Lorsque le temps est venu pour la divine Mystagogie, le prêtre et le diacre sortent du sanctuaire sacré et, faisant une métanie* devant le trône épiscopal, ils viennent devant la Porte royale et se prosternent trois fois, chacun disant en lui-même : O Dieu, aie compassion de moi pécheur, et aie pitié de moi.
Puis le diacre dit : Maître, donne ta bénédiction.
Le prêtre : Béni soit notre Dieu, en tout temps, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Le diacre : Amen.
Le prêtre : Gloire à Toi, ô notre Dieu, gloire à Toi.
Roi céleste, Paraclet, Esprit de vérité, partout présent et remplissant tout, Trésor de tous biens et Dispensateur de vie, viens et demeure en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes, Toi qui es bon.
Le diacre : Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous. (3 fois)
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Trinité toute-sainte, aie pitié de nous, Seigneur, purifie-nous de nos péchés; Maître, pardonne nos iniquités; Saint, visite et guéris nos infirmités à cause de Ton Nom.
Kyrie eleison (3 fois).
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Notre Père qui es aux cieux, que Ton Nom soit sanctifié, que Ton règne vienne, que Ta volonté soit faite, sur la Terre comme au Ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain suressentiel. Remets-nous nos dettes comme nous les remettons aussi à nos débiteurs, et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du malin.
Le prêtre : Car à Toi appartiennent la royauté, la puissance et la gloire, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.
Le diacre : Amen.

Lorsque vient l’heure fixée pour la divine liturgie, le célébrant, avec le diacre à ses côtés, « prend le temps ».

Le « temps a » est l’appellation d’un bref office qui se déroule devant les Portes royales de l’iconostase. Il est annonciateur de la divine liturgie. Il symbolise le temps de l’incarnation du Christ et nous rappelle que le temps est accompli et que le Royaume de Dieu est proche (Mc 1, 15). Ainsi, l’office du Temps nous prépare à la réception du Roi — le Christ — et à la participation à la Cène de Son Royaume.

Conformément au plan pré-éternel de Dieu, à un moment défini de l’histoire, « Celui qui est sans commencement commence, et le Verbe est incarné». Le Dieu d’avant les siècles devient un « jeune enfant». L’Ancien des Jours vient dans le monde et renouvelle toutes choses : c’est une vie nouvelle, un Royaume nouveau, un temps nouveau : « Au temps fixé pour Ta venue sur terre… Ton Royaume éternel et sans commencement prit un nouveau début. »

L’événement de l’incarnation du Verbe disjoint le temps et le renouvelle. Celui qui est hors du temps revêt le temps, le temps accorde l’hospitalité à Celui qui est au-dessus du temps. La Très Sainte Mère de Dieu devient le lieu où « la nature se renouvelle ainsi que le temps ». Dans le temps renouvelé, nous vivons le nouvel événement, la victoire de l’amour sur le temps et sur la mort. « Fêtons la mise à mort de la mort… le début d’une vie autre et éternelle, et bondissant de joie chantons Celui qui en est l’Auteur. » Après la Résurrection du Christ, la Vie règne au lieu de la mort, et l’éternité domine dans le temps. C’est cette victoire du Christ que nous fêtons dans la divine liturgie, qui est une Pâque continuelle. « C’est toujours Pâques. » Pour cette raison, le jour par excellence du Mystère eucharistique est le jour de la Résurrection du Seigneur, le dimanche, le jour qui symbolise le dépassement du temps, car il est le premier jour de la création et en même temps le huitième jour du Royaume. Il est le jour « qui n’a pas de soir, de lendemain ni de fin», « qui n’a ni commencement, ni fin. Car ce n’est pas un jour qui n’existe pas à tel moment, qui doit venir à l’existence et avoir un début; au contraire, il existait à la fois avant les siècles, existe maintenant et existera dans les siècles des siècles».

De la Table de Vie « se lève le jour salvifique ». C’est le huitième jour, le jour du siècle à venir qui se manifestera « lorsque ce temps corrompu et éphémère aura cessé ». Le jour de la divine liturgie est le jour du Royaume qui vient et qui est là (Jn 4, 23). Car dans la divine liturgie, nous vivons les événements passés et nous rendons grâces pour les biens à venir qui nous ont déjà été accordés : « Nous Te rendons grâces… pour nous avoir fait don de Ton Royaume à venir. »

De même que les prophètes furent les précurseurs de l’incarnation du Christ et préparèrent les hommes à Le recevoir, le Christ Lui-même est devenu « précurseur de Son avènement spirituel, en instruisant les âmes, par Ses propres paroles, à recevoir Son divin avènement visible, qu’il accomplit toujours, quand il fait passer de la chair à l’Esprit, par la vertu, ceux qui en sont dignes. Ce qu’il fera également à la consommation des siècles, en révélant clairement ce qui est caché à tous jusqu’à maintenant ».

Ce que le Christ a fait par Son incarnation, nous en faisons l’expérience de manière sacramentelle dans la divine liturgie. Celui qui est et a toujours été nous révèle Celui qui vient (Ap 4, 8) puisque la divine liturgie est la possibilité pour toute créature raisonnable de vivre « le mystère ineffable du bien-être éternel » avec le Christ.

La divine liturgie est une synaxe, une assemblée: tous les enfants de Dieu sont rassemblés là où concélèbrent le Ciel et la Terre, le passé, le présent et le futur. L’assemblée de l’Eglise s’étend « non seulement à tout l’univers, mais aussi à tous les siècles».


 

a : Le mot grec kairos signifie plus précisément le temps propice, le moment opportun. Le rite du « temps » est récent (et est absent des livres slaves, [N.d.T.]). Les anciens manuscrits de la divine liturgie commencent par la prière de la prothèse: O Dieu, notre Dieu, Toi qui nous as envoyé le pain céleste… Au XIVe siècle, l’ordonnance du patriarche Philothée de Constantinople dispose que le prêtre qui va célébrer doit réciter la prière suivante: Seigneur, envoie Ta main des hauteurs de Ta demeure… (Trembelas, Ai treis Leitourghiai, Athènes, 1935, p. 1).