”Saint Césaire naquit vers 470 au sein d’une famille de la noblesse gallo-romaine de la région de Chalon-sur-Saône, qui était alors occupée par les Burgondes. Il montra dès son enfance un zèle ardent pour la piété et pour l’aumône, si bien qu’il rentrait souvent à la maison à demi nu, après avoir donné ses vêtements aux pauvres. À l’âge de dix-huit ans, il quitta sa famille en secret pour se consacrer au service de Dieu parmi les clercs de l’évêque de Chalon, Silvestre. Au bout de deux ans, avide d’imiter le mode de vie angélique des Pères d’Orient, il gagna le fameux monastère de Lérins, sans que sa mère, qui s’était mise à sa poursuite, puisse l’en empêcher. Il montra aussitôt un tel zèle pour les combats ascétiques que l’higoumène, saint Porchaire, le nomma cellérier ; mais il s’attira l’hostilité de certains moines à cause de l’austérité du régime qu’il voulait imposer. Maîtrisant les élans de la chair par les jeûnes et les veilles prolongées, il passait de longues heures en prière ou à méditer l’Écriture sainte et les écrits des saints Pères, principalement saint Augustin. Ses austérités excessives compromirent rapidement sa santé, et Porchaire dut l’envoyer se soigner à Arles. L’ancienne capitale de la Gaule romaine était alors soumise aux Wisigoths, mais elle restait une métropole importante, où l’on s’efforçait de sauvegarder l’héritage de la culture classique. Hébergé dans la demeure d’un noble citoyen, Firmin et son épouse Grégoria, on lui fit suivre les cours d’un célèbre rhéteur réfugié d’Afrique, Pomerius. Césaire abandonna alors la Bible pour s’adonner à la lecture de Virgile. Mais, une nuit, la vision d’un redoutable serpent qui lui dévorait le bras qui s’appuyait sur un livre, le persuada de renoncer à l’étude des sciences profanes. Il fut remarqué par le vieil évêque de la ville, Éone, un de ses lointains cousins, qui obtint de l’abbé Porchaire l’autorisation de l’agréger à son clergé et de lui conférer le sacerdoce.

Désormais au service du peuple de Dieu, saint Césaire ne renonça néanmoins jamais au mode de vie ascétique et à la règle de prière qu’il avait appris à Lérins. Il se distinguait entre tous les autres clercs par son humilité, sa mortification, son amour du culte divin et son détachement de toute affaire mondaine pour se tendre sans relâche vers la contemplation des biens à venir. Il fut bientôt nommé supérieur d’un monastère situé un peu en dehors de la ville, sur une île du Rhône, et trois ans après l’évêque Éone, se voyant malade, le proposa pour lui succéder sur le siège métropolitain d’Arles. Quand le saint apprit qu’il venait d’être élu évêque, effrayé, il alla se cacher dans un tombeau. Mais il fut rapidement découvert et forcé de se soumettre à la décision du peuple, que le roi Alaric II venait de ratifier (503).

Le nouvel évêque confia le soin des affaires temporelles à des diacres, afin de s’adonner tout entier à la tâche apostolique. Rompant avec l’habitude des évêques du temps, qui vidaient les églises en accablant leurs ouailles par des sermons interminables à la rhétorique boursouflée, Césaire avait soin de dispenser la Parole de Dieu dans des sermons brefs, utilisant une langue facilement accessible et ayant recours à des images de la vie quotidienne, pour enseigner les exigences fondamentales de la vie chrétienne. [Deux cent trente-huit de ces homélies ont été conservées dans les manuscrits, sous des noms divers, notamment celui de S. Augustin.] Il dénonçait les vices, décrivait avec enthousiasme la beauté de la vertu et des biens promis par Dieu à ceux qui Le suivraient. Il convertissait les uns par ses remontrances, et gagnait les autres à la vie spirituelle par sa douceur et le rayonnement de la grâce de Dieu qu’il montrait en sa propre personne. Tel un habile médecin, il appliquait à chacun de ses fidèles le remède qui lui convenait, et ne manquait pas d’exhorter sans relâche les membres du clergé, évêques compris, à se faire les modèles de conduite évangélique pour le troupeau que Dieu leur avait confié.

En ces temps d’invasions, les pauvres étaient nombreux et délaissés, aussi le nouvel évêque organisa-t-il les œuvres de bienfaisance aux frais de l’Église, et fit-il construire des hospices et des hôpitaux pour les malades. Ces activités charitables lui attirèrent toutefois l’hostilité de certains membres du clergé, auxquels il avait reproché leur conduite relâchée. Par l’entremise de son secrétaire, Licuman, ils l’accusèrent auprès du roi Alaric d’être à la solde des Burgondes et de comploter pour leur livrer la cité. Exilé à Bordeaux (505), saint Césaire y arrêta par sa prière un terrible incendie qui ravageait la ville, et il acquit ainsi une si grande renommée qu’Alaric dut reconnaître son innocence et lui permit de regagner son siège épiscopal. Le saint fut accueilli triomphalement par les fidèles d’Arles et, en signe de la faveur divine qui l’assistait, dès qu’il entra en ville, une pluie bienfaisante vint mettre fin à une longue sécheresse.

