”Notre saint Père Gérasime était originaire du Péloponnèse. Ses pieux parents le consacrèrent dès son jeune âge à l’étude des saintes Lettres, occupation pour laquelle il montra une brillante aptitude. Au seuil de l’âge adulte, il quitta sa patrie pour se rendre dans l’île de Zakynthos. De là, il parcourut toute la Grèce. De Thessalie il se dirigea vers la Mer Noire, Constantinople, la Propontide et Chalcédoine. Partout où il se rendait, il recherchait des hommes qui soient parfaits dans la vie ascétique et qui puissent lui enseigner l’Art des arts et la science des sciences.

Comme une abeille diligente, il parvint enfin jusqu’au Mont Athos, où il butina les fleurs variées des vertus qu’il observa chez un grand nombre d’ascètes, afin de produire en lui le miel de la pureté du cœur. Le saint resta une longue période de temps à l’école des serviteurs de la Mère de Dieu sur l’Athos. Il y reçut le grand habit angélique et y pratiqua avec ardeur toutes les vertus de la vie monastique : le jeûne continuel, les veilles de toute la nuit, les larmes, l’élévation de l’intelligence tendue vers Dieu dans la quiétude absolue et la pureté du cœur. Après quelques années, il partit pour vénérer les Lieuxsaints. À Jérusalem, il fut ordonné successivement sous-diacre, diacre et prêtre par le patriarche Germain Ier (1537-1579). Après avoir servi une année au Saint-Sépulcre, il resta pendant douze ans au service du patriarche. Il continuait néanmoins son combat ascétique. Une fois, il se rendit au désert du Jourdain et y passa quarante jours dans le jeûne et la prière, à l’imitation du Seigneur (cf. Matth. 4, 1 sv; Marc 1, 12; Luc 4, 1 sv). Puis il revint au patriarcat, pour y poursuivre son service. Il quitta ensuite Jérusalem et continua ses pérégrinations. Il vécut un temps au Mont Sinaï, puis partit pour Alexandrie. Il parcourut toute l’Égypte, passa à Antioche, à Damas et de là fit voile pour la Crète, et revint enfin à Zakynthos. Il s’y installa dans une grotte éloignée de tout, où il passa cinq années en ne se nourrissant que de quelques légumes, sans pain ni sel. Quoique bien caché, il ne tarda pas à être découvert par de pieux fidèles, qui accoururent bientôt en nombre pour recevoir la bénédiction et les conseils du saint. Mais celui-ci, étant averti par la voix des saints Pères que rien n’est aussi dangereux pour le moine que les louanges et la bonne réputation, décida de partir une fois de plus. Il s’installa alors dans une petite grotte située dans l’île de Céphalonie, où il resta environ six ans. Mais, tout comme il est impossible à une lampe allumée de rester cachée, là encore la vertu du saint fut découverte et les fidèles ne le laissèrent pas jouir des délices de la conversation solitaire avec Dieu.

 

 

La Providence le conduisit vers un endroit de l’île nommé Omala, où se trouvait une petite église et une icône miraculeuse. Il reçut alors de Dieu l’assurance qu’il était temps pour lui de recevoir des disciples. Vingt-cinq jeunes filles vinrent à lui pour lui demander de les prendre sous sa direction spirituelle et de transformer la petite église en monastère. Il accepta alors de se sacrifier, pour communiquer à ses disciples les grâces et l’expérience spirituelle que Dieu lui avait accordées en abondance. Le monastère fut appelé la Nouvelle-Jérusalem et semblait habité par des anges portant un corps. Ayant atteint un grand âge, le saint prédit le jour de sa mort et rassembla toutes ses filles spirituelles pour leur communiquer ses dernières instructions. Puis, les ayant bénies, il remit avec joie et grande paix son âme entre les mains de son Seigneur et Dieu. Il mourut le 15 Août 1579. Comme cette date coïncide avec la Dormition de la Mère de Dieu, nous célébrons sa mémoire le 20 octobre, jour du transfert de ses reliques. Jusqu’à ce jour, son corps demeure complet et incorrompu, comme s’il était endormi. Il dégage une odeur céleste et accomplit un grand nombre de miracles. Saint Gérasime est devenu le patron de l’île de Céphalonie, le protecteur de tous ses habitants et leur puissant intercesseur auprès de Dieu. Il montre en particulier un pouvoir remarquable pour la délivrance des possédés que l’on amène de toutes parts devant sa relique. C’est en outre grâce à sa protection que l’Orthodoxie a pu être préservée à Céphalonie, pendant les longs siècles de l’occupation italienne.