”Aussitôt que fut proclamée l’insurrection du peuple grec contre le joug ottoman, en mars 1821, d’abord dans le Péloponnèse puis dans d’autres régions de Grèce, dont la Macédoine à partir du Mont Athos, la Sublime Porte déclencha de terribles représailles qui ne tardèrent pas à prendre le caractère d’une implacable persécution religieuse. Après le martyre du saint Patriarche Grégoire V (cf. 10 av.) et d’autres hiérarques membres du saint Synode, dont le métropolite Joseph de Thessalonique (cf. 3 juin), la persécution s’étendit à Thessalonique et sa région. Dès le 15 juin, les insurgés de Chalcidique furent dispersés par les troupes turques qui détruisirent tout sur leur passage, et une partie de la population se réfugia au Mont Athos. En septembre, le sultan nomma pacha de Thessalonique et gouverneur de l’armée, Emin Abdoul Loubout pacha, un chrétien apostat, fils de prêtre et dont un frère était moine à l’Athos, que l’on surnomma «le Porte-massue» à cause de sa cruauté. Celui-ci, ayant organisé une vaste offensive contre les insurgés, vainquit le reste de leurs troupes, et lorsque les Athonites vinrent lui présenter leur reddition, le 9 novembre, il leur témoigna une apparente bienveillance. Mais dès qu’il se fut assuré que les monastères, dont la plus grande partie des moines avait pris la fuite avec leurs trésors, n’offraient plus de résistance, il se livra à des pillages sans précédent, imposa aux Athonites des redevances écrasantes, installa dans tous les monastères des soldats qui en profanèrent les lieux les plus saints, et fit arrêter et emprisonner à Thessalonique la plupart des moines qu’il avait trouvés dans les monastères et leurs dépendances de Thessalonique et de Chalcidique. [Il ne trouva à l’Athos que cinq cents moines, alors que les soldats turcs étaient au nombre de trois mille.]

Entassés par centaines, principalement dans les sous-sols humides, ténébreux et malsains de la Tour-Blanche, appelée alors la «Tour-du-Sang», ces victimes innocentes, les pieds serrés dans de lourds étaux et le cou retenu par un carcan de fer, endurèrent la faim, la soif, les injures, les crachats, les fustigations quotidiennes, refusant d’obtenir la liberté au prix d’un reniement de leur foi. L’un de ces moines, pourtant, apostasia; il fut immédiatement libéré et se rangea dans les rangs des oppresseurs. Quatre-vingt-deux d’entre eux obtinrent la couronne du martyre, alors que d’autres restèrent en prison jusqu’en août 1823. L’histoire nous a préservé les noms de trente-trois martyrs de la Grande-Lavra, treize de Grégoriou, cinq de Constamonitou. Les autres étaient moines de Xénophontos, de Simonos-Petras, de Stavronikita et d’autres monastères et skites. Le premier, Chrysanthos de Xénophontos, fut pendu à Constantinople, le 10 avril 1821; Timothée de Constamonitou périt à Thessalonique le 4 juin 1822 [Il est commémoré le 12 juin à Bérée, sa patrie]; Sabbas le Simple du même monastère, le 10 [Originaire de Stagyre, il est honoré à cette date à Hiérissos. Les autres martyrs de Constamonitou sont le hiéromoine Benoît, et les moines Synésios (fêté le 14 juin) et Paul]; et leurs compagnons à d’autres dates et dans des circonstances diverses. Avec ces bienheureux, Macaire, l’évêque de Kitros, qui remplaçait le métropolite de Thessalonique, souffrit aussi le martyre. Sans respect pour son grand âge, les Turcs lui rasèrent la barbe et les cheveux, puis le traînèrent sur la place publique, où ils le coupèrent en morceaux (19 mai 1821). Le prêtre de l’église Saint-Mènas, Jean, eut les mains et les pieds coupés, puis ses bourreaux lui arrachèrent les yeux en se servant de ses propres mains amputées. En ce temps-là, la ville entière de Thessalonique se couvrit de la pourpre du sang des martyrs et des victimes innocentes de la barbarie des tyrans, qui entassaient leurs crânes par milliers, afin de les présenter au regard satisfait du pacha. Mais peu d’entre eux renièrent la foi.