Comme on s’apprêtait à lapider Licuman, Césaire intervint avec magnanimité pour le délivrer. Par la suite, ayant acquis la confiance d’Alaric, il obtint du roi la publication d’un code de loi qui garantissait à ses sujets gallo- romains les mêmes droits qu’à ceux de race gothique. La compassion de l’homme de Dieu s’étendait sur tous, et en particulier envers les prisonniers et les victimes des invasions. Lors du terrible siège d’Arles par les Francs et les Burgondes coalisés (508), il se dépensa sans compter, et fut accusé de trahison et arrêté sous prétexte qu’il venait en aide aux prisonniers ennemis. Mais, à l’occasion d’une sortie, on découvrit la lettre qu’un de ses accusateurs avait écrite aux assiégeants, leur proposant de leur livrer la ville. La perfidie ayant été ainsi dévoilée, le saint fut libéré, et il reprit aussitôt ses activités charitables.

Les Ostrogoths, qui avaient mis en fuite les assiégeants, occupèrent à leur tour la Provence et amassèrent un grand nombre de captifs francs et burgondes dans les églises d’Arles, sans leur procurer le moindre soin. Saint Césaire leur fit distribuer des vivres, et il se refusait à se nourrir alors que des hommes, fussent-ils barbares ou hérétiques, souffraient de la faim. Il dépouilla même son église, fit vendre les objets précieux, les ornements et «jusqu’aux vases sacrés du temple de Dieu, pour racheter le vrai temple». Un jour, il rencontra un homme pauvre, qui lui demanda l’aumône pour racheter un captif. Comme l’évêque n’avait pas d’argent, il courut chercher ses ornements solennels, et il les lui donna pour les vendre sans retard.

De nouveau accusé de haute trahison par les Ostrogoths en 513, Césaire fut convoqué à Ravenne par Théodoric, devant lequel il se présenta le visage serein et rayonnant d’une telle majesté, que le roi, oubliant les accusations, le traita avec de grands égards et lui fit don d’un plat en argent d’une valeur considérable. Le saint le fit aussitôt vendre aux enchères pour racheter les prisonniers d’Orange et de la région de la Durance. Loin d’en être courroucé, Théodoric loua fort cet acte et, dès lors, les nobles et les gens puissants rivalisèrent pour faire connaissance avec l’homme de Dieu et lui prodiguer leurs offrandes. Passant à Rome, il y fut honoré comme un saint, et le Pape Symmaque lui concéda le «pallium», signe de son autorité sur l’Église des Gaules.

Césaire revint à Arles plus glorieux que s’il avait triomphé à la guerre, et il répandit à profusion ses largesses pour délivrer les prisonniers et pour orner les saintes églises. Outre son souci de manifester la miséricorde de Dieu partout où il se trouvait, soit par l’aumône soit par ses miracles, il portait un grand soin à la vie et à l’organisation de l’Église dans les nouvelles conditions où elle se trouvait désormais. En 506, il réunit un concile de tous les évêques soumis aux Wisigoths, pour rétablir la discipline ecclésiastique corrompue par le contact avec les occupants ariens. Comme évêque métropolitain, il présida des synodes locaux des évêques de Provence : à Arles (524), Carpentras (527), Orange, Vaison (529) et Marseille. Le concile d’Orange mit un terme à la controverse sur la grâce et le libre arbitre, en sanctionnant la doctrine de saint Augustin, mais il condamna cependant les tenants extrémistes de la doctrine de la prédestination [Cf. notice de S. Cassien, au 29 fév.].

Les fréquentes visites que le saint faisait dans les paroisses lui permirent de constater la grande nécessité de la prédication, jusque-là réservée aux évêques. C’est pourquoi, lors du concile de Vaison, il fit accorder aux prêtres le droit de prêcher et aux diacres celui de lire au peuple les homélies des saints Pères, et il prit également soin de l’enseignement et de la formation des clercs dans des écoles paroissiales. Lorsque son évêché fut réuni aux états francs (536), saint Césaire, trop âgé, ne put assister aux conciles d’Orléans (538 et 541), mais les évêques suffragants d’Arles y témoignèrent de son influence bienfaisante pour toute l’Église.

De toutes les activités du saint évêque, c’est à la fondation du monastère de moniales Saint-Jean- Baptiste qu’allait pourtant sa prédilection. D’abord installé à l’extérieur de la ville, mais ruiné lors du siège des Francs et des Burgondes en 508, le monastère fut reconstruit (513), puis transféré à l’intérieur de la cité d’Arles. L’évêque désigna comme abbesse sa sœur Césarie, qu’il avait envoyée se former au monastère fondé par saint Cassien à Marseille, et il rédigea pour la communauté, qui devait atteindre près de deux cents religieuses à la fin de sa vie, une Règle, qui fut la première spécialement écrite pour des moniales et qui se répandit par la suite en Occident. [C’est cette Règle que Ste Radegonde adopta pour son monastère de la Sainte-Croix à Poitiers (et 13 juil.).] Il y prescrivait notamment à ses filles spirituelles de ne jamais sortir de l’enceinte du monastère, de manière à rester tout entières consacrées à Dieu et à persévérer sans distractions, telles les vierges sages, «leurs lampes allumées et avec une conscience tranquille», dans l’attente de l’Époux. Il adapta ensuite cette Règle à l’intention d’un monastère de moines qu’il avait également fondé.

Après avoir ainsi œuvré pendant de longues années dans la Vigne du Seigneur, saint Césaire reçut, deux ans à l’avance, la révélation du jour de son trépas, et il vit la gloire qui lui était réservée. Frappé d’une cruelle maladie, il rédigea son testament et se fit transporter sur une litière au monastère Saint-Jean, afin d’y exhorter les religieuses à persévérer avec ferveur dans leur vocation angélique et à garder fidèlement ses préceptes. Puis il se fit ramener dans son église, où il rendit paisiblement son âme au Seigneur, en présence de son clergé, le 27 août 542.