L’iconographie est fondamentale dans la tradition Orthodoxe, au-delà d’être de simples représentations à l’esthétique recherchée, les icônes sont l’incarnation de notre croyance, elles ont pour rôle de nous montrer l’incarnation de notre Seigneur le Christ, mais aussi la présence vivante des saints. Le rôle de l’icône est liturgique et didactique. Comme l’explique notre Père parmi les Saints, Jean Damascène. Elles sont des fenêtres sur le paradis et le reflet de la théologie Orthodoxe.

« Comme tout le monde ne savait pas lire ou n’en avait pas le loisir, les Pères ont vu dans ces icônes comme un bref rappel de ces actions sublimes. Souvent, alors même que l’on ne pense pas à la passion du Seigneur, en voyant l’icône de la Crucifixion du Christ, elle nous revient en mémoire et, tombant à genoux, nous adorons celui qui est reproduit et non la matière ; pas plus que nous n’adorons la matière des Évangiles ni la matière de la croix, mais l’image gravée dessus. »

Saint Jean Damascène – exposé précis de la foi Orthodoxe.

Voici pourquoi la sainte Tradition accepte les saintes images comme l’affirme le 7ème concile Oecuménique. Une icône canonique qui respecte la doctrine théologique et les standards canoniques est donc une victoire face aux deux hérésies que sont l’iconoclasme et l’idolâtrie.« plus on les voit, grâce à leur représentation par l’image, plus en contemplant leurs images on est amené se rappeler et à aimer les modèles originaux et à leur donner salutations et respectueuse vénération – non pas l’adoration véritable propre à notre foi, qui convient à la nature divine seule »

Concile de Nicée II – 7e session, 13 octobre 787

 

 

Icône de la crucifixion. Eglise de St. Nicholas, Prilep, Macédoine du nord Fresque du 11ème-13ème Siècle

 

« Il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, a souffert et a été enseveli »
– Crédo de Nicée-Constantinople

La crucifixion est pour l’Eglise orthodoxe le sacrifice du Christ pour l’humanité. Ce moment n’est pas que tristesse, c’est avant toute chose l’instant qui permet au Christ d’entrer dans la mort et de vaincre la mort pour nous tous. Ce sacrifice est donc un moment glorieux ! La croix n’est pas vue comme un instrument de torture mais comme celui du salut, comme l’arbre de la vie et le trône du Christ-Roi.

 

I) Le Christ

Le sujet central de la fresque est bien évidemment le Christ, qui est représenté selon les règles iconographiques classiques. Sa divinité est symbolisée par une nimbe (auréole) dorée dans laquelle figurent les lettres grecques « Ὁ ὬΝ » disposées en croix.
La couleur dorée de la nimbe représente le royaume de Dieu, et « Ὁ ὬΝ » signifie « celui qui est » en référence à Exode 3:14. Seul le Christ porte cette nimbe distinctive.
Le Christ est représenté dans sa mort, mais parait endormi. Il entre dans la mort mais est triomphant. Il est humble dans une posture soumise à Dieu le Père mais est un glorieux sur son trône.
Telle est la figure paradoxale du messie qui nous renseigne sur la théologie orthodoxe et la compréhension de Dieu le Christ. Ici on voit donc qu’il est pleinement représenté dans l’union de sa nature humaine comme dans sa nature divine, « reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation » (Concile de Chalcédoine)
Ses bras sont ouverts pour nous inviter à le rejoindre dans sa divinité (2Pierre 1:4) c’est la théologie de la Théosis, ou la participation aux énergies divines incréées du Christ; comme exprimée par Saint Grégoire Palamas.

 

II) La croix

L’objet de la crucifixion est la croix, ici représentée dans sa forme la plus traditionnelle, modelée selon la Vraie Croix du Christ que Sainte Hélène à excavé à Jérusalem.
C’est une croix dite « à trois barres » ou simplement une croix orthodoxe.
La structure arborescente de cette croix est un rappel à l’arbre de la vie, représenté lors des liturgies du temple par la menorah. C’est pour cela que sur l’autel liturgique chrétien sont posés une croix et une menorah, représentant l’arbre de la vie sur la colline de l’Eden dans la Genèse.
La barre supérieure aussi appelée traverse, elle est la pancarte qui porte l’inscription décrite en Jean 19:19 « Pilate fit une inscription, qu’il plaça sur la croix, et qui était ainsi conçue: Jésus de Nazareth, roi des Juifs. ». Le nom sacré du Christ et sa royauté.
Sur la traverse de cette icône on voit donc le nom du Christ abrégé « IC XC » du grec Ἰησοῦς Χριστὸς.
Mais il n’est pas rare d’y voir d’autres abréviations comme « INRI » ou « INBI » qui signifient « Jésus de Nazareth, roi des Juifs » en latin et en grec; ou encore l’inscription « Roi de Gloire » souvent abrégée. La barre supérieure est donc la couronne de la croix qui donne au Christ un caractère vraiment royal, comme le nouveau David. La barre inférieure est aussi appelée repose-pied; comme son nom l’indique, c’est là que les pieds du Christ furent cloués à la croix.
Mais l’histoire va plus loin, les écritures rapportent que de part et d’autres du Christ étaient crucifiés un bon larron et un mauvais larron. Luc 23:33 « Lorsqu’ils furent arrivés au lieu dit : Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche » Le brigand de gauche moquât le Christ; Luc 23:39 « L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! »
Tandis ce que le bon larron à sa droite reconnut la divinité du Christ et fût récompensé par la promesse du Christ en Luc 23:43 Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
La tradition se souvient de lui comme Saint Dismas, et le marche-pied du Christ, oblique, déplacé dans un spasme d’agonie atteste du salut. Incliné vers le bas à la gauche du Christ pour signifier la damnation de celui qui injure Dieu et incliné vers le haut sur la droit pour nous montrer la voie du salut qu’a choisi Saint Dismas.

