”Le saint Apôtre Barthélemy (Bartholomée), que certains identifient avec Nathanaël [Car, dans l’évangile de S. Jean, ce dernier est mentionné parmi les Douze à la place occupée par Barthélemy dans les Synoptiques. De plus, il est partout associé à l’Apôtre Philippe. Nathanaël devait être son prénom et Barthélemy son patronyme («Fils de Tholmai»). La tradition du Synaxaire identifie cependant Nathanaël à Simon le Zélote (cf. 20 av.)], l’Israélite exempt de fraude qui fut le premier à confesser le Fils de Dieu (Jn. 1, 49), était de Cana en Galilée. Il fut compté parmi les Douze Apôtres qui suivirent le Christ jusqu’à sa Passion et furent témoins de Sa résurrection. Après la Pentecôte, lorsque les Apôtres tirèrent au sort les parties du monde qui leur reviendraient à évangéliser, il fut désigné pour aller proclamer la Bonne Nouvelle en Arabie Heureuse. Il partit d’abord, en compagnie de l’Apôtre Philippe et de sa sœur Mariamne, évangéliser les régions de Lydie et de Mysie, en Asie Mineure. Ils furent arrêtés à Hiérapolis de Phrygie et crucifiés la tête en bas; mais lorsque Philippe rendit l’âme, la terre s’ouvrit et engloutit un grand nombre de païens. Effrayés, les survivants décrochèrent Barthélemy et Mariamne. Celui-ci établit Stachys comme évêque de la ville et continua son périple missionnaire. Endurant avec constance la faim, le froid, les dangers des routes, les persécutions et les emprisonnements, il transmit à de nombreux païens la lumière de la Vérité : en Arabie, en Perse et dans les Indes [Dans le monde ancien, ce nom désignait soit l’Arabie du Sud, soit l’Éthiopie. Selon d’autres, il aurait traversé la Mésopotamie et le pays des Parthes avant de parvenir en Arménie. Mais, comme pour les autres apôtres, les sources sont assez contradictoires et peu sûres quant à l’itinéraire de sa mission], et leur laissa l’Évangile selon saint Matthieu, écrit en araméen, que Pantène d’Alexandrie retrouva un siècle plus tard [D’après Eusèbe de Césarée, Hist. ecclés. V, 10].

Puis il se rendit en Arménie, où il acheva sa course, crucifié à l’exemple de son maître (ou selon d’autres écorché vif), à Albanopolis [Ou Urbanopolis, qui doit être identifiée avec Olba (Orbay, située, non en Arménie, mais au pied du massif du Taurus, en Cilicie (Isaurie)], sur l’ordre du roi Astrage (ou Astyagès), dont il avait converti le fils et délivré la fille d’un démon. Le corps de l’Apôtre fut ensuite déposé dans un cercueil de plomb et jeté à la mer [Selon certains par ses meurtriers; selon d’autres pour échapper à la profanation, avec les corps de quatre autres martyrs]. Mais, par l’intervention de Dieu, au lieu de s’enfoncer dans l’abîme, le sarcophage parvint dans l’île de Lipari, en Sicile, où ses reliques accomplirent de nombreux miracles. [Cette translation est commémorée le 25 août.] Saint Barnabé était lévite, originaire de Chypre, et avait peut-être été instruit dans la Loi à l’école de Gamaliel. Il habitait Jérusalem au temps de la formation de la première communauté chrétienne [Il est compté parmi les Soixante-Dix Disciples, dans le sens élargi que le Synaxaire leur donne, c’est-à-dire en y incluant des disciples de S. Paul (cf. 4 janv.)]; et voyant comment les croyants qui se rassemblaient autour des Apôtres, n’avaient qu’un cœur et qu’une âme et mettaient tout en commun, il vendit le champ qu’il possédait, et vint déposer l’argent aux pieds des Apôtres (Actes 4, 36-37). Dès lors, il vécut du travail de ses mains, comme saint Paul (I Cor. 9, 6). Homme de bien, rempli de l’Esprit saint et de foi, il avait reçu le don de la parole d’exhortation et d’encouragement, c’est pourquoi les Apôtres changèrent son nom de Joseph en celui de Barnabé, qui signifie «Fils de la consolation». Trois ans après sa conversion, saint Paul, fuyant Damas, parvint à Jérusalem et essaya de se joindre aux disciples; mais tous en avaient peur et croyaient qu’il simulait pour les arrêter. Barnabé le prit alors avec lui et raconta comment le Christ lui était apparu, et avec quelle assurance il avait prêché à Damas, au péril de sa vie (Actes 9, 27). Ils devinrent dès lors amis et collaborateurs dans les labeurs apostoliques. Paul rencontra toutefois de nouveaux obstacles et dut partir pour Tarse. Dans le même temps, la nouvelle étant parvenue à Jérusalem qu’un grand nombre de païens s’était converti à Antioche, les Apôtres y députèrent Barnabé, pour qu’il aille se rendre compte sur place.

