L’homme a reçu le monde des mains de Dieu comme un don rempli des bénédictions divines. Il veut exprimer sa gratitude et, n’ayant rien à offrir en retour, il retourne à Dieu Son propre don. Ainsi, le monde qui était le véhicule de l’amour Divin pour l’homme revient maintenant à Dieu, et devient l’instrument de la gratitude de l’homme envers Dieu.
Nous offrons à Dieu le don qu’il nous a donné, le marquant du sceau de notre gratitude. Le labourage du sol, l’ensemencement, la moisson, le pétrissage du pain, le foulage des raisins sont le sceau de l’homme sur le monde donné par Dieu. Le pain de froment, le vin pur, l’huile vierge sont le monde qui revient à Dieu, chargé des peines, des soucis, des joies et des espérances de l’homme.
Cependant, ce don de Dieu n’est ni la seule, ni la plus grande bénédiction qu’il nous accorde. En effet, si, par la première création, Dieu a manifesté Son amour à l’homme, lui offrant le monde comme don, dans la nouvelle création II a manifesté Son amour, offrant comme don à l’homme Sa propre Personne! C’est pourquoi maintenant, dans le Sacrifice nouveau, nous offrons à Dieu l’offrande même dont II nous a fait don, celle du Christ.

Les Dons que nous apportons à l’Autel ont la capacité d’exprimer notre gratitude pour Son amour, qui a été manifesté à la fois lors de la création à l’origine du monde et dans la nouvelle création en Christ. Ces mêmes dons sont encore la preuve de la liberté que nous a accordée le Christ en s’offrant Lui-même en rançon pour la multitude (Mt 20, 28). C’est exactement ce que dit le prêtre au Christ, dans la liturgie de saint Grégoire le Théologien, peu avant la consécration : « Je T’offre les symboles de cette liberté qui est mienne. »
L’homme qui a aimé le Seigneur ardemment exprime son amour en offrant la création au Créateur comme un don eucharistique, comme un don exprimant sa gratitude. Et tenant en ses mains les Dons, il monte spirituellement jusqu’aux hauteurs de Dieu par la sainte anaphore: «Il monte vraiment… il entend des paroles indicibles (2 Co 12, 4) et voit ce qui ne peut être vu. Puis, plein d’émerveillement… Il rivalise avec les anges qui chantent sans jamais se lasser, devenu, lui aussi, vraiment ange de Dieu sur la Terre; de retour de ces spectacles hypercosmiques, il invite alors toute la création à chanter des hymnes. »
Par l’homme et avec lui, la création parvient à l’Autel céleste. Elle reçoit elle-même aussi la grâce sanctifiante du Paraclet et devient le lieu de la rencontre du créé et de l’Incréé, elle devient Eucharistie. L’homme communie à « la nourriture eucharistique » — le Christ — et il se christifie.

Dieu éprouve un tel amour envers l’homme qu’il accepte de nous les dons qu’il nous a offerts Lui-même «… car lorsque nous Lui offrons des choses qui sont en réalité les Siennes, Il les accepte comme si elles venaient de nous ». Et nous confessons notre ineffable dette envers Son amour. Nous T’offrons ce qui est à Toi, de ce qui est à Toi et nous Te rendons grâces. « Nous Te présentons cette oblation même que Ton Fils Unique a offerte à Toi, Dieu Son Père, et nous Te rendons grâces en la présentant, parce que Lui-même en Te l’offrant rendait grâces. Aussi n’apportons-nous rien de notre propre fonds à cette oblation : car ces offrandes ne sont pas nos œuvres, mais bien les Tiennes à Toi, le Créateur de toutes choses; et ce n’est pas non plus une invention nôtre que cette forme de culte… C’est pourquoi ce que nous T’offrons vient de Tes propres biens que Tu nous as donnés; ces offrandes sont Tiennes pour tout et en tout. »
En offrant au Seigneur ce qui est à Lui, nous Lui rendons grâces en toutes choses et pour tout. Nous Lui rendons grâces en tout lieu et en tout temps, pour chacun de Ses bienfaits. Nous rendons continuellement grâces à Dieu le Père pour toutes choses, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ (Ep 5, 20).