 

III) Le monde

Comme dans l’évangile, la crucifixion est un évènement public auquel assiste une foule.
Le jugement est toujours présent, les justes sont représentés à la droite du Christ et portent des nimbes tandis ce que les ennemis du Christ sont représentés à la gauche du Christ. Parmi ces derniers  se tient le soldat romain, Saint Longin le centurion, qui se convertit par la suite et déclare aussi la divinité du Christ dans l’évangile; Marc 15:39 « Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » » Il tient la lance qui a percé le côté du Christ.
Parmi les justes sont représentés La Vierge Marie dans les bras de Saint Jean, seul disciple présent pour le supplice du Christ. Il console la Mère de Dieu qui est sa nouvelle mère; Jean 19:26 « Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère: Femme, voilà ton fils. » » La mort du Christ est un événement universel et cosmique, toute la création est en deuil, le soleil et la lune sont représentés aux cotés des anges, pleurant la mort du Seigneur. Comme rapporté dans l’Evangile. « Le soleil s’obscurcit et le voile du temple se déchira par le milieu. » (Luc 23.45)

 

IV) Le salut

Toute la scène se joue dans un lieu hautement symbolique, le Golgotha, c’est à dire le lieu du crâne. La tradition nous rapporte qu’il s’agit du crâne d’Adam, représenté dans une cavité rocheuse il est un rappel du péché d’Adam qui a causé la nature déchue de l’humain que le Christ divinise par sa mort et sa résurrection. Mais c’est aussi un rappel du sauvetage du Christ qui rentre dans la caverne de l’Hadès pour secourir Adam et Eve, c’est ce qu’on voit par exemple sur l’icône de la résurrection.
Le sang divin du Christ coule sur le crâne d’Adam, l’ancêtre de tous les hommes, ici ont voit un rappel à la théologie de la Théosis, qui vise a retourner l’humain à un état adamique d’avant la chute par la participation au Christ qui est pleinement Homme et pleinement Dieu. On voit aussi du sang couler du flanc du Christ, c’est à un rappel à Jean 19:34 « mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau. »
Le sang de l’alliance est versé pour nous, la côte est un rappel à Eve qui fût faite à partir de la côte d’Adam. Cette côte ouverte au monde est l’Eglise du Christ, De cette côte percée coule le sang et l’eau, rappel du sacrement du baptême, qui est donné aux chrétiens par le sang en temps de persécution et par l’eau en temps de paix. Ce sang est aussi le sacrement de l’eucharistie, d’ailleurs certaines icônes montrent un ange qui récupère le sang du Christ dans un calice liturgique.

 

V) Conclusion

Cette icône est un rappel complet de la théologie orthodoxe qui renseigne sur un événement historique, mais aussi symbolique et sacramental. La crucifixion est pour nous le symbole de la vie. Elle est grave mais glorieuse, et elle n’est pas seule dans le plan du salut divin, elle est liée de manière inextricable aux sacrements de l’Eglise et à la résurrection.

Tout ce que Dieu fait est orienté vers une invitation à l’union divine, et l’Incarnation du Logos est l’invitation ultime à l’amour de Dieu – la Crucifixion qui, selon la doctrine de substitution divine, est l’instant où Dieu peut pardonner, n’est que l’extension de cet acte d’invitation. Dieu lui-même, la deuxième Personne de la Trinité, s’est incarné, non pour payer une dette à Dieu le Père, ni pour être un substitut offrant d’apaiser la colère d’un Dieu rancunier car “Dieu n’a pas fait la mort, et ne prend pas plaisir à la mort” (Sg 1:13), mais afin de nous sauver de notre condition déchue et de nous transformer, nous permettant de devenir semblables à Dieu (théosis). Les saints Pères enseignent que le Logos s’est fait chair pour nous rendre participants à la nature divine; c’est pourquoi le Fils de Dieu est devenu le Fils de l’homme: voulant nous faire partager sa divinité, le Fils a assumé notre nature, car Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu.

Par sa mort le Christ nous donne la vie, car il est la vie (Jean 11:25), en entrant dans la mort il détruit la mort de l’intérieur, il libère les âmes du ventre de l’Hadès, comme le prophète Jonas fût libéré (Luc 11,29-32). Enfin notre seigneur ressuscite au troisième jour pour que nous soyons nous aussi, par Lui et en Lui, ressuscités au dernier des jours.

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Catégories : Iconographie

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