Il s’y réjouit fort en voyant la grâce accordée par Dieu, et encouragea les nouveaux convertis à demeurer d’un cœur ferme fidèles au Seigneur. Puis il partit chercher Paul à Tarse, et ils passèrent une année entière à confirmer l’Église d’Antioche, où pour la première fois avait été prononcé le nom de «Chrétien» (Actes 11). Quand des fidèles de Jérusalem, ayant le don de prophétie, arrivèrent à Antioche et annoncèrent qu’une grande famine allait bientôt s’abattre sur le monde, les chrétiens d’Antioche, mieux nantis, firent une collecte et chargèrent Paul et Barnabé de la porter à leurs frères de Jérusalem. Cette mission accomplie, ils revinrent à Antioche, emmenant avec eux Jean, surnommé Marc, cousin de Barnabé (cf. 25 av.). Un jour, tandis qu’ils célébraient le culte du Seigneur et qu’ils jeûnaient, l’Esprit saint dit : « Mettezmoi à part Barnabé et Saul, en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés » (Actes 13, 2). Après avoir reçu les prières et les vœux des fidèles, les deux apôtres, guidés par le Saint-Esprit, partirent donc en mission en compagnie de Marc. Ils s’embarquèrent à Séleucie, d’où ils firent voile pour Chypre. Débarqués à Salamine, la ville principale, ils prêchèrent aussitôt la parole de Dieu dans les synagogues juives. Puis ils se rendirent à Paphos, à l’autre extrémité de l’île, où résidait le proconsul romain, Sergius Paulus, qui les convoqua afin de s’instruire sur leur doctrine. Toutefois, un magicien juif, Barjésus, que le magistrat avait pour conseiller, chercha à détourner l’intérêt qu’il montrait pour les apôtres; mais, à la parole de Paul, il fut frappé d’aveuglement, et le proconsul embrassa la foi. De Paphos, les missionnaires gagnèrent ensuite Pergé de Pamphylie, et de là parvinrent à Antioche de Pisidie. Ils s’y rendirent à la synagogue, le jour du sabbat, et Paul prêcha avec un tel succès que, la semaine suivante, presque toute la ville s’assembla pour entendre la parole de Dieu. Comme les Juifs, remplis de jalousie, répliquaient par des blasphèmes aux paroles de Paul, les apôtres leur répondirent : « C’est à vous en premier que la parole de Dieu devait être annoncée. Mais, puisque vous la repoussez et que vous ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien! nous nous tournons vers les païens » (Actes 13, 46).

Les païens exultèrent de joie à cette nouvelle et la parole de Dieu se répandit dans toute la région, mais les Juifs suscitèrent contre les deux apôtres une persécution et parvinrent à les faire chasser. Ils se rendirent alors à Iconium, où une grande foule de Juifs et de païens se convertit. Mais là encore des Juifs endurcis provoquèrent un soulèvement contre eux. Comme on se préparait à les lapider, ils partirent pour la Lycaonie, et annoncèrent la Bonne Nouvelle à Lystres, Derbé et dans leurs environs (Actes 14). À Lystres, Paul ayant guéri un impotent de naissance, les païens voulurent les honorer comme des incarnations des dieux, et, appelant Barnabé Zeus et Paul Hermès, ils se préparèrent à leur offrir un sacrifice. Les apôtres étaient à peine parvenus à les retenir, que des Juifs venus d’Antioche et d’Iconium, gagnèrent la foule et firent lapider Paul. Celui-ci échappa de peu à la mort, grâce à l’intervention des disciples, et, retrouvant Barnabé, ils prirent le bateau pour Derbé. Après avoir évangélisé cette ville, ils retournèrent, au mépris du danger, à Lystres, Iconium et Antioche de Pisidie, pour y encourager les nouveaux croyants à persévérer dans les tribulations. Ils y désignèrent des anciens (presbytres) pour chaque église, et y organisèrent la vie chrétienne. Traversant ensuite la Pisidie et la Pamphylie, et ayant passé quelque temps à Pergé, ils s’embarquèrent à Attalie pour Antioche, leur point de départ, où ils racontèrent aux fidèles tout ce que Dieu avait accompli par eux et comment Il avait ouvert aux païens d’Asie Mineure la porte de la foi. Ils demeurèrent assez longtemps à Antioche, jusqu’au moment où ils durent se rendre à Jérusalem, auprès des Apôtres et des anciens, pour régler le litige qui s’était soulevé à propos de la nécessité d’imposer la circoncision aux chrétiens issus du paganisme.

