”Devenu disciple de saint Antoine de Kiev (cf. 10 juil.), pour obtenir la santé de l’âme, saint Agapet s’efforçait d’imiter en tout son père spirituel. Ayant observé comment Antoine guérissait les frères malades par la prière et par une potion d’herbes qu’il leur donnait à boire, il décida d’agir pareillement. Chaque fois qu’un frère de la laure tombait malade, Agapet abandonnait sa cellule pour se mettre à son service et priait instamment le Seigneur de lui accorder la santé. Si le mal se prolongeait, il réconfortait le malade en fortifiant en lui la foi et la patience. Il acquit ainsi le même pouvoir de guérison que saint Antoine, et c’est pourquoi il fut surnommé le «médecin». Sa réputation se répandit largement au-delà de la Laure, et nombreux étaient ceux qui venaient lui rendre visite pour être soulagés de leurs maux. Cependant cette renommée suscita la jalousie d’un célèbre médecin arménien de Kiev, qui, dans le but de ruiner la réputation du saint, envoya au monastère un cas qu’il savait désespéré, en lui faisant absorber au préalable du poison. Mais sa malice fut déjouée et le saint guérit le malade. Le grand-prince Vladimir Monomaque étant tombé gravement malade à Chernigov, sans que l’Arménien ne puisse rien faire pour lui, il fit convoquer saint Agapet. Le saint, qui n’avait jamais quitté le monastère, demanda à son higoumène l’autorisation de ne pas obtempérer. Il consentit cependant à préparer des herbes que les émissaires transmettraient au prince. Dès qu’il but la potion, le souverain fut guéri et il alla en personne rendre grâce à son bienfaiteur à la laure des Grottes.

Un peu plus tard, comme le prince avait envoyé, par l’entremise d’un boïar, des présents à Agapet, le saint refusa de les accepter, en disant que puisqu’il ne guérissait pas par son propre pouvoir mais par la puissance du Christ, il n’était pas raisonnable qu’il reçoive des honoraires. Sur les instances de l’émissaire, il accepta de les prendre pour les distribuer aux pauvres, mais aussitôt qu’il reçut l’or, il le jeta à la porte du monastère et alla se cacher. Après de longs travaux ascétiques, saint Agapet tomba lui-même gravement malade. Le médecin arménien, venu à son chevet, déclara catégoriquement qu’il n’en avait tout au plus que pour trois jours, ce à quoi le saint répliqua qu’il ne quitterait cette vie qu’après trois mois. Le médecin se gaussa et jura de devenir moine s’il survivait. Sur ces entrefaites, on amena au saint une personne qui souffrait de la même maladie que lui. Agapet se leva aussitôt, oubliant son mal, et prenant les herbes communes, qu’il avait coutume d’utiliser en toute circonstance, il les montra à l’Arménien railleur et guérit le malade. Quant à lui, il survécut effectivement trois mois à sa maladie, puis s’endormit en paix. Après une vision de saint Agapet, l’Arménien se rappela son serment, il revint à la laure, déclara qu’il désirait renoncer à son hérésie, et une fois tonsuré moine, il mena une vie agréable à Dieu, prenant soin de son âme après avoir soigné les corps des autres.