Léon déclara qu’il refuserait de signer quoi que ce soit jusqu’à son couronnement. Lors de la cérémonie du sacre, au moment où Nicéphore posait la couronne sur la tête du souverain, il ressentit une douleur, comme s’il posait la main sur un buisson d’épines et de ronces. Deux jours plus tard, alors que le Patriarche lui soumettait de nouveau la confession de foi, Léon refusa ouvertement de la ratifier et, peu avant Noël 814, il promulgua un édit iconomaque. Saint Nicéphore prescrivit alors un jeûne et rassembla une foule nombreuse dans Sainte-Sophie pour une veillée de prières, afin de demander à Dieu d’écarter de l’Église cette nouvelle épreuve. Averti de cette réunion, l’empereur, craignant l’autorité du saint, le fit mander dès l’aube au palais et l’accusa de troubler l’ordre public. Nicéphore se défendit de toute entreprise de rébellion contre l’autorité du souverain, mais il lui reprocha de s’ingérer indûment dans les affaires de l’Église et de troubler sa paix en y instillant le venin de l’hérésie.

Une longue discussion théologique suivit, au cours de laquelle saint Nicéphore montra le bien-fondé de la vénération des saintes images. Ce culte n’est pas idolâtre, répliqua-t-il à l’empereur, car Dieu s’étant rendu visible par l’Incarnation du Christ, représenter en image l’humanité de Notre Seigneur Jésus-Christ, tel qu’il apparut sur la terre, c’est confesser la réalité de son Incarnation et de notre Salut. Comme le saint avait réfuté brillamment tous les arguments du souverain, après la fête de la Théophanie, Léon réussit à entraîner à sa cause hérétique un nombre important d’évêques et de clercs qui, en compagnie de théologiens iconoclastes, vinrent presser Nicéphore de se soumettre. Le prélat leur répondit que toutes les Églises s’étant mises d’accord sur la question des images depuis le Second Concile de Nicée, il ne pouvait entrer en discussion avec ceux qui, de plein gré, se sont exclus de la communion ecclésiastique. Il ajouta que si l’empereur voulait continuer ses pressions, il était prêt à remettre sa démission. La discussion n’ayant abouti à aucun résultat, le saint déposa les clercs qui avaient embrassé la cause de l’hérésie; et sentant que l’heure de la persécution violente approchait, il écrivit à l’épouse de l’empereur et à ses ministres, afin qu’ils l’empêchent de verser à nouveau le sang. Au début du Grand carême, Nicéphore étant tombé gravement malade, l’empereur retira au Patriarche la gestion du trésor de la Grande-Église, qu’il confia à un patrice. Puis il fit réunir un conciliabule d’iconoclastes, auquel il convoqua Nicéphore qui prononça une défense ardente de la vraie foi. Mais ce fut en vain, et les pasteurs de l’Église, devenus loups rapaces, prononcèrent la déposition du saint. Le 13 mars, en pleine nuit, alors qu’une populace menaçante avait été rassemblée aux alentours du patriarcat, le chef de la garde vint le tirer de son lit de souffrances. Ayant eu à peine le temps d’élever une dernière prière à Sainte-Sophie, pour remettre à la Sagesse de Dieu le soin de son Église, il fut jeté sur un navire et interné au monastère d’Agathou, où il avait passé ses premiers temps de vie monastique. Peu après on le relégua plus loin, dans un autre monastère de sa fondation dédié à Saint-Théodore.

Pendant ce temps, Nicéphore ayant envoyé de lui-même son abdication, Léon plaçait sur le trône patriarcal Théodote Cassitéras, un ennemi juré des saintes icônes, qui convoqua une assemblée d’évêques hérétiques pour confirmer les décisions du concile de Hieria (754). On abolit officiellement le culte des images, on anathématisa les noms de Taraise et de Nicéphore, et une nouvelle persécution contre les confesseurs de la foi fit rage dans tout l’Empire. Cette lamentable situation dura jusqu’à l’assassinat de Léon par Michel II (820). En prenant le pouvoir, ce dernier, à la demande de Nicéphore, déclara nulles les décisions des conciles iconoclastes et rappela d’exil Théodore Studite et les autres confesseurs; mais les lois contre la vénération des images restèrent en vigueur et l’entrée de Constantinople leur resta interdite. Réconcilié avec le Patriarche avant le début de la persécution, saint Théodore rendit plusieurs fois visite à saint Nicéphore et lui écrivit des lettres d’encouragement, dans lesquelles il le loue comme le soleil de l’Orthodoxie, dont les rayons de la confession illuminent l’univers [S. Théodore Studite, Ep. II, 8 (PG 99,1173)]. Michel II proposa à saint Nicéphore, qui lui avait écrit pour l’exhorter à restaurer pleinement l’Orthodoxie, de le rétablir sur son siège, s’il promettait de garder le silence sur les saintes icônes et sur le Concile de Nicée. Le saint hiérarque refusa catégoriquement et préféra demeurer en exil. De cette retraite, mettant au service de l’Orthodoxie la finesse de la philosophie d’Aristote, il rédigea d’importants traités, dans lesquels il montrait que l’icône du Christ ne reproduit pas de manière idolâtre et sacrilège la nature divine incirconscriptible, comme le soutenaient les théologiens iconoclastes, mais qu’elle entretient une relation de ressemblance avec la personne (hypostase) du Christ : le Dieu invisible qui s’est rendu visible par l’Incarnation, tout en restant incirconsrit dans Sa divinité. Il poursuivit ce glorieux combat théologique jusqu’à son pieux repos, survenu le 2 juin 829, après quatorze ans de bannissement. Son corps fut inhumé dans son monastère et y resta jusqu’à son transfert à Constantinople, dans l’Église des Saints-Apôtres : retour triomphal qui signa la victoire définitive de l’Orthodoxie (cf. 13 mars).