Ils furent accueillis avec joie par l’Église de Jérusalem, et racontèrent les signes et les prodiges accomplis par Dieu chez les païens. Ce témoignage ayant été entendu par l’assemblée des Apôtres et des anciens, présidée par saint Jacques qui parla en leur faveur, il fut décidé de ne pas tracasser les nouveaux convertis par les préceptes caduques de l’Ancienne Alliance, mais de leur demander seulement de s’abstenir des aliments offerts aux idoles, des unions illégitimes, des chairs étouffées et du sang, afin de ne pas scandaliser les fidèles issus du judaïsme (Actes 15). Puis le Concile de Jérusalem renvoya Paul et Barnabé, accompagnés de Jude et Silas, en leur remettant une lettre qui faisait part à l’Église d’Antioche de leur décision inspirée par l’Esprit saint. Lorsque la communauté d’Antioche prit connaissance de cette lettre, elle se réjouit grandement, et, après le départ de Jude et Silas, Paul et Barnabé continuèrent de les enseigner. Environ deux ans plus tard (51), saint Paul proposa à Barnabé d’entreprendre un nouveau voyage dans les régions qu’ils avaient évangélisées, mais il refusa d’emmener Marc, qui les avait quittés lors de leur précédente mission. La discussion s’échauffa, et l’on finit par se séparer, sans toutefois rompre le lien de la charité : Barnabé s’embarqua pour Chypre en compagnie de Marc, tandis que Paul prit avec lui Silas et partit pour de nouvelles aventures (Actes 15). Abordant à Salamine, Barnabé reprit avec zèle ses prédications et fit de nombreuses conversions, jusqu’au jour où des Juifs, venus de Syrie, répandirent dans le peuple des rumeurs selon lesquelles Barnabé prêchait des mensonges. Ayant appris ce complot et informé de ce qui allait lui advenir, le saint apôtre célébra la divine Liturgie, puis, prenant Marc à part, il lui annonça sa mort prochaine, lui désigna le lieu où il devrait l’enterrer, et lui recommanda d’aller ensuite annoncer à saint Paul la nouvelle.

Il se rendit alors à la synagogue et proclama avec des paroles de feu que Jésus est bien le Fils du Dieu vivant. Grinçant des dents, les Juifs de Syrie se saisirent de lui et l’enfermèrent dans un endroit obscur. Le soir même, ils l’en tirèrent pour le traîner hors de la ville, où ils le lapidèrent, comme saint Étienne le Premier-Martyr, puis ils jetèrent son corps dans un brasier (en l’an 51). Mais il fut préservé par la grâce de Dieu, et Marc put l’enterrer comme convenu, puis il se rendit à Éphèse, où il raconta à Paul le martyre de Barnabé. Sous le règne de l’empereur Zénon (488), le saint apôtre Barnabé apparut en vision à l’évêque de Salamine, Anthémios, et lui révéla le lieu où son corps se trouvait caché. L’évêque s’y rendit aussitôt et trouva, dans la grotte indiquée par le saint, le cercueil où se trouvait son corps intact, et sur la poitrine duquel reposait un exemplaire en grec de l’Évangile de saint Matthieu, que l’apôtre avait copié de sa main. Grâce à ce miracle, manifestant son origine apostolique, l’Église de Chypre put obtenir de l’empereur la confirmation de son indépendance, alors contestée par l’Église d’Antioche. [L’autocéphalie lui avait été octroyée par le Concile d’Éphèse, en 431 (Canon